‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 99 sur 319 · COQ · texte numérisé non relu

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gances dont leur folle imagination est remplie. — Tout le monde a entendu parler des convulsions et des merveilles absurdes qui eurent lieu, dans la capitale de la France, sur le tombeau du diacre Paris, homme inconnu pendant sa vie , et trop célèbre après sa mort ^ La frénésie fanatique alla si loin, que le gouvernement fut obligé, en 1732, de fermer le cimetière Saint-Médard, où Paris était enterré. Sur quoi un plaisant fit ces deux vers :

De par le roi, défense à Dieu, D'opérer miraclo en ce lieu.

— Dès lors les convulsionnaires tinrent leurs séances dans des lieux particuliers, et se donnèrent en spectacle certains jours du mois. On accourait pour les voir, et leur réputation surpassa bientôt celle des bohémiens; puis elle tomba , tuée par le ridicule.

Cbperma, — astronome célèbre, mort en 4543. On dit communément que son système fut condamné par la cour de Rome : ce qui est £aux et controuvé. Il vivait à Rome d'un bon canonicat, et y professait librement Tastro* nomie. Mais voyez à ce sujet l'article Ga--

ULEE.

Ooq. — - Le coq avait, dit-on, le pouvoir de mettre en fuite les puissances infernales ; et comme on a remarqué que le démon, qu'on appelle le lion d'enfer, disparaît dès qu*il voit ou entend le coq, on a répandu aussi cette opinion que le chant ou la vue du coq épouvante et fait fuir le lion. C'est du moins le sentiment de Pierre Delancre. « Mais il faut répondre à ces savants, dit M. Salgues % que nous avons des lions dans nos ménageries; qu'on leur a présenté des coqs ; que ces coqs ont dianté, et qu'au lieu d'en avoir peur, les lions n'ont témoigné que le désir de croquer Toiseau chanteur ; que toutes les fois qu'on a mis un coq dans la cage d'un lion , loin que le coq ait tué le lion , c'est au contraire le lion qui a mangé le coq. » — On sait que tout disparaît au sabbat aussitôt que le coq chante. On cite plusieurs exemples d'assemblées de démons et de sorcières que le premier chant du coq a mises en déroute; on dit même que ce son qui est pour nous , par une sorte de miracle perpétuel , une horloge vivante, force les démons, dans les airs, à

< Carré de Montgeron a recueilli ces merreillet en

trois gros voliimes in-4»f avec figures. Yuici un de ces miracles rapporté dans une chanson de madame la duchesse du Maine :

Un décrotteur à la royale, Du talon gauche estropié.

Obtint, pour grâce spéciale.

D'être boiteux de l'autre pié.

* Des Erreura et des préjugés, etc., préface.

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laisser tomber ce qu'ils portent : c'est à peu près la vertu qu'on attribue au son des cloches. Pour empêcher le coq de chanter pendant leurs assemblées nocturnes, les sorciers, instruits par le diable , ont soin de lui ffotter la tête et le front d'huile d'olive, ou de lui mettre au cou un collier de sarment. — Beaucoup, d'idées superstitieuses se rattachent à cet oiseau, symbole du courage et de la vigilance, emblème des Français. On dit qu'un jour Vitellius rendant la justice à Vienne en Dauphiné, un coq vint se percher sur son épaule,; i^es devins décidèrent aussitôt que Tempereur tomberait sûrement sous un Gaulois; et, en effet, il fut vaincu par un Gaulois de Toulouse. — On devinait les choses futures par le moyen du coq [voy. Alectryomancie). — On dit aussi qu'il se forme dans l'estomac des coqs une pierre qu'on nomme piéride aleclorienne , du nom grec de l'animal. L'es anciens accordaient à cette pierre la propriété de donner le courage et la force : c'est â sa vertu qu'ils attribuaient la fore© prodigieuse de Milon de Crotone. On lui supposait encore le don d'enrichir, et quelquesuns la regardaient comme un philtre qui ^rtodérait la soif. •*- On pensait autrefois qu'il y avait dans ie coq des vertus propres à la sorcellerie. On disait qu'avant d'exéculer ses maléfices , Léonora Galigaï ne mangeait que des crêtes de coq et des rognons de bélier qu'elle avait fait charmer. On voit , dans les accusations portées contre elle» qu'elle sacrifiaift des cocfs aux démons ^. Certains Juifs, la veille du chipur Ou jour du pardon ^ chargent de leurs péchés un coq blanc qu'ils étranglent ensuite, qu'ils font rôtir, que personne ne veut manger, et dont ils exposent les entrailles sur le toit de leur maison* On sacrifiait, dans certaines localités superstitieuses, ud coq à saint Christophe , pour en obtenir des guérisons. — On croyait en&n que les coqs pondaient des œufs, et que, ces œufs étant maudits, il en sortait un serpent ou un basilic. « Cette superstition fut très-répandue en Suisse; et dans une petite chronique de Bâle, * Gross raconte sérieusem^t qu'au mois d'aoùi 4 474 un coq de cette ville, ayant été accusé et. convaincu de ce crime, fut condamné à mort. Le bourgeois le brûla publiquement avec son œuf, dans un endroit nommé Kabtenberg, à la vue d'une grande multitude de personnes^. » Voy. Basilic, Mariage, etc.

OoraiL — Quelques auteurs ont écrit que le corail a la vertu d'arrêter le sang et d'é-

' M. Garinet, Histoire de la magie en France, p, 100. Dictionnaire d'anecdotes suisses, p. 114.

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carter les mauvais génies. Marsile Ficin prétend que le corail éloigne les terreurs paniques et préserve de la foudre et de la grêle. Liceti en donne cette raison, que le corail exhale une vapeur chaude qui, s'élevant en l'air, dissipe tout ce qui peut causer la grêle ou le tonnerre. Brown, dans ses Essais sur les efrreurs populaires , dit qu'il est tenté de croire que l'usage de mettre des colliers de corail au côu des enfants , dans Tespérance de leur faire sortir les dents, a une origine superstitieuse, et que l'on se servait autrefois du corail comme d'une amulette ou préservatif icontre les sortilèges.

Corbeau, — oiseau de mauvais augure, qui, dans les idées superstitieuses, annonce des malheurs et quelquefois la mort. Il a pourtant des qualités merveilleuses. Le livre des Admirables secrets d'Albert-k-Grand dit que si l'on fait cuire ses œufs , et .qu'ensuite on les remette dans le nid où on les aura pris, apssitôt le corbeau s'en ira dans une île où AÎogricus, autrement appelé Alruy, a été enseveli, et il en apportera une pierre avec laquelle, touchant ses œufs,, il les fera revenir dans leur premier état ; « ce qui est tout à fait surprenant. » Cette pierre se nomme pierre indienne^ parce qu'elle se trouve ordinairement aux Indes. — On a deviné par le chapt du corbeau, si son croassement peut s'appeler chant. M. Bory Saint- Vincent trouve que c'est un langage. On Tiaterprète en Islande pour la connaissance des affaires d'état. Le peuple le regarde comme instruit de tout ce qui se passe au loin, et annonçant aussi très-bien l'avenir. Il prévoit surtout les morts qui doivent frapper une famille, et vient se percher sur le toit de la maison, d'où il part pour faire le tour du cimetière, avec un cri continu et des inflexions de voix. Les Islandais disent qu'un de leurs savants avait le don d'entendre l'idiome du corbeau, et qu'il était, par ce moyen, instruit des choses les plus cachées. — Hésiode dit que la corneille vit huit cent soixante-quatre ans, tandis que l'homme ne doit vivre que quatre-viogtr-seize ans, et il assure que le corbeau vit. trois fois plus que la corneille : ce qui fait. deux mille cinq cent quatre-^vingtdouze ans,.,. — On croit dans la Bretagne que deux corbeaux président à chaque maison, et qu'ils annoncent la vie et la mort. Les habitants du Finistère assurent encore que l'on voit , sur un rocher éloigné du rivage, les âmes de leur roi Çr^lon et de sa fille Dabut, qui leur apparaissent sous la forme de deux corbeaux; éHéâ disfmtài^éi^ è Toeil

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de ceux qui s'en approchent *. Voy. Odin, CvcÉRON, AuGimBS, etc.

Ck>rde de pendu. — Les gens crédules prétendaient autrefois qu'avec de la corde de pendu on échappait à tous les dangers, et qu'on était heureux au jeu. On n'avait qu'à se serrer les tempes avec une corde de pendu pour se guérir de la migraine. On portait un morceau de eeite corde dans sa poche pom* se garantir du mal de dents. Enfin, on 6e sert de cette expression proverbiale , avoir de la corde de pendu, pour indiquer un bonheur coAStant, et les Anglais du menu peuple courent encore après la corde de pendu *.

CordeUer» d'Orléam. — On a fait grand bruit de l'affaire des cordeliers d*Orléans, qui eut lieu sous François I**'. Les protestants s'en emparèrent; et d'un tort qui est assez mal établi i on fit un crime aux moines. C'était peut-être faire leur éloge que de s'étonner qu'ils ne fussent pas tous des anges. Void l'histoire. — Le seigneur de Saint-Mesmin ^ prévôt d'Orléans ) qui donnait dans les er* reurâ de Luther, devint veuf. Sa femme était comme lui luthérienne en secret. 11 la fit en* terrer sans flambeaux et sans cérémonies; elle n'avait ^as reçu les derniers sacrements. Le gardien et le custode des cordeliers d'Orléans, indignés de ce scandale, firent cacher, dit-on, un de leurs novices dans les voûtes de l'église , avec des Instructions. Aux matines, ce novice fit du bruit sur les voûtes. L'exorciste, qui pouvait bien n'être pas dans le secret, prit le rituel, et, croyant que c'était un esprit, lui demanda qui il était? Point de iréponse. — S'il était muet? — Il frappa trois .coups. On n'alla pas plus loin ce jourlà. Le lendemain et le surlendemain , le même mcident se ré^ta. n Fantôme ou esprit , dit alors l'exorciste » es-tu l'àme d'un tel?» — Point de réponse. — a D'un tel ? » Point de réponse. On nomma successivement plusieurs personnes enterrées dans l'église. Au nom de Louise de Mareau, femme de François de Saint-Mesmin, prévôt d'Orléans, l'esprit frappa trois coups, a £s-tu dans les flammes? » — Trois coups. — « Es-tu damnée pour avoir partagé les erreurs de Luther? » — Trois grands coups. Les assistants étaient dans l'effroi. On se disposait à signifier au seigneur de Saint-Mesmin d'enlever de l'église sa luthérienne ; mais il ne se décoï^cérla pas. n courut à Paris et obtint des commissaires du conseil d*Ëtat un arrêt qui condamnait huit cordeliers d'Orléans à faire amende

I Cambry, Voyage dans te Finiat^re, t. II» p. 364. ' Saignes, Des Erreurs et des préjugés, 1. 1, p. 433.

honorable pour avoir supposé de fausses apparitions (Î534). — Une preuve que celte feute était individuelle, c'est qu'elle fut condamnée par rautorité ecclésiastique , et que les huit condamnés, dont deux seulement étaient coupables, le gardien et le custode, furent bannis sans que personne n'appelât ni ne réclamât.

Oomé, — compagnon de Dathâri et d'Abiron. Les mahométans, qui ie eonfondent avec le batelier Garon, le font cousin-germain de Moïse, qui, le voyant pauvre, lui enseigna lalchimie, par le moyen de laquelle il acquit de si grandes richesses qu'il lui fallait quarante chameaux pour porter son or et son argent. Il y en a d'autres qui prétendent même qqe plusieurs chameaux étaient chargés seulement des clefe de ses oofifire&-forts. Moïde ayant ordonné aux Israélites de payer la dîme de tous leurs biens , Coré refusa d'obéir, se souleva même contre son bienfaiteur jusqu'à répandre sur lui des calomnies qui allaient lui faire perdre son autorité parmi le peuple, si Moïse ne s'en fût plaint à pieu , qui lui permit de punir l'ingrat ; alors Moïse lui donna sa malédiction, et ordonna à la terre de l'engloutir, ce qui s'exécuta.

Ck>rneîlle. — Le chant de la corneille était regardé des anciens comme un très-mauvais présage pour celui qui commençait une entreprise; ils l'invoquaient avant le mariage^ parce qu'ils croyaient que les corneilles, après fa mort de l'un ou de l'autre couple, observaient une sorte de veuvage. Voy. Cokbeau.

CornéliiM, — prêtre païen de Padoue» dont parle Aulu-Gelle. Il avait d^ extases, et son âme voyageait hors de son corps; le jour de la bataille de Pharsale, il dit en présence de plusieurs assistants qu^il voyait une forte bataille, désignant les vainqueurs et les fuyards; et, à la (in, il s'écria tout à coup que César avait vaincu * .

Cornet. — Tous les habitants du ténébreux empire portent des cornes; c'est une partie essentielle de l'uniforme infernal. — * On a vu des enfants avec des cornes, et Bertholin die un religieux du monastère de Saint-Justin qui en avait deux à la tète. Le maréchal de Lavardin amena au roi un homme sauvage qui portait des cornes. On montrait à Paris, en 4699, un Français, nommé Trouilion, dont le front était armé d'une corne de bélier '; — * Dans le royaume de Naples et dans d'autres

' Leloyer, Histoire des spectres, ou Âppar. des esprits^ liv. IV, ch. 25, p. 456.

2«M. Salgues, Des Erreurs et des préjugés, tome ni, p. 128.

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