‹ Dictionnaire lyriqueChapitre 83 sur 773 · BENI · texte numérisé non relu

BENI

BENV

pourraient me mériter l'honneur de suivre mon héros jusque sur l'échafaud. Je ne pourrais pas dire que je ne suis pas de la compagnie de monseigneur. Cette idée m'attrista : ce n'est pas que je redoutasse d'accompagner mon ami à la mort (en ces temps-là , on tenait peu à la vie) ; mais j'éprouvais un sentiment mélancolique dont je ne me rendais pas compte, qui ne suffisait que trop pour m'empêcher de me livrer au sommeil. Pour comble de contrariété, un maudit gros chien, gardien de sa maison (cette maison était celle de la rue de Chantereine, que plus tard Talma vendit à Bonaparte), par ses aboiements furieux, me faisait craindre de voir entrer , à chaque instant, la force armée, précédée, suivant l'usage de ce temps , des membres d'un comité révolutionnaire. Ne pouvant eSpérer de trouver le sommeil , je saisis le premier livre qui me tomba sous la main, et le hasard me fit tomber sur les Mémoires de Beniowski. Je lus ; et, malgré mes frayeurs, je me trouvai la tête assez libre pour faire le plan d'un opéra, que le public a accueilli avec bienveillance , sans savoir seulement que ce malheureux enfant était né au milieu des craintes et des alarmes. Le lendemain, je contai à Talma mes terreurs de la nuit ; il en rit avec moi, comme on riait dans ce tempslà. 1)

Les aventures du fameux chevalier hongrois Beniowski avaient déjà fourni àKotzebue la matière d'un drame. Le poëme de Beniowski s'écarte quelque peu de l'histoire, comme en en va juger par une rapide analyse. «Beniowski, général au service de la cause polonaise , est tombé au pouvoir des Russes, qui l'ont exilé au Kamtschatka. Ses compagnons d'infortune forment le projet do s'aiTranchir ; ils le prennent pour chef. Mais appelé au château du gouverneur, dont il aime passionnément la nièce, il se trouve placé dans la cruelle alternative de trahir son parti ou sa maîtresse ; l'amour l'emporte , et les deux amants sont unis. Cependant un exilé russe, Stephanofi', jaloux de Beniowski, jette des doutes sur sa loyauté et se présente ensuite chez le gouverneur , à qui il dévoile le secret de la conjuration. Il parvient à obtenir la grâce de tous les coupables , excepté celle du chef; or ce chef n'est autre, on le sait déjà, que Beniowski. Traître à son parti, coupable aux yeux du gouverneur, il ne sait oii porter ses pas ; il fuit à travers mille dangers. Enfin, les exilés prennent les armes. Beniowski, errant de rocher en rocher, de précipice en précipice, épuisé de fatigue,

mourant de faim, tombe, sans connaissance, sur le sol. La nuit est venue. Les gens de StephanofT le , recueillent et le rappellent à la vie. Stephanoff, qui l'a reconnu, pourrait se défaire de lui; mais il a senti le remords, et Beniowski est sauvé par son rival même. Pour le soustraire à la vengeance des exilés , StephanofT a été forcé de s'avouer coupable ; et, à son tour, il se trouve exposé à leur fureur. Ils veulent le punir de son crime ; mais Beniowski s'y oppose, et l'un et l'autre font la paix. Enfin , on se bat ; les exilés triomphent , et le gouverneur suit Beniowski en Pologne. »

On remarque dans la partition de Boieldieu des chœurs d'une vigueur et d'une énergie dont on ne l'avait pas cru capable jusque-là. L'individualité du compositeur s'y efface encore pourtant sous la pression du grand style. Son génie va bientôt jeter sa première lueur dans le Calife de Bagdad, et déjà on peut le pressentir. Beniowski fut remonté en juillet 1824, avec d'assez grands changements : un nouvel air pour l'acteur Gavaudan, un autre pour Lemonnier; une ouverture , qui , selon l'expression de Boieldieu lui-même, sentait le cuir russe; un finale nouveau au troisième acte, et une foule de remaniements dans l'orchestre et dans le chant. Dans une lettre adressée le 17 j uillet 1824 au directeur du Courrier des spectacles , Boieldieu disait, en parlant de cette reprise : « Je me suis donné autant de mal que pour un ouvrage nouveau. Puisse le succès de cette reprise me dédommager un peu, et le public me savoir gré de tant de travail pour un ouvrage qu'il avait adopté , mais dans lequel , malgré son indulgence, je sentais qu'il y avait à corriger... L'ouvrage a été remis sur le métier , » disait - il en terminant. Malgré cette refonte consciencieuse , Beniowski ne comptera jamais parmi les meilleures œuvres de l'auteur tant aimé de la Dame 6Zaî!c/ie. Quelques motifs heureux, quelques mélodies originales méritaient pourtant d'être conservés.

BENVENUTO CELLINI, opéra allemand, musique de François Lachner , représenté à Munich vers 1840.

BENVENUTO CELLINI, opéra en deux actes, paroles de MM. Léon Wailly et Auguste Barbier, musique de M. Hector Berlioz.

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