‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 310 sur 319 · IT) — VIS · texte numérisé non relu

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par lo Dieu vivant,» dit le vicaire, en commençant par verser les grains sur le plancher. L'inconnu les recueillait avec une agilité effrayante. Il frissonna et dit d'une voix sourde: « Je le jure. » Alors Jean Van-Nuffel ayant fait un signe, un enfant de chœur s'approcha tenant un bénitier; il versa ce qui restait de la mesure dans l'eau bénite; l'homme vert n'y eut pas plutôt mis le doigt qu'il poussa un hurlement et disparut. — Ainsi Tarchitecte fut sauvé. Mais depuis, le pont de la Grande- Écluse, entre les portes de Hal et d^Anderlecht, s'est toujours appelé le pont du Diable.

Nous reproduirons maintenant quelques pièces curieuses et rares.

Discours épouvantable d'ttvM étrange appari" tion de démons en la maison d*un gentilhomme en Silésie, en 4609, tiré de Timprimé à Paris, 4609.

Un gentilhomme de Silésie ayant cofivié quelques amis, et, Theure dti festin Veriue, se voyant frustré par l'excuse des conviés , entre m grande colère , et commence à dire que, puisque nul homme ne daignait être chez lui, tous les diables y vinssent! Cela dit, il sort de sa maison et entre fi féglise, où le curé prêchait ; lequel il écoute attentivement. — Comme il était là, voici entrer en la cour du logis dvs hommes â cheval , de haute stature et tout noirs , qui commandèrent aux valets du gentilhomme d'aller dire à leur maître que les conviés étaient venus. Un des valets court à l'église avertir son maître , qui, bien étonné, demande avis au cOré. Iceloi, finissant son sermon , conseille qu'on fasse sortir toute la famille hors du logis. — Aussitôt dit , aussitôt fait ; mais de bâte que les gens eurent de déloger, ils laissèrent dans la maison un petit enfant dormant au berceau. Ces hôtes , ou , pour mieux dire , ces diables (c'est le sentiment du narrateur) commencèrent bientôt à remuer les tables , à hurler, à regarder par les fenêtres, enferme d'ours, de loups , de chats , d'hommes terribles , tenant à la main ou dans leurs pattes des verres pleine de vin, des poissons, de la chair bouillie et rôtie. — Comme les voisins, le gentilhomme, le curé et autres contemplaient avec frayeur un tel spectacle, le pauvre père se mit à crier : « Hélas ! où est mon pauvre enfant? » Il avait encore le dernier mot à la lx)uche , quand un de ces hommes noirs apporta l'enfant aux fenêtres , et le montra à tous ceux qui étaient dans la rue. Legenlilhomme demanda à un de ses servilcurs auquel il se fiait le mieux : « Mon ami , que ferai-je? — Mtmsieur, réjxmd le serviteur.

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Je recommanderai ma vie à Dieu ; après quoi j'entrerai dans la maison, d'où, moyennant son secours , je vous rapporterai l'enfant. — A la bonne heure , dit le mattre , Dieu t'accompagne , t'assiste et te fortifie I » Le serviteur, ayant reçu la bénédiction de son maître, du curé et des autres gens de bien , entra au logis, et approchant du poêle , où étaient ces hôtes ténébreux , se prosterne à genoux , se recommande à Dieu et ouvre la porte. Voilà les diables en horribles formes , les uns assis, les autres debout, aucuns se promenant, autres rampant sur le plancher, qui tous accourent contre lui, criant ensemble : « Hui I hui I que viens-tu faire céans? » Le serviteur, suant de détresse et néanmoins fortifié de Dieu , s'adresse au malin qui tenait l'enfant et lui dit : « Çà , baille-moi cet enfant. » Non , répond l'autre , il est mien ; va dire à ton maître qu'il vienne le recevoir. Le serviteur insiste, et dit : « Je fais la charge que Dieu m'a commandée, et sais que tout ce que je fais selon icelle lui est agréable ; partant, à l'égard de mon office, en vertu de Jésus-Christ , je t'arrache et saisis cet enfant, lequel je rapporte à son père. » — Ce disant , il empoigne l'enfant , puis le serre entre ses bras. Les hôtes noirs ne répondent que par des cris effroyables et par ces mots : « lluil hui 1 méchant; hui! garnement! laisse, laisse cet enfant , autrement nous te dépiècerons. » Mais lui, méprisant ces menaces, sortit sain et sauf , et rendit l'enfant au gentilhomme, son père; et quelques jours après tous ces hommes s'évanouirent, et le gentilhomme, devenu sage et bon chrétien , retourna en sa maison....

Le grand feu , tonnerre et foudre du ciel, advenu sur V église cathédrale de Quimper-Corentin, avec la vision publique d'un trèsépouvantable démon dans le feu sur ladite église. Jouxte l'imprimé à Rennes, 4620.

« Samedi, premier jour de février 4620, il arriva un grand malheur et désastre en la ville de Quimper-Corentin; une belle et haute pyramide, couverte de plomb, étant sur la nef de la grande église , fut brûlée par la foudre et feu du ciel, depuis le haut jusqu'à ladite nef, sans que l'on pût y apporter aucun remède. Le même jour, sur les sept heures et demie , tendant à huit du matin , se fit un coup de tonnerre et d'éclair terrible. A l'instant fut visiblement vu un démon horrible, au milieu d'une grande onde de grêle, se saisir de ladite pyramide par le haut et au-dessous de la croix , étant ce démon de couleur verte , avec une longue queue. Aucun feu ni fumée

n'apparut sur la pyramide, que vers une heure après midi, que la fumée commença à sortir du haut d'icelle, et dura un quart d'heure : et du même endroit commença le feu à paraître peu à peu , en augmentant toujours ainsi qu'il dévalait du haut en bas : tellement qu'il se fit si grand et si épouvantable , que l'on craignait que toute l'église ne fût brûlée, et non-seulement l'église, mais toute la ville. — Les trésors de ladite église furent tirés hors ; les processions allèrent à l'entour, et finalement on fit mettre des reliques saintes sur la nef de l'église , au devant du feu. Messieurs du chapitre commencèrent à conjurer ce méchant démon , que chacun voyait dans le feu , tantôt bleu, vert ou jaune ; ils jetèrent des agnus Dei dans icelui et près de cent cinquante barriques d'eau , quarante ou cinquante charretées de fumier, et néanmoins le feu continuait. Pour dernière ressource, on fit jeter un pain de seigle de quatre sous, puis on prit de l'eau bénite, avec du lait d'une femme nourrice de bonne vie , et tout cela jeté dedans le feu , tout aussitôt le démon fut contraint de quitter la flamme ; et avant de sortir il fit un si grand remuc-^énage que l'on semblait être tous brûlés, et qu'il devait emporter Tégiisc et tout avec lui; il ne s'en alla qu'à six heures et demie du soir, sans avoir fait' autre mal. Dieu merci ^ que la totale ruine de ladite pyramide , qui est de douze mille écus au moins. — Ce méchant étant hors , on eut raison du feu , et , peu de temps après, on trouva encore ledit pain de seigle en essence , sans être endommagé, hors que la croûte était un peu noire; et sur les huit ou neuf heures et demie , après que tout le feu fut éteint, la cloche sonna pour amasser le peuple afin de rendre grâces à Dieu. — Messieurs du chapitre, avec les choristes et musiciens, chantèrent un Te Deum et un Stabat mater, dans la chapelle de la Trinité , à neuf heures du soir. Grâces à Dieu, il n'est mocl personne ; mais il n'est pas possible de voir chose plus horrible et épouvantable qu'était ce dit feu. d

Effroyable rencontre, apparue proche le château de Lusignan, en Poitou, aux soldais deda garnison du lieu et à quelques /ui&ttants de ladite ville , la nuit du mercredi %% juillet 4620. A Paris, chez Nicolas Robert, rue Saint-Jacques. 4620.

« La nuit du mercredi 22 juillet, apparut, entre le château de Lusignan et le Fare, sur la rivière, deux hommes de feu, extrêmement puissants, armés de toutes pièces, dont le harnais était enflammé, avec un glaive ea

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feu dans une main et une lance flambante dans Tautre , de laquelle dégouttait du sang. Ils se rencontrèrent et se combattirent longtemps, tellement qu'un des deux fut blessé, et en tombant fit un si horrible cri qu'il réveilla plusieurs habitants de la haute et basse ville, et étonna la garnison. — Après ce combat, parut comme une souche de feu qui passa la rivière et s'en alla dans le parc, suivie de plusieurs monstres de feu semblant des singes. Des gens qui étaient allés chercher du bois dans la forêt rencontrèrent ce prodige , dont ils pensèrent mourir, entre autres un pauvre ouvrier du bois de Galoche, qui fut si effrayé qu'il eut une fièvre qui ne le quitta point. — Comme les soldats de la garnison s'en allaient sur les murs de la ville, il passa sur eux une troupe innombrable d'oiseaux, les uns noirs, les autres blancs, tous criant d'une voix épouvantable. Il y avait des flambeaux qui les précédaient , et une figure d'homme qui les suivait faisant le hibou ; ils furent eflrayés d'une telle vision , et il leur tardait fort qu'il fût jour pour la raconter aux habitants. — Voici (ajoute le narrateur) l'histoire que j'avais à vous présenter, et vous me remercierez et serez contents de ce que je vous donne, pour vous avertir de ce que vous pouvez voir quand vous allez la nuit dans les champs. »

Description d*un signe qui a été vu au ciel le 5^ jour de décembre dernier^ en la viUe d'Allorff^ au pays de Wurtemberg^ en Aile* magne : imprimée à Paris , rue Saint-Jacques, à l'Eléphant, devant les Mathurins, 4678, avec privilège du Roi.

« Guicciardin écrit en son Histoire italique que , sur la venue du petit roi Charles VIII à Naple? , outre les prédictions de frère Hiérôme Savonarole, tant préchées au peuple que révélées au roi même , apparurent en la Fouille, de nuit, trois soleils au milieu du ciel, offusqués de nuages à l'entour, avec force tonnerres et éclairs ; et vers Arezzo furent vues en l'air de grandes troupes de gens armés à cheval , passant par là avec grand bruit et son de tambours et trompettes ; et en plusieurs parties de l'Iialie , maintes images et statues suèrent , et divers monstres d'hommes et d'animaux naquirent , de quoi le pays fut épouvanté. On vit depuis la guerre qui advint au royaume de Naples , que les Français conquirent et puis perdirent. — En la ville d'Allorff, au pays de Wurtemberg, en Allemagne, à une lieue de la ville de Tubingue , et aux environs , on a vu , le cinquième jour de décembre 4577, environ sept I^eures

du matin , que le soleil , commençant à se lever, n'cipparaissait pas en sa clarté et splendeur naturelle, mais montrait une couleur jaune, ainsi qu'on voit la lune quand elle est pleine , et ressemblait au rond d'un gros tonneau , et reluisait si peu , qu'on le pouvait regarder sans s'éblouir les yeux. Bientôt après, il s'est montré à l'entour autant d'obscurité que s'il s'en fût suivi une éclipse , et lé soleil s'est •X)uvert d'une couleur plus rouge que du sang, tellement qu'on ne savait pas si c'était le soleil ou non. — Incontinent après , on a vu deux soleils, l'un rouge, l'autre jaune, qui se sont heurtés et battus : cela a duré quelque peu de temps, où l'un des soleils s'est évanoui , et on n'a plus vu que le soleil jaune.' Peu après s'est apparue une nuée noire, de la forme d'une boule, laquelle a tiré tout droit contre le soleil , et l'a couvert au milieu, de sorte qu'on n'a vu qu'un grand cercle jaune à l'enloiir. Le soleil ainsi couvert est apparue une autre nuée noire, laquelle a combattu avec lui , et l'un a couvert l'autre plusieurs fois , tant que le soleil est retourné à ladite première couleur jaunâtre. Un peu après est apparue derechef une nuée longue comme un bras , venant du côté du soleil couchant, laqueHe s'est arrêtée près dudit soleil. — De cette nuée est sorti un grand nombre de gens habillés de noir et armés comme gens de guerre , à pied et à cheval , marchant en rang, lesquels ont pa^sé tout bellement par dedans ce soleil vers l'Orient, et celte troupe a été suivie derrière d'un grand et puissant homme qui a été beaucoup plus haut que les autres. Après que cette troupe a été passée , le soleil s'est un peu obscurci , mais a gardé sa clarté naturelle et a été couvert de sang , en sorte que le ciel et la terre se sont montrés tout rouges , parce que sont sorties du ciel plusieurs nuées sanglantes et s'en sont retournées par-dessus , et ont tiré du côté de l'Orient, tout ainsi qu'avait fait avant la gendarmerie. -> Beaucoup de nuées noires se sont montrées autour du soleil , comme c'est coutume quand il y a grande tempête , et bientôt après sont sorties du soleil d'autres nuées sanglantes et ardentes, ou jaunes comme du safran. De ces nuées sont parties des réverbérations semblables à de grands chapeaux hauts et larges, et s'est montrée toute la terre jaune et sanglante, couverte de grands chapeaux, lesquels avaient diverses couleurs, rouge, bleu, vert, et la plupart noirs; ensuite il a fait un brouillard , et comme une pluie de sang, dont non-seulement le ciel, mais encore la terre et tous les habillements d'hommes se sont montrés sanglants et jau

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nàtres. Gela a duré jusqu'à ce que le soleil ail repris sa clarté naturelle, ce qui n'est arrivé qu'à dix heures du matin. — Il est aisé de penser ce que signifie ce prodi^^e; ceci n'est autre chose que menaces, » dit l'auteur. Quant à nous, comme il n'y a dans le pays J'Altorif aucun témoignage qui appuie ce merveilleux récit , nous n'y verrons qu'un puff du dix-septième siècle.

St^fi0 merveilleux apparu en forme de procession , arrivé près la ville de Bellac , en Limousin, Imprimé à Paris en 16^4.

a n n'y a personne qui ait été vers la ville de Bellac, en Limousin , qui n'ait passé par .une grande et très-spacieuse plaine nullement habitée. Or en icelle , quantité de gens dignes de foi et croyance . même le sieur Jacques Rondeau , marchand tanneur de la ville de Monlmorillon , le curé d'Isgre , Pierre Ribonneau, Mathurin Cognac, marchand de bois, demeurant en la ville de Chanvigné, étant tous de même compagnie , m'ont assuré avoir vu ce que je vous écris : — 4® trois hommes velus de noir, inconnus de tous les regardants, tenant chacun une croix à la main ; — 'i'* après eux marchait une troupe de jeunes filles vêtues de longs manteaux de toile blanche , ayant les pieds et les jambes nus , portant des chapeaux de fleurs desquels pendaient jusques aux talons de grandes bandes de toile d'argent , tenant en leur main gauche quelques rameaux , et de la droite un vase de faïence d'où sortait de la fumée ; — 3*» marchait après celles-ci une dame accoutrée en deuil, vêtue d'une longue robe noire qui Irainait fort longue sur la terre, laquelle robe était semée de cœurs percés de flèches , de larmes et de flammes de satin blanc , et ses cheveux épars sur ses vêtements; elle tenait en sa main comme une branche de cèdre, et ainsi vêtue cheminait toute triste ; — i" ensuite marchaient six petits enfants couverts de longues robes de taffetas vert, tout semé de flammes de satin rouge et de gros flambeaux allumés, et leurs têtes couvertes de chapeaux de fleurs. — Ceci n'est rien, car il marchait après une foule de peuples vêtus de blanc et de noir qui cheminaient deux à deux, ayant des bâtons blancs à la main. Au milieu de la troupe était comme une déesse , vêtue richement , portant une grande couronne de fleurs sur la tête, les bras retroussés , tenant en sa main une bçlle branche de cyprès, remplie de petits cristaux qui pendaient de tous côtés. A l'entour d'elle il y avait comme des joueurs dMnstruments , lesquels toutefois ne formaient aucune mélodie. A la suitç 4e

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cette procession étaient huit grands hommes nus jusqu'à la ceinture , ayant le corps fort couvert de poil, la barbe jusqu'à mi-corps, et le reste couvert de peaux de chèvre , tenant en leurs mains de grosses masses ; et comme tous furieux suivaient la troupe de loin. La course de cette procession s'étendait tout le long de l'ile, jusqu'à une autre lie voisine , où tous ensemble s'évanouissaient lorsqu'on voulait en approcher pour les contempler. — Je vous prie , à quoi tend cette vision merveilleuse , vous autres qui savez ce que valent les choses? ... » — Nous transcrivons le naïf écrivain. Nous ajouterons que la mascarade qu'il raconte eut lieu à l'époque du roman de l'Astrée, et que c'était une société qui se divertissait à la manière des héros de Don Quichotte.

Grandes et merveilleuses choses advenues dans la ville de Besançon, par un tremblement de terre; imprimé à Château-Salins, par maître Jacques Colombiers; 1564.

« Le troisième jour de décembre , environ neuf heures du malin , faisant un temps doux et un beau soleil , l'on vit en l'air une figure d'un homme de la hauteur d'environ neuf lances, qui dit trois fois: « Peuples, peuples, » peuples , amendez-vous , ou vous êtes à la » fin de vos jours. » Et ce advint un jour de marché , devant plus de dix mille personnes , et après ces paroles , ladite figure s'en alla en une nue comme se retirant droit au ciel. Une heure après, le temps s'obscurcit tellement, qu'à vingt lieues autour de la ville on ne voyait plus ni ciel ni terre. Il y eut beaucoup de personnes qui moururent; le pauvre monde se mit à prier Dieu et à faire des processions. Ënlla , au bout de trois jours , vint un beau temps comme auparavant et un vent le plus cruel que Ton ne saurait voir, qui dura environ une heure et demie , et une telle abondance d'eau , qu'il semblait qu'on la jetait à pipes, avec un merveilleux tremblement de terre, tellement que la ville fondit, comprenant quatorze lieues de long et six de large , et n'est demeuré qu'un château, un clocher et trois maisons tout au milieu. On les voit en un rondeau de terre assises comme par devant ; on voit quelques portions des murs de la ville, et dans le clocher et le château, du côté d'un village appelé des Guetz , on voit comme des enseignes et étendards qui pavolent ; et n'y saurait-on aller. Pareillement on ne sait ce que cela signifie, et n'y a homme qui regarde cela à qui les cheveux ne dres* sent sur la tête , car c'est une chose merveilleuse et épouvantable. »

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Dissertation sur les visions et les apparitions, où Von prouve que les morts peuvent revenir, avec quelques règles pour connaître si ce sont des âmes heureuses ou malheureuses , par un professeur en théologie. Lyon, 4675.

Sans être très^crédule , l'auteur de ce petit ouvrage admet les apparitions, et reconnaît que les unes viennent du démon . les autres de Dieu. Mais il en attribue beaucoup à l'imagination. Il raconte l'histoire d'un malade qui vit long-temps dans sa chambre un spectre habillé en ermite avec une longue barbe, deux cornes sur la tête et une figure horrible. Cette vision, qui épouvantait le malade sans qu'on pût le rassurer, n'était, dit le pro* fesseur, que l'effet du cerveau dérangé. Il croit que les morts peuvent revenir, a cause de l'apparition de Samuel ; et il dit que les âmes du purgatoire ont une figure intéressante et se contentent en se montrant de gémir et de prier, tandis que les mauvais esprits laissent toujours entrevoir quelque supercherie et quelque malice. -^ Terminons les visions par le fait suivant , qu'on lit dans divers recueils d'anecdotes : — Un capitaine anglais , ruiné par des folies de jeunesse, n'avait plus d'autre asile que la maison d'un ancien ami. Celui-ci , obligé d'aller passer quelques mois à la campagne , et ne pouvant y conduire le capitaine , parce qu'il était malade , le confia aux soins d'une vieille domesiique, qu'il chargeait de la garde de sa maison qv.ané il s'absentait. La bonne femme vint un malin voir de très-bonne heure son malade , parce qu'elle avait rêvé qu'il était mort dans la nuit; rassurée en le trouvant dans le même état que la veille, elle le quitta pour aller soigner ses affaires, et oublia de fermer la porte après elle. Les ramoneurs, à Londres, ont coutume de se glisser dans les maisons qui ne sont point habitées, pour s'emparer de la suie, dont ils font un petit commerce. Deux d'entre eux avaient su l'absence du maître de In maison , et ils épiaient le moment de s'introduire chez lui. Ils virent sortir la vieille, entrèrent dès qu'elle fut éloignée , trouvèrent la cham bre du capitaine ouverte , et sans prendre garde a lui grimpèrent tous les deux dans la cheminée. Le capitaine était en ce moment assis sur son séant. Le jour était sombre ; la vue de deux créatures aussi noires lui causa une frayeur inexprimable; il retomba dans ses draps, n*osant faire aucun mouvement. — Le docteur arriva un instant après; il entra avec sa gravité ordinaire , et appela le capitaine en s'approchant du lit; le malade reconnut la voix , souleva ses couvertures et

regarda duo œil égaré, sans avoir la force de parler. Le docleur lui prit la main et lui demanda comment il se trouvait. « Mal , répondil-il ; je suis perdu ; les diables se préparent à m 'emporter, ils sont dans ma cheminnée. «. » Le docteur, qui était un esprit fort, secoua la tète, tâta le pouls et dit gravement : « Vos idées sont coagulées ; vous avez un lucidum caput , capitaine... — Cessez votre galimatias , docteur : il n'e&t plus temps de plaisanter, il y a deux diables ici... — Vos idées sont incohérentes, je vais vous le démontrer. Le diable n'est pas ici ; votre effroi est donc... » — Dans ce moment, les ramoneurs, ayant rempli leur sac, le laissèrent tomber au bas de la cheminée et le suivirent bientôt. Leur apparition rendit le docteur muet ; le capitaine se renfonça dans sa couverture, et, se coulant aux pieds de son lit, se glissa dessous sans bruit, priant les diables de se contenter d'emporter son ami. Le docteur, immobile d'effroi, cherchait à se ressouvenir des prières qu'il avait apprises dans sa jeunesse ; se tournant vers son ami pour lui demander son aide , il fut épouvanté de ne plus le voir dans son lit. Il aperçut dans ce moment un des ramoneurs qui se chargeait du sac de suie ; il ne douta pas que le capitaine ne fiU dans ce sac. Tremblant de remplir l'autre , il ne fit qu'un saut jusqu'à la porte de la chambre , et de là au bas de Tescalier. Arrivé dans la rue , il se mit à crier de toutes ses forces : « Au secours ! le diable emporte mon ami !» — La populace accourt à ses cris ; il montre du doigt la maison ; on se précipite en foule vers la porte, mais personne ne veut entrer le premier... Le docteur, un peu rassuré par le nombre, excite à un exemple tout le monde en particulier, exemple qu'il ne donnerait pas pour tout l'or des Indes. Les ramoneurs , en entendant le bruit qu'on faisait dans la rue, posent leur sac dans l'escalier, et, de crainte d'être surpris, remontent quelques étages. Le capitaine , mal à son aise sous son lit, ne voyant plus les diables, se hâte de sortir de la maison; sa peur et sa précipitation ne lui permettent pas de voir le sac, il le heurte, tombe dessus, se couvre de suie , se relève et descend avec rapidité; Teffroi de la populace augmente à sa vue : elle recule et lui ouvre un passage ; le docteur reconnaît son ami , et se cache dans la foule pour l'éviter. — Enfm un ministre qu'on était allé chercher pour conjurer l'esprit malin parcourt la maison , trouve les ramoneurs , les force à descendre , et montre les prétendus diables au peuple assemblé. Le docteur et le capitaine se rendirent enfin à

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