‹ Dictionnaire lyriqueChapitre 312 sur 773 · NICANOR · texte numérisé non relu

NICANOR

C'est toi que je cherchais.

ULiA, avec un sentiment d'effroi.

Moi?... Que me voulez-vous?

KICANOR.

Que fais-tu parmi ceux que poursuit mon courroux ?

LIUA.

Je venais, sur ces froides pierres.

Prier pour la reine et pour vous.

Et pour celui qui, chez nos frères, Bientôt doit être mon époux.

Faible et dans l'ombre retirée.

Que pouvez-vous craindre de moi?

Ah! laissez-moi vivre ignorée.

Avec mon amour et ma foi.

KICAKOK.

Ne crains rien , je t'aime, et j'admire Ta beauté, ta grâce et ta foi.

Chaque rayon de ton sourire Est un regard du ciel pour moi.

A tes pieds mon orgueil s'incline; Ta parole trouble mes sens :

Car des anges la voix divine N'est que l'écho de tes accents.

IIERC

Tendant ce dao, une croix, placée au-dessus d'une des tombes des martyrs, s'illumine miraculeusement. Lilia sent son courage se raffermir, et, s'apercevant que la croix reste obscure aux j-eux de Nicanor, elle le repousse comme un maudit. Le tonnerre éclate, le proconsul tombe foudroyé. Satan paraît et revêt le manteau de Nicanor : mais, sans révéler sa présence à Lilia, il lui montre l'intérieur du palais d'Olympia, et Hélios aux pieds de la reine.

L'acte troisième se passe dans les jardins de la reine ; une bacchanale chantée, jouée et dansée précède l'entrevue de Lilia et d'Hélios en présence d'Olympia et do Satan. La jeune chrétienne rappelle son amant à la vertu, et chante un Credo imité de celui des Martyrs, dont l'intention est excellente, mais qui est aussi peu poétique qu'orthodoxe. Lilia chante qu'elle croit :

A l'Esprit saint, l'inspirateur de l'âme. Flambeau divin du passé ténébreux, Qui fit planer douze langues de flamme Sur le cénacle où priaient douze Hébreux!

Hélios rentre en lui-même, mais désespérant de retrouver l'amour de Lilia, qu'on va conduire au supplice. Il s'exprime ainsi :

Vérité de l'enfer! oui, j'ai souillé mon àmel Rien ne pourra m'absoudre aux yeux de Lilia... Sauvons du moins sesjours, si je dois vivre infâme!... Reine! je suis à toi!... je t'aime, Olympia!

Pouvait-on imaginer un moyen dramatique aussi grossier, aussi brutal, de rendre un quatrième acte nécessaire et de prolonger la soirée? Frapper ainsi Lilia dans son cœur d'amante , dans sa foi de chrétienne. O convenances! ô mœurs dramatiques du théâtre de Corneille, de Racine , de Quinault luimême, qu'êtes-vous devenues !

Le quatrième acte se compose de deux tableaux; le premier représente l'atrium du palais d'Olympia. L'éruption du Vésuve a commencé d'éclater. Les esclaves en profitent pour se révolter et se livrer au pillage. Satan les y encourage. En vue de la catastrophe finale, le dernier tableau offre une architecture assez compliquée : la terrasse du palais d'Olympia est supportée par la colonnade d'un imphœium d'ordre Pœslum, et dominée par des façades de cariatides tétrastyles. On voit, d'un autre côté, l'avenue du temple d'Isis et de Sérapis, et au fond un aqueduc à deux rangs d'arches. Hélios accourt éperdu se jeter aux pieds de Lilia; il implore son pardon. Lilia répond :

Mon Dieu! ce pardon qu'il demande, Avec moi daigne le donner!

Du haut du ciel, sur lui que la grâce descende! Mon Dieu, dis-moi de pardonner!

HERC

Tous deux , réconciliés dans l'amour et dans la foi, attendent la mort, soutenus et encouragés par le prophète Magnus, ce qui est encore une imitation du trio de Raoul , Valentine et Marcel dans les Huguenots. Olympia bravo le fléau; Satan triomphe; les monuments s'écroulent avec fracas ; la lave envahissante s'avance sur le théâtre. Magnuvi s'écrie : « Chrétiens, voici la mort ! » Hélios et Lilia répondent : « C'est le ciel ! c'est la vie ! » Cet opéra n'a point d'ouverture. Le compositeur s'est contenté d'annoncer le lever du rideau par une introduction dont le motif principal , exécuté successivement par les violoncelles et la fliite , est accompagné par les harpes. La romance : Dans vne retraite profonde, est le premier morceau qui excite l'intérêt. La mélodie , d'une simplicité calme et toute virginale , est gracieusement ornée d'un accompagnement de cor anglais. L'andante en la : Noble Hélios , en ton absence , chanté par Olympia , n'a rien de remarquable; mais la phrase du ténor qui en accompagne la fin exprime bien l'étonnement et la surprise des sens du jeune chrétien. Elle nous a rappelé la phrase de Daniel dans l'opéra de la Chaste Susanne de Monpou :

Comment, dans ma jeune âme.

Comment supporter ù. la fois Et ce doux regard de femme Et le son charmant de cette voix.

C'est surtout dans l'air de l'extase que le compositeur a le plus travaillé son instrumentation. Pendant qu'Hélios vide la coupe, les gammes chromatiques du quataor, coa sordini, se succèdent, et il faut convenir qu'il y a là une difficulté d'exécution qui rendra presque toujours ce passage scabreux et d'une justesse douteuse, d'autant plus que ces instruments jouent des traits de huit triples croches sur des sixaines jouées par les harpes. Le reste de l'air est d'une couleur poétique ' délicieuse. Le petit chœur syllabique der; chrétiens, qui ouvre le second acte, offre une jolie modulation en sol bémol. La prière qui suit est sans accompagnement, bien traitée pour les voix , et la phrase dite en écho par les ténors produit un agréable effet. Comme nous l'avons dit plus haut, le morceau qui nous paraît le plus dramatique est le duo entre Lilia et Nicanor. L'inspiration y règne d'un bout à l'autre. Ce n'est qu'une suite de phrases bien accentuées et allant droit nu cœur, surtout dans la partie de Lilia. Cependant quelques modulations viennent étonner l'oreille. La substitution du ré bémol à Vut dièse, pour obtenir un repos en ut par lemoyen de la sixte augmentée, est loin d'à-

HERC

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