‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 62 sur 319 · BOH · texte numérisé non relu

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miens, de Biscaïens et d'Égyptiens ou Gitanos, se répandirent au quinzième siècle sur l'Europe, dans l'Allemagoe surtout, la Hollande, la Belgique, la France et TEspagne, avec la prétention de posséder lart de dire la bonne aventure et d'autres secrets merveilleux. Les Flamands les nommaient heyden, c'est-à-dire païens , parce qu'ils les regardaient comme des gens sans religion. On leur donna divers autres sobriquets. — Les historiens les ont fait venir, sur de simples conjectures, de l'Assyrie, de la Cilicie, du Caucase, de la Nubie, de l'Abyssinie , de la Chaldée. Bellon , incertain de leur origine, soutient qu'au moins ils n'étaient pas Égyptiens; car il en rencontra au Caire, oii ils étaient regardés comme étrangers aussi bien qu'en Europe. Il eût donc été plus naturel de croire les Bohémiens euxmêmes sur leur parole , et de dire avec eux que c'était une race de juifs mêlés ensuite de chrétiens vagabonds. Voici ce que nous pensons être la vérité sur ces mystérieux nomades. — Vers le milieu du quatorzième siècle, l'Europe, et principalement les Pays-Bas, l'Allemagne et la France, étant ravagée par la peste, on accusa les juifs, on ne sait pourquoi, d'avoir empoisonné les puits et les fontaines. Cette accusation souleva la fureur publique contre eux. Beaucoup de juifs fuirent et se jetèrent dans les forêts. Ils se réunirent pour être plus en sûreté et se ménagèrent des souterrains d'une grande étendue. On croit que ce sont eux qui ont creusé ces vastes cavernes qui se trouvent encore en Allemagne et que les indigènes n'ont jamais eu intérêt à fouiller. — Cinquante ans après, ces proscrits ou leurs descendants ayant lieu de croire que ceux qui les avaient tant haïs étaient morts, quelques-uns se hasardèrent à sortir de leurs tanières. Les «chrétiens étaient alors occupés des guerres religieuses suscitées par l'hérésie de Jean Hus. C'était une diversion favorable. Sur le rapport de leurs espions, les juifs cachés quittèrent leurs cavernes, sans aucune ressource il est vrai pour se garantir de la misère ; mais, pendant leur demi-siècle de solitude, ils avaient étudié les divinations et particulièrement l'art de dire la bonne aventure par l'inspection de la main ; ce qui ne demande ni instrument , ni appareil , ni dépense aucune ; et ils comptèrent bien que la chiromancie leur procurerait quelque argent. — Ils se choisirent d'abord un capitainA, nommé Zundel. Puis, comme il fallait drclarer ce qui les amenait en Allemagne, qui ils étaient, d'où ils venaient, et qu'on pouvait les questionner aussi sur leur religion ; pour ne passe découvrir trop clairement, ni pour-

tant se renier, ils convinrent de dire que leurs pères habitaient autrefois l'Egypte , ce qui est vrai des juifs; et que leurs ancêtres avaient été chassés de leur pays pour n'avoir pas voulu recevoir la Vierge Marie et son fils Jésus. — Le peuple comprit ce refus, du temps où Joseph emmena le divin Enfant en Egypte pour le soustraire aux recherches d'Hérode; au lieu que les vagabonds juifs l'entendaient de la persécution qu'ils avaient soufferte cinquante ans auparavant. De là vient le nom d'Égyptiens qu'on leur donna et sous lequel l'empereur Sigismond leur accx)rda un passe-port. — Ils s'étaient formé un argot eu un jargon déguisé , mêlé d'hébreu et de mauvais allemand , qu'ils prononçaient avec un accent étranger. Des savants, qui ne ▼oyaient pas plus loin , furent flattés de retrouver certains termes de la langue allemande dans un patois qu'ils prenaient pour de l'égyptien. Ils dénaturaient aussi plusieurs appellations; ils appelaient un enfant un criard, un manteau un preneur de vent , un soulier un marcheur^ un oiseau un volant. Toutefois, la multitude de mots hébreux qui est restée dans le langage des Bohémiens suffirait seule pour trahir leur origine juive. — Ils avaient des mœurs particulières et s'étaient fait des lois qu'ils respectaient. Chaque bande se choisissait un roi , à qui tout le noonde était tenu d'obéir. Quand parmi eux une femme se mariait, elle se bornait, pour toute cérémonie, à briser un pot de terre devant l'homme dont elle voulait devenir la compagne; et elle le respectait comme son mari autant d'années que le vase avait produit de morceaux. Au bout de ce temps, les époux étaient libres de se quitter ou de rompre ensemble un nouveau pot de terre. On citerait beaucoup de bizarreries de ce genre. — Dés que les nouveaux Égyptiens virent qu'ils n'étaient pas repoussés, ils implorèrent la pitié des Allemands. Pour ne pas paraître à charge, ils assuraient que , par une grâce particulière du ciel, qui les protégeait encore en les punissant, les maisons où ils étaient une fois reçus n'étaient plus sujettes à l'incendie. Ils se mirent aussi à dire la bonne aventure, sur l'inspection du visage , des signes du corps , et principalement sur l'examen des lignes de la main et des doigts. Ils annonçaient de si belles choses, et leurs devineresses déployaient tant d'adresse, que les femmes et les jeunes filles les traitèrent dès lors avec bienveillance. — Cependant la fureurconirelfîsjuifss'étaitapaisée; ils furent admis de nouveau dans les villages, puis dans les villes. Mais il resta toujours de ces bandes vagabondes qui continuèrent la vie

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nomade, découvrant partout Tavenir, etjoi-gnant à celle profession de nombreuses friponneries plus matérielles. Bientôt, quoique la nation juive fût le noyau de ces bandes, il s'y fit un tel mélange de divers peuples qu'il n'y eut pas plus entre eux de religion dominante qu*il n'y avait de patrie. Ils parcoururent les Pays-Bas et passèrent en France, où on les appela Bohémiens parce qu'ils venaient de la Bohème. — Pasquier , dans ses recherches , raconte à peu près ainsi leur apparition mystérieuse sur le sol français et leur arrivée aux portes de Paris en 4 427 : — Ils étaient au nombre de cent vingt; Tun de leurs chefs portait le titre de duc, un autre celui de comte ; ils avaient dix cavaliers pour escorte. Ils disaient qu'ils venaient de la Basse-Egypte, chassés de leur pays par les Sarrasins ; qu'ils étaient allés à Rome confesser leurs péchés au pape , qui leur avait enjoint pour pénitence d'errer sept ans par le monde, sans coucher sur aucun lit. (Les gens éclairés n'ajoutèrent sans doute pas foi à ce conte.) — On les logea au village de La Chapelle, près Paris ; et une grande foule les alla voir. — Ils avaient les cheveux crépus, le teint basané et portaient aux oreilles des anneaux d'argent. Comme leurs femmes disaient la bonne aventure et se livraient à des pratiques superstitieuses et mauvaises , l'évéque de Paris les excommunia, défendit qu'on les allât consulter et obtint leur éloignement. — Le seizième siècle fut infecté de Bohémiens. Les états d'Orléans, en 4560, les condamnèrent au bannissement, sous peine des galères s'ils osaient reparaître. Soufferts dans quelques contrées que divisait Thérésie, chassés en d'autres lieux comme descendants de Cham, inventeur de la magie, ils ne paraissaient nulle part que comme une plaie. On disait en Flandre qu'ils étaient si experts en sorcellerie que dès qu'on leur avait donné une pièce de monnaie, toutes celles qu'on avait en poche s'envolaient aussitôt et allaient rejoindre la première, opinion populaire qui peut se traduire en d'autres termes et qui veut dire que les Bohémiens étaient des escrocs. — Leurs bandes diminuèrent au dix-septième siècle. Pourtant on en voyait encore quelques rares détachements il y a soixante ans. Sous les nouvelles lois die police des États européens, les sociétés bohémiennes sont dissoutes. Mais il y a toujours çà et là des individus qui disent la bonne aventure , et des imbéciles qui vont les consulter. Voy. Chiromancie.

Bphmiun, — idole des Arméniens qui était faite d'un métal noir, symbole de la nuit;

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son nom viontdu mot hébreu hoku, désolation, à ce que dit Leioyer. C'est le démon du mal.

Bohmiui (Jean). — Quelques-uns recherchent sa Psychologie ou Traité des esprits, publiée en 463^ à Amsterdam ^, livre qui ne manque pas d'hérésies.

Bohon-fiupai, — arbre poison qui croit dans l'île de Java, à trente lieues de Batavia. Les criminels condqmnés allaient autrefois recueillir une gomme qui en découle, et qui est un poison si prompt et si violent, que les oiseaux qui traversent l'air au-dessus de cet arbre tombent morts, du moins ces choses ont été contées. Après que leur sentence était prononcée, lesdits criminels pouvaient choisir, ou de périr de la main du bourreau ou de tenter de rapporter une botte de gomme de l'hupas. Foersech rapporte qu'ayant intei rogo un prêtfe malai qui habitait ce lieu sauvnge, cet hbmme lui dit qu'il avait vu passer environ sept cents criminels, sur lesquels il n'en était revenu que vingt-deux; qu'il n'y avait pas plus de cent ans que ce pays était habile par un peuple qui se livrait aux iniquités do Sodome et de Gomorrhe; que Mahomet ne voulut pas souffrir plus long-temps leurs mœiîrs abominables; qu'il engagea Dieu à les punir; et que Dieu fit sortir de terre le bnlionhupas, qui détruisit les Coupables et rendit le pays â jamais inhabitable. Les Malais regardent cet arbre comme l'instrument de la colère du prophète; et la mort qu'il procure, passé chez eux pour honorable ; voilà pourquoi les criminels qui vont chercher le poison se revêtent en général de leurs plus beaux habits*.

Bois. — Les anciens avaient une divination qui se pratiquait par le moyen de quelques morceaux de bois. Voy. Zylqmancu:. Us croyaient les forêts habitées de divinités bizarres; et dans les pays superstitieux, on y redoute encore les lutins. Les Kamstchadales disent que les bois sont pleins d'esprits malicieux. Ces esprits ont des enfants qui pleurent sans cesse pour attirer les voyageurs, qu'ils égarent ensuite et à qui ils ôtent quelquefois la raison. — Enfin, c'est généralement dans les bois que les sorciers font le sabbat.

BoM de vie. — ' C'est le nom que les alcliimistes donnent à la pierre parfaite du grand œuvre, plus clairement appelée baume universel ou panacée, qui guérit tous les maux Pt assure à ceux qui la possèdent une jeunesse inaltérable. — Les Juifs nomment bois de vie

' Jobaoois Bohmii Paycbologia, cum vcrâ applica* tionc Johannis Angeli. In'24. Amstel., 1632.

' Extrait des Voyages de M. Foersech, Hollandais. Mélanges dç la Kttérature étrangère, 1. 1. p. 63.

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