BRIO
au prince de Mantoue sa fille qu'il doit épouser, ot qu'une somme de trois millions doit être rapportée par l'ambassadeur chargé de cotte mission. Il lui vient à l'esprit de substituer le portrait de sa fille à celui de la jeune princesse, et de se substituer aussi lui-même avec sa troupe au personnel de l'ambassade. On comprend les quiproquos et les drôleries qu'une telle situation amène. Au lieu des millions, dépensés par un caissier infidèle, Falsacappa ne trouve qu'une somme insigniiiante. Le véritable ambassadeur survient, et le brigand payerait cher son stratagème, si le prince de Mantoue ne reconnaissait dans la fille du bandit une personne qui lui a sauvé la vie. Il en résulte que les brigands sont amnistiés et retournent à leurs nobles travaux. Le fond de ces pièces est, comme on le voit, pauvrement imaginé, et il semble que les auteurs comptent pour le succès sur les plus grotesques invraisemblances. Les détails accessoires sont si multipliés et si extravagants, que le spectateur se soucie d'ailleurs très-peu d-u canevas de l'intrigue. Je ne trouverais rien de compromettant pour l'art dans ces sortes de farces, si on les présentait comme telles pour l'amusement populaire, et si les moyens employés étaient en proportion avec le peu d'importance du genre. Mais quand on songe que l'exploitation de ce genre de spectacles est devenue une industrie très-lucrative, encouragée pendant vingt ans de mille manières par les fonctionnaires de l'Etat, qu'un compositeur a eu le courage d'écrire une partition de près de 400 pages, sur un livret comme celui des Brigands, il y a là de quoi faire faire des réflexions assez tristes sur les destinées de l'art musical et du goût dans notre propre pays, et sur la mauvaise influence que nous exerçons ailleurs. On a remarqué, dans le premier acte des Brigands, le chœur d'introduction avec le dialogue entre le faux ermite et les jeunes filles : Bon ermite, ah! dis-nous vile, où nous conduis-tu? — Dans le sentier de la vertu, etc.-, les couplets de Falsacappa; Quel est celui qui par les plaines...? et les couplets de Fiorella, la fille du bandit : Au chapeau je porte une aigrette. Le musicien se défiait donc de son poëte et le poëte de son musicien, puisque tous deux ont eu recours à deux détonations de revolver pour faire applaudir ces couplets. Du reste, M. Offenbach met tout en musique, mêmes les bottes des carabiniers. Dans le deuxième acte, le canon : Soijes pitoyables et donnez du pain, est le seul morceau qui ait. quelque valeur
musicale. Dans le duetto du notaire qui le suit, le musicien revient à son éternel rhythme de polka. Au troisième acte, je ne trouve à citer que le chœur de fête : l'Aurore parait. Les Brigands ont été joués par Dupuis, Kopp, Léonce, BlondeletjLanjallais, Baron, MUes Aimée, Zulma BoufTar, etc.
BRIGANDS (les) [Voyez, dans le Dictionmare lyrique, I MasniVdikri], opéra en quatre actes et sept tableaux, paroles françaises de M. Jules Ruelle, d'après le drame de Schiller, musique de Verdi, représenté au théâtre de l'Athénée le 3 février 1870. L'œuvre littéraire du poëte allemand, si vantée et si célèbre autrefois, est devenue presque illisible. Ses défauts, dont'le moindre est celui de n'avoir pas le sens commun, ont éclipsé ses qualités. Mais ce sombre drame, rempli de déclamations, d'imprécations et d'horreurs, devait séduire M. Verdi. Un vieillard enfermé dans un cachot par son propre fils, deux frères ennemis mortels et rivaux ; l'un d'eux qui se fait chef de brigands pour faire régner la vertu sur la terre et punir le crime, qui tue sa fiancée et se poignarde ensuite, tels sont les personnages auxquels le compositeur fait chanter des cavatines, des duos et des ensembles. Malgré le peu d'inté rêt qu'on prend à l'action de ce drame, et le malaise qu'on épi'ouve en voyant des situations perpétuellement sombres et monotones, on ne peut cependant s'empêcher de remarquer l'originalité de certains effets et l'expression forte de quelques passages de cette partition, et de divers procédés qui ont été reproduits dans il Trovatore, la Traviata et Rigoletlo. L'introduction offre un très-beau solo de violoncelle, qui autrefois, à Londres, a obtenu un grand succès sous l'archet du violoncelliste Piatti ; le récit de Carlo ; l'air de François: A quoi bon languir sur la terre? 3o citerai surtout la grande scène du second acte, dans laquelle Jenny Lind était admirable d'énergie, surtout lorsqu'elle s'écriait : Carlo vive. L'interprète do l'édition française, Mlle Marimon, a fait aussi de toute cette scène le morceau capital de l'ouvrage. Le chœur du dernier tableau de cet acte est fort original. Je rappellerai encore, dans le troisième acte, le chœur des brigands, et le beau trio du quatrième. L'opéra des Brigands a été chanté par Jourdan, Jamet, Arsandaux et Mlle Marimon.
BRIOCHES Dlr DOGE (i.Es), opérette, musique de M. Demarquctte, jouée aux Folies- Bergère en mars 1872.