‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 84 sur 319 · GHA · texte numérisé non relu

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néanmoins, le sera rendu quelque temps après. B A l'instant il fut ravi en esprit; celui qui l'enleva était d'une blancheur éclatante, il lui mit dans la main un peloton de fil qui jetait une lumière extraordinaire : « Prends ce fil, lui dit-il, et l'attache fortement au pouce de la main droite, par ce moyen je te conduirai dans les labyrinthes infernaux , séjour de peines et de souffrances. » Aussitôt le guide marcha devant lui avec vitesse, en dévidant le peloton de fil lumineux ; il le conduisit dans des vallées profondes remplies de feux et pleines de puits enflammés, où l'on voyait bouillir de la poix, du soufre, du plomb, de la cire et' d'autres matières. — « Je remarquai, dit le monarque, des prélats qui avaient servi mon père et mes aïeux. Quoique tremblant, je ne laissai pas de les interroger pour apprendre d'eux quelle était la cause de leurs tourments; ils me répondirent : « Nous avons été les officiers de votre père et de vos aïeux ; et, au lieu de les porter eux et leurs peuples à la paix et à l'union, nous avons semé parmi eux la discorde et le trouble : c'est pourquoi nous sommes dans ces souterrains. C'est ici que viendront ceux qui vous environnent et nous imitent dans le mal. n — Pendant que, tout tremblant, le roi considérait ces choses, il vit fondre sur lui d'affreux démons, lesquels, avec des crochets de fer enflammé, voulaient se saisir de son peloton de fil et le lui enlever des mains; mais l'extrême lumière qu'il jetait les empêchait de le happer. Ces mêmes démons voulurent prendre le roi et le précipiter dans les puits de soufre ; son conducteur le débarrassa des embûches qu'on lui tendait, et le mena sur de hautes montagnes d'où sortaient des torrents de feux qui faisaient fondre et bouillir toutes sortes de métaux. « Là , dit le roi , je trouvai les âmes des seigneurs qui avaient servi mon père et mes frères : les uns y étaient plongés jusqu'au menton, et d autres à mi-corps. Ils s écrièrent, en s'adressant à moi : u Hélas! Charles, vous voyez comme nous sommes punis pour avoir malicieusement semé le trouble et la division entre votre père, vos frères et vous.. . » Je ne pouvais, dit le monarque (qui a tout l'air de faire là une brochure politique, dans l'esprit de son époque ] , je ne pouvais m'empècher de gémir de leurs peines. Je vis venir à moi des dragons dont la gueule enflammée cherchait à m'engloutir; mon guide me fortifla par le flbdu peloton luuùneux dont il in'entoura, et cette clarté offusqua si bien les dangereux animaux qu'ils ne purent m'atteindre. — Nous descendîmes dans une vallée dont un côté était obscur et ténébreux,

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quoique rempli de fournaises ardentes. Je trouvai le côté opposé très-édairé et fort agréable. Je m'attachai particulièrement à examiner le côté obscur : j'y vis des rois de ma race tourmentés par d'étranges supplices. Le cœur serré d'ennui et de tristesse, je croyais à tout moment me voir précipité mûiméme dans ces gouffres par de noirs géants. La frayeur ne m'abandonna pas. De l'autre côté du vallon je remarquai deux fontaines, dont l'une était d'une eau très-chaude, et l'autre plus douce et plus tempérée. Je vis deux tonneaux remplis l'un et l'autre de ces eaux; et dans l'un je reconnus mon père, Louià-le-Débonnaire, qui y était plongé jusqu'aux cuisses. Il ne laissa pas de me rassurer, et me dit : « Mon fils Charles, ne craignez rien, je sais que votre esprit retournera dans votre corps; Dieu a permis que vous Vinssiez ici pour voir les peines que mes péchés ont méritées. Si, par des prières et des aumônes, vous me secourez, vous, mes fidèles évoques et tout l'ordre ecclésiastique, je ne tiirderai guère à être délivré de ce tonneau. Mon frère Lothaire et Louis son fils jouissent à présent du paradis. — Regardez à votre gauche, ajouta mon père. » A l'instant je tournai la lêle, je remarquai deux grands tonneaux d'eau bouillante. « Voilà ce qui vous est destiné, continua-t-il, si vous ne vous corrigez et ne faites pénitence. » — Mon guide me dit alors : « Suivez-moi dans la partie qui est à droite de ce vallon, où se trouve toute la gloire du paradis. Je ne «marchai pas longtemps sans voir au milieu des plus illustres rois mon oncle Lothaire, assis sur une topaze d'une grandeur extraordinaire et couronné d'un riche diadème; son fils, Louis, était dans un éclat aussi brillant. A peine m'eut-il aperçu que, d'une voix fort douce, il m'appela et me parla en ces termes : « Charles, qui êtes mon troisième successeur dans l'empire romain, approchez. Je sais, contînuat-il, que vous êtes venu voir leslielix de supplices et de peines où votre père et mon frère gémissent encore pour quelque temîps. Mais, par la miséricorde de Dieu, ils seront bientôt délivrés de leurs souffrances, comme nousmêmes en avons été retirés, à là prière dfe saint Pierre, de saint Denis et de saint Bemi, que Dieu a établis les patrons des rois et du peuple français. Sachez aussi que vous ne tarderez pas à être détrôné , après quoi vous vivrez peu. » Et Louis, se tournant vers moi : « L'empire romain, dit-il, que vous avez possédé, doit passer incessamment entre les mains de Louis, fils de ma fille. » - A l'instant j'aperçus ce jeune enfant. » Rpmeltez-lui l'aulo-

rite souveraine, continua Louiâ, et lui en donnez leâ marques en lui confiant ce peloton que vous tenez. » Sur-le-champ je le détachai de ma main pour le lui donner. Par là il se trouva revêtu de Tempire , et tout le peloton passa dans sa main. A peine en fut-il maîlre, qu'il devint tout brillant de lumière, et mon esprit rentra dans mon corps. — Ainsi, tout le monde doit savoir que, quoi qu'on fasse, il possédera T empire romain que Dieu lui a destiné, et quand je serai passé à une autre vie, c'est ce qu'exécutera le Seigneur, dont la puissance s'étend dans tous les siècles sur les vivants et les morts ». » Nous le répétons : brochure politique.

Charlei VI , — roi de France. Ce prince, chez qui on avait déjà remarqué une raison affaiblie, allant faire la guerre en Bretagne, fut saisi en chemin d'une frayeur qui acheva de lui déranger entièrement le cerveau. Il vit sortir, d'un buisson, dans la forêt du Mans, un inconnu d'une figure hideuse, vêtu d'une robe blanche, ayant la tête et les pieds nu?, qui saisit la bride de son cheval, et lui cria d'une voix rauque : « Roi, ne chevauche pas plus avant ; retourne , tu es trahi I » Le monarque, hors de lui-même, tira son épéc et ôta la vie aux quatre premières personnes qu'il rencontra, en criant : « En avant sur les traîtres! » Son épée s'étant rompue et ses forces épuisées, on le plaça sur un chariot et on le ramena au Mans. — Le fantôme de la forêt est encore aujourd'hui un problème difficile à résoudre. Etait-ce un insensé qui se trouvait là par hasard? était-ce un émissaire du duc de Bretagne contre lequel Charles marchait? Tous les raisonnements du temps aboutissaient au merveilleux ou au sortilège. Quoi qu'il en soit, le roi devint tout à fait fou. Un médecin de Laon, Guillaume de Harsely, fut appelé au château de Creil, et, après six mois de soins et de ménagements, la santé du roi se trouva rétablie. — Mais, en 1393 , son état devint désespéré à la suite d'une autre imprudence. La reine, à l'occasion du mariage, donnait un bal masqué. Le roi y vint déguisé en sauvage , conduisant avec lui. de jeunes seigneurs dans le même costume, attachés par une chaîne de fer. Leur vêtement était fait d'une toile enduite de poix-résine, sur laquelle on avait appliqué des étoupes. Le duc d'Orléans, voulant connaître les masques, approcha un flambeau : la flamme se communiqua avec rapidité, les cinq seigneurs furent brûlés ; mais un cri s'étant fait enten-

^ Visio Caroli Calvi de locis pœnarum et felicitate *torum. ManuBcripta Bibl. rcg., n» Î2247, p. 188.

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dre, « Sauvez le roi, » Charles dut la vie à la présence d'esprit de la duchesse de Berri, qui le couvrit de son manteau et arrêta la flamme. — L'état du roi empirait tous les jours; le duc d'Orléans fut soupçonné de l'avoir ensorcelé. Jordan de Mejer, de Divin., cap. 43, écrit que ce duc, voulant exterminer la race royale, confia ses anne^ et son anneau à un apostat, pour les consacrer au diable et les enchanter par des prestiges; qu'une matrone évoqua le démon dans la tour de Montjoie, près Ligny ; qu'ensuite le duc se servit des armes ensorcelées pour ôter la raison au roi Charles, son frère, si subtilement, qu'on ne s'en aperçut pas d'abord. Le premier enchantement se fit près de Beauvais; il fut si violent que les ongles et les cheveux en tombèrent au roi. Le second, qui eut lieu dans le Maine, fut plus fort encore ; personne ne pouvait assurer si le roi vivait ou non. Aussitôt qu'il revint à lui : « Je vous supplie, dit-il, enlevez-moi cette épée, qui me perce le corps par le pouvoir de mon frère d'Orléans. » C'est toujours Mejer qui parle. Le médecin qui avait ^uéri le roi n'existait plus; on fit venir du fond de la Guienne un charlatan qui se disait sorcier, et qui s'était vanté de guérir le roi d'une seule parole ; il appor-* tait avec lui un grimoire qu'il appelait Stmagorad , par le moyen duquoi il était maître de la nature. Les courtisans lui demandèrent de qui il tenait ce livre, il répondit effrontément que a Dieu , pour consoler Adam de la mort d'Abel, le lui avait donné, et que ce livre, par succession, était venu jusqu'à lui. » Il traita le roi pendant six mois et ne fit qu'irriter la maladie. — Dans ses intervalles lucides, le malheureux prince commandait qu'on enlevât tous les instruments dont il pourrait frapper. « J'aime mieux mourir, diseit-ii, que de faire du mat. » Il se croyait de bonne foi ensorcelé. Deux moines empiriques, à qui on eut l'imprudence de Taban^ donner, lui donnèrent des breuvages dés«igréables, lui firentdes scarifications magiques; puis ils furent pendus, comme ils s'y étaient obligés en cas que la santé du roi ne fât point rétablie au bout de six mois de traitement. Au reste, la mode de ce temps-là était d'avoir près de soi des sorciers ou des charlatans, comme depuis les grands eurent des fous, des nains et des guenons ^

Charlei zz , — roi de France. Croirait-on qu'un des médecins astrologues de Charles IX lui ayant assuré qu'il vivrait autant de jours qu'il pourrait tourner de fois sur son talon

' M. Oarinet, Histoire de la magie en France, p. 87.

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