BAC
tiques de leurs bacides, a qui étaient trois insignes sorciers très-connus». »
Baoon (Roger) — parut dans le treizième siècle. C'était un cordelier anglais. Il passa pour magicien, quoiqu'il ait écrit contre la magie, parce qu'il étudiait la physique et qu'il faisait des expériences naturelles. On lui attribue l'invention de la poudre. Il paraîtrait même qu'on lui doit aussi les télescopes et les lunettes à longue vue. Il était versé dans les beaux-arts, et surpassait tous ses contemporains par l'étendue de ses connaissances et par la subtilité de son génie. Aussi on publia qu'il devait sa supériorité aux démons, avec qui il commerçait. — Ce grand homme croyait à l'astrologie et à la pierre philosophale. Delrio, qui n'en fait pas un magicien, lui reproche seulement des superstitions. Par exemple, François Pic dit avoir lu , dans son livre des six sciences , qu'un homme pourrait devenir prophète et prédire les choses futures par le moyen d'un miroir, que Bacon nomme almuchefi^ composé suivant les règles de perspective , « pourvu qu'il s'en serve , ajoute-t-il , sous une bonne constellation , et après avoir tempéré son corps par l'alchimie. » — Cependant Wiérus l'accuse de magie goétique, et d'autres doctes assurent que l'Antechist se servira de ses miroirs magiques pour faire des miracles. Bacon se fit, dit-on, comme Albertle-Grand, une androïde. C'était, assurent les conteurs, une tête de bronze qui parlait distinctement , et même qui prophétisait. On ajoute que, l'ayant consultée pour savoir s'il seraitbond'enlourerl'Angleterre d'un gros mur d'airain, elle répondit : // est temps. — Les curieux recherchent , de Roger Bacon , le petit traité intitulé Spéculum Alchimiœ, traduit en français par J. Girard de Tournus, sous le titre 6e Miroir cV alchimie, in-12 et in-S®, Lyon, 4557; Paris, 1612. Le même a traduit V Admirable puissance de l'art et de la nature^ in-8", Lyon, 1 557 ; Paris, 1 629. Depotestate mirabili artis et naturœ •. — On ne confondra pas Roger Bacon avec François Bacon , grand chancelier d'Angleterre, mort en 1626, que Walpole appelle « l^ prophète des vérités que » Newton est venu révéler aux hommes. »
Baootî, — nom commun aux devins et aux sorciers du Tunquin. On interroge surtout le bacoti pour savoir des nouvelles des morts. Il bat le tambour, appelle le mort à grands cris, se tait ensuite pendant que le défunt lui parle
> Discours des spectres, liv. vu, cb. 2.
' Ce n'est qu'un chapitre de l'ouvrage intitulé : Epistola Fralris Rogerii Baconis de secretis opcribus artis et natursB et de nnllitate magiîe. In-4**. Paris, 1U2 ; Hambourg, 1608 et 1618, in-8".
BAG
à Toreille sans se laisser voir, el donne ordinairement de bonnes nouvelles , parce qu'on les paie mieux.
Bad, — génie des venls et des tempêtes chez les Persans. Il préside au vingt-deuxième jour de la lune.
Badvoke) — plante dont on prétend que le fruit, pris dans du lait, glace les sens. Les magiciens l'ont quelquefois employé pour nouer Taiguillette. Il suffit, dit-on, d'en faire boire une infusion à celui qu'on veut lier.
Baél, — démon cité, dans le Grand Grimoire^ en tète des puissances infernales. C'est aussi par lui que Wiériis commence l'inventaire de sa fameuse Puiidùmonarchia dcsmonum. Il appelle Baei le premier roi de l'enfei*; ses états sont dans la partie orientale. Il se montre arec trois têtes, dont l'une a la figure d'un crapaud, l'autre celle d'un homme , la troisième celle d'un chat. Sa voix est rauque ; mais il se bat très-bien. H rend ceux qui l'invoquent fins et rusés , et leur apprend le moyen d'être invisibles au besoin. Soixante-six légions lui obéissent. Est-ce le même que Baal?
Btttîles , — pierres que les anciens consultaient comme des oracles, et qu'ils croyaient animées. C'étaient quelquefois des espèces de talismans. Saturne , pensant avaler Jupiter, dévora une de ces pierres emmaillottée. Il y en avait de petites, taillées en forme ronde , que l'on portait au cou ; on les trouvait sur des montagnes où elles tombaient avec le tonnerre. — Souvent les baetiles étaient des statues ou ihandragores ; on en cite de merveilleuses , qui rendaient des oracles, et dont la voix sifflait comme celle des jeunes Anglaises. On assure même que quelques baetiles tombèrent directement du ciel ; telle était la pierre noire de Phrygie que Scipion Nasica amena à Rome en grande pompe. — On révérait à Sparte, dans le temple de Minerve Chalcidique, des baetiles de la forme d'uo casque, qui, dit-on, s'élevaient sur l'eau au son de la trompette , et plongeaient dès qu'on prononçait le nom des Athéniens. Les prêtres disaient ces pierres trouvées dans l'Eurotas *.
Bagoé , — devineresse que quelques-uns croient être la sibylle Erythrée. Ceât, dil-on, la première femme qui ait rendu des oracles. Elle devinait en Toscane, et jugeait surtout des événements par le tonnerre. Voy. BigoTs.
lUgue , — voy. Anneau.
Baguette divinatoire, — rameau fourchu
de coudrier, d'aune, de hêtre ou de pommier,
^ Tome III« des Mémoires de l'Académie des inscrip-
— 66 — BAG
à l'aide duquel on découvre les métaux , les sources cachées, les trésors, les maléfices et les voleurs. — Il y a long-temps qu'une baguette est réputée nécessaire à certains prodiges. On en donne une aux fées et aux sorcières puissantes. Médée , Circé , Mercure , Bacchus , Zoroastre , Pythagore , les sorciers de Pharaon, voulant singer la verge de Moi'se, avaient une baguette ; Romulus prophéiisait avec un bâton augurai. Les Aleins, et d'autres peuples barbares, consultaient leurs dieux en fichant une baguette en terre. Quelques devins de village prétendent encore deviner beaucoup de choses avec la baguette. Mais c'est surtout à la fin du dix-septième siècle qu'elle fit le^plus grand bruit : Jacques Aymar la mit en vogue en 4692. Cependant, ïong-^ temps auparavant , Delrio * avait indiqué , parmi les pratiques superstitieuses, l'usage d'une baguette de coudrier pour découvrir les voleurs; mais Jacques Aymar opérait des prodiges si variés et qui surprirent tellement que le père Lebrun * et le savant Malebranche* les attribuèrent au démon, pendant que d'autres les baptisaient du nom de physique occulte ou d'électricité souterraine. — Ce talent de tourner la baguette divinatoire n'est donné qu'à quelques êtres privilégiés. On peut éprouver si on l'a reçu de la nature ; rien n'est plus facile. Le coudrier est surtout l'arbre le plus propre. Il ne s'agit que d'en couper une branche fourchue , et de tenir dans chaque main les deux bouts supérieurs. En mettant le pied sur l'objet qu'on cherche, ou sur les vestiges qui peuvent indiquer cet objet, la baguette tourne d'elle-même dans la mam , et c'est un indice infaillible. — Avant Jacques Aymar, on n'avait employé la baguette qu'à la recherche des métaux propres à l'alchimie. A l'aide de la sienne, Aymar fit des merveilles, il découvrait les eaux souterraines, les bornes déplacées, les maléfices, les voleurs et les assassins. Le bruit de ses talents s'étant répandu, il fut appelé à Lyon en 1672 pour dévoiler un mystère qui embarrassait la justice. Le 5 juillet de cette même année . sur les dix heures du soir, un marchand de vin et sqi femme avaient été égorgés à Lyon, enterrés dans leur cave, et tout leur argent avait été volé. Cela s'était fait si adroitement, qu'on ne soupçonnait pas même les auteurs du crime. Un voisin fit venir Aymar. Le lieutenant cri-
X Disquisit. magie, lib. m, sect. ult.
> Dans ses Lettres qui décoiiTrent l'illusion des philosophes sur la baguette et qui détruisent leurs systèmes, in-12, Paris, 1693, et dans son Histoire ûéH pratiques superstitieuses.
3 Dans ses réponses au père Lebrttn. On é^ifit ttnc multitude de brochures sur cette matière.