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lier effet n'était que la conséquence de sa mauvaise santé, et ne devait soosaucun autre rapport être considéré comme sujet de frayeur. Au bout d'un certain temps les fantômes parurent moins distincts dans leurs formes, prirent descouleurs moins vives, s'affaiblirent aux yeux du malade, et unirent par disparaître entièrement. — Un malade du docteur Gregory d'Edimbourg, l'ayant fait appeler, lui raconta, dans les termes suivants, ses singulières souffrances : « J'ai riiabitude, dit-il, de dîner à cinq heures^ et lorsque six heures précises arrivent , je suis sujet à une visite fantastique. La porte de la chambre , même lorsque j'ai eu la faiblesse de la verrouiller, ce qui m'est arrivé souvent, s'ouvre tout à coup; une vieille sorcière , semblable à celles qui hantaient les bruyères do Forrès , entre d'un air menaçant , s'approche , se jette sur moi , mais si brusquement que je ne puis l'éviter, et alors me donne un violant coup de sa béquille ; je tombe de ma xliaise sans connaissance » et je reste ainsi plus ou moins longtemps. Je suis tous les jours sous la puissance de cette apparition... » — Le docteur demanda au malade s'il avait jamais invité quelqu'un à être avec lui témoin d'une semblable visite. Il répondit que non. La nature de son mal était si particulière, on devait si naturellement l'imputer à un dérangement mental, qu'il lui avait toujours répugné d'en parler à qui que ce fût. a Si vous le permettez, dit le docteur, je dînerai avec vous aujourd'hui tête à tête , et nous verrons si votre méchante vieille viendra troubler notre société. Le malade accepta avec gratitude. Us dînèrent, et le docteur, qui supposait l'existence de quelque maladie nerveuse , employa le charme de sa brillante conversation à captiver l'attention de son hôte pour l'empêcher de penser à l'heure fatale qu'il avait coutume d'attendre avec terreur. 11 réussit d'abord. Six heures arrivèrent sans qu'on y fît attention. Mais à peine quelques minutes étaient-elles écoulées, que le monomane s'écria d'une voix troublée : « Voici la sorcière! » et, se renversant sur sa chaise, il perdit connaissance. Le médecin lui tira un peu de sang, et se convainquit que cet accident périodique , dont se plaignait le malade, était une tendance à l'apoplexie. — Le fantôme à la béquille était simplement une sorte de combinaison analogue à celle dont la fantaisie produit le dérangement appelé éphialte, ou cauchemar, ou toute autre impression extérieure exercée sur nos organes pendant le sommeil. — Un autre exemple encore me fut cité, dit Walter Scott, par le médecin qui avait été dans le cas de l'observer. Le malade était oq
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honorable magistrat, lequo! avnil conservé entière sd réputation d'intégrité, d'assiduité et de bon sens. — Au moment des visites du médecin, il en était réduit à garder la chambre , quelquefois le lit ; cependant do temps à autre appliqué aux affaires, de manière que rien n'indiquait à un observateur superficiel la moindre altération dans ses facultés morales; aucun symptôme ne faisait craindre une maladie aiguë ou alarmante; mais la faiblesse du pouls , l'absence de l'appétit, le constant affaiblissement des esprits semblaient prendre leur origine dans une cause cachée que le malade était résolu à taire. Le sens obscur des paroles de cet infortuné , la brièveté et la contrainte de ses réponses aux questions du médecin, le déterminèrent à une sorte d'enquête. Il eut recours n la famille : personne ne devinait la cause du mal. L'état des affaires du patient était prospère; aucune perte n'avait pu lui occasionner un chagrin; aucun désappointement dans ses affections ne pouvait se supposer à son âge ; aucune idée de remords ne s'alliait à son caractère. Le médecin eut donc recours avec le monomane à une explication ; il lui parla de la folie qu'il y avait à se vouer à une mort triste et lente, plutôt que de dévoiler la douleur qui le minait. Il insista sur l'atteinte qu'il portait à sa réputation en laissant soupçonner que son abattement pût provenir d'une cause scandaleuse, peut-être même trop déshonorante pour être pénétrée ; il lui fit voir qu'ainsi il léguerait à sa famille un nom suspect et terni. Le malade , frappé , exprima le désir de s'expliquer franchement avec le docteur : et, la porte de la chambre fermée, il entreprit sa confession en ces termes : — 9 Vous ne pouvez cofhprendre la nature de mes souffrances, et votre zèle ni votre habileté ne peuvent m'apporter de soulagement. La situation où je me trouve n'est pourtant pas nouvelle, puisqu'on la retrouve dans le célèbre roman de Lesage. Vous vous souvenez sans doute de la maladie dont il y est dit que mourut le duc d'Olivarès : l'idée qu'il était visité par une apparition , à l'existence de laquelle il n'ajoutait aucunement foi ; mais il en mourut néanmoins, vaincu et terrassé par son imagination. — Je suis dans la môme position ; la vision acharnée qui me poursuit est si pénible et si odieuse , que ma raison ne suffit pas à combattre mon cerveau affecté : bref, je suis victime d'une maladie imaginaire. » — Le médecin écoutait avec anxiété. — « Mes visions , reprit le malade , ont commencé il y a deux ou trois ans. Je me trouvais de temps en temps troublé par la présence d'un gros cbat
qui entrait et sortait , sans que je pusse dire comment , jusqu'à ce qu'enfin la vérité me fût démontrée , et que je me visse forcé à ne plus le regarder comme un animal domestique, mais bien comme un jeu qui n'avait d'existence que dans mes organes visuels en désordre , ou dans mon imagination déréglée.
Jusque-là , je n'avais nullement pour cet animal Taversion absolue de ce brave chef écossais qu'on a vu passer par les différentes couleurs de son plaid lorsque par hasard un chat se trouvait dans un appartement avec lui. Au contraire, je suis ami des chats, et je supportais avec tranquillité la présence de mon visiteur imaginaire, lorsqu'un spectre d'une grande importance lui succéda. Ce n'était autre chose que l'apparition d'un huissier de la cour. — Ce personnage, avec la bourse et répée, une veste brodée et le chapeau sous le bras , se glissait à mes côtés , et, chez moi ou chez les autres, montait l'escalier devant moi , comme pour m'annoncer dans un salon , puis se mèlait.à la société , quoiqu'il fût évident que personne ne remarquât sa présence , et que seul je fusse sensible aux chimériques honneurs qu'il me voulait rendre. Celte bizarrerie ne produisit pas beaucoup d'effet sur moi \ cependant elle m'alarma à cause de l'influence qu'elle pouvait avoir sur mes facultés. Après quelques mois, je n'aperçus plus que le fantôme de l'huissier : il fut remplacé par un autre , horrible à la vue, puisque ce n'est autre chose que l'image de la mort elle-même , un squelette. Seul ou en compagnie, la présence de ce fantôme ne m'abandonne jamais. En vain je me suis répété cent fois que ce n'est Tju'une image équivoque et l'effet d'un dérangement dans l'organe de ma vue; lorsque je me vois, en idée , à la vérité, le compagnon d'un tel fantôme , rien n'a de pouvoir contre un pareil malheur , et je sens que je dois mourir victime d'une affection aussi mélancolique, bien que je ne croie pas à la réalité du spectre qui est devant mes yeux. » — Le médecin, affligé, fit au malade, alors au Ut, plusieurs questions. <x Ce squelette, dit-il, semble donc toujours la? — Mon malheureux destin est de le voir toujours. — Je comprends ; il est à l'instant même présent à votre imagination ?
— Il est présent à l'instant même. — Et dans quelle partie de votre chambre le voyez-vous?
— Au pied de mon lit; lorsque les rideaux sont enlr'ouverts, il se place entre eux, et remplit l'espace vide. — Aurez-vous assez de courage pour vous lever et pour vous placer à l'endroit qui vous semble occupé , afin de vous convaincre de la déception? » — Le pau-
vre iMNnme soupira, et secoua la lùîc d ui>e manière négative, t Ëh bien 1 dit le docteur, nous ferons l'expérience une autre fois. » Alors il quitta sa chaise aux c6tés du lit; el se plaçant entre les deux rideaux cntr*ouverts, indiqués comme la place occupée par le fantôme, il demanda si le spectre était encore visible. — « Non entièrement , dit le malade , parce que votre personne est entre lui et moi ; mais j'aperçois sa tète par-dessus vos épaules. » — Le docteur tressaillit un moment, malgré sa philosophie, à une réponse qui affirmait, d'une manière si précise , que le spectre le louchait de si près. Il recourut à d'autres moyen^ d'investigation, mais sans succès. Le malade tomba dans un marasme encore plus profond; il en mourut, et son histoire laissa un douloureux exemple du pouvoir que le moral a sur le physique , lors même que les terreurs fantastiques ne parviennent pas à absorber l'intelligence de la ()ersonne qu'elles tourmentent. — Citons encore, comme fait attribué à l'hallucination , la célèbre apparition de Maupertuis à un de ses confrères, professeur de Berlin. — Elle est décrite dans les Actes de la Société royale de Berlin , el se trouve rapportée par M. Thiébaul dans ses Souvenirs de Frédéric-le^rand. H est essentiel de prévenir que M. Gleditch, à qui elle est arrivée, était un botaniste distingué, professeur de philosophie naturelle , et regardé comme un homme d'un caractère sérieux, simple et tranijuille. — Peu de temps après la nK)rt de Maupertuis , M. Gleditch , obligé de traverser la salle dans laquelle l'académie tenait ses séances , ayant quelques arrangements à faire dans le cabinet d'histoire naturelle , qui était de son ressort , aperçut en entrant dans la salle l'ombre de M. de Maupertuis , debout el fixe dans le premier angle à main gauche, et ses yeux braqués sur lui. Il était trois heures de Taprès-midi ; le professeur de philosophie en savait trop sur sa physique pour supposer que son président , mort à Bàle dans la famille de Bernoulii, serait revenu à Berlin en personne, il ne regarda la chose que comme une illusion provenant d'un dérangement de ses organes. II continua de s'occuper de ses affaires, sans s'arrêter plus long-temps à cet objet. Mais il raconta celte vision à ses confrères , les assurant qu'il avait vu une figure aussi bien formée et aussi parfaite que M. do Maupertuis lui-même pourrait la présenter. — Après avoir montré par ces récits les illusions que la vue peut causer, l'auteur s'occui)e des déceptions que produit quelquefois l'organe de l'ouïe. *Le docteur Johnson conserva , dit-il , une im-
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IpreséioD profonde de ce que, un jour qu'il ouvrait les portes de son collège, il entendit la voix de sa mère , à plusieurs milles de distance , l'appeler par son nom ; et il paratt surpris de ce qu*aucun événemesl de quelque importance n'ait suivi cet avertissement. « Le fait que voici fera connattre encore par quels incidents futiles l'oreille humaine peut être abusée. L'auteur de ce livre marchait, dans un lieu solitaire et sauvage, avec un jeune homme frappé de surdité, lorsqu'il entendit ce qu'il crut être les aboiements d'une meule , répétés par intervalles : c'était dans la saison de l'été , ce qui , après une courte réflexion , persuada à l'auditeur que ce ne pouvait être le bruit d'une chasse; cependant ses oreilles lui reproduisaient continuellement les mêmes sons. Il rappela ses chiens, dont deux ou trois le suivaient; ils s'approchèrent parfaitement tranquilles, et ne paraissant évidemment point frappés des sons qui attiraient l'attention de l'auteur, au point qu'il ne put s'empêcher do dire à son compagnon : t J'éprouve en ce moment un double chagrin de votre infirmité ; car elle vous empêche d'entendre le cri du chasseur sauvage. » Comme ce jeune homme faisait usage d'un cornet . acoustique , il l'ajusta tandis que je lui parlais, et, dans ce mouvement, je vis la cause du phénomène. Ces aboiements n'existant pas, c'était simplement le sifflement de Tair dani^ Tinstrument dont se servait le jeune homme, mais qui , pour la première fois , produisait cet effet à mon oreille. » — Les autres sens trompent aussi , mais dans le sommeil ou dans la folie. — Dans la deuxième lettre, Walter Scolt s'arrête à la tradition du péché originel ; il y trouve l'origine de Thistoire des communications de l'homme avec les'esprtts. Il reconnaît que les sorciers et magiciens, condamnés par la loi de Moïse , méritaient h mort, comme imposteurs, comme empoisonneurs, comme apostats, et remarque avec raison qu'on ne voyait pas chez les juifs el chez les anciens, dans ce qu'on appelait un magicien ou un devin , ce que nous voyons dans les sorciers du moyen âge, sur lesquels, au reste, nous ne sommes encore qu'à demi éclairés. Au moyen âge, on croyait trèsgénéralement que les Sarrasins, dans leors guerres, étaient, comme insignes sorciers, assistés par ie diable. L'auteur rap|iorte un exemple que voici , tiré du roman de Riflard Cœur-de-Liùn : — Le fameux Saladin , y estil dit, avait envoyé une ambassade au roi Richard, avec un jeune cheval qu'il lui offraii comme un vaillant destrier. Il défiett en même temps Goeur-de-Lion à un combat singulter
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en présence dea deux armées, dans le but de décider tout d'un coup sur leurs prétentions à la Palestine et sur la question ibéologique de savoir quel était le vrai Dieu , ou le Dieu des cbrétiens, ou Jupiter^ divinité des Sarra* sins. Mais ee semblant de défi chevaleresque cachait une perfidie dans laquelle l'esprit ma« lin jouait un rôle. Un prêtre sarrasin avait conjuré deux démons dans le corps d'une ju* ment et de son poulain , leur donnant pour instruction que^ chaque fois que la jument hennirait, le poulain, qui était d*une taillo peu commune, devrait s'agenouiller pour teter sa mère. Le poulain maléficié fut envoyé au roi Richard ^ dans Tespotr qu'il obéirait au signal accoutumé f et que le Soudan , monté sur la mère > aurait ainsi l'avantage. -«- Mais le monarque anglais fut averti par un songe du ptége qu'on lui tendait , et avant le combat le poulain fut exorcisé , avec ordre de rester docile à là voix de son cavalier durant le choc. L'animal endiablé promit soumission en baissant la tète ; et cette promesse n'inspirant pas asaes de confiance, on lui boucha encore les oreilles avec de la cire. Ces précautions prises, Richard, armé de toutes pièces, courut à la rencontre de Saladin , qui , se confiant dans son stratagème , l'attendit de pied ferme. La cavale hennit de manière à faire trembler la terre à plusieurs milles à la ronde ; mais le poulain ou démon, que la cire empêchait d'entendre le signal , n'y pot obéir. Saladin désar^ çonné n'échappa que difficilement à la mort, et son armée fut taillée en pièces par les chrétiens. -^ La troisième lettre est consacrée à l'étude de la démonologie et des sorciers chez les Romains , chez les Celtes 'H chez les différents peuples du Nord. Les superstitions deâ anciens Celtes subsistent encore en divers lieux, dit l'auteur, et les campagnards les observent sans songer à leur origine. Vers 4769, lorsque M. Pennant entreprit son voyage, la cérémcnie de Baaltein ou Beitane, ou du 4«' de mai, était strictement observée, quoique avec variations, dans les différentes parties des montagnes. Le gâteau cuit au four avec des cérémonies particulières était partagé en plusieurs portions ofl^tes aux oiseaux ou bétea de proie , afin que ces animaux , ou plutôt les êtres dont ils n'étaient que les agents, épargnassent les troupeaux. — Une autre coutume du même genre a long-temps fleuri en Ecosse. Dans plusieurs paroisses, on laissait une portion de terrain, qu'on nommait le cJ09 de Gudêman, sans le labourer ni le cultiver. Personne ne doutait que le clos du bonhomme (Gudeman) ne fût consacré à quelque esprit oiat£»isa&i< En effet, c'était la pokion de Satan
lui-même , que nos ancêtres désignaient par un nom qui ne pôt offenser ce terrible habîtant des régions du désespoir. Cet abus devint si général que l'Église publia à ce sujet une ordonnance qui le traite d'usage impie et scandaleux. Et il existe encore plusieurs personnes qui ont été habituées à regarder avec effroi tout lieu inculte, dans l'idée que, lorsqu'on y voudra porter la charrue, les esprits qui rhabitent manifesteront leur colère. Nousmêmes nous connaissons beaucoup d'endroits voués à la stérilité par une superstition po* pulaire dans le pays de Galles , en Irlande et en Ecosse. — Nixas ou Nicksa, dieu d'une rivière ou de l'Océan , adoré sur les bords de la Baltique, paraît incontestablement avoir tous tes attributs de Neptune. Parmi les vents brumeux et les épouvantables tempêtes de ces sombres contrées , ce n'est pas sans raison qu'on l'a choisi comme la puissance la plus contraire à Thomme , et le caractère surnaturel qu'on lui a attribué est parvenu jusqu'à nous sous deux aspects bien différents. LaNixa des Germains est une de ces aimables fées , nommées Naïades par les anciens ; le vieux Nick (le diable en Angleterre) est un véritable descendant du dieu de la mer du Nord, et possède une grande portion de sa puissance. Le matelot anglais, qui st^mble ne rien craindre, avoue la terreur que lui inspire cet être redoutable , qu'il regarde comme l'auteur des différentes calamités auxquelles sa vie précaire est continuellement en butte. — Le Bhar-Guest ou Bhar-Geisl, appelé aussi Dobie, dans le comté d'York, spectre local qui, sous différentes formes, hanle un endroit particulier, est une divinité qui , ainsi que l'indique son nom , nous vient des anciens Teutons ; et s'il est vrai que quelques familles portant le nom de Dobie ont un fantôme ou spectre passant dans leurs armoiries, ce fait démontre pleinement que, quoique le mot soit devenu un nom propre, son origine ne s'est pas perdue. — On trouve dans l'Eyrbiggia Saga l'histoire curieuse d'une lutte entre deux sorcières du nord. L'une d'elles, Geirada, était résolue à faire mourir Oddo, le fils de l'autre, nommée Kalta, qui, dans une dispute, avait coupé une main à sa bru. Ceux qui devaient tuer Oddo partirent et revinrent déconcertés par Thabilelé de sa mère. Ils avaient rencontré seulement, dirent-ils, Kalta filant du lin à une grande quenouille. « Fous, leur dit Geirada, cette quenouille était l'homme que vous cherchiez. » Ils retournèrent , saisirent la quenouille et la brûlèrent. Mais alors la sorcière avait caché son fils sous la forme d'un chevreau apprivoisé. Une troisième fois elle lui
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donna la figure d'un porc graUant dans leâ cendres. Les meurtriers revinrent à la charge encore, ils entrèrent pour la quatrième fois, 8*emparèrent de l'objet de leur anlmosilé et le mirent à mort. — Los Norvégiens, imbus de sombres superstitions, croyaient que quelquefois lorsque Tàme abandonnait le corps , elle était sur-le-champ remplacée par un démon qui saisissait l'occasion d'occuper son dernier séjour. Le récit suivant est fondé sur celle supposition. Saxo-Grammalicus parle de deux princes norses qui avaient formé entre eux une fraternité d'âmes, s'engageant à se secourir et à s'aider dans toutes les aventures 011 ils se trouveraient jetés pendant leur vie, et se promettant par le serment le plus solennel qu'après la mort de Tuu d'eux, Tautre descendrait vivant dans la tombe de son frère d'armes et se ferait enfermer à ses côtés. Il fut donné à Âsmund d'accomplir ce serment terrible. Âssueit , son compagnon , ayant été tué dans une bataille, la tombe, d'après les usages du NorJ , fut creusée dans ce qu'ils nommaient l'Age des Montagnes, c'est-à-dire en un endroit exposé à la vue et que l'on couronnait d'un tertre. On construisit une épaisse voûte; dans ce monument sépulcral furent déposés les armes, les trophées, peut-être le sang des victimes, les coursiers des champions; ces cérémonies accomplies, le corps d' Assueit fut placé dans sa dernière demeure, et son dévoué frère d'armes entra et s'assit à côté du cadavre, sans témoigner, par un mot ou par un regard, la moindre hésitation à remplir son engagement. Les guerriers lémoins de ce singulier enterrement d'un vivant avec un mort roulèrent une large pierre sur l'ouverture de la tombe ; puis, entassant de la terre et des pierres sur l'endroit , ils bâtirent une élévation , visible à grande distance, et, après de bruyantes lamentations sur la perle de ces vaillants chefs, ils se dispersèrent. — Bien des années se passèrent; un siècle même s'était croulé, lorsqu'un noble suédois, engagé dans une périlleuse aventure et suivi d'une troupe vaillante, arriva dans la vallée qui prend son nom de la tombe des frères d'armes. Le fait lui fut raconté, et le chef résolut d'ouvrir le tombeau, soit parce qu'il voyait là une action héroïque, soit pour s'emparer des armes et surtout des épées avec lesquelles s'étaient accomplies de grandes actions. Les soldats se mirent à l'œuvre; ils eurent bientôt écarté la terre et les pierres et rendu l'entrée d'un accès facile. Mais les plus vaillants reculèrent lorsqu'au lieu du silence des tombeaux ils entendirent des cris horribles, un choc d'épées, un cliquetis d'armes et
tout le bruit d'un combat à mort entre deux champions furieux. A l'aide d'une corde, un jeune guerrier fut descendu dans le sépulcre. Mais au moment où il y entra , un autre individu, se précipitant, prit sa place dans le nœud coulant ; et lorsque la corde fut retirée, au lieu de leur camarade , les soldats virent Asmund , celui des deux frères d'armes qui s'était enterré vivant. Il parut un glaive nu à la main, son armure à moitié arrachée, le côté gauche de son visage déchiré comme par les griffes de quelque bête féroce. Il n'eut pas plutôt revu la clarté du jour que , saisi d'enthousiasme , il entreprit un long récit en vers, contenant l'histoire de ses combats dans la tombe pendant les cent ans qui s'étaient écoulés. Il conta qu'à peine le sépulcre fermé, le mort Assueit s'était levé de terre , animé par quelque goule affamée, et qu'ayant commencé par mettre en pièces, pour les dévorer, les chevaux ensevelis avec lui , il s'était jeté sur son compagnon pour le traiter de la même manière. Le héros, loin de se laisser abattre, saisit ses armes et se défendit vaillamment contre Assueit, ou plutôt contre le méchant génie qui s'était emparé de son corps. Il soutint u*n combat surnaturel qui dura tout un siècle ; il venait d'obtenir la victoire en terrassant son ennemi et lui enfonçant un pieu dans le corps , ce qui l'avait réduit à celte immobilité qui convient aux habitants des tombeaux. Après avoir ainsi chanté ses exploits, le fantastique guerrier tomba mort. Le corps d'Assueit fut retiré de la tombe, brûlé, et ses cendres jetées au vent ; celui de son vainqueur fut déposé dans ce même lieu où l'on espérait que son^sommeil ne serait plus troublé. Ces précautions prises contre uneseconde résurrection d'Assueit nous rappellent celles qu'on adoptait dans les îles grecques et dans les provinces turques contre les vampires. Elles indiquent aussi l'origine d'une ancienne loi anglaise contre le suicide , qui ordonnait d'enfoncer un pieu à travers le corps du mort pour le garder d'une manière plus sûre dans sa tombe. — Les peuples du Nord reconnaissaient encore une espèce de revenants qui , lorsqu'ils s'emparaient d'un édiBce ou du droit de le fréquenter, ne se défendaient pas contre les hommes d'après le principe chevaleresque du duel, ainsi que Gt Assueit , ni ne se rendaient aux prières des prêtres ou aux charmes des sorciers, mais devenaient fort traitables à la menace d'une procédure légale. L'Eyrbiggia-Saga nous apprend que la maison d'un respectable propriétaire en Islande se trouva, peu après que l'île fut habitée, exposée à une infestation de
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celle nature. Vers lecommencemenide l'hiver, il se manifesla , au sein d'une famille nombreuse, une maladie conlagieuse qui, emporlanl quelques individus de lout âge, sembla menacer lous les autres d'une mort précoce. Le Irépas de ces malades eul le singulier résultat de faire rôder leurs ombres autour de la maison , en lerrifîant les vivants qui en sortaient. Comme le nombre des morts dans celle famille surpassa bientôt celui des vivants , les esprits résolurent d'entrer dans la maison et de montrer leurs formes vaporeuses et leur affreuse physionomie jusque dans la chambre où se faisait le feu pour l'usage général des habitants, chambre qui pendant l'hiver en Islande est la seule où puisse se réunir une famille. Les survivants effrayés se retirèrent à l'autre extrémité de la maison et abandonnèrent la place aux fantômes. — Des plaintes furent portées au pontife du dieu Thor, qui jouissait d'une influence considérable dans l'île. Par son conseil , le propriétaire de la maison hantée assembla un jury composé de ses voisins , constitué en forme , comme pour juger en matière civile , et cita individuellement les divers fantômes et ressemblances des membres morts de la famille, pour qu'ils eussent à prouver en vertu de quel droit ils disputaient à lui et à ses serviteurs la paisible possession de sa propriété, et quelle raison ils pouvaient avoir de venir ainsi troubler et déranger les vivants. Les mânes parurent dans l'ordre où ils étaient appelés ; après avoir murmuré quelques regrets d'abandonner leur toit, ils s'évanouirent aux yeux des jurés étonnés. Un jugement fut donc rendu par défaut contre les esprits ; et répreuve par jury, dont nous trouvons ici l'origine , obtint un triomphe inconnu à quelques-uns de ces grands écrivains, qui en ont fait le sujet d'une culogie. — La quatrième et la cinquième lettre sont consacrées aux fées. Nous continuerons d'en présenter des extraits. — Les classiques, dit l'illustre auteur, n'ont pas oublié d'enrôler dans leur mythologie une certaine espèce de divinités inférieures , ressemblant par leurs habitudes aux fées modernes. — Le docteur Leyden, qui a épuisé sur les fées, comme sur beaucoup d'autres sujets , les trésors de son érudition , a trouvé la première idée des êtres connus sous le nom de Fées dans les opinions des peuples du Nord concernant les duergars ou nains. Ces nains étaient pourtant, il faut l'avouer, des esprits d'une nature plus grossière, d'une vocation plus laborieuse, d'un caractère plus méchant, que les fées proprement dites, qui étaient de l'invention des
Celtos. Les duergars n'étaient originairement que les naturels, diminués de laille, des na* lions laponne, finlandaise et islandaise, qui, fuyant devant les armes conquérantes des Asœ, cherchèrent les régions les plus reculées du Nord , et s'efforcèrent d'échapper à leurs ennemis de l'Orient. On a supposé que ces pauvres gens jouissaient, en compensation de leur taille inférieure, d'une puissance surnaturelle ; ils obtinrent ainsi le caractère des esprits allemands appelés kobolds, desquels sont évidemment dérivés les gobelins anglais et les bogies écossais. Les kobolds , espèce de gnomes qui habitaient les lieux noirs et solitaires , se montraient souvent dans les mines, où ils semblaient imiter les travaux des mineurs, et prendre plaisir à les tromper. Parfois ils étaient méchants, surtout si on les négligeait ou si on les insultait; mais parfois aussi ils étaient bienveillants. Quand un mineur découvrait une riche veine, on concluait, non pas qu'il eût plus d'habileté ou de bonheur que ses compagnons, mais que les esprits de la mine l'avaient dirigé. L'occupation apparente de ces gnomes souterrains ou démons conduisit naturellement à identifier le Finlandais ou le Lapon avec le kobold; mais ce fut un plus grand effort d'imagination qui confondit cette race solitaire et sombre avec l'esprit joyeux qui correspond à la fée. — Suivant la vieille croyance norse , ces nains forment la machine ordinaire des Sagas du Nord. Dans \esNiebelungen, un des plus vieux romans de l'Allemagne , compilé , à ce qu'il semblerait, peu après l'époque d'Attila, Théodoric de Berne ou de Vérone figure parmi un cercle de champions , qu'il préside. Entre autres vaincus célèbres domptés par lui , est l'Ëlf-roi ou Nain-Laurin , dont la demeure était dans un jardin de rosiers enchantés , et qui avait pour gardes -du-corps des géants. Il fut pour Théodoric et ses chevaliers un formidable antagoniste; mais comme il essaya d'obtenir la victoire par trahison, il fut, après sa défaite , condamné à remplir l'office déshonorant de bouffon ou jongleur à la cour de Vérone. — Celte possession d'une sagesse surnaturelle est -encore imputée par les na^ turels des iles Orcades et Shetland .aux êtres appelés drotvs , mot qui est une corruption de duergar ou dwarf : ces êtres peuvent , sous beaucoup d'autres rapports, être identifiés avec les fées calédoniennes. Les Irlandais, les Gallois, les Gaëls ou Highianders écossais, toutes tribus d'origine celtique, assignaient aux hommes de paix^ aux bons voisins, ou de quelque autre nom qu'ils appelassent les pygmées champêtres, des hobilndcs plusso*
ctales et uo genre de vie beaucoup plus gai que ced rudes et nombreux iravaux des duergars sauvages. Leurs elves xk'évit^kieat pas la société des hommes, quoi(}M'ils ae xx)Dduisi&sent envers ceux qui ealraieiit m relations avec eux d'une manière si capricieuse qu'il était dangereux de leur déplaire. — Les occupations , les bienfaits, les amusements des (êes ressemblaient en tout à ees éires aéiiens. Leur gouyernemeol fut ioujours représettié comme monairchique. Un roi , plus fréquemmeut une reine des fées, étaieat reconnus, et parfois ienaÂejit ensemble leur cour. Leur luxe , leur pompe , leur magnificence dépas- ^ienl tout ^ que l'imagination pouvait concevoir. Dads leurs cérémonies , ils se pavafiaient sur des coursiers splendides. Les faucons et les lObiens qu'ils employaient à la cbasse étaiefil de la première espèce. A leurs banquets de tous les jours, la table était servie avec une opulence qMe les rois les plus puissants ne pouvaient égaler; leurs salles de dbnse reteoUssaient de la plus exquise mu* sique. Mais vue par l'œil d'un propbèl£, l'illusion s'évanouissait; les jeunes «hevalierset les jolies daoïes ne semblaient plus que des rustres ridés et de hideuses souillons. Leurs pièces d'argent se cbangeaient en ardoise , leur brillanie vaisselile eu corbeilles d'osier bizarrement tressées, et leurs mets, qui ne recevaient aucune saveur du sel ( le sel leur étant défendu parce qu'il est l'emblème de l'éternité ), devenaient insipides et sauis goiàt ; les magnifiques salons se transformaient <en misérables cavernes humides; toutes ces .délices de rÉlysée des fées s'anénotissaient en même temps • — Une bostil^lé sérieuse était , supposait-on, conslamo^nt pratiquée par les fces contre les mortels : 4le coosistaU è en-^ lever leurs enfants et à les élever comme s'ils appartenaient à leur race. Les enfants uon baptisés étaient principaleoçkout exposés à ce malheur; n^eis les adultes pouv;aient Mm être arrachés à la t^rre, s'ils avaient coimmis quelque action qui Içs soumit au pouvoir de ces esprits, et, par ^siemple., pour pous servir de la phrase Régale , ^'iJs avaient été pris sur le fait. S'endormir sur une montagne dépendante du ro;yau^e des fées, où il se trouvait que leur cour fOi pour le moment tenue, i^ait un moyen facile d'obtenir un p^^se-port po,uf Ëlfland , c'est-à-dire Tile des fé^ : beureuj^ picore le coupable, si les fées dans leur courroux se contentaient en pareille occasion de le transporter à travers les airs dans une viUje éloi^ée d'une quarantaine de milles, et de laisser pcul-élre son chapeau ou son bonnet sur quelque cloclier, pour marquer la droite
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ligne de la course. D'autres, qui fuisaîent une action illégale ou s'abandonnaient à quelque passion invétérée , s'exposaient aussi à aller habiter la fameuse tle. Cette croyance existait en Irlande. Glanville , dans sa Dix-huitiéme Relation, parle du sonuœlier d'un gentilhomme, voisin du comte d'Orrery, qu'on envoya acheter des cartes. En traversant les plaines, il vit une table entourée de gens qui semblaient festoyer et faire bonne chère. Ils se levèrent pour le saluer et l'invitèrent à partager leur repas ; mais une voix aoiie de la bande lui murmura à l'oreille : « Ne faites rien de ce qu'on vous dira dans cette oompa* goie. » En conséquence, il refusa de prendre part à la réjouissance; la table s'évanouit aussitôt, et toute la société se mit à danser et à jouer de divers instruments ; il ne voulut pas davantage participer à leur musique. On le iaissa pour le moment ; mais, «q dépit des efforts de milord Orrery, en dépit de deux évèques anglicans, en dépit de M. Gréatrix^ ce fut tout ce qu'on put faire que d'em|)édier le sommelier d'être emmené par les (ées qui le regardaient comme leur proie. ËUes i'eolevèrenten Pair quelques instants. Le spectre, qui d'abord l'avait conseillé, continua à le visiter, et Jui découvrit qu'il était l'âme d'une de SOS connaissances morte depuis sept ans. « Vous savez, ajouta-t-il , que j'ai mené une vie désordonnée ; depuis j'ai toujours été ballotté de bas en baut et de haut en bas , sans jamais avoir de repos dans la compagnie où vous in'avez vu ; j'y resterai jusqu'au jour du jugen^ent. » Il déclara en ouire que si le sommelier nv-eit reconnu Dieu da'ns toutes ses œn^ vres , 41 n'aurait pes tant souffert du pouvoir des fées. Il Jui rappela qu'il n'avait pas prié Dieu le matin où il ^v^ait rencontré la troupe dans la plaine, et que même il allait remplir une commission coupable. — On prétend que lord Orrery a confirmé toute cette histoire , assurant même qu'il avait vu le sommelier soutenu en l'air par les êtres invisibles qui voulaient l'enlever. Seujicxnent il ne disait pieo de cette circonsjl^ce, (^ semUe appeler action illégitime l'acliat d'un jeu de cartes. — L^ raison assignée à cet usege de voler ries .enfants , si habituellement pratiqué par les fées , venait , dit-on , de ce qu'elles étnient obligées de payer ^ux régions infernales un ^>but annuel de leur popi^hUion, tribut dont elles tâchaient de se défrayer en livrant av ^ prince de ces réjgions les enfants de la rac? Y bui;Qaine plutôt que les leurs. De oe fait oo doit conclure qu'elle^ ^vi^eot elies-mém^ des descendu nls, comme le soutiennent plusieurs autorités, etparticuliècewenlM. Kirkei
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miuisiro d'Abcrf(»yle. 11 «ijowlo, il o.-l \nii, qu'après une cerlaine duréo de vie, ces esprits sont sujets à la loi universelle de la mortalité ; opinion qui cependant a été controversée. — Rapportons maintenant les aventures mer- Teilleuses de Thomas d'Erceldoune, l'une des plus vieilles légendes de fées que l'on connaisse. Thomas d'Erceldoune , dans le Lauderdale, surnommé le Rimeur, parce qu'il avait composé un roman poétique sur Tristrem et Yseult, roman curieux comme l'échantillon de vers anglais le plus ancien qu'on sache exister, florissait sous le règne d'Alexandre IH d'Ecosse. Ainsi que d'autres hommes de talent à celte époque, Thomas fut soupçonné de magie. On disait aussi qu'il avait le don de prophétiser, on va voir pourquoi. Un jour qu'il était couché sur la colline appelée Huniley, dans les montagnes d'Eildon, qui dominent le monastère de Melrose, il vit une femme merveilleusement belle; son équipement était celui d'une amazone ou d'une divinisé des bois; son coursier était de la plus grande-beautéjàsa crinière étaient suspendues trente-neuf sonnettes d'argent que le vent faisait retentir; la selle était &os royal, c'està-dire d'ivoire, ornée d'orfèvrerie ; tout correspondait à la ma>»nificence de cet équijiement. La chasseresse avait un arc en main et des flèches à sa ceinture. Elle conduisait trois lévriers en laisse, et trois bassets la suivaient de près. EHe rejeta l'hommage féodal que Thomas voulut lui rendre , en disant qu'elle n'y avak aucun droit. Thomas, éperdument épris, lui proposa alors de l'épouser. La dame lui répoivdit qu'il ne pouvait être son époux sans devenir son esciave ; et comme il acceptait, l'extérieur de la belle inconnue se changea aussitôt en celui de la plus hideuse sorcière : tout un côté de son visage était flétri et comme attaqué de paralysie; son teint, naguère si brillant, était maiiUenantde la couleur brune du plomb. Toute affireuse qu'elle était, la passion de Thomas l'avait mis sous sa puissance, et quand elle lui ordonna de prendre c^ngé du soleil et des feuilles qui poussent sur les arbres, il se sentit contraint de lui obéir. Ils pénéinàceai é»ïis une caverne où il voyagea tiTois jours au milieu de l'obscurité, tantôt eiidméM le mugissement d'une mer lointaine, ianiôt marchant à trav^ers des ruisseaux de aang qui coupaient la route souterraine. EîiQfin il revit la lumière du jour, et arriva dans un beau verger. Épuisé, faute de nourriture , H avj8iflQ9 la main vers les fruits magnifiques ^ pendent de toute part autour de lui ; mais sa conductrice lui défend d'y touçtmTi Imî apprenait que ce ^nt les pommes
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fijl^los qui ont occasionné la chute de Thomme. Il s'aperçoit aussi que sa conductrice n'était pas plus tôt entrée dans ce mystérieux jardin, n'en avait pas plus tôt respiré l'air magique, qu'elle avait repris sa beauté, son riche équipage et toute sa splendeur ; qu'elle était aussi belle, et même plus belle, que lorsqu'il l'avait vue pour la prcm ère fois sur 4a montagne. Elle se met alors à lui expliquer la nature du pays. « Ce chemin à droite, dit-ette, mène les esprits des justes au Paradis; cet autre à gauctie, si bien ballu, conduit les âmes pécheresses au lieu de leur éternel châtiment; la troisième route, par le noir souterrain, aboutit à un séjour de souffrances plus douces, d'où les prières peuvent retirer les péc*ieurs. Mais voyez-vous encore une quatrième voie qui serpente dans la plaine autour de ce château? C'est la route d'EIfland, dont je suis la reine ; c'est aussi celle que nous allons suivre maintenant. Quand nous entrerons dans ce château, observez le plus strict silence, ne répondez à aucune d(S questions qui vous seront adressées ; j'expliquerai votre mutisme on disant que je vous ai retiré le don de la parole en vous arrachant au inonde des bumains. » — Après ces instructions, ils se dirigèrent vers le château ; en entrant dans la cuisine, ils se trouvèrent au milieu d'une scène qui n'eût pas été mal placée dans la demeure d'un grand seigneur ou d'un prince. Trente cerfs étaient éiendus sur la lourde table de cuisine , et de nombreux cuisiniers travaillaient à les découper et à les apprêter. Ils passèrent ensuite dans le salon royal ; des chevaliers et des dames , dansant par trois , occupaient le milieu. T^homas, oubliant ses fatigues, prit part aux amusements. Après U4i espace de temps qui lui sembla fort court, la reine le tenant à l'écart lui ordonna de se préparer à retourner dans son pays. « Maintenant , ajouta-l elle , ronibien croyez^vous être resté de tem^is ici? ^ Assurément, belle dame , répondit Thomas , pas plus de sept jours. — Vous êtes dans l'erreur, réponditeiie; vous y êtes demeuré sept ang , et il est bien temps que vous en sortiez. Saebez, Thomas, que le éiabie de i'en£er viendra demain demander son tribut, et un honsme comme vousaUirera ses regards; c'est pour«quoi levons-nous et partons. » Cette terrible nouvelle réconcilia Thomas avec l'idée d^son départ bars de la terre des fées; la reine ne fut pas longue à le replacer sur la cofline d'UuDtley, où chantaient les oiseaux. Elle iui fit ses adieux; et, pour lui assurer une répudiation f le gratifia de la langue qui ne peut mentir . Thomas, dès lors, toutes les fois qiie
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la conversation roulait sur ravenir, acquit une réputation de prophète, car il ne pouvait rien dire qui ne dût infailliblement arriver, et s'il eût été législateur au lieu d'éhe poète, nous avions ici l'histoire de Nunna et d'Ëgéric. — Thomas demeura plusieurs années dans sa tour près d'Erceldoune , et il jouissiut tranquillement de la réputation que lui avaient faite ses prédictions , dont plusieurs sont encore aujourd'hui retenues par les gens de la campagne. Un jour qu'il traitait dans sa maison le comte de Mardi , un cri d'ét(nnement s'éleva dans le village à Tapparition d'un cerf et d'une biche qui sortirent de la forél , et, contrairement à leur nature timide, continuèrent tranquillement leur chemin en se dirigeant vers la demeure de Thomas. Le prophète quitta aussitôt la table ; voyant dans ce prodige un avertissement de son destin , il reconduisit le cerf et la. biche dans la forêt, et depuis, quoiqu'il ait été revu accidentellement par des individus auxquels il voulait bien se montrer, il a rompu toute liaison avec l'espèce humaine... — On a supposé de temps en temps que Thomas d'Erceldoune , durant sa retraite, s'occupait à lever des troupes pour descendre dans les plaines, à quelque instant critique pour le sort de son pays. On a souvent répété l'histoire d'un audacieux jockey , lequel vendit un cheval à un vieillard trèsvénérable d'extérieur, qui lui indiqua dans les montagnes d'Eildon Lucken-Hare, comme l'endroit où, à minuit sonnant, il recevrait son prix. Le marchand y alla , son argent lui fut payé en pièces antiques, et l'acheteur Tinvita à visiter sa résidence. Il suivit avec étonnement plusieurs longues rangées de stalles, dans chacune desquelles un cheval se tenait immobile, tandis qu'un soldat armé de toutes pièces était couché , aussi sans mouvement , aux pieds de chaque noble animal. « Tous ces hommes, dit le sorcier à voix basse, s'éveilleront à la bataille de Sheriffmoor. » A l'extrémité étaient suspendus une épée et un cor que le prophète montra au jockey comme renfermant les moyens de rompre le charme. Le jockey prit le cor et essaya d'en donner. Les chevaux tressaillirent aussitôt dans leurs stalles ; les soldats se' levèrent et 6rent retentir leurs armes, et le mortel épouvanté laissa échapper le cor de ses mains. Une voix forte prononça ces mots : « Malheur au lâche qui ne saisit pas le glaive avant d 'enfler le cor. » Un tourbillon de vent chassa le marchand de chevaux de la caverne , dont il ne put jamais retrouver l'entrée....
Voici une autre histoire qui montrera la part que les fées ont prise quelquefois aux
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divinations et aux opérations de sorcellerie.
— Le 8 novembre 4576 , Elisabeth ou Bessie Dunlop, épouse d'André Jack, demeurant à Lyne , au comté d'Ayr, fut accusée de magie , do sorcellerie et de déception pratiquées sur les gens du peuple. Ses réponses aux interrogatoires des juges furent curieuses. Comme on lui demandait car quel art elle pouvait dire où se trouvaient certains objets perdus , ou prophétiser l'issue d'une maladie , elle répliqua que par elle-même elle n'avait ni connaissance ni science aucune sur de telles matières , mais qu'elle avait l'habitude de s'adresser à un certain Thome Reid , mort à la bataille de Pinkie (le 40 septembre 4547] , qui lui résolvait toutes les questions qu'elle lui faisait. Elle décrivait ce personnage comme un homme respectable, à barbe grise, portant un justaucorps gris avec d'amples manches , suivant la vieille mode ; une culotte grise , des bas blancs attachés autour des genoux , un bonnet noir, fermé par derrière et ouvert par devant, un bâton blanc à la main, complétaient sa mise. Interrogée sur sa première entrevue avec ce mystérieux Thomc
Reid, elle fit un exposé des malheurs qui l'avaient portée à se servir de lui. Elle conduisait ses vaches nu pâturage, gémissant sur son mari et son fils malades, tandis qu'ellemême n'était pas bien portante , attendu qu'elle relevait de couches. Elle rencontra alors Thome Reid pour la première fois : i! la salua. — « Bessie, lui dit-il , comment pouvez-vous tant vous désoler pour les choses de ce monde? — N'ai -je pas raison de m'afiliger, répondit-elle, puisque nos biens dépérissent , que mon mari est sur le point de mourir, que mon nouveau-né ne vivra point , et que je suis moi-même encore si faible?
— Bessie, répliqua l'esprit , vous avez déplu à Dieu, en lui demandant une chose que vous n'auriez pas dû demander, et je vous conseille de réparer votre faute. Je vous lo dis , votre enfant mourra avant que vous ne soyez rentrée à la maison ; vos deux brebis mourront aussi, mais votre mari recouvrera la santé et sera aussi robuste que jamais. » La bonne femme se consola un peu en apprenant que son mari serait du moins épargné ; mais elle fut très-alarmée en voyant l'homme surnaturel qui l'avait accostée passer devant elle et disparaître par un petit trou dans le mur de l'enclos. Une autre fois , elle le rencontra à rÉpine de Dawmstarnik , et il lui offrit l'abondance de tous les biens, si elle abjurait le christianisme et la foi de son baptême. Elle répondit qu'elle aimerait mieux être traînée à quatre chevaux que d'en rien faire, mai9
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qu'elle se conformerait à ses avis sur des points moins importants. Il la quitta avec déplaisir. Bientôt après il apparut vers Theure de midi dans sa maison, où se trouvaient alors son mari et trois matelots. Ni André Jack ni les trois matelots ne remarquèrent la présence du fantôme tué à Pinkie ; de sorte que , sans être aperçu d'eux , il emmena Bessie près du four. Là il lui montra une réunion de huit femmes et de quatre hommes. Les femmes , enveloppées dans leurs manteaux^ avaient bonne mine. Ces étrangers la saluèrent et dirent : « Bonjour, Bessie, veux-tu venir avec nous? » Elle garda le silence, comme Thome Reid le lui avait recommandé. Elle vit leurs lèvres remuer, mais elle ne comprit pas ce qu'ils disaient, et peu après ils s'éloignèrent avec le bruit d'une tempête. Thome lui expliqua que c'étaient les fées de la cour d'Ëlfland qui» venaient l'inviter à y aller avec elle. Bessie répliqua qu'avant de prendre ce parti elle avait besoin de réfléchir. Thome repartit : a No vois-tu pas que je suis bien nourri , bien vêtu, et que j'ai bonne tournure? » Puis il rassura qu'elle jouirait d'une aisance plus grande que jamais. Mais elle déclara qu'elle était à son mari et à ses enfants, et qu'elle ne voulait pas les quitter. — Quoiqu'ils fussent ainsi en désaccord , le fantôme continua cependant à la voir fréquemment et à l'aider de ses conseils; lorsqu'on la consultait sur les maladies des hommes ou des animaux, sur la manière de recouvrer des objets perdus ou volés, elle était, en prenant l'avis de Thome Reid, toujours capable de répondre aux questions. Elle disait que Thome lui avait , de sa propre main , remis les herbes dont elle s'était servie pour guérir les enfants de John Jack et de Wilson de Townhead. Elle avait aussi secouru efficacement une femme de chambre de la jeune lady Stanlie , dont la maladie était « un sang chaud qui se portait sur le cœur, » et qui lui causai^des évanouissements fréquents. En cette circonstance, Thonie composa un remède puissant : c'était de l'aie qu'il avait fait brouillir avec des épices et un peu de sucre blanc , le tout devant être bu chaque matin à jeun. Pour cette ordonnance, les honoraires de Bessie Dunlop furent une mesure de farine et un morceau de fromage. La jeune femme se rétablit. Mais la pauvre vieille lady Kilbowie ne put guérir sa jambe qui était torse depuis longues années, car Thome Reid dit que la moelle de l'os avait péri et que le sang s'était glacé. Ces opinions indiquent du moins de la prudence et du bon sens, que nous les attribuions à Thome Reid ou à Taccusée dont il était le patrop. Les ré-
ponses faites en cas d'objets volés étaient pleines d'adresse, et quoiqu'elles servissent rarement à faire rentrer les gens dans leurs biens , elles donnaient généralement de bonnes rai::ons. Ainsi le manteau de Hugues Scott ne put être rattrapé , parce que les voleurs avaient eu le temps d'en faire un justaucorps. James Jamieson et James Baird eussent retrouvé leurs charrues de fer qu'on leur avait volées, sans la volonté du destin qui décida que William Dougal, officier du shériff, un de ceux qui faisaient des perquisitions , recevrait un présent de trois livres pour ne pas les retrouver. Bref, quoiqu'elle eût perdu un cordon que Thome Reid lui avait donné , et qui , attaché autour du cou des femmes en mal d'enfant, avait le pouvoir de mener leur délivrance à bien, la profession de sagefemme qu'elle exerçait semble avoir prospéré jusqu'à l'heure où elle attira sur elle le mauvais œil de la lui. — Interrogée plus minutieusement au sujet de son familier, elle déc'ara ne l'avoir jamais connu pendant qu'il était en ce monde ; mais elle savait de science certaine que, durant sa vie sur la terre, Thome Reid avait été officier du laird de Blair, et qu'il était mort à Pinkie. Il l'envoyait chez son 61s qui lui avait succédé dans sa charge et chez d'autres de ses parents , à qui il ordonnait de réparer certaines fautes qu'il avait commises sa vie durant; et dans ces occasions il lui remettait toujours des signes auxquels on le reconnaissait. Une de ces commissions était assez remarquable.
Bessie était chargée de rappeler à un voisin certaines particularités qui devaient lui revenir dans la mémoire lorsqu'elle lui dirait que Thome Reid et lui étaient partis ensemble pour la bataille du samedi noir; que l'individu à qui s'adressait le message inclinait pour prendre une direction différente, mais que Thome Reid l'avait menacé de poursuivre sa route seul ; qu'il l'avait mené à l'église de Dalry; que là il a\ait acheté des ligues, et qu'il lui en avait fait cadeau en les attachant dans son mouchoir; qu'après cela ils étaient allés de compagnie au champ où se livra la bataille du fatal samedi noir, comme on appela long-temps la bataille de Pinkie. — Quant aux habitudes de Thome , elle disait qu'il se conduisait toujours avec la plus stricte décence , sinon quand il la pressait de venir à Elfland avec lui , et qu'il la prenait par son tablier pour l'entraîner. Elle disait encore l'avoir vu dans des lieux publics , dans le cimetière de Dalry et dans les rues d'Edimbourg, où il se promenait, prenant les marchandise^ exposées en veat^ sans (jue per-
sonne s'en aperçût. Elle ne lui parlait pas alors, car il avait défendu de Paccoster eo pareilles occasion.^, à moins qu'il n'adressât le premier la parole. Interrogée pourquoi cet être incompréhensible sYHait attaché à elle plutôt qu'à d'autres, l'accusée répondit qu'un jour qu'elle était couchée dans son lit, prèle à donner naissance à un de ses enfants, une grande femme était entrée dans sa cabane, s'était assise sur le bord de son lit, et sur sa demande qu'on lui avait donné à boire. Cette visite avait précédé la rencontre de Thome Reid près du jardin de Montcaslle; car ce digne personnage lui avait expliqué que la grande visiteuse était la reine des fées, et que depuis lui-même l'avait servie par ordre exprès de cette dame, sa reine et maîtresse. Thome apparaissait devant Bessie après trois sommations ; son commerce avec elle dura près de quatre ans. Il la priait souvent de venir avec lui lorsqu'il s'en retournait à Elfland; et quand elle le refusait, il secouait la tête en disant qu'elle s'en repentirait. — Bessie Dunlop déclara encore qu'un jour, allant mettre son bidet aux ceps près du lac Restalrig, à la porte orientale d'Edimbourg , elle entendit passer un corps de cavalerie qui faisait un tapage horrible, que ce tapage s'éloigna et parut se perdre dans le lac avec d'afifreux retentissements. Pendant tout le vacarme elle ne vit rien ; mais Thome lui dit que le tapage était produit par une cavalcade des fées. — L'intervention de Thome Reid, comme associé dans son métier de sorcière, ne servit de rien à la pauvre Bessie Dunlop. Les terribles mots écrits sur la marge de l'arrêt « Convaincue et briilée » indiquent suffisamment la fin tragique de l'héroïne de cette curieuse histoire. — Nous en finirons avec les fées par ce dernier récit. — \]\\ tisserand de Berwick était marié à une femme qui , après avoir mis au monde trois enfants, mourut en couche du quatrième, dons de grandes convulsions. Comme elle était extrêmement défigiirée après sa' mort, les commères crurent que , par suite de quelque négligence de la part de ceux qui avaient gardé la malade, elle avait été emportée par les fées, et que ce cadavre défiguré avait été substitué à sa place. Le veuf donna peu d'attention à ces propos ; après avoir pleuré sa femme pendant l'année de deuil , il commença à regarder comme prudent de former un second mariage. H ne tarda pas à trouver ure voisine dont la bonne mine lui plut, tandis que son heureux caractère semblait promettre qu'elle traiterait Bien les enfants de son mari. H t-c proposa, fut agréé , fil publier l'es
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bans , selon l'usage. Comme it avait aimé sa première femme , il est probable que le projet d'un changement capital dans sa situalioa reporta ses souvenirs sur le temps de leur union, et lui rappela les bruits extraordinai^ res qui avaient couru à l'époque de sa mort} tout cela lui valut le rêve extraordinaire (}tte voici. Étant couché dans son lit sans dormir, a ce qu'il lui semblait, il vit, à l'heure de minuit , si favorable aux apparitions, la figure d'une femme habillée de blanc, qui entra dans sa maison , se plaça. à côté de son lit, et lui sembla l'image de sa défunte épouse. Il la conjura de parler : quel fut son étonnement de lui entendre dire qu'elle n'était pas morte, mais retenue contre son gré prisonnière par les mauvais esprits! Elle ajouta que, si l'amour qu'il avait eu jadis pour elle n'était pas éteint , il lui restait un moyen de la rappeler ou de la regagner, comme on disait alors, de l'affreux royaume des fées. A un certain jour qu'elle désigna, il devait rassembler les plus respectables femmes de la ville , et aller avec elles, le pasteur en tête , déterrer le cercueil dans lequel on la supposait enterrée. « Le pasteur, dit encore l'apparition, récitera certaines prières; alors je m'élancerai du cercueil , et je fuirai avec une extrême légèreté autour de l'église; vous aurez soin d'avoir avec vous le plus agile coureur de la paroisse (elle indiqua un homme renommé pour sa vitesse) ; il me poursuivra, et un autre, le forgeron (connu pour sa force), me saisira aussitôt que le premier m'aura atteinte : par ce moyen, je reprendrai ma place dans la société des hommes. » — Le lendemain matin le souvenir de ce rêve attrista le pauvre veuf; mais, troublé par ses scrupules, il ne fit rien. La nuit suivante, la vision reparut, ce qui n'est pas étonnant. La troisième nuit^ elle se montra encore avec un visage sombre et irrité ; elle lui reprocha son manque de tendresse; elle le conjura pour la dernière fois de se conformer à ses instructions, ajoutant que, s'il les négligeait, elle n'aurait plus le pouvoir de revenir sur la terre et de s'entretenir avec lui. — Le mari épouvanté alla faire confidence de son embarras à son pasteur. Ce révérend personnage , plein de sagacité, n'essaya pas de révoquer en doute la réalité de la vision qui troublait son paroissien; mais il prétendit que ce n'était qu'une illusion produite par le diable. Il expliqua au pauvre mari qu'aucun être créé n'avait la puissance de retenir captive une âme chrétienne; il le conjura de croire' que sa femme ne pouvait être que dans la situation où Diou l'avait placée; il lui fit compren-
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(Ire que, cemrwe merrtbre de l'église d Ecosse, \\ ne pouvait autoriser l'ouverture d'un eercueil , ni employer des prières dans des praiiques d'un caractère superstitieux. Le bonhomme j confondu , demanda à son pasteur oe qu'il devait faire, a Je vous conseillerai d^ mon mieux , répondit celui-ci. Obtenez le consentement êe votre fiancée pour vous rtiarie^ denmin, ou »»jourd'hui si vous^ pouvez; je prendrai sur moi dé vous dispenser du resté des bans , ou d'en faire trois publications eil un jour. Vous aurez une nouvelle feïume; vous ne vous rappellefez plus la première , dont la mort vous a séparé. L'avis M suivi', et le pauvre mari n'eut plus d'autres visites de sa première épouse. — La sixième letlre Iraile principalement des es|>rits famifiers, dont le plus iikistre étâi« le célèbre IPut^k ou Robin Goodfellovv, qui , chez les sylphes , jotlait en quelque eorle le rôle de fou ou dé bouiïon' de la rompagnie. Ses plaisanferi^s étaient du comique à la fois le plus simple et le plus saugrenu : égarer im paysan qui se rendait chez lui , prendre la forme d'un siège afin de faire tomber une vieille commère sur son derrière, lorsqu'elle croyait s'asseoir sur une chaise, étaient ses principales jouissances. S'il se prêtait à faire quelque travail pour les gens de la maison pendant leur sommeil , c'était à condition qu'on lui donnerait u^' déjeuner délicat. — La septième , la ftViitîèmé'et la neuvième lettres s'occupent des sérciefs et* de la sorcellerie. Nous n'en reproduirons rfen, lion* plus que de l'a' dernière, consacrée aux dèvms et a'ux revenants , lout ee dictionnaire étant parsemé à ce' sujet de faits et de documents qui suffisent au lecleur
'Wattî^ (Pierre). -7 II a publié au dixseptième siècle la Ùoctrine et interprétation des songes , oomme traduite de l'arabe de Gabdorrhaman . fiU de Nosar • in-12 , Paris ,
'^■«riii't (Jean) , — céfèbre démonographe brabançon , élève d'Agrippa, qu'il a défendu dans ses éccils. On lui' doit lesrittq livret des Prestiges des Démons, traduit»? en* fronçais sous- ce titre ; CivKf livfes de rimpostttfe et tfomp^ié àeÉ êiabt^ , des mthehtemenfs et sorcelleries, pris du latin de Jeaiî Wier*, médecin du duc d^ Glèves, et faits français par Jacques Grevîn, de Clermont. Paris, iYi-8«, 4569. L'ouvrage de Wierus est plein de crédulité, d'idées bizarres, de contes populaires, d'rmagihafions, et riche de connaissances. — C'est ce même écrivain qui a publié un traité oufieux des lamies et l'inventaire de la fausse
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monarchie de Satan [Pseudomonarehia DœffKmum), oè nous avons trouvé de bonnes désignations sur presque tous les esprits de ténèbres citiés dans ce Dictionnaire.
tirtlîf . — t/ans quelques contrées de TAllemagne, toute fiancée qui meurt avant Té mariage, a p'ouV peu que de son vivant elle ait îin peu" trop aimé la danse, devient après sa mort ùïiè ivili, c'est-à-dire uli fantôme blanc et diaphane , qui s'abandonne chaque nuit à n*^ dansé d'outre'- tombe*. Celte danse des morts ne ressemble en rien à la danse terrestre ; elle est calme, grave, silencieuse. Lo pied effleure à peine la fleur chargée de rosée; la liine éclaire de son pâle rayon ces ébats sofénnels; tant que la nuit est au cie et! suf la terre, la ronde poursuit son chemin dans les bofs, sur hes montagnes, sur le bord des lacs bleus. Avcz-vous rencontré; à la fin d'une pénible journée de voyage, quand vous allez au hasard loin des chemins tracés , ces flammes isolées qui s'en vont çà et là à travers les joncs des marécages ? Malheureux voyageur, prenez garde ! ce sont les wilis qui dansent ; c'est la ronde infernale qui vous provoque de ses fascinations puissantes. Prenez garde , n'allez pas plus loin , ou vous êtes perdu. Les wilis, ajoute Jules Janin, que nous copions ici , sautent jusqu'à l'extinction complète de leur partner mortel. »
yith^iuét&É (GtiïLtAtiME) , — sorcier* en Franche-Comté vers Fan 1600. Son fils, âgé de douze ans, lui reprocha d'avwt* été au sat>* bat et de l'y avoir mené. Le père' indigné s'écria : «Tu nous prrds tous deux ! ... » H protesta qu'il n'a vait jamais été â^n' sabbat. Néanmoins on prononça son arrêt , parce qà^il y avait cinq personnes qui le chargeaient; que d'ailleurs sa mère avait été suspecte, ainsi que son frère, et que beaucoup de méfaits avaient été commis nar lui. Comme il fut démontré que renfunl ne participait pas à la sorcellerie, il fut élargi K
'Woâén, — dieu suprême des anciens Germains,, le même quOdin. On laissait dans les moissons dvs épis pour ses chevaax , et dans les bois du gibier pour sa chasse. Les chercheurs ont trouvé que Woden , dont les races gerftiafttques ont fait God èn^ se convertissant aH> christianisme , a de l'analogie avec le Boudha des indiens».
Wôfofy, — monstres épouvantables c\\}\ , selon le récit de LomonôsofT, étaient chez les Slavons comme lés iréants chez les Grecs.
* M. Garinet, Hist. de la magie en France, p. 164.
* Voyez M. Ozanam, Recherches sur rélablisscinent d'il christianisrre en Allemagne.
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1. ^ Un médecin empirique, James Woodward, surnommé le docteur noir a ciiuse de son teint, est mort en 4844 à Cincinnati, laissant une fortune considérable. On a été surpris de trouver chez lui , dans une grande armoire vitrée , une immense quantité de petites fioles de diverses dimensions, les unes pleines et les autres vides^ et portant sur leurs étiquettes les noms et demeures de personnages habitant les différents États de TUnion. 11 y en avait aussi du Canada , des Antilles et du Mexique. Voici quel en était l'usage : le docteur noir se vantait de découvrir le diagnostic de toutes les maladies par des émanations des consultants , à quelque distance qu'ils fussent de lui. Le malade devait tremper son doigt pendant une heure dans une fiole remplie de l'eau la plus pure , et lui envoyer ensuite cette fiole soigneusement bouchée. L'eau, se trouvant ainsi imprégnée des sueurs du malade , était sou-
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mise à une analy^ chimique. Le docteur noir, sans autre indication, répondait au malade qu'il était attaqué ou menacé de phthisîe, de péripneumonie, de goutte, de rhumatisme , etc. , et il faisait ses prescriptions en conséquence. Quand il rencontrait juste , on était émerveillé de sa science profonde , et Ton demandait une consultation nouvelle, payée plus cher que la première. Les registres du docteur ont constaté qu'il avait répondu avec les plus grands détails à un grand nombre de ses malades sans prendre la peine d'analyser leurs émanations, car les fioles étaient encore hermétiquement fermées.
iVortîgem, — roi d'Angleterre. Voy.
Merun.
WnlfOD de la Cfolombîère (Marc). — On
lui doit le Palais des Curieux, où , entre autres sujets, il est question des songes, avec un traité de la physionomie. Orléans, 4660.
Zaphan, — démon du second ordre. Quand Satan et ses anges se révoltèrent contre Dieu, Xaphan se joignit aux mécontents , et il en fut bien reçu, car il avait losprit inventif. 11 proposa' aux rebelles de mettre le feu dans le ciel ; mais il fut précipité avec les autres au fond de Tabime , où il est continuellement occupé à souffler la braise des fourneaux avec sa bouche et ses mains.
Zerxèf. — Ayant cédé aux remontrances de son oncle Arlaban , qui le dissuadait de porter la guerre en Grèce, il vit dans son sommeil un jeune homme d'une beauté extraordinaire qui lui dit : Tu renonces donc uu projet de faire la guerre aux Grecs, après avoir mis tes armées en campagne?... Croismoi, reprends au plus tôt cette expédition, ou tu seras dans peu aussi bas que lu te vois élevé aujourd'hui. — Celte vision se répéta la nuit suivante. — Le roi étonné envoya chercher Arlaban , le fit revôtir de ses ornements royaux , en lui contant la double apparition qui l'inquiétait , et lui ordonna de se coucher dans son lit, pour éprouver s'il ne se laissait point abuser par riilusion d'un songe. Arlaban, quoiqu'il craii;nît d'offenser les dieux en les mettant ainsi à l'épreuve, fit ce que le roi voulut, et lorsqu'il fut endormi, le jeune
homme lui apparut et lui dit : a J'ai déjà déclaré au roi ce qu'il doit craindre , s'il ne se hâte d'obéir à mes ordres ; cesse donc de l'opposer à ce qui est arrêté par les destins. » — En même temps il sembla à Artaban que le fantôme voulait lui brûler les yeux avec un fer ardent; il se jeta à bas du Ut, raconta à Xerxès ce qu'il venait de voir et d*en< tendre , et se rangea de son avis , bien persuadé que les ôieui^ destinaient la victoire aux Perses; mais les suites funestes de cette guerre démentirent les promesses du fantôme.
Zetbeth, — démon des prodiges imaginaires, des contes merveilleux et du mensonge. Il serait impossible de compter ses disciples.
zitragupten. — Les Indiens appellent ainsi le secrétaire du dieu des enfers, qui est chargé de tenir un registre exact des actions de chaque homme pendant sa vie. Lorsqu'un défunt est présenté au tribunal du juge infernal, le secrétaire lui tneten main le mémoire qui contient bute la vie de cet homme ; c'est sur ce mémoire que le dieu des enfers règle son arrêt.
Zylomaneîe, — divination par le bois. On la pratiquait particulièrement en Esclavonie. C'était l'art de tirer des présages de la po$i*