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RÊVERIES RENOUVELÉES DES GRECS

(les), parodie des deux Iphigénie,. en trois actes, en vers, mêlée de vaudevilles, de Favart , Voisenon et Guérin de Frémicourt , musique de Prot, représenté à la Comédie- Italienne le 26 juin 1779.

RÊVEUR ÉVEILLÉ (le), opéra-comique en un acte, paroles de Ml'ie C. Duval, musique de M. Leprévost , représenté au théâtre national de l'Opéra-Comique le 21 mars 1848. Un jeune amoureux , fils d'un militaire qui a sauvé la vie à son colonel, rêve la richesse pour offrir son cœur et sa main à la fille d'un propriétaire opulent qu'il aime. Son rêve est réalisé par le colonel, qui retrouve le fils de son libérateur et comble tous ses souhaits. L'ouverture seule, dans ce petit ouvrage, a mérité les suffrages des amateurs.

REVIEW {la Bévue) , farce anglaise , musique de Samuel Arnold, représentée sur le théâtre de Hay-Market, à Londres, en 1801.

REVUE DU CANTON (la), opéra-comique, musique de Halter, représenté à Kœnigsberg en 1792.

RIBEIRO PINTO , drame lyrique en deux actes, musique de M. Joseph Dupont, représenté à Liège en mai 1858.

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RICAMATRICE DIVENUATA DAMA (la) [la Brodeuse devenue grande dame], opi;ra.iia.lien , musique de Jean-Frédéric Agricola, représenté au théâtre de Potsdam en 1750.

RICCARDO , opéra italien , musique de llaendel, représenté à Londres en 1727.

RICCARDO III (Richa)-d III), opéra italien, livret tiré de la pièce de Shakespeare, musique de Mciners, représenté à la ScalaJ, de Milan, en décembre 1S59.

RICCI ARDA, opéra' italien, musique de Celli, représenté à Naples en 1839.

RICCIARDA , opéra italien , musique de Baroni, représenté à Milan vers 1848.

RICCIARDO DI EDINBUR6, opéra italien, musique de Pugni , représenté à Triestc en

RICCIARDO E ZORAÏDE , Opéra en deux actes, livret de Berio, musique de Rossini , représente sur le théâtre San-Carlo, à Naples, pendant l'automne de iSis, et à Paris le 25 mai 1824. Cet opéra appartient à la période la plus féconde de la carrière du grand compositeur ; en effet, dans l'espace de deux ans , de 1816 à 1818, Rossini n'écrivit pas moins de dix opéras, au nombre desquels se trouvent le Barbier , Otello et Mosè. Ricciardo e Zoraïde est un ouvrage de second ordre, assez souvent représenté autrefois au Théâtre-Italien de Paris. Parmi les morceaux les plus saillants, nous citerons le trio du premier acte, la cavatine avec chœur : Minacci pur, et une autre cavatine : S'ella m'è ognor fedele.

RICCO D'UN GIORNO (il) [le Riche d'un jour], opéra-bouffo en trois actes, musique de Salieri, représenté à Vienne en 1784.

RICCO EPULONE (il) [le Riche gourmand], opéra italien, livret de Sandrinelli, musique de Caldara, représenté chez les pères de la congrégation de l'Oratoire à Venise en

RICH AND POOR (Riche et pauvre) , opéra anglais, musique de C.-E. Horn, représenté à Londres vers 1810.

RICHARD CŒUR DE LION, comédie en trois acies, en prose, mêlée d'ariettes, paroles de Sedaine, musique de Grétrj', représentée pour la première fois par les comédiens ordinaires du roi, le 21 octobre 1784, selon Sedaine, et le 25 octobre 17S5, d'après les indications données par Grétry dans ses

Essais. La direction actuelle de l'Opéra-Comique n'étant pas en mesure de donner des renseignements historiques exacts sur les pièces de son répertoire, il nous a fallu chercher ailleurs l'explication de ce défaut do coïncidence. Les dates données par le compositeur dans ses Essais sont souvent fautives. La pièce de Richard Cœur de Lion a été représentée le 21 octobre 1784. Elle a été mise en quatre actes le 21 décembre 1785, pliis réduite de nouveau à trois actes le 29 décembre suivant. Le poëme est un des plus développés du répertoire de l'ancien Opéra- Comique, et quoique rempli d'invraisemblances, d'anomalies, d'anachronismes , de naïvetés presque ridicules, il intéresse encore après quatre-vingts ans d'existence. C'est qu'à une action forte et simple qui est la délivrance d'un roi prisonnier, l'auteur a su mêler des épisodes qu'il avait le don d'exposer avec un ton de vérité et un naturel charmants. Le drame proprement dit est aussi mal conçu au point de vue littéraire que mal exprimé par le musicien. Ce n'était pas l'avis de Grétry , qui prétend , dans ses Essais sur la jnusique , avoir fait un ouvrage dont le mérite principal est l'unité. Il poussait l'illusion jusqu'à s'imaginer qu'il écrivait dans «le vieux style» (sic), qu'il était assez maître de sa manière pour en approprier l'expression aux temps, aux caractères, aux âges et même au degré de culture intellectuelle de ses personnages. Ecoutons-le parler : 0 La musique de Richard, sans avoir, à la rigueur, le coloris ancien à'Aucassin et Nicolette, en conserve des réminiscences. L'ouverture indique, je crois, assez bien que l'action n'est pas moderne. Les personnages nobles prennent à leur tour un ton moins suranné, parce que les mœurs des villes n'arrivent que plus tard dans les campagnes. Le musicien, par ce moyen, peut employer différents tons, qui concourent à la variété générale. L'air : O Richard! 6 mon roi! est dans le style moderne, parce qu'il est aisé de croire que le poêle Blondel anticipait sur son siècle par le goiit et les connaissances. Le trio : Quoi! de la part du gouverneur! reprend une forme de contre-point convenable à sir Williams. Blondel, toujours attentif à saisir le ton de chacun , se vieillit dans les traits de la musique où il dit :

La paix, la paix, mes bons amis. '

C'est l'habitude des poètes et des artistes.

Ils s'évertuent à chercher des effets dont le

public se soucie fort peu ; ils croient les avoir

trouvés, et ils admirent leurs stériles efforts.

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Les qualités natives de leur génie se manifestent ailleurs et autrement qu'ils ne l'ont voulu. Après tout, ils se procurent ainsi une double jouissance ; ils estiment et se vantent à eux-mêmes les parties les plus faibles de leurs ouvrages, et ils acceptent dédaigneusement pour les autres le sufTrage du public. L'opéra de Richard Cœur de Lion marque le point culminant de la carrière musicale du compositeur. Il avait donné précédemment la Caravane et V Epreuve villageoise. Il n'écrivit plus après que des ouvrages médiocres ou qui parurent tels, parce qu'ils n'offrirent pas de beautés supérieures. Tout le monde est d'accord pour louer la fraîcheur et la grâce des couplets d'Antonio : La danse n'est pas ce que j'aime ; la noblesse de l'air : 0 Richard, 6 mon roi! la finesse de la chansonnette de Blondel : Un bandeau couvre ses yeux, avec le délicieux ensemble à contre-temps qui suit ; la rondeur gauloise des couplets : Que le sultan Saladin.

Le grand air du second acte , chanté par Richard : Si l'univers entier m'oublie, commence par une phrase d'un magnifique mouvement que le compositeur n'a pas su conduire Jusqu'à la fin. On sent que le souffle lui a- manqué. L'exclamation : 0 mort! est sourde et bizarre, tombant sur un la bémol grave en dehors du registre vocal. Nous arrivons au thème saillant de l'ouvrage , au célèbre duo entre Richard et Blondel : Une fièvre brûlante, qui a toujours produit un grand efifet au théâtre. Grétry, cette fois, ne s'est pas trompé sur le mérite de son inspiration, car la phrase principale a été employée jusqu'à neuf fois dans les trois actes, avec diverses combinaisons. Le chœur qui termine le second acte : Sais-tu ? connais-tu ? a du mouvement et du caractère. La scène quatrième du troisième acte offre un ensemble remarquable , et l'émotion s'empare des spectateurs lorsque Blondel chante cette belle phrase : 5a voix a pénétré mon âme, je la connais, oui, oui, madame. N'oublions pas la ronde de la noce : Eh! sic, et zoc, quand les bœufs vont deux à deux, qui à bon droit a tant égayé nos pères. Richard et la Dame blanche offrent, malgré la différence des genres et des époques, des qualités toutes françaises qui les maintiendront encore longtemps au répertoire.

Cet ouvrage a été repris à l'Opéra-Comique le 27 septembre 1841 avec une nouvelle instrumentation, écrite par Adolphe Adam, qui a ajouté au duo à' Une fièvre brûlante, un trémolo de violon qui a obtenu un grand

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succès auprès des habitués peu délicats sur la nature de leurs impressions. Cette imitation des battements d'un pouls fébrile, n'est à nos yeux qu'un enfantillage de plus à ajouter au bagage de l'ingénieux musicien. Les reprises qu'on a faites de cet opéra au Théâtre-Lyrique ont été aussi très-suivies.

RICHARD CŒUR DE LION, opéra allemand , musique de Seyfried , représenté à "Vienne sur le théâtre Schikaneder en isio.

RICHARD EN PALESTINE, opéra en trois actes, paroles de Paul Foucher, musique d'Adolphe Adam, représenté à l'Académie royale de musique le 7 octobre 1844. Le livret retrace plusieurs épisodes des croisades. La musique nous a paru froide et sans couleur. Nous mentionnerons, parmi les morceaux un peu saillants de cet ouvrage médiocre, la mélodie chantée par Richard : Air pur qui vient de la patrie, le duo de Bérengère et de Kenneth : En votre cœur, lorsque étouffée, et le trio du second acte : Que vois- je? à ciel!

RICHARD MACKWELL, opéra allemand, musique de Salzmann, représenté à Vienne en 1839.

RICHARDUS IMPIUS , ANGhïJE REX , AB HENRICO RICHMONDIiG COMITE VITA

SIMUL ET REGNO EXCITUS, drame latin, Musique d'Eberlin (Jean), représenté par les tudiantsdu couvent des bénédictins de Salzbourg, le 4 septembre 1750.

RICHE AMOUREUX (le), opéra-comique en deux actes, paroles et musique de Victor Simon , représenté au théâtre Montansier le 9 décembre 1806. Cet ouvrage avait déjà été joué au théâtre de la Cité.

RICHTER UND DIE GAERTNERIN (der) [le Juge et la jardinière] , opéra-comique , musique de Florschutz (Eucharius), représenté au théâtre de Lubeck en 1792.

RICHTER VON ZULAMEA (der) [le Juge de Zulamée], opéra allemand, musique de Rietz, représenté au théâtre d'Immermann , à Dusseldorf, vers 1840.

RICONOSCENZA ( LA ) , cantate pour, une représentation au bénéfice de Rossini, musique de Rossini, exécutée au théâtre Saint- Charles, à Naples, en 1821.

RICREAZIONI Dl TEMPE (le) [les Plaisirs de Tempe], divertissement musical, représenté à Vienne pour le jour anniversaire de la naissance de l'impératrice Eléonore-Ma-

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deleinc-Thércsc , en 1685. Ce fut Antonio Dragbi qui en écrivit la musique.

RIEN DE TROP OU LES DEUX PARA- VENTS, opéra-comique en un acte, paroles de J. Pain, musique de Boieldieu, représenté à Saint-Pétersbourg en 1810, et ensuite à Paris, au théâtre Feydeau le 19 avril 1811. Il s'agit dans la pièce de deux jeunes mariés qui, au cœur de l'hiver, ont voulu passer leur lune de miel en tête à tête à la campagne, malgré les conseils de leur oncle. Us ne tardent pas l'un et l'autre à s'ennuyer et à se lasser de leur bonheur intime, faute de distractions salutaires. Le livret est faible et la partition n'est qu'agréable. Elle renferme un joli duo.

RIEN POUR LUI, féerie en trois actes, paroles de Faur, musique de A. Piccinni, i-eprésentée au théâtre Feydeau le 24 octobre

RIENZI , opéra , livret et musique de M. Wagner (Richard), représenté à Dresde (Saxe) en 1842. Cet ouvrage a été dès l'origine destiné par M. Wagner à l'Opéra français. Il en écrivit lui-même le livret d'après un roman de sir Lytton Bulwer, et en offrit, en 1840, la partition à M. Léon Pillet, qui la refusa. M. Anténor Joly, directeur du théâtre de la Renaissance, accueillit l'œuvre du compositeur et se mit en mesure de la faire e»tendre ; mais il fit faillite avant que les répétitions ne commençassent. Une cantatrice de talent et de cœur, M"" Schroeder Devrient, touchée de l'infortune de l'artiste, entreprit de faire représenter liicnzi sur le théâtre de Dresde. Elle réussit, et l'ouvrage obtint un succès tel, que son auteur fut nommé immédiatement maître de chapelle du roi de Saxe. Ceci se passait en 1842. Au moment où nous écrivons ces lignes, en isoo, on prépare au Théâtre-Lyrique une représentation de liienzi. Quoique cette œuvre ne contienne aucune des hardiesses que Wagner a introduites depuis dans ses partitions, on a jugé prudent toutefois d'opérer de longues coupures et d'approprier le plus qu'on a pu la pièce aux exigences du goiit frani^ais, en souvenir sans doute de l'accueil plus que sévère fait au Tannhauser en 1861.

RIENZI, opéra, musique de Cohrad (Charles-Edouard). L'auteur en fit entendre seulement l'ouverture dans les concerts du Gavaudhaus à Vienne en 1839.

RIENZI, opéra dramatique en trois actes. Livret de M. Piave, musique de Achille Péri,

représenté sur le théâtre de la Scala , à Milan, en janvier 1863.

RIESENKAMPF (der) [^e Combat], opéra allemand, musique de P. Maschek, écrit vers 1790, et resté en manuscrit à Vienne.

RIGOLETTO , opéra italien en trois actes, livret de Piave, musique de Giuseppe Verdi, représenté pour la première fois à Venise le 11 mars 1851, et au Théâtre-Italien de Paris le^ 19 janvier 1857. On sait que, malgré des beautés littéraires incontestables, le drame de Victor Hugo intitulé : le lioi s'amuse, ne put être joué qu'une fois, à cause du sujet de la pièce et de la licence de certaines peintures. L'arrangeur italien s'est efforcé de le rendre possible au théâtre, en changeant les per.sonnages tout en conservant les principaux épisodes. François 1er est devenu le duc de Mantoue ; Triboulet s'est appelé Rigoletto; Saint-Vallier, le comte de Monterone. La scène d'introduction représente un bal animé ; le duc et ses familiers se promènent on causant de leurs galanteries. Il entretient l'un d'eux, nommé Borsa, de la rencontre qu'il a faite d'une belle jeune fille et de ses projets. Il connaît sa demeure, et il sait que chaque nuit un homme s'y introduit. Cette jeune fille, c'est Gilda; cet homme, c'est sim père, Rigoletto, le bouffon. Il la cache , comme un avare son trésor. Lui , homme sans mœurs, âme vile et conseiller pervers , il entend préserver l'honneur de sa fille de toute souillure. L'apparition de Monterone au milieu de la fête rappelle l'entrée de la statue du commandeur dans Don Juan, moins l'harmonie saisissante de Mozart. Monterone vient demander compte au duc de l'outrage fait à l'honneur de sa fille. L'indignation et les plaintes du vieillard sont accueillies parles plaisanteries des courtisans et les quolibets moqueurs de Rigoletto lui-même, qui payera cher cette bassesse. Le duc, obsédé des objurgations de Montci'one, le fait arrêter et emmener par ses hallebardicrs. Le vieillard, en partant , maudit le bouffon. Ce tableau d'exposition est fort bien traité. Le théâtre représente ensuite la maison de Rigoletto donnant sur une rue bien écartée. En rentrant chez lui, il est escorté par un spadassin , nommé Sparafucile , qui lui offre ses services. Ils pourront lui être utiles , car quelqu'un rôde autour de sa fille, et lui a peut-être déjà parlé. Rigoletto entre dans la maison , interroge Gilda et aussi sa gouververnante Giovanna. Rassuré par leurs réponses, il sort. Le duc, qui s'est introduit

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dans la cour de la maison , se montre aussitôt. Il se fait passer pour un pauvre étudiant nommé Gualtier Maldè. Pendant leur duo d'amour, le comte de Ceprano et Borsa sont venus pour reconnaître les lieux. Ennemis jurés du bouffon, ils ont comploté d'enlever sa fille, et, à l'aide d'un stratagème infernal, le malheureux est amené à se laisser bander les yeux et à tenir l'échelle aux ravisseurs de son enfant.

Au second acte, Rigoletto est dans le palais du duc. Il interroge tous les visages pour découvrir quelque indice du sort de Gilda. A la fin, sa fureur, son désespoir éclatent ; il leur demande avec cris, avec larmes sa fille. Les courtisans se conduisent en cette circonstance comme il l'a fait lui-même. Ils se moquent de sa douleur. Sa fille sort des appartements du duc. Elle implore le pardon de son père, qui cherche à l'éclairer sur les véritables sentiments de celui qu'elle croit être son amant.

C'est au troisième acte que le duc se révèle tel qu'il est aux yeux de Gilda. La scène représente un cabaret , tenu par le spadassin Sparafucile et sa sœur, la courtisane Maddalena. Une lézarde dans la muraille permet de découvrir ce qui se passe à l'intérieur. Rigoletto et Gilda voient de cette manière le duc déguisé se livrer là à une orgie du plus bas étage. Cette situation, l'une des plus fortes qu'on ait produites au théâtre, donne lieu à un magnifique quatuor. Rigoletto concerte avec Sparafucile la mort du duc , moyennant une somme de vingt écus , et renvoie sa fille en lui enjoignant de prendre un habillement d'homme et de se rendre à Vérone. Maddalena implore la pitié de son père en faveur du duc, dont la jeunesse et la désinvolture l'intéressent. Un orage éclate. Gilda revient habillée en homme. Elle reprend sa place devant la fente de la muraille. Elle apprend le coup qui menace le duc. La pensée de mourir à la place de celui qui la trahit vient à son esprit. Elle frappe à la porte; elle entre. Sparafucile l'assassine à la place du duc, met son cadavre dans un sac pour le jeter dans le Mincio. Rigoletto se présente pour s'assurer par ses propres yeux que l'œuvre de sa vengeance est consommée. Quel est son désespoir lorsqu'il ouvre le sac et qu'il voit les traits de sa fille au lieu de ceux de son séducteur! Il tombe presque sans vie sur le corps de la malheureuse, tandis que l'on voit le duc et Maddalena s'éloigner tranquillement, aux premières heures de l'aurore, en chantant: Za donna è mobile, et traverser le pont du Mincio.

Passons maintenant à l'examen de la partition remarquable écrite sur ce poëme malsain, qui n'offre pas même le contraste d'une seule scène animée par un sentiment convenable et honnête. Quelques notes lugubres des instruments de cuivre, sur un trémolo du quatuor, servent d'introduction; lorsque la toile se lève, deux orchestres font entendre des airs de danse vifs et élégants. Le premier motif de chant de la partition est la ballata : Questo o quella, chantée par le duc; ces couplets expriment bien l'amour frivole et insouciant, passe-temps de cette société corrompue. Le menuet qui suit est bien un peu une réminiscence de celui de Don Juan ; mais il est en situation. L'entrée de Monterone rappelle aussi celle de la statue du commandeur, moins la puissance de l'harmonie de Mozart. Le duo entre Rigoletto et le spadassin est dramatique ; les parties vocales sont déclamées , tandis que l'intérêt mélodique est dans l'accompagnement. Dans le duo suivant, entre Rigoletto et sa fille, l'inspiration du compositeur s'élève. A la grâce des cantilènes de Gilda, il a su mêler heureusement les accents pathétiques du père tremblant pour la sécurité de son enfant. Le troisième duo, entre Gilda et le duc déguisé» ne manquerait pas de charme si la strette ; Addio, addio, n'était pas si vulgaire. L'air de Gilda ; Caro nome che il mio cor festi primo pal-pitar, est bien court, mais il offre des formes mélodiques neuves et fort gracieuses. Le chœur syllabique : Zitti, zitti, moviamo a vendetta, termine d'une manière saisissante le premier acte.

Le commencement du second acte présente une inégalité choquante avec le reste de l'ouvrage. Le cantabile assez pâle du duc est suivi d'un chœur syllabique et à l'unisson dans lequel on raconte l'enlèvement de Gilda, et qui est une imitation de celui de la Sonnambula. Rien de plus commun que l'allégro de l'air : Possente amor mi chiama ; mais la scène dans laquelle le pauvre bouffon vient chercher sa fille est admirable. Il déguise sa douleur en fredonnant un refrain dont les phrases entrecoupées trahissent son émotion. L'andanto agitato : Cortigiani, vil razza dannata, est une des belles pages de la partition. Mais le mor. ceau capital de cet acte est le duo entre le père et la fille : Tatte le feste al tempio. Écrit avec la plus grande habileté pour les voix, il produirait un effet de sonorité qui suffirait à son succès, quand même il ne renfermerait pas es ph rases les plus touchantes dans le premier mouvement, les plus énergiques dans l'allégro.

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