PREFACE. XI
celui d'être utile. Néanmoins j'avoue qu'il ne m'a pas été possible d'adopter la devise de l'historien : Scrifnfur ad narrandvm, non ad prohandum. Cette maxime, plus ou moins suivie dans les travaux historiques, ne saurait convenir à un ouvrage tel que celui-ci, où l'auteur considère comme un devoir d'appeler l'attention du public sur les œuvres qui lui ont paru belles et intéressantes, et de le mettre en garde, en même temps, contre celles dont l'inspiration a été puisée à des sources peu dignes de l'art, et qui ont pu en arrêter le progrès.
Les doctrines artistiques émises dans ce livre ne sauraient différer de celles que j'ai adoptées dans mon enseignement, dans mes publications et particulièrement dans mon ouvrage sur les Musiciens célèbres. On verra qu'en présence de cette multiplicité d'oeuvres diverses, de la fécondité de ces inspirations musicales, aussi variées que les traits du visage humain, ces doctrines sont bien loin d'être exclusives, ainsi qu'on me l'a reproché, en abusant avec légèreté de la nature austère de mes autres publications et en tournant contre moi les travaux mêmes qui m'ont servi à m'orienter dans toutes ces questions d'esthétique soulevées depuis quelque temps et, comme autant de nuées, obscurcissant le ciel radieux de l'art.
Les lecteurs qui ont du goût pour les détails biographiques, ceux qui aiment à s'égarer dans les sentiers perdus de la vie artistique, ceux qui sont à l'affût des scandales, des anecdotes plus ou moins apocryphes concernant les acteurs et les actrices, ceux enfin qui sont disposés à ne rechercher dans l'exercice de l'art musical qu'un prétexte de plaisir, et à s'intéresser plus au spectacle des coulisses qu'à celui de la scène n'ont rien à voir dans ce livre. Il n'a pas été fait pour eux. D'autres écrivains n'ont que trop cherché à les satisfaire. J'ai mis en relief et en lumière les grands côtés de l'art; j'ai laissa dans l'ombre ses défaillances et ses misères, en cela imitant l'architecte qui consacre les efforts de son dessin, prodigue les couleurs et les ornements à la façade, à l'élévation, à la coupe du monument qu'il imagine, et qui en dissimule dans la pénombre les parties vulgaires.
Nous espérons qu'on nous pardonnera les imperfections de notre travail, en considération de son étendue et des difficultés qu'offrait l'exécution de ce vaste plan. Nous pensons aussi qu'on nous tiendra compte de l'intention que nous avons eue de transmettre à la postérité le souvenir d'un grand nombre d'ouvrages remarquables et de contribuer au progrès de l'art musical en présentant son histoire d'une manière plus complète qu'on ne l'a fait jusqu'ici, sous sa forme la plus variée et la plus brillante.
Félix CLÉMENT.