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verne, Virgile se trouva uu tout autre homme. Il apprit par son art magique qu*un courtisan de Tempereur avait dépouillé sa mère de son châleau , que l'empereur refusait de le lui faire rendre, et qu'elle gémissait dans la mi* sère. Il lui envoya aussitôt quatre mulets chargés d'or, et, n'ayant plus besoin d'étudier, il se mit en route pour Rome. Beaucoup d'écoliers ses amis voulurent le suivre, il embrassa sa mère qu'il n'avait pas vue depuis douze ans. 11 combla de richesses tous ceux de ses parents qui avaient aidé la veuve dépouillée; c'était, selon l'usage, les plus pauvres. — Lorsque vint l'époque où l'empereur distribuait des terres aux citoyens, Virgile se présenta devant lui; l'ayant salué, il lui redemanda le domaine dont sa mère avait été injustement dépossédée. L'empereur, après avoir entendu ses conseillers , dont l'un possédait le château de la veuve , répondit qu'il ne pouvait faire droit à la requête. Virgile se retira en jurant qu'il se vengerait. Le temps des moissons approchait ; par son pouvoir magique, il Bt enlever et transporter chez lui et chez ses amis tout co qui pouvait se recueillir sur les terres qu'on lui avait conGsquées. — Ce prodige causa une vive rumeur. On savait la puissance de Virgile ; on le voyait logé en prince dans un vaste et magnifique châleau, et entouré de tant de serviteurs qu'on eût pu en faire une armée, a C'est le magicien qui a fait cela , dirent les courtisans. — Il faut l'aller combattre, » dit l'empereur. Et, suivi de bonnes troupes, il marcha droit au château de Virgile , se proposant de le détruire et de jeter son maître dans une dure prison. — Dès que Virgile aperçut les bataillons qui venaient l'assiéger, il appela son artâ son secours. D'abord il enveloppa son château d'un brouillard si épais et si fétide, que Veml)ereur et les ^ens ne purent avancer plus loin. Ensuite, au moyen de certains miroirs merveilleux, il fascina tellement les yeux des soldats , qu'ils se croyaient tout environnés d'eau agitée et prêts à être engloutis. — L'empereur avait auprès de lui Un nécromancien très-habile, et qui passait pour le plus gavant homme dans la science des enchantements. On le fit venir. Il prétendit qu'il allait détruire les prestiges de Virgile et l'endormir lui-même. Mais Virgile, qui se cachait à quelques pas dans le brouillard, entendit ces paroles; et à l'instant, par un nouveau charme qui fut très-prompt, il frappa tout le monde d'une immobilité si parfaite, que l'empereur et son magicien lui-même semblaient changés en statue. « Comment nous tireras-tu de là ? » grommela le prince, sans conserver même la
puissance de froncer le sourcil. « Il n'y a que Virgile qui le puisse, » répondit tristement le nécromancien. — On proposa donc la paix. Aussitôt le philosophe parut devant l'empereur. Il exigea qu'qn lui rendit l'héritage de son père; que l'étendue en fût doublée aux dépens des conseillers du prince, et qu'il fût admis désormais au conseil. Le César consentit à tout. Aussitôt les enchantements s'évanouirent ; Virgile reçut l'empereur dans son châleau et le traita avec une magnificence inouïe. — L'empereur, devenu l'ami de Virgile, lui demanda, puisqu'il était si savant et qu'il maîtrisait la nature, de lui faire un charme au moyen duquel il pût savoir tou* jours si l'une des nations soumises songeait à se révolter, c Par là, dit-il, je préviendrai toutes les guerres et je régnerai tranquille. » — Le philosophe ht une grande statue de pierre qu'il appela Rome, et qu'il plaça au Capitole ; puis il prit la principale idole de chacune des nations vaincues, dans le temple où les Romains recevaient tous les dieux ; il les rassembla toutes et les rangea autour de la grande statue , leur mettant à chacune une trompette à la main. Dèslors, aussitôt qu'une dcà nations soumises pensait à se révolter, l'idole qui la représentait s'agitait, se tournait vers la statue de Rome, et sonnait de sa trompette d'une manière terrible. L'empereur, ainsi prévenu , envoyait des troupes, qui arrivaient toujours à temps. On appela ce talisman la salvation de Rome, — Virgile avait conçu pour Naples une grande tendresse ; il habitait souvent cette ville riante, que même selon quelques-uns des légendaires il avait fondée et bâtie. Pendant un été très-chaud, de grosses mouches se répandirent dans la ville , et se jetant sur les boucheries empoisonnèrent les viandes. Le philosophe, pour arrêter ce fléau, mit sur l'une des portes de Naples une grosse mouche d'airain qui , durant l'espace de huit ans qu'elle y demeura , empêcha qu'aucune mouche vivante entrât dans la ville. — On trouve dans les vieux récits beaucoup de talismans de cette espèce. Saint Loup n'en eut pas besoin pour préserver de l'invasion des mouches les boucheries publiques de Troyesea Champagne, où en effet les dispositions des courants d'air empêchent qu'elles ne puissent pénétrer , tandis qu'on les voit par myriades aux portes. Fusil assure que , dans la grande boucherie de Tolède, il n'entrait, de son temps, qu'une seule mouche dans toute l'année. Bodin conte dans sa Démonomanie qu'il n'y a pas une seule mouche au palais de Venise ; mais s'il en est ainsi, ajoute-t-il, c'est qu'il y a quelque philactère enfoui sous le seuil;