‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 312 sur 319 · VOI · texte numérisé non relu

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dame obéit, et se trouve bientôt seule, n'ayant qu'une vieille paillasse, un bocal et un jeu de cartes. Cette dame était venue dans son équipage; le cocher, après avoir attendu très-longtemps sa maîtresse, se décide enfin à monter, monte et la trouve au désespoir. La Voisin avait disparu avec ses bardes; on l'avait dépouillée ; ît lui met son manteau sur les épaules , et la reconduit chez elle. — La Voisin favorisa tant d'empoisonnements, et commit tant de vols avec le secours de son art, que, la justice l'ayant fait arrêter, elle fut mise à mort en place publique*.

Voiture du Biable. — On vit pendant plusieurs nuits, dans un faubourg de Paris, au commencement du dix-septième siècle, une voiture noire, traînée par des chevaux noirs, conduite par un cocher également noir , qui passait au galop des chevaux , sans faire le moindre bruit. Elle paraissait sortir tous les soirs de la maison d'un seigneur mort depuis peu. Le peuple se persuada que ce ne pouvait être que la voiture du diable qui emportait le corps. On reconnut par la suite que cette jonglerie était l'ouvrage d'un fripon, qui - voulait avoir à bon compte la maison du gentilhomme. Il avait attaché des coussins autour des roues de la voiture et sous les pieds des chevaux, pour donner à sa promenade nocturne Tapparcnce d'une œuvre magique.

Voix. — Boguet assure qu'on reconnaît un possédé à la qualité de sa voix : si elle est sourde et enrouée, nul doute, dit-il, qu'il ne faille aussitôt procéder aux exorcismes. — Sous le règne de Tibère, vers le temps de la mort de Notre Seigneur , le pilote Thamus , côtoyant les îles de la mer Egée, entendit un soir, aussi bien que tous ceux qui se trouvaient sur son vaisseau , une grande voix qui l'appela plusieurs fois par son nom. Lorsqu'il eut répondu, la voix lui commanda de crier, en un certain lieu, que le grand Pan était mort, X peine eut-il prononcé ces paroles dans le lieu désigné, qu'on entendit, de tous côtés, des plaintes et des gémissements , comme d'une multitude * de personnes affligées par celte nouvelle. — L'empereur Tibère assembla des savants pour interpréter ces paroles. On les appliqua à Pan , fils de Pénélope , qui vivait plus de mille ans auparavant; mais, selon les versions les plus accréditées, il faut entendre par le grand Pan , le maître des démons, dont l'empire était détruit par la mort de Jésus-Christ. Les douleurs attribuent aux échos les gémissements qui se firent entendre

I Les Charlatans célèbres, 1. 1, p. 325, s Eusèbe, après Pltitarque.

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au pilole Thamus ; mais on n'explique pas la voix. — Cette grande voix, dit le comte de Gabalis, était produite par les peuples de l'air, qui donnaient avis aux peuples des eaux que le premier et le plus âgé des sylphes ve* naitde mourir. Et, comme il s'ensuivrait de là que les esprits élémentaires étaient les faux dieux des païens, il confirme cette conséquence, en ajoutant que les démons sont trop malheureux et trop faibles pour avoir jamais eu le pouvoir de se faire adorer ; mais qu'ils ont pu persuader aux hôtes des éléments de se montrer aux hommes, et de se faire dresser des temples; et que. par la domination naturelle que chacun d'eux a sur l'élément qu'il habile, iU troublaient l'air et la mer, ébranlaient la terre, et dispensaient les feux du ciel à leur fantaisie : de sorte qu'ils n'a-valent pas grand'peine à être pris pour des divinités. — Le comte Arigo bel Missere (Henri le bel Missere) mourut vers l'an 4000. il avait comt>attu les Afaures qui envahissaient la Corse. Une tradition prétend qu'à sa mort une voix s'entendit dans l'air, qui chantait ces paroles prophétiques :

£ morto il conte Arigo bel Missere, E corcica sarà di maie in peggio *.

— Clément d'Alexandrie raconte qu'en Perse, vers la région des mages, on voyait trois montagnes, plantées au milieu d'une brga campagne, distantes également l'une de l'autre. En approchant de la première, on entendait comme des voix confuses de plusieurs per^o^ncs qui se boitaient; près de la seconde, le bruit était plus grand; et, à la troisième, c'étaient des bruits d'allégresse, comme d'un grand nombre de gens qui se réjouissaient. Le même auteur dit avoir appris d'anciens historiens que, dans la Grande-Bretagne, on entend au pied d'une montagne des sons de cymbales et de cloches qui carillonnent en mesure. — Il y a en Afrique, dans certaines familles, des sorcières qui ensorcellent par In voix et la langue, et font périr les blés, les animaux et les hommes dont elles parlent, même pour en dire du bien. — En Bretagne, le mugissement lointain de la mer, le sifflement des vents entendu dans la nuit, sont la voix d'un noyé qui demande un tombeau ^

Vo!ec, grand président aux enfers; il apparaît sous la forme d'un enfant avec des ailes dange, monté sur un dragon à deux têtes; il connaît la demeure des planètes et la retraite des serpents ; trente légions lui obéissent \

*■ Prosper Mérimée, Colomba.

> Cambry, Voyage dans ]e Finistère.

^ Wierus, in Pseudom. daem.

Volet (Marie). — Vers l'année 4691, une jeune fille de la paroisse de Pooillat, en Bresse, auprès de Bourg, se prétendit possédée. Elle poussait des cris que l'on prit pour de l'hébreu. L'aspect des reliques, l'eau bénite, la vue d'un prêtre , la faisaient tomber en convulsions. Un chanoine de Lyon consulta un médecin sur ce qu'il y avait à faire. Le mé^ decin visita la possédée; il prétendit qu'elle avait un levain corrompu dans l'estomac, que les humeurs cacochymes de la masse du sang et l'exaltation d'un acide violent sur les autres parties qui le composent étaient l'explication naturelle de l'état de maladie de cette fille. Marie Volet fut envoyée aux eaux minérales; le grand air, la défense de lui parler du diable et de l'enfer, et sans doute le retour de quelque paix dans sa conscience troublée, calmèrent ses agitations ; bientôt elle fut en état de reprendre ses travaux ordinaires «.

Volf ou Vouft, — de vultus, figure, effigie. On appelait ainsi autrefois une image de cire , au moyen de laquelle on se proposait de faire périr ceux qu'on haïssait; ce qui s'appelait envoûter. La principale formalité de l'envoûtement consistait à modeler, soit en cire, soit en argile, l'effigie de ceux à qui on voulait mal; si l'on perçait la figurine, l'envoûté qu'elle représentait était lésé dans la partie correspondante de sa personne; si on la faisait dessécher ou fondre au feu , il dépérissait et ne tardait pas à mourir. — Enguerrand de Marigny fut accusé d'avoir voulu envoûter Louis X. — L'un des griefs de Léonora Galigaï fut qu'elle gardait de petites figures de cire dans de petits cercueils. En envoûtant, on prononçait des paroles et on pratiquait des cérémonies qui ont varié. Ce sortilège remonte à une haute antiquité. Platon le mentionne dans ses Lois : — « Il est inutile, dit-il, d'entreprendre de prouver à certains esprits fortement prévenus qu'ils ne doivent point s'inquiéter des petites figures de cire qu'on aurait mises ou à leur porte , ou dans les carrefours, ou sur le tombeau de leurs ancêtres , et de les exhorter à les mépriser , parce qu'ils ont une foi confuse à la vérité de ces maléfices. — Celui qui se sert de charmes , d'enchantements et de tous autres maléfices de celle nature, à dessein de nuire par de tels prestiges , s'il est devin ou versé dans l'art d'observer les prodiges, qu'il meure 1 Si, n'ayant aucune connaissance de ces arts, il est convaincu d'avoir usé de maléfices, le tribunal décidera ce qu'il doit souffrir dans sa personne ou dans ses biens. » (Traduction de M. Cousin.) — Ce qui est cu-

< M. Garinet, Hist. de la magie en France, p. 2&5.

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rieux , c'est qu'on a retrouvé la même 6uperâtition chez les nalurels du Nouveau^Monde. Le père Cliarlevoix raconte que les Illinois font de pêtii$ marmotmti pour représenter ceux dont ils veulent abréger les jours, et qu'ils les percent au cœur. Voy, Envov-

TEIIENT.

▼olte. — C'est une ancienne tradition de TÉtrurie que les campagnes furent désolées par un monstre appelé Volta. Porsenna fil tomber la foudre sur lui. Lucius Pison, Tun des plus braves auteurs de l'antiquité, assure qu'avant lui Nnma avait fait usage du même moyen, et que Tullus Hoslilius, l'ayant imité sans être suffisamment instruit, fui frappé de ladite foudre i.

Voltaire. — L'abbé Fiard, Thomas, et madame de Stacl le mettent au nombre des démons incarnéâ.

Voltigeur bolUodaît. — Les marins de toutes les nations croient ù Texiàlence d'un bâtiment hollandais dont l'équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu'à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage. Un écrivain de nos jours a fort bien décrit cette croyance dans une scène maritime que nous transcrivons : — « Mon vieux m'a souvent raconté, lorsque, tout petit, il me berçait dans ses bras pour m'accoutumer au roulis, et il jurait que c'était la pure vérité, qu'élani un jour, ou plutôt une nuit , dans les parages du cap de Bonne-Espéranœ, un malavisé de mousse jela par dessus bord un chat vivant qu'il avait pris en grippe^ et qu'aussitôt, comme cela ne pouvait manquer d'arriver, un affreux coup de vent assaillit le navire, lequel, ne pouvant supporter une seule aune de toile , fut obligé de fuir à sec , devant la bourrasque, avec une vitesse d'au moins douze nœuds. Ils étaient dans cette position, lorsque, vers minuit, ils virent tout à coup, à leur grand étonnement, un bâtiment de construction étrangère, courir droit dans le lit du vent, qui élait cependant alors dans sa plus grande violence. Pendant qu'ils examinaient ce singulier navire, dont les voiles pendaient en lambeaux et dont les œuvres mortes étaient recouvertes d'une épaisse cou-

« Pline, liv. II, chap. 3îJ.

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