‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 316 sur 319 · ArrKiN · texte numérisé non relu

ArrKiN

rail la victoire. •— Cela dura vingt ans loul entiers. Celui qui voudrait, compie nous avons eu le courage de le faire , interroger les registres formidables des différentes jusiices qui, dans le Linrïbourg, eurent à s'occuper des procès des Bouc^, serait stupéfait devant le chiffre énornae des malheureux, coupables ou non [car la justice se trompait quelquefois], qui périrent de par la loi dans cet espace de temps. Dans qn rôle du tribunal de Fauquemont seul, nous avons compté cent quatre* pendus et écarlelés en deux années, de 177^ à 4774. — Le manoir de Scheurenhof était situé précisément au milieu du foyer de ce3 brigandages. — Le vieux chapelain entra dans \^ salle. — a Nous apportez-vous de mauvaises nouvelles, mon père? lui demanda vivement le seigneur. — ]} est difficile d'en es-t pérer de bonnes , répondit le prêtre, la nuit passée, Tincendie a éclaté soqs les toits de Bingelraedt. — Ainsi l'orage s^amasse de plu3 en plus : cette nuit Bingelraedt, il y a (rois JQurs Schinveldt , il y a six jours Neuenhagep. » — Et en disant ces mots, le vieillard baissa tristement les yeux vers la terre. — Le jour était tîutièrement tombé et Tobscurité avait envahi (e ciel de toutes parts. La jeune fille, çiu bord de la fenêtre, ouvrit tout à coup de grands yeux et jeta gn cri terrible : — « Le feu ! le feu 1 » — Le vieillard bondit sur son siège. — a Le feu , dis-tu? Et de quel celé? — Du côté de Hegen, répondit Malhilde avec un profond serrement de cœur. — Ce n'est rien , » dit le vieillard froidement, — Ces paroles poignantes firent rouler une larme sur chacune des joues de la jeune fille. Elle suffgquait à ce tableau sinistre et à l'idée que là pput-être une tête bien chère allait tomber sous les haches impitoyables des Boucs. — Le petjt château de Hegen, situé à Test de Scheurenhof, était habité par une famille qu'une haine héréditaire faisait vivre dans une inimitié héréditaire aussi avec la famille de Scheurenhof, Le voisinage , le temps, les mille rapports que dojt nécessairement établir le contact continuel de deux maisons situées, ppur ainsi dire, côlç ^ côte, rien de tout cela n'avait pu dominer cette haine. Au contraire, elle devenait plus ardente d'année en année. Mais, si cette division acharnée s'était mise entre ces deux châteaux , il y avait pourtant un lien secret et caché qui les réunissait. Malhilde était aimée de Walter de Hegen. Le vieux châtelain de Scheurenhof ne songeait guère , il est vrai , â donner le titre de gendre à Walter, comme le maître du manoir de Hegen repoussait de toutes ses forces l'idée que ^n fils pût donner un jpur à Ma-

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thilde le titre d'épous9. Eu dépit de I4 haine des deux pères, ni le fils ni la fille ne quittaient cet espoir. Et c'était la crainte d'un danger pour Walter qui avait fait couler les larmes des yeux de l'héritière de Scheurenhof au moment oij Tiucendie éclatq devant elle du côté du manoir. — « Vous ave? donc pris vos mesures? demanda le chapelain en se tournant vers le sire de Scheurenhof. — Mes murailles sont assez fortes encore pour que nous puissions repousser la première attaque,» répondit celui-ci — A peine le chevalier eut-il achevé ces mots, qu'un s^rviteup de la maison , Job , entra tout effaré dans la salle. — a Eh bien ! Job , que veut dire cette pâleur? fit le maître du manoir. — Messire, des horar mes du village désirent vous parler. — 5t qui est à leur tête? — Le bailli de Hoensbroek. — Qu'on les laisse entrer, m — Quand les habitants de Hoeqsbroek ^ iri^uvèrent devant le châtelain de Scheurenhof, l^ bailli prit la parole : — « Noble seigneur, no^s venpns vous offrir nos services en ce fnoment de danger. Vous avez toujours été pour noqs charitable et bon. Il est juste que nous vous soyons reconnaissants. » — Le visage di^ vieillard s'éclaircit à ces paroles; il jeta un regard rapide sur les praves accpprus à son secours, en les nommant chacun par leur npn) comme d'anciennes connaissances. Mais ses yeux s'arrêtèrent avec étonnement sur une figure cachép à demi dans un des coips les plus obscurs de ja salle. C'était un vigourcui^ jeune homme ^ dpnt le fropt élQil bruni par la soleil , dont les bras eussent déraciné un arbre du sol et dontle^ prunelles trahissaient à la fois la ruse et l'audace. — « Hé 1 Merlin , exclama le sire de Scheurenhof, OQoqpnent se fait-il que je te rencontre ici parmi mes amis? — Châtelain de Scheurenhof, répondit l'autre sans manifester la moindre surprise, je n'ai jamais été qup l'ennemi du gibier de votre chasse, parce qqe je suis d'avis que Dieu n'a pas donné de maître à ce qui vit dans Teau , dans l'air et dans les forêts, et qu'il a créé pour le valet aussi bien que ppyr le seigneur le lièvre de la forêt, l'oiseau du ciel et le poisson de la rivière. Voiis, inessire, ne pensez pas de R)ên)e, et plus d'yne fois vous me l^vez niontré par votre juMice , sans cependant que vous ay^z jampis à mgn égard agi avec inhumanité cpmmè vos lois vous permettaient de faire. Or, je vous en suis reconnaissant aussi , et mon bras eal à vous. 9 — Le vieillard contint l'émotion qui agitait son cœur; et, se tournant vers hîs autres : — « Mes amis , je n'ai qye deux souhaits à former : le premier, c'est Je saliit (Je ma fille ; le

second , c est que le ciel me p^elte un jour à même de récompenser votre loyauté, Vos services , je ne puis les accepter, parce qi|e vous avez vos maisons , vos femmes , vos enfants. Si Ton vous savait ici , on brûlerait vos maisons, on dévasterait vos champs, on ruinerait vos biens , on vous réduirait à la misère. Tqi. Martin, demeure ici. Tu n'as rien à perdre. Je te nomme, dès ce moment, mon preqnier garde-chasse. Tu t'acquitteras bien de cette charge , car nul mieux que toi ne sait les sentiers de mes bois. Ypus, mes amis, rentrez dans vos demeures, » — Eq disant ces mots , il tendit la main a^ bailli et à tous ses compagnons, qui no se retirèrent qu'à regret. — A peine furent-ils pa'rvenus au bas du sentier qui conduit à Hoensbroek, qu'ils entendirent un cavalier gli:*ser à côté d'eux, mais ils ne purent le distinguer suffisamment pour le reconnaître à cause de Tobscurité de la nuit. — « Qui va là? s'écria le bailli. — Ami! répondit une voix qu'ils ne reconnurent pas davantage. » — Le cavalier avait déjà gravi la hauteur, et le bruit de gon coursier s'était éteint du côté de Scheureqhof. — Peu de minutes après, la poignée d'gne épéfs frappa vivement à la porte dvi manoir. — « Qui frappe ainsi? demanda Martin, armé d'un iusil de chasse de son maître. — Un ami, qMJ veut parler au sire de Scheurenhof , répondit la voix que les habitants de Hoensbroek avaient déjà interrogée. » — La porte s'ouvrit, et le cavalier entra. Martin, tenant le canon de son fusil tourné vers l'étranger, lui dit : — tf Avancez jusque sous cette lanterne et dites ce que vous voulez. — Je te r^i dit, parler à ton maître. — Qui êtes-vous?

— Xop maître le s^vra. » — Martin abaissa soq arme. Il avait reconnu la figure de l'étranger.— « Ah ! c'est vous, messire? miirmura-t-il avecétonnement. Suivez -moi » — Ils se dirigèrent vers la salle où se tenaient le sire de Scheurenhof, sa fille et le chapelain regardant l'incendie q>ii diminuait et la Han^me qui devenait de plus en plus faible. — « Attendez ici que je vous annonce, » fit Martin à son compagnon. — A ces mots, il ouvrit la porte de la salle et dit à haute voix :

— « Messire Walter de Hegen ! — Walter ! exclama Maihilde avec une émotion indicible.

— De Hegen ! » s'écria le vieux châtelain avec un accent inexprimable, — Le jeune homme s'avança d'un pas ferme vers le vieillard. — a Messire , lui dit-il, je ne suis plqs maintenant le fils de votre ennemi. L'incendie m'a chassé de ma maison et m'a fait orphelin sur la terre ; mon père est mort ; ma mère est morte; toute ma famille est tombée. Je n*ai

plus de lujt , et je viens vouo dt^monder une place sous le vôtre. — Jaune homme , l'hospitalité est une vieille habitude de ma maison; qu'elle soit la tienne ; je t'y offre un asile qui demain n'appartiendra plus à nous-mêmes peut-être. — Messire, si mon cp^ur est fort , mon épép est forte aussi , » répliqua le jeuqe homme avec fermeté. — On t^llalt inviter Walter à prendre place à table pour partager le repas du soir, quand Martin reparut et s'avança vers le ciiâtelain en jetant sur Hegen un regard de défiance. — a Que désires-tu , Martin? demanda le vieillard — J'ai quelque chose à vous confier, messire. — Parle à haute voix. Cet homme est mon hôte; il peut savoir tout ce qui nous intéresse. — Voici donc, reprit IVIarlin. Mon ange gardien m'inspira, sans doute, de m'en aller au dehors et écouter ce qui se passe autour de la maison; et j'avisai près de notre porte Jean- le-Bancal, le ménétrier; il ne hante que les tavernes, et à chaque fêle du village on est ^ûr de trouver son violon. Il me reconnut; comme nous nous sommes rencontrés plus souvent dans les cabarets que dans les églises, il me demanda si je voulais l'aider à espionner le château et à préparer les moyens de faire tomber Scheureqhof par surprise aux mains des Boucs. — Ils ne me prendront pas comme un rat dans une souricière ! s'écria le vieillard. La colère m'a rendu les forces que l'âge m'avait prises. Us sentiront ce que pèse mon bras, si mon épée est bien pointue et si mes carabines visent ju.=^te. Cet homme est-il parti? — Non , messire 1 J'ai feint d'entrer dans ses projets et je l'ai pris comme un renard dans une trappe. — Qu'on- le pende à l'instant même à la tour la plus haute de ma maison 1 -r Ne croye?-vous pas , messire, qu'il serait plus prudent de se borner à le tenir enfermé dans un de nos souterrains pour ne pas donner l'éveil à ses compagnons? Noiis aurons toujours le temps de lui ff)ire faire des entrechats enfre ciel et terre... — Tu as raison , fit le sire (le Scheurenhof. Dans le cas où nous sommes, prudence vaut mieux peul-êire que témérité. Or, voici le moyen qui me semble préférable. Martin fera semblant d'entrer dans les vues de l'espion. 11 sortira avec lui du château et le conduira secrètement dans le bois du Calvaire en lui disant qu'une troupe de gens d'armes doit venir, cette nuit , à no-, tre secours. Tous nos hommes armés et à cheval feront en silence un détour à travers le bois et rentreront au manoir en passant près de l'endroit où Martin se sera posté avec son compagnon, afin de faire croire ainsi aux bandits que ce secours nous est réellement

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arrivé. » — Cette ruse s'exécuta aussitôt et elle réussit. Avant que minuit eût sonné , un bruit sinistre circula parmi les brigands. — tt II est arrivé une troupe de soldats à Scheurenhof. — Une troupe nombreuse de cavaliers, répéta Jean-le-Bancal . tous armés jusqu'aux dents et prêts à nous tailler une rude besogne. — Combien en as-tu compté? reprit le capitaine. — Un grand nombre , Gt le ménétrier. L'obscurité ne m*a pas permis de les distinguer suffisamment. Mais j'ai vu luire leurs armes à la faible clarté de la lune et j'ai entendu leurs chevaux hennir comme après une longue course. » — Le récit du Bancal et les assurances qu'il ne cessait de donner augmentèrent dans l'esprit des bandits la conviction que Scheu renhof venait de recevoir une garnison capable d'une longue défense. — Le capitaine était le seul qui doutât des paroles du ménétrier. — « Jean , lui dit-il , tu as vu, tu as entendu , seulement tu as oublié de compter combien ils étaient. Tes yeux avinés auront, à coup £Ûr, doublé, triplé, décuplé le nombre. En tout ras, nous allons aviser à un autre moyen. Quatre hommes se rendront à Scheurenhof pour demander la place, ù'nquante hommes, toi, Pierrele-Diable , avec ta compagnie , vous les accompagnerez pour tes protéger contre toute attaque. Vous ferez halte dans le bois du Calvaire et vous attendrez le retour de mes députés. » — Le chef ayant fait choix de ses quatre messagers qu'il munit de ses instructions, Pierre-le-Diable rassembla ses hommes et la troupe se mit en route vers le château. — Parvenus au pont-levis du manoir, ils donnèrent un coup de siffiet pour s'annoncer. Martin passa la gueulo de son fusil par une des meurtrières. — «» Faut-il faire feu? » demande-t-il à son maître. — Et sans attendre la réponse, il lâcha la détente. La balle siflT.a à l'oreille d'un des envoyés des Boucs. — « Trahison ! s'écrièrent les quatre voix toutes ensemble. — Arrière, Martin ! s'écria le châtelain en repoussant le garde chasse. — Puis s'adressant aux députés : — a Ce n'e?t qu'une méprise, compagnons, leur dîtil. On va vous ouvrir la porte, et foi de gentilhomme! vous sortirez sains et saufs de ma maison. » — Aussitôt le pont-levis s'abaissa ; la porte s'ouvrit. — Les envoyés des Boucs entrèrent. — « Que voulez-vous ? demanda le châtelain. — Deux choses, répondit l'un d'eux. — La première? — C'est que vous nous rendiez toutes les armes qui se trouvent en vos mains , répliqua le bandit. — La seconde? — C'est que vous nous remettiez tout l'argent qui est gardé en ce château. — Allez dire à

ceux qui vous envoient qu'ils viennent prendre les armes et l'argent s'ils le peuvent, » répondit le seigneur de Scheurenhof. — La porte se rouvrit et les députés sortirent. Le pont-levis relevé derrière eux, Martin se remit devant la meurtrière, dans laquelle il replaça son fusil rechargé. — a Faut-il faire feu, maître? — Ce ne sont pas des lièvres, Martin. Ces hommes sont sous ma sauvegarde de gentilhomme. » — Le braconnier ne céda qu'à regret à cet ordre et retira son fusil dont le chien était déjà sur le point de faire partir la balle. — Maintenant la position du châtelain était dessinée tout entière. Le danger était pressant. Aussi l'on s'occupa de tout disposer pour une vigoureuse défense. Les domestiques furent armés de bons fusils et de fléaux et placés près de la porte , les murailles du manoir étant assurées par leur élévation contre Tallaque des bandits. Tout cela fait, on ouvrit Ls caveaux et le soulernïin qui , conduisant du château au bord du ruisseau de Geleen , ofl"rirait une retraite assurée si le manoir était enlevé. — Deux heures pouvaient s'être écoulées, quand Us abords do Scheurenhof se trouvèrent cernés d'une multitude de bandits. On n'entendait que des armes qui s'enlre-choquaient, que des sifflets qui s'interrogeaient et se répondaient de toutes pnrts , que dos voix qui se "parlaient et des ordres qui couraient de rang en rang. Le gros de la troupe avait atteint le pont-levis.

— a En avant! » s'écria aussitôt le capitaine.

— Et les bandits s'avancèrent. — Mais, au même instant , une détonation terrible partit de toutes les meurtrières du château , qui était demeuré jusqu'alors dans le plus profond silence. — « Bien visé, » Martin , dit le châtelain , en voyant chanceler le chef des assaillants qu'une balle avait frappé à la poitrine

— Le bandit tourna sur lui-même et leva son épée en l'air. Puis il tomba au milieu des siens en murmurant d'une voix rauque : — a En avant! » — Les brigands hésitèrent un moment et n'osèrent avancer. — Une deuxième détonation illumina les meurtrières, et six hommes mordaient la poussière à côté du cadavre de leur capitaine. — Alors le trouble redoubla. Mais un cri de vengeance éclata presque aussitôt parmi la foule exaspérée :

— Hourra ! hourra ! Et ils se ruèrent en avant avec une incroyable fureur. C'était une masse compacte et serrée où portaient toutes les balles qui partaient du château comme une grêle de plomb. Une partie des Boucs , descendus dans le fossé , s'étaient hissés au pont-levis au moyen de cordes et travaillaient à scier les chaînes qui le retenaient. Un mo«

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ment après le ponl s^abaissa avec fracas. Ln porte craquait sur ses gonds, entamée par le tranchant du fer. Cha pic coup grondait sous la voûle d'entrée el mêlait son bruit sourd au bruit des armes à feu et aux blasphèmes qui tonnaient dans la foule comme un orage. La porte tomba déracinée et la multitude se préci))ita en hurlant sous la voûle ténébreuse. Tout à coup une explosion terrible éclata et ébranla les murailles du manoir ju.-que dans leurs fondements. Ce ne fut qu'un instant, ce ne fut qu'une seconde. Puis tout était retombé dans une obscurité épaisse, et vous n'eussiez plus entendu que des cris, des gémissements de blessés el de mourants. Une clameur générale couvrit bientôt ces gémissements et ces cris : Victoire I victoire 1 — Et les bandits se ruèrent par la brèche en passant sur quarante cadavres des leurs , que l'explosion de la mine , pratiquée sous la porte , avait broyés. Les Boucs s'étaient jetés dans la cour du château. Mais plus un coup de fusil qui leur répondît, plus un homme qui fut là pour leur tenir tète. — «N'avancez pas trop vile, compagnons, s'écria Picrre-le- Diable qui avait pris le commandement de la troupe. Soyons sur nos gardes avant tout ! » Car il craignait qu*une autre mine, pratiquée sous le sol où ils marchaient, ne fit -un nouveau carnage parmi les siens. — «Ne redoutez rien! avancez, si vous n'êtes des lâches! répondit aussitôt une voix que vous eussiez reconnue pour celle de Waller de Hegen. — A l'attaque ! reprit Pierre le-Diable.» Et les bandits se rangèrent en un vaste cercle autour du jeune homme qui, son épée à la main, se tenait sur le seuil de l'habitation dont il essayait de défendre l'entrée. — Alors recommença un combat terrible. Les mains vigoureuses de Walter brandissaient sa redoutiible épée, qui semblait se multiplier ot faire une roue de fer autour do lui. Cependant le cercle qui l'enveloppait se rétrécissait de plus en plus et le serrait de plus près. Un moment arriva où les bandits triomphèrent de cet homme seul et jelèrenl un hurlement de joie : « Il est pris I» — On le renversa sur le sol. Dix haches, dix sabres étaient levés sur lui , dix canons de fusils étaient braqués sur sa poitrine. — « Arrêtez, s'écria le capitaine en écartant les brigands. Cet homme ne peut mourir comme un brave, fit Pierre. — Qu'on le pende aux bras du pont - levis I dit Jean-Ie-Bancal. — Qu'on le jette dans le Geleen, continua un autre. — Je sais mieux que cela, reprit Pierre -le -Diable. Qu'on aille chercher son cheval, et qu'on m'apporte l'un des câbles qui ont servi à monter le pont.» -« Alors on jeta le prisonnier en travers du che-

val, sur lequel on se mit en devoir du l'attacher avec force après lui avoir noué les bras el les jambes. Puis au moyen des cordes on se mit à frapper le pauvre animal ; et, quand on l'eut frappé long-temps: «Maintenant qu'on le lâche! s'écria le capitaine.» — Le cheval fut lâché, et il partit comme un éclair, à travers les buissons, à travers les halliers, courant comme si un ouragan l'emportait. Le cheval et le cavalier ayant disparu, on se mit à fouiller dans le château; on brisa toutes les portes, on força tous les meubles, on interrogea tous les réduits. — «C'est une chose inconcevable, se dirent les bandits quand, après avoir tout fouillé, ils n'eurent rien trouvé, ni hommes ni argent. — Comment ont-ils pu s'enfuir d'ici? demanda le chef. — J'ai vu à la tourelle de l'est une échelle de cordu attachée au mur et qui descend jusque dans le fossé, dit un homme de la troupe. — Ils se sont donc sauvés par là, reprit Pierre. — Vers Amstenraedt, ajouta Jean-le-Bancal. — Nous les rejoindrons, continua Pierre-le-Diable.» Et tous les bandits prirent la route d'Amstenraedt. — Après avoir donné le signal de l'explosion qui fît sauter la porte d'entrée, le seigneur de Scheureuhof et les siens s'étaient retirés par le souterrain qui conduisait au bord du ruisseau de Geleen. Walter avait refusé de les suivre, aûn de protéger leur retraite. Une échelle de corde avait été attachée à la tourelle de Te^-t pour faire supposer que les fugitifs s'étaient échappés de ce côté. Le sire de Scheurenhof et toute sa maison marchaient dans l'ob. cur souterrain, éclairés par la lumière d'une lanterne sourde que Martin portait devant eux. Parvenus à l'issue au milieu d'un épais fourré, Martin éteignit sa lanterne, et tous virent les pâles étoiles au ciel. — On entendait de loin la rumeur des Boucs qui s'éloignait et s'éteignait dans la nuit vers le village d'Amstenraedt, dans une direction opposée à celle que suivaient les fugitifs. — Mais à peine le châtelain eut-il mis le pied hors du souterrain, qu'il recula , saisi d'effroi , et que Mathilde jeta un cri. II s'était fait un grand bruit dans les buissons, comme celui d'un cavalier dont le cheval , effrayé par un coup de tonnerre , aurait pris le mors aux dents. C^e bruit devenait de plus en plus distinct. C'étaient des branches qui se cassaient, des feuillages qui se froissaient, des hennissements étouffés. Au même instant quelque chose de lourd vint s'abattre aux pieds de la jeune fille. — «Walter de Hegen !» dit Mathilde. C'était lui en effet; les chairs à demi déchirées par les cordes qui le nouaient au cheval , mais sain et sauf. Une larme de joie roula sur les joues de Théritière de Scheu-

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