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comme une spécialité, que beaucoup lui en reconnaissent le monopole, qu’il a fini par inspirer une confiance sans bornes à quantité de bonnes gens et un mépris sans limites aux détraqués de la jeune littérature » (J. L.). Nous disons que M. S. est toujours et partout d’une sincérité parfaite ; ajoutons qu’il est facile de voir qu’il n’a pas le moindre fiel et ce n’est certes pas lui qu’on pourra accuser de parler avec colère, avec rage, avec mépris des écrivains, dont il a à juger les œuvres. Tout au contraire, on peut juger qu’il aime tous ceux dont il parle et pas un mot désagréable ne lui échappe jamais, surtout sans nécessité. En ce sens c’est le critique idéal de notre temps, c’est un maître que les jeunes critiques devraient consulter et imiter. Dieu sait qu’il ne se gêne guère pour dire sa pensée sur une œuvre médiocre ou mauvaise: il a la phrase dure ou tranchante, on entend cingler son fouet, mais c’est toujours à l’œuvre qu’il en a, et jamais à l’auteur. Il n’est guère possible à un honnête homme de lui en vouloir; lui n’en veut jamais aux gens, « pas même à ceux qu’il a tombés », car c’est là le point scabreux et drôle de la critique moderne : le critique qui a dit du mal d'un auteur , prend cet auteur en grippe , parfois en haine , et il n’en démord plus.
— Les injures qu’on ne lui épargne guère du reste, glissent comme de l’eau sur cette peau d’hippopotame de M. S., selon l’expression dont on a voulu se servir un jour; une peau qui n’est au fond que la peau d’un brave homme. — Vous pouvez, dit M. Lemaître, le traiter de cuistre et de pion, tant qu’il vous plaira et on ne s’en est pas fait faute : Il vous répondra ; « Hé ! Oui, mon ami, je suis comme cela. Et après ? Mais vous, vous n’êtes guère poli et je crois d’ailleurs que vous exagérez ». — On raconte que M. S. disait un jour: « Depuis que « je suis au monde j’entends un tas de gens « dire qu’ils sont agacés ; moi, je ne sais pas « ce que c’est : je n’ai jamais été agacé de ma « vie ». Voilà qui donne une idée complète de cet homme et de cet esprit parfaitement équilibrés, qualité de premier ordre pour tout critique.
— Ecrivain, il a au plus haut point le naturel et la clarté, car il ne parle jamais que des choses qu’il « conçoit » parfaitement. Et c’est un mérite qui est devenu rare en ce temps de pédants qui ont l’air d’en dire pins qu’ils n’en savent et de nerveux qui affectent au contraire d’avoir plus de « sensations » qu’ils n’en peuvent traduire (J. L.). — L’opinion de M. S. ne s’exerce pas seulement sur les pièces des auteurs dramatiques, elle s’impose au public dans maintes occasions et il ne se gêne pas pour dire leur fait carrément aux critiques rageurs. Un exemple : Il s’agit un jour des plagiats dont on accuse M. Sardou, et bien d’autres: écoutez Francisque Sarcey; — « Sardou est un emprunte teur, soit. Mais il faut croire qu’il n’est pas
« si facile d’emprunter, puisque ni vous, ni moi « ne le faisons. Comment (il y avait là une « pièce à faire avec les débris de Miss Multon « et de la Fiammina, une pièce qui pouvait « avoir cent représentations et rapporter cin- « quante mille francs) vous le saviez et vous « ne l’avez pas faite ? Vous êtes des idiots, « mes amis ! ». — Voilà les critiques méticuleux servis par une plaisanterie, un peu gauloise, mais c’est bien là le tour d’esprit de M. S. — Pour tout dire d'un mot, son œuvre, c’est cinq ou six heures par jour de conversation écrite tous les jours depuis trente ans. — Comme romancier, M. S. n’a pas pris rang parmi les raffinés, les exquis, les célèbres; mais de l’avis de M. Jules Lemaître, bon juge, il y a bien de l’émotion et de la vérité dans « Étienne Noreb » et bien de l’esprit dans les « Tribulations d’un fonctionnaire en Chine ». — Mais, évidemment, la partie la plus considérable de son œuvre, c’est la critique dramatique, et il y a pris le premier rang et il l’a pris ce premier raug par droit de conquête presque de haute lutte. A coup sûr, la critique dramatique existait avant lui, mais c’était souvent du reportage, ou bien elle était dogmatique et grammaticale - ennuyeuse presque toujours. M. S. fut le premier qui se mit à raconter, tranquillement, de son mieux, les pièces qu’il avait entendues, à les juger le plus sérieusement du monde, et à motiver avec soin ses jugements. Il dit ce qu’il pense - et, ajoute M. Lemaître, - il le dit simplement sans fioritures, sans paradoxes, sans feux d’artifice. — La méthode de M. S., c’est tout bonnement l’observation, l’expérience. Plusieurs sont tentés de prendre M. S. pour un critique doctrinaire qui croit à la valeur abso: lue de certaines règles, sans en avoir éprouvé les fondements; mais, de sa vie, il n’a fait autre chose que les éprouver. Ses théories ne sont que des constatations prudemment généralisées, jamais il ne dévance les impressions et le jugement du public ; il se contente de les expliquer. — M. S. part de deux principes incontestables : l.° Le théâtre est un genre particulier, soumis à certaines règles nécessaires qui dérivent de sa nature même; 2.° Les pièces de théâtre sont faites pour être jouées et non pas devant une poignée de délicats, mais devant de nombreuses assemblées d’hommes et de ‘femmes. — Et voilà tout : aussi faut-il entendre M. S. répondre aux esprits tourmentés par les petits côtés des choses, à ceux qui vont toujours chercher midi à quatorze heures. C’est même ce qu’il y a de mieux à faire pour donner une idée exacte du critique dramatique que de citer quelques lignes prises par çi, par là, dans son œuvre énorme et qu’on peut évaluer à 35 ou 36 volumes de cinq-cents pages. — Ecoutez-le expliquer pourquoi le public doit toujours accepter le point de départ du
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poète dramatique les yeux fermés : — « Mais « comment expliquez-vous qu’GEdipe et Jocaste,
« qui sont mariés depuis douze ans et plus « n’aient pas échangé vingt fois les confiden- « ces ? — ■ Moi, mon ami, je ne l’explique pas, et « cela n’est parfaitement égal, parce qu’au théâ- « tre je ne songe pas à l’objection. Tout ce que « je puis dire, ô critique pointu, c’est que, s’ils « s’étaient expliqués auparavant, ce serait dom- « mage parce qu’il n’y aurait pas de pièce et « que la pièce est admirable. — Cela s’appelle « une convention. — Cette convention, c’est « qu’un fait auquel le public ne fait pas atten- « tion n’existe pas pour lui ; que tous les faits « qu’il a bien voulu admettre comme réels, le « sont par cela seul qu’il les a admis, fut-ce « sans y prendre garde. — Qu’importe à un pu- « blic qu’une aventure soit invraisemblable, s’il « est assez ému pour n’en pas voir l’invraisem- « blance ? Un lecteur raisonne, la foule sent.
« Elle ne se demande pas si la scène qu’on lui « montre est possible, mais si elle est intéres- « santé ; ou plutôt elle ne se demande rien, elle « est toute à son plaisir et à son émotion ». — Voilà qui est simple et concluant et, de fait, il n’y a pas à sortir de là. — Deux pages encore à citer: celle où il parle des origines de l’opérette, et celle où il définit la blague. — L’opérette, il en voit les origines dans l’Opéra-Comique et dans le vaudeville à couplets ; le vrai créateur de l’opérette fut M. Hervé, les maîtres Offenbach et Meilhac et Halévy. Une comparaison entre la Dame Blanche et Orphée aux enfers est faite d’un tour très -vif, et M. S. écrit une page étincelante sur les sentiments que la musique d’Orphée éveille. — « Comparez, pour « voir, toute cette partition de Boïeldieu à ce « fameux quadrille d 'Orphée aux enfers qui a « emporté dans son tourbillon frénétique toute « une génération. Vous l’entendez chanter à « votre oreille, n’est-ce pas? Est-ce qu’aux pre- « miers sons de cet orchestre, il ne vous sem- « ble pas voir toute une société se levant d’un « bond et se ruant à la danse ? Elle réveille- « rait des morts, cette musique. Comme ces rith- « mes tantôt sautillants, tantôt furieux, avaient « l’air d’être faits pour communiquer une tré- « pidation morale aussi bien que physique à « tout le public de désaccordés, pour qui la « vie n’était qu’une manière de danse macabre ! « Au premier coup d’archet qui, sur la scène, « mettait en branle les dieux de l’Olympe et « des Enfers, il semblait que la foule fût se- « couée d’un grand choc et que le siècle tout en- « tier, gouvernement, institutions, mœurs et « lois, tournât dans une prodigieuse et univer- « selle sarabande ». — On ne saurait mieux dire et des pages de cette vivacité ne sont pas rares dans l’œuvre de M. S. La définition de la blague est charmante aussi et juste ; elle est l’expression de sa pensée de moraliste : la voici:
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— « La blague est un certain goût, qui est spé- « cial aux Parisiens et plus encore aux Pari- « siens de notre génération, de dénigrer, de rail- « 1er, de tourner en ridicule tout ce que les hom- « mes et surtout les prudhommes, ont l’habitude « de respecter et d’aimer ; mais cette raillerie « a ceci de particulier, que celui qui s’y livre « le fait plutôt par jeu, par amour du paradoxe « que par conviction : il se moque lui-même de « sa propre raillerie. Il blague. — Il blague la « patrie, et au besoin, il mourrait pour elle ;
« il blague l’amour filial et pleure quand on « lui parle de sa vieille mère. Il blague les « beautés de l’Italie, et se mettrait à genoux « devant un Raphaël. Il y a dans la blague un « certain mépris, très légitim ed’ailleurs, pour les « admirations convenues, pour les phrases tou- « tes faites, et à ce mépris se joint le plaisir « de crever les ballons gonflés de vent, de se « sentir supérieur en se prouvant qu’on n’est « pas dupe. C’est le bon côté de la blague. •
« Mais elle en a de fâcheux: la blague donne à « l’esprit l’habitude de ne plus compter avec le « vrai, ni avec le faux, de chercher partout ma- « tière à raillerie. Il arrive fort souvent que le « blagueur de profession, pris à son propre « piège, ne distingue plus lui-même ce qui est « bien de ce qui est mal, ce qui est juste de « ce qui est inique ; il se grise de sa propre pa- « rôle, il se fausse l’esprit et se dessèche le « cœur ». — Nous avons voulu donner par ces quelques extraits une idée de la manière du maître, de son esprit, de son bon sens, mais pour en comprendre et en saisir toute la valeur, pour retrouver M. S. tout entier, gai, bon enfant, sincère et amusant, il faut recourir à ce livre exquis qu’il a appelé « Souvenirs personnels », et où il raconte ses années de jeunesse et de souffrance. Son œuvre est considérable, mais ces « souvenirs personnels », sont peut-être ce qu’ila écrit de plus exquis et de plus complet.
Sardagna (Jean-Baptiste de), historien italien, né, à Trente, en 1828; il fit, comme souslieutenant des Bersaglieri italiens les deux campagnes 1848-49; il rentra à Venise après la bataille de Novare et il y demeure. On a de lui : « Dissertazione documentata sulla storia di Karistos nell’Isola di Negroponte (1205-1470) », de Charles Kopf, traduit de l’allemand, Venise, 1856; « Cenni sull’ importanza degli studii intorno alla milizia veneziana nel Medio Evo », Trente, id. ; « Dissertazione documentata sulla storia dell’Isola di Andros e dei suoi Signori, dall’anno 1207 al 1566 », par le docteur Charles Kopf, traduite de l’allemand, \ enise, 1859; « Cenni sui militari trentini che furono anche scrittori, e sopra altri Trentini che di cose militari hanno scritto » , Milan , 1866 ; « Carlo Wulten da Venezia, commemorazione », id., 1867 : « Illustrazione di alcuni documenti militari veneziani riguardanti Trieste e l’Istria »
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(dans VArcheografo Triestino ), 1871 ; « Illustrazione di una lettera militare inedita di Marco Foscarini », dans VArchivio Veneto , 1875 ; « La coscrizione dei cavalli nel secolo XVII » (id.), id.; € Il conte Armanno Wartstein al soldo di Venezia (1358) » (id.), ; « I signori di Reifenberg nei secoli XIII e XIV » (id.), id. ; « Nota sul signor Colenzio di Leymbach che fu stipendiai dei Veneziani (1357) » (id.), 1876; « Memorie di soldati istriani e di altri italiani e forestieri cbe militarono nell’Istria allô stipendio di Venezia nei secoli XIII, XIV e XV » ( Ar cheografo Triestino ), 1880; « Lettere dei Doge Andrea Contarini e dei capitano generale Domenico Michel (1368-69) » (id.), 1882 ; « Storia dfcll’assedio di Trieste (1368-69) ».
Sardagna (Victor de), écrivain italien, fils du précédent, né, en 1854, à Venise; il reçut son doctorat en philologie dans l’Université de Padoue, où il apprit aussi le sanscrit ; il est actuellement professeur dans le Lycée de Voghera. On a de lui : « Storia délia Grecia antica dalle origini alla colonizzazione dell’Asia Minore », Vérone, 1882; « Una congiura », document historique inédit de l’année 1545, tiré des Archives de Venise, et publié à l’occasion des noces Sicher-Scarpa.
Sardiuoux (Pierre-Auguste), théologien français, né, le 22 janvier 1809, à Anduze, dans le département du Gard, fréquenta successivement pour, ses études Montauban, Strasbourg, Heidelberg, remplit pendant douze ans (1832-1844), les fonctions d’aumônier et de professeur de langue allemande au Collège Royal de Tournon, exerça, pendant trois autres années, le ministère évangélique dans la paroisse de Faugères (Hérault), et fut enfin appelé en 1847 à la Faculté évangélique de Montauban comme professeur de critique sacrée et d’exégèse du Nouveau Testament. L’institut des sourds-muets à Saint-Hippolyte dans le Gard et l’Œuvre des orphelins protestants à Montauban le comptèrent parmi leurs premiers fondateurs. M. S. qui à ses fonctions professorales avait joint de 1848 à 1865 celles de directeur du séminaire, ‘de 1869 à 1875 celles de doyen de la Faculté, a pris en 1875 sa retraite de l’enseignement. Nous lui sommes redevables des ouvrages suivants : « Commentaire sur l’Épître aux Galates », 1837 ; « Le Christ et l’Eglise », recueil d’études théologiques et pratiques, 2 vol. 1854- 55 » ; Mémoire sur la Faculté de théologie protestante et le Séminaire de Montauban », 1887; et de plusieurs traductions de l’allemand : « Le pasteur d’Anduze », nouvelle historique du temps des Dragonnades », 1847 ; « Heures de recueillement Chrétien », par Tholuck ; « De l’essence du Christianisme », par Ullmann, 1850; « De la date de nos Evangiles », par Tischendorf, 1866; « La personne de Jésus-Christ, le miracle de l’histoire », par SchafP, 1866 ; « L’État
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[ présent de l’église », par Luthardt », 1870 J « L’Evangile selon Saint-Jean », par Oosterzee, 1876.
Sardon (Victorien), auteur dramatique, né, a Paris, en 1831. Il étudia d’abord la médecine, puis fut forcé par la gêne où vivait sa famille d’abandonner les cours et de donner des leçons d’histoire, de philosophie et de mathématiques. Il essaya aussi de la littérature en publiant quelques articles dans des revues, des dictionnaires, entr’autres le Dictionnaire de la Conversation, , et fit jouer à l’Odéon sa première comédie: « La Taverne des étudiants » (1er avril 1854), qui fit un four complet. En 1857, il était dans une détresse affreuse. Son énergie luttait virilement, mais il fut terrassé par la souffrance et il tomba gravement malade: il fut atteint d’une fièvre typhoïde. Il fut soigné par une de ses voisines, Mlle de Brécourt, qui lui sauva la vie en le veillant nuit et jour. M. S. l’épousa l’année suivante (1858), et ce fut là le point de départ de sa carrière, car sa femme le mit en relation avec M1Ie Déjazet qui, en ce moment, dirigeait un théâtre, et qui l’engagea à reprendre la carrière dramatique, où il devait bientôt arriver à la première place. Neuf ans plus tard, il était déjà en pleine possession de la fortune et de la renommée, quand sa femme mourut (1867). M. S. a donné successivement au théâtre Déjazet: « Candide »; « Les premières armes de Figaro » ; « M.r Garat », et « Les près Saint-Gervais », au Palais-Royal (24 avril 1862); puis « Les gens nerveux »; « Les pattes de mouche » ; « Piccolino » ; « La perle noire » ; « Les Ganaches » ; « Les femmes fortes » ; « L’Ecureuil » (sous le pseudonyme de Carie) (9 janvier 1865); « Nos intimes », un de ses plus bruyants succès, puis « La Papillonne », qu’il voulut porter au Théâtre-Français où elle n’eut pas un bon accueil (11 avril 1862). D’une fécondité infatigable, il continua à donner presque tous les ans une ou plusieurs pièces sur différents théâtres: « Bataille d’amour », opéracomique en trois actes, 1863; « Les Diables noirs », drame en 4 actes; « Le Dégel », 1864; « Les Pommes du voisin » ; « Les Vieux Garçons » ; « La famille Bénoiton » ; « Nos bons villageois »; « Maisonneuve »; « Séraphine ou la Dévote »; « Patrie », 1869; « Fernande », 1870; « Le roi Carotte »,• 1872. Le 1er février 1872, M. S. fit représenter au Vaudeville une comédie politique en 5 actes : « Rabagas », mise en scène aristophanesque de personnages et d’évènements contemporains qui souleva à Paris et en province de véritables tempêtes. Une autre comédie en 4 actes: « L’Oncle Sam », d’abord iuterdite par la censure française par crainte de complications diplomatiques avec les États-Unis, fut jouée à New-York avant de l’être à Paris (1873). Il donna ensuite avec peu de succès: « La Haine », drame en 5 actes;