‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 34 sur 319 · ARA · texte numérisé non relu

ARA

Delancre, qu*il ^ composé son livre de VAne d'or. » Taillepied prétend que tout cela est une confusion, et que s'il y a un âne mêlé dans l'histoire d*Apulée, c'est qu'il avait un esprit qui lui apparaissait sous la forme d'un âne '. Les véritables ânes sont ici Delancre 'et Boguet. — Ceux qui veulent jeter du merveilleux sur toutes les actions d'Apulée affirment que j par un effet de ses charmes, sa femme était obligée de lui tenir la chandelle pendant qu'il travaillait; d'autres disent que cet office était rempli par son démon familier. Quoi qu'il en soit, il y avait de la complaisance dans cette femme ou dans ce démon. — Outre son Discours sur la magie^ Apulée nous a laissé encore un petit traité du démon de Socrale, De deo Socratis, réfuté par saint Augustin ; on en a une traduction sous le titre : De l'Esprit familier de Socrate, avec des remarques, in-1 2. Paris, 4698.

Aquîel , — démon que Ton conjure le dimanche. Voy. Conjurations.

Aquin (Mardochée d'), — rabbin de Carpentras, mort en 4650, qui se fit chrétien, et changea au baptême son nom de Mardochée en celui de Philippe. On recherche de lui V Interprétation de l'arbre de la cabale den liébreux; Paris, in-8o, sans date.

Araohula, — méchant esprit de l'air chez les Chinois voisins de la Sibérie. Voy. Lune.

Arael, — l'un dos esprits que les rabbins du Talmud font , avec Anpiel , princes et gouverneurs du peuple des oiseaux.

Araîgnéef. — Les anciens regardaient comme un présage funeste les toiles d'araignées qui s'attachaient aux étendards et aux statues des dieux. Chez nous, une araignée qui court ou qui file promet de l'argent ; les uns prétendent que c'est de l'argent le matin, et le soir une nouvelle; d'autres au contraire vous citerons ce proverbe-axiome : Araignée du matin, petit chagrin; araignée de midi, petit profit; araignée du soir, petit espoir. « Mais, comme dit M. Salgues *, si les araignées étaient le signe de la richesse, personne ne serait plus riche que les pauvres. » — Quelques personnes croient aussi qu'une araignée est toujours lavant-coureur d'une nouvelle heureuse si on a le bonheur de l'écraser. M. de T***, qui avait celte opinion, donna, en 4790, au théâtre de Saint-Pétersbourg, une tragédie intitulée Abaco et Mdina. La nuit qui en précéda la représentation, au moment de se coticher, il aperçut une arai-

^ De rApparition des esprits, ch. 15.

* Des Erreurs et des préjugés, 1. 1'', p. 510.

gnée à ciMé de son lit. La vue de Tinsecte lui fit plaisir; il se hâta d*assurer la bon lé du présage en l'écrasant; il avait saisi sa pantoufle ; mais l'émotion qu'il éprouvait fit manquer le coup, l'araignée disparut. Il passa deux heures à la chercher en vain ; fatigué de ses efforts inutiles, il se jeta sur son lit avec désespoir : a Le bonheur était là, s*écria-t-il, et je l'ai perdu ! Ah ! ma pauvre tragédie! » Le lendemain il fut tenté de retî* rer sa pièce ; mais un de ses amis l'en empêcha; la pièce alla aux nues, et l'auteur n'en demeura pas moins persuadé ' qu'une araignée porte bonheur lorsqu'on récrase ^ — Dans le bon temps de la loterie, des femmes enfermaient le soir une araignée dans une boîte, avec les quatre-vingt-dix numéros écrits sur de petits carrés de papier. L'araî* gnée, en manœuvrant la nuit, retournait quelques-uns de ces papiers. Ceux qui étaient retournés de la ^ sorte étaient regardés, le lendemain matin , comme numéros gagnants. — Cependant les toiles d'araignées sont utiles : appliquées sur une blessure, elles arrêtent le sang et empêchent que la plaie ne s'enflamme. Mais il ne faut peut-être pas croire, avec l'auteur des Admirables secrets d'Atbert-le- Grand, que l'araignée pilée et mise en cataplasme sur les tempes guérisse la fièvre tierce •. — Avant que Lalande eût fait voir qu'on pouvait manger des araignées, on les regardait généralement comme un poison. Un religieux du Mans disant la messe , une araignée tomba dans le calice après Ta consécration ; le moine, sans hésiter, avala l'insecte. On s'attendait à le voir enfler; ce qui n'eut pas lieu. — Il y a de vilaines histoires sur le compte des araignées; n'oublions pourtant pas que, dans son cachot, Pélisson en avait apprivoisé une que Delille a célébrée. Mais la tarentule est aussi une araignée!.... — Le maréchal de Saxe, traversant un village, coucha dans une auberge infestée de revenants qui étouffaient les voyageurs. On citait des exemples. Il ordonna à son domestique de veiller la muilié de la nuit, promettant de lui céder ensuite son lit et de faire sentinelle à sa place. A deux heures du matin , rien n'avait encore paru. Le domestique, sentant ses yeux s'appesantir, va éveiller son maître, qui ne répond point ; il le croit assoupi et le secoue inutilement. Effrayé, il prend la lumière, ouvre les draps, et voit le maréchal baigné dans son sang. Une araignée monstrueuse lui suçait le sein gauche. II court prendre des pin-

' Annales dramatiques, ou Dictionnaire des théâtres, par une société de gens de lettres, 1. 1"^ au mot Abaco,

^ Les Admirables secrets d'Albert le Grand, Ut. iii.

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celtes pour combattre cet ennemi d'un nouveau genre, saisit Taraignée et la jette au feu. Ce ne fut qu'après un long assoupisse* ment que le maréchal reprit ses sens; et depuis lors on n'entendit plus parler de revenants dans l'auberge. — Nous ne garantissons pas cette anecdote, conservée dans plusieurs recueils. Au reste, Taraignée a de quoi se consoler de nos mépris. Les nègres de la Côte d'Or attribuent la création de l'homme à une grosse araignée qu'ils nomment Anansié, et ils révèrent les plus belles araignées comme des divinités puissantes.

Arbres. — On sait que dans l'antiquité les arbres étaient consacrés aux dieux : le cyprès àPluton, etc. Plusieurs arbres et plantes sont encore dévoués aux esprits de l'enfer : le poirier sauvage, l'églantier, le figuier, la verveine, la fougère, etc. — Des arbres ont parlé ; chez les anciens, dans les forêts sacrées, on a entendu des arbres gémir. Les oracles de Dodone étaient des chênes qui parlaient. On entendit, dans une forêt d'Angleterre, un arbre qui poussait des gémissements; on le disait enchanté. Le propriétaire du terrain tira beaucoup d'argent de tous les curieux qui venaient voir une chose aussi merveilleuse. A la fin, quelqu'un proposa de couperl'arbre ; le maître du terrain s'y opposa, non par un motif d'intérêt propre, disait-il, mais de peur que celui qui oserait y mettre la cognée n'en mourût subitement ; on trouva un homme qui n'avait pas peur de la mort subite, et qui abattit l'arbres à coups de hache : alors on découvrit un tuyau, qui formait une communication à plusieurs toises sous terre, et par le moyen duquel on produisait les gémissements que Ton avait remarqués.

Aro-en-oiel. — Le chapitre 9 de la Genèse semble dire, selon des commentateurs, qu'il n'y eut point d'arc-en-ciel avant le déluge ; raais jene sais* où l'on a vu qu'il n'y en aura plus quarante ans avant la fin du monde, « parce que la sécheresse qui précédera l'em- » brasement de l'univers consumera la ma- » lière de ce météore. » C'est pourtant une opinion encore répandue chez ceux qui s'occupent de la fin du monde. — L'arc-en-ciel a son principe dans lu nature; et croire qu'il n'y eut point d'arc-en-ciel avant le déluge, parce que Dieu en fit le signe de son alliance, c'est comme si l'on disait qu'il n'y avait point d'eau avant Tinstitution du baptême. Et puis, Dieu ne dit point, au chapitre 9 de la Genèse, qu'il place son arc-en-ciel, mais son arc en

^ Brown, Erreurs popolaires, IW. vir, ch. 5.

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