‹ Dictionnaire mythologique universel;Chapitre 311 sur 420 · ORA · texte numérisé non relu

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déjà des théories avant la quatre-vingt-onzième olympiade. Le dieu faisait connaître sa volonté en imprimant divers mouvements à la barque sacrée que ses prêtres promenaient processionnellement. Le Zéus grec avait encore des oracles, mais moins importants, dans divers autres lieux. — Après ces foyers religieux, qui, se rapportant au chef suprême de la théogonie antique , ont dû figurer en première ligne, se présente l'oracle de Delphes , le plus fameux qu'ait eu la Grèce. Apollon lui-même , disait-on, en avait été le fondateur, et y annonçait, au nom de Jupiter son père , les décrets du destin. Les légendes font intervenir les Crétois dans son institution et rapportent que cet oracle avait appartenu d'abord à la Terre, à Thémis, à Phœbé, à Daphné, et à Neptune. Cette antériorité n'est rien moins que certaine; elle ne paraît pas, du moins, avoir de sens historique. Le dieu faisait connaître sa volonté à Delphes par l'émanation d'une v apeur prophétique. Diodore dit qu'il y avait sur le Parnasse un trou d'où il sortait une exhalaison qui faisait danser les chèvres , et qui montait à la tête. Un berger, curieux de connaître la cause d'un effet si extraordinaire, s'en étant approché , se sentit tout d'un coup saisi de mouvements violents, et prononça des mots que sans doute il n'entendait point, mais quiprédisaient l'avenir. D'autres firent la même épreuve. Le bruit s'en répandit bientôt dans tout le voisinage. On n'approcha plus de ce trou qu'avec respect. On conclut qu'il y avait quelque chose de divin dans cette exhalaison. Une prêtresse fut établie pour en recevoir les effets. On plaça sur le trou un trépied, appelé par les Latins cortina , peutêtre à cause de la peau qui le couvrait. C'est là qu'elle rendait ses oracles. Autour de cet antre se forma insensiblement la ville de Delphes. On y bâtit un temple , qui dans la suite , devint très-magnifique ; et la réputation de cet oracle effaça presque ou du moins surpassa de beaucoup celle de tous les autres. On se contenta, dans les commencements , d'une seule pythie. Elle suffisait pour lors à ceux qui venaient consulter l'oracle , et qui n'étaient pas encore en grand nombre. Mais dans la suite, lorsque l'oracle fut tout à fait accrédité , on en élut une seconde pour monter sur le trépied alternativement avec la première, et une troisième pour les remplacer en cas de mort ou de maladie. Il y avait d'autres ministres qui accompagnaient la pythie dans le sanctuaire, dont les plus considérables étaient appelés prophètes. C'étaient eux qui prenaient soin des sacriûces et qui en faisaient l'examen; c'était à eux qu'on adressait ses demandes, soit qu'on tes fit de vive voix, soit qu'on les écrivît sur des tablettes ; et c'était d'eux que l'on recevait les réponses comme il sera dit plus bas. La pvthie ne pouvait prophétiser qu'elle n'eût été enivrée par la vapeur qui sortait du sanctuaire d'Apollon. Cette vapeur miraculeuse ne l'enivrait

ORA 355 pas en tout temps et en toute occasion. Le dieu n'était pas toujours en humeur de l'inspirer. D'abord il ne le faisait qu'une fois par an. On obtint dans la suite qu'il inspirerait la pythie une fois le mois. Tous les jours n'étaient pas convenables , et il y en avait où il n'était pas permis de consulter. La pythie , avant que de monter sur le trépied, s'y disposait par de longs préparatifs, des sacrifices, des purifications , un jeûne de trois jours, et beaucoup d'autres cérémonies. Le dieu annonçait sa venue en secouant lui-même un laurier qui était devant la porte du temple, et en faisant trembler le temple jusqu'aux fondements. Dès que la vapeur divine , comme un feu pénétrant', s'était répandue dans les entrailles de la prêtresse, on voyait ses cheveux se dresser sur sa tête ; son regard était farouche , sa bouche écumait , un tremblement subit et violent s'emparait de tout son corps ; elle ressentait tous les symptômes d'une personne agitée de fureur. Elle proférait par intervalles quelques paroles mal articulées , que les prophètes recueillaient avec soin. Ils les arrangeaient, et leur donnaient la liaison et la structure nécessaire. Lorsqu'elle avait été un certain temps sur le trépied , ils la ramenaient dans sa cellule , où elle était ordinairement plusieurs jours à se remettre de ses fatigues; et souvent, dit Lucain , une mort prompte était le prix ou la peine de son enthousiasme :

Numinis aut pœna estj mors immatura recepti ,

Aut pretium.

Les prophètes avaient sous eux des poètes qui mettaient les oracles en vers; et ces vers souvent étaient assez mauvais, ce qui donnait heu de dire, qu'il était étonnant qu'Apollon , qui présidait au chœur des Muses, inspirât si mal sa prêtresse. Plus tard on se contenta de rendre les oracles en prose. — Vers le commencement du sixième siècle avant notre ère, on voit que l'oracle de Delphes était administré par un conseil permanent, composé de membres nommés les princes de, Delphes, ainsi que des Amphictyons; l'oracle était dirigé spécialement par cinq prêtres, nommé Hosii (saints), issus de Deucalion. En général, le caractère ordinaire des oracles, comme l'exprime l'épithèle de loxias, oblique , donnée à Apollon, était l'ambiguïté; le dieu ne disait point, ne célait point, mais indiquait. — Apollon avait encore des oracles fameux à Claros, à Didyme, à Délos. Le premier était desservi par un prophète choisi dans une famille railésienne. Ceux qui venaient le consulter lui disaient leur nombre et leurs noms ; il se retirait dans une grotte, et, ayant pris de l'eau d'une source sacrée, donnait des réponses en vers. L'oracle des Branchides, à Didyme, était fort ancien et extrêmement respecté par tous les Ioniens et les Doriens de l'Asie. Xerxès, à son retour de Grèce, fit brûler le temple, après que les prêtres lui en eurent livré les trésors. Ce prince , en récom-

356 ORÉ pense, leur accorda un établissement dans le fond de l'Asie, pour les mettre à l'abri de la vengeance des Grecs. Après la fin de la guerre, les Milésicns rétablirent le temple avec une magnificence qui, selon Strabon, surpassait celle de tous les autres temples de la Grèce. Quand Alexandre le Grand eut défait Darius, il détruisit absolument la ville où les prêtres Branchides s'étaient établis , et où leurs descendants demeuraient encore actuellement, punissant dans les enfants la perfidie sacrilège des pères. Voy. Apollon.

Nous avons parlé des oracles des autres dieux à leurs articles spéciaux. Les malades consultaient surtout ceux d'Esculape et d'Amphiaraùs , qui prophétisaient par songes. 11 fallait pour parvenir dans l'antre de Trophonius , un procédé particulier Voy. Trophonius. — Les Romains n'eurent point, à proprement parler, d'oraclesnationaux; les auspices, les augures , les livres sibyliens leur en tinrent longtemps lieu. Ils envoyaient d'ailleurs , dans certains cas, consulter les oracles grecs , ou s'en remettaientaux décisions de personnages fatidiques , tels qu'Albunée, Carmentes, Égérie, Faune , etc. — Ce fut vers le quatrième siècle de l'ère vulgaire que les oracles tombèrent dans un complet discrédit.

oragalls. Dieu lapon ; il n'est autre que le tonnerre personnifié. Créé par l'esprit du mal, Perkel, il fut élevé par le génie bienfaisant Ioumala , et est censé disposer à son gré des richesses de la terre.

orboxa. Déesse protectrice des orphelins et des parents frappés d'orbité. Elle était invoquée par les parents qui craignaient de perdre leurs enfants, ou par ceux qui les avaient perdus et qui désiraient une nouvelle famille. Elle avait un autel à Rome, près du temple des dieux Lares.

orchaml'S. Suivant Ovide, roi d'Assyrie, et père de Leucothoé et de Clytie. Ses filles s'étant livrées à Apollon, il les fit enterrer vivantes.

orchestès. Danseur. Surnom d'Apollon et de Mars (Lycophron).

ORCHOMÈXE ( ORCHOMÉXOS ). I. Fils de

Lycaon, fondateur d'Orchomène et de Mcthydre, en Arcadie. — 2. Fils d'Athamas et de Thémisto , suivant Hygin. — 3. Roi d'Orchomène en Béotie, fils de Jupiter, ou d'Étéocle, et d'Hésione. Il épousa Hermippé et en eut Minyas ; que d'autres donnent comme son frère ou même comme son père. Selon Eustathe , il fut père de trois enfants, Asplédon , Clymène et Amphidocus. — 4. Fils de Minyas et de Phanosyre, et petit-fils du précédent.

orcidès. Chef bébryce , qui blessa d'un coup d'épée l'argonaute Talaiis.

orccs. Un des noms de Pluton chez les Romains. On ignore absolument l'etymologie de ce mot.

oréa. Hêtre. L'une des huit hamadryades.

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oréades. Nymphes des montagnes. Poy.

Nymphes.

oresrios. 1. Chef grec, tué par Hector. — 2. Épithète de Bacchus.

orésidotès. Qui règle les saisons. Épithète d'Apollon.

, orésiloipos. Qui déserte les montagnes. Épithète de Bacchus.

orésitrophls. Chien d'Actéon.

oreste (orestès). La fable d'Oreste , l'une des plus importantes et des plus complexes de la mythologie antique , peut êlre divisée, en subordonnant Tordre chronologique des faits, peu important au fond, au développement successif de l'idée morale, en trois périodes, dont la dernière ne se rattache qu incidemment au sujet principal. A chacune de ces périodes, gouvernées, pour ainsi dire, par des idées différentes, exprimant le degré de moralité et de civilisation de l'âge auquel elles appartiennent, se rattachent des séries de variantes , dues , soit au caprice des poètes dont l'imagination se plaît à broder les parties accessoires des mythes primordiaux , soit à la diversité des traditions qui, localisées dans diverses contrées de la Grèce, s'altéraient de diverses manières par le fait même de leur localisation, sans que plus tard on pût reconnaître la version primitive. Chemin faisant, nous noterons avec soin ces variantes , qui ne sont pas sans avoir leur importance , puisqu'elles servent à caractériser le génie propre des divers peuples de l'Hellade, et nous aurons soin d'en mentionner l'origine. — I. Suivant Homère, Oreste était fils d'Agamemnon et de Clytemnestre , et frère de Chrysothémis , de Laodicé et d'iphianasse; huit ans après l'assassinat de son père , qui tomba sous les coups d'Égisthe , auquel les dieux enjoignirent en vain de s'abstenir de ce crime, Use rendit de Mégare à Athènes, vengea la mort d'Agamemnon par celle de son meurtrier, et « célébra, dit le poète, les funérailles de sa terrible mère en même temps que celles du lâche Égisthe. » Cette action courageuse le couvrit de gloire , et lui mérita les éloges de la postérité (Odyss., I, 298). Tel est le récit d'Homère, qui ne représente nulle part Oreste comme poursuivi par les terribles Furies ou les chiens de la mère, ce qu'il n'eût pas manqué de faire , si le meurtre de Clytemnestre eût soulevé dans les premiers siècles la réprobation morale que manifestent les âges postérieurs. Il est donc évident que primitivement , le matricide d'Oreste était regardé comme la juste rémunération d'un affreux forfait; sang pour sang, telle est l'idée qu'exprime le mythe d'Oreste à l'époque homérique, et le fils qui venge son père n'a pas à redouter les dieux. — Sophocle, quoique bien postérieur à Homère, rompt l'échelle morale qui s'étend du père de la poésie épique jusqu'aux auteurs modernes ; dans son Electre , il se conforme à la conception antique : Oreste , auquel un oracle d'A-

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pollon a enjoint de venger son père , exécute sans hésitation un parricide commandé par les dieux; il égorge sa mère avec une froide impassibilité, et prend ensuite un ton ironique avec Égisthe. Le chœur, témoin du meurtre, ne voit dans cette action qu'un « coup hardi qui rend enfin la liberté à la race d'Atrée ». On voit donc que le mythe d'Oreste n'exprimait autre chose , dans l'origine , que la sanctification de la loi du talion, loi terrible, puisque le fils pouvait être choisi par les dieux comme exécuteur de la vengeance céleste et sans être passible d'un châtiment. — II. Plus tard , lorsque la civilisation toujours croissante eut adouci les mœurs et les lois , on ne put voir sans horreur un fils souillé du sang de sa mère ; la justice apparente de l'action d'Oreste révolta les esprits , et les poètes laissèrent apparaître à la fois dans leurs compositions et le progrès de l'idée morale et le déclin de la religion régnante. Il fallut punir Oreste, qui, déjà dans Eschyle , n'égorge sa mère qu'en frémissant et lorsque Pylade lui a rappelé l'ordre d'Apollon; dans Euripide, il va plus loin, il accuse la divinité de démence, il soupçonne qu'un démon trompeur pourrait bien avoir emprunté la voix d'Apollon : les Dioscures euxmêmes, dont l'intervention semble étrange quoiqu'elle soit nécessitée, qualifient d'insensé l'oracle du fils de Latone. — Ces préliminaires n'empêchent cependant pas l'accomplissement du crime; mais la morale publique se satisfait en imposant à Oreste une punition terrible : « si le châtiment de Clyranestre est juste , lui disent les Dioscures , ton action ne l'est pas». Et ici commence le rôle des Furies. Puis , après de longs tourments, Oreste est, ainsi qu'OEdipe, délivré du poids de son crime involontaire ; la loi div ine est satisfaite, comme la justice humaine, et l'homme n'a nullement lieu d'accuser le destin. Mais en voulant détailler les nuances progressives de l'idée qui domine cette seconde période du mythe d'Oreste , nous avons anticipé sur le récit des faits tels qus nous les ont transmis les poètes et les mythologues; il est temps de les raconter en les reprenant ab ovo. — Oreste , frère d'Électre et d'Iphigénie ( Sophocle ajoute Iphianasse ) , était encore enfant lorsque Agamemnon périt , égorgé par Égisthe ; il fut sauvé de la mort par Electre, ou par sa nourrice Geilissa, ou par Arsinoé , ou par Laodamie, et envoyé chez Strophius. Voy. Électre. C'est à l'instant de son retour que commence la deuxième partie de la magnifique trilogie d'Eschyle. Nous ne pouvons mieux faire que d'en donner ici l'argument. « Poussé par un oracle qui lui a commandé de punir les meurtiers de son père , Oreste arrive, avec l'inséparable Pylade, auprès du tombeau d'Agamemnon. Il invoque les mânes paternels, et annonce les projets de vengeance qui le ramènent d'un lointain exil. II dépose pour of-

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frande une boucle de ses cneveux. Conduites par Électre, sa sœur, des captives troyennes viennent faire des libations sur la tombe du roi : c'est Clytemnestre qui les envoie , dans l'espoir de détourner les présages terribles d'un songe qu'elle vient d'avoir. Après une reconnaissance que le poète a plus ou moins habilement ménagée, le frère et la sœur conviennent qu'Oreste se donnera pour un étranger, un homme du pays où avait été élevé le fils d' Agamemnon. Lui-même, il apportera la nouvelle de sa propre mort; on le recevra dans le palais, et les assassins périront à leur tour. Tout s'exécute en effet comme il l'avait prévu. A l'instant de frapper sa mère, il sent son cœur défaillir; mais la voix sévère de Pylade lui rappelle l'ordre et les menaces d'Apollon : tout ce qui restait de sentiment filial a disparu , il n'y a plus qu'une femme coupable et son juge, et bientôt tout est consommé. Alors, comme à la fin de l'Agameranon, les cadavres des morts sont offerts aux regards des spectateurs. Oreste fait déployer devant le peuple d'Argos le voile où les assassins avaient enveloppé son père, pour l'égorger sans qu'il pût se défendre. Mais tout à coup il sent que sa raison s'égare ; il annonce qu'il va se réfugier dans le temple de Delphes, auprès du dieu qui avait ordonné le crime. En effet, au début des Euménides , nous sommes transportés devant le temple de Delphes. La Pythie paraît, vêtue de ses habits sacerdotaux ; elle adresse ses prières aux dieux; elle entre dans le temple pour se placer sur le trépied prophétique. Elle en sort aussitôt, saisie d'une horreur profonde ; elle a vu un homme dans la posture et l'habit des suppliants; ses mains dégouttaient de sang; autour de lui dormaient des êtres affreux, les Furies. Oreste sort du temple, conduit par Apollon; le dieu lui promet son aide, et lui commande de courir vers Athènes ; il obéit , il part. L'œil du spectateur pénètre dans le temple : on aperçoit lombre de Clytemnestre, pâle, portant encore les traces des blessures qu'elle avait reçues de son fils. Elle adresse des reproches aux Furies, qui ont laissé échapper le coupable, et disparaît. Les Furies se réveillent, cherchent leur victime , poussent des cris sauvages, courent en désordre au travers de la scène : ce sont les premiers chants de ce chœur terrible et ses premières danses. Apollon chasse loin de son temple les êtres odieux dont la présence souillait le sanctuaire. A ce moment la scène change. Nous voyons le temple de Minerve et la colline de l'arécpage. Nous sommes à Athènes. Oreste tient embrassée la statue de la déesse, qui était placée devant le temple. Le chœur arrive sur ses traces. Les Furies chantent, calmes cette fois, mais plus terribles encore qu'à Delphes , leur» redoutables fonctions parmi les mortels et les dieux ; elles réclament la tête d'Oreste , elles dévouent leur victime à des tourments •

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sans fin. Pallas arrive, à la prière du suppliant; elle écoute les plaintes des Furies, les réclamations d'Oreste ; elle se charge du rôle d'arbitre entre les deux parties, elle s'entoure de juges équitables; la cause est débattue, le nombre des suffrages est égal départ et d'autre, Pallas seule n'a pas encore donné le sien; c'est elle qui va décider souverainement cette grande question. Oreste l'emporte ; sa reconnaissance pour Pallas s'exprime avec une vive ardeur, tandis que les Furies éclatent en reproches contre la licence de ces dieux nouveaux , qui prennent à tâche d'humilier les vieilles divinités titaniques. Mais elles s'apaisent à la fin , aux doux accents de l'éloquence persuasive de Pallas ; elles promettent de bénir ce sol de l'Attique où Pallas leur promet un sanctuaire; elles se montrent dignes du nom qu'on doit leur donner un jour, les Euménides, c'est-à-dire, les bienveillantes. Elles se retirent dans la demeure qui leur est destinée. Une troupe de vieillards , de femmes et d'enfants, vêtus d'habits de fête, les accompagnent en chantant des hymnes religieux. » (Pierron, traduction d'Eschyle. \ Les variantes de ce récit sont peu importantes. Suivant Euripide, Electre, maltraitée par Egisthe , s'est vue forcée d'unir son sort à celui d'un paysan argien , qui vit avec elle comme avec une sœur. Oreste la rencontre devant l'humble chaumière qu'elle habite , la reconnaît aux discours qui lui échappent, et est lui-même reconnu par un vieux gouverneur, à une cicatrice que lui avait laissée une chute faite dans son enfance. Pour amener Clytemnestre et la faire tomber dans le piège préparé par son fils, on lui annonce qu'Électre est récemment accouchée, et qu'elle a besoin de ses secours. Le meurtre d'Égisthe s'accomplit hors de la ville, pendant que ce 'prince offre un sacrifice aux nymphes, et Clytemnestre périt dans la maison d'Electre , qui enhardit son frère terrifié. Ensuite les Dioscures apparaissent ét prédisent à Oreste sa folie et sa purification. On reconnaît à ces inventions l'imagination romanesque d'Euripide , qui se livre , durant le cours de la pièce, à une critique, très-peu dramatique, des moyens employés par Eschyle pour amener la reconnaissance du frère et de la sœur. Mais si l'Electre satisfait peu le lecteur, comparée à la grande composition du poëte d'Eleusis, on y remarque avec intérêt le progrès des idées morales; Oreste n'est plus seulement, comme dans Eschyle , un fils qui recule devant sa mère, au moment de l'égorger , c'est un païen à demi sceptique, qui traite nettement Apollon d'insensé. — Dans l'Oreste, Euripide représente ce héros en proie aux Furies vengeresses. Electre veille sur lui. Les citoyens d'Argos s'assemblent pour les juger tous deux. Ménélas, trahissant leurs intérêts, les laisse condamner à mort. Pylade n'abandonne point son ami; il s'unit à Électre pour tirer vengeance de Ménélas en fai-

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sant périr Hélène , qui disparait aux cieux. Hermione reste en otage dans les mains d ûreste. Au moment où celui-ci menace de l'immoler, Apollon intervient, promet lu vie à Oreste, lui prédit sa folie, son exil en Arcadie, déjà mentionné dans l'Electre, ainsi que son acquittement à Athènes, et engage Ménélas à lui accorder sa fille en mariage. Pylade épouse Electre. C'est encore là de la tragédie bourgeoise ; mais, outre les beautés dramatiques, elle présente un intérêt puissant, en nous offrant, ainsi que les Euménides , le reflet des hautes prétentions des Athéniens à la science du droit, à la sagesse, aux procédures spéciales sur le meurtre. — Ici se termine à proprement parler la seconde période du mythe d'Oreste, dont le sens est : nécessité et possibilité de l'expiation sans aucune prédestination fatale. L'Attique, l'Argolide, l'Arcadie, la Laconie se disputaient l'honneur d'avoir lavé Oreste de son crime. Ainsi l'on montrait à Trézène, devant le temple de Diane Lycie, une pierre sacrée où neuf Trézéniens avaient purifié Oreste. Devant le temple d'Apollon Théorius se trouvait la hutte où le malheureux Atride s'était retiré , personne ne voulant le recevoir avant sa purification ; un laurier qui avait poussé auprès indiquait le lieu où l'on avait enseveli les objets qui avaient servi à la cérémonie. A trois stades de Gythium en Laconie était une pierre connue sous le nom de Zeus Cappotas ou Cappautas (Jupiter qui fait cesser); là, disaiton, le maître des dieux avait guéri Oreste de sa folie. Enfin , à Mégalopolis, en Arcadie , on voyait un temple où Oreste avait été saisi par le délire, et une colline où les Furies s'étaient montrées à lui ; le malheureux s'étant dévoré un doigt, les Érinnyes prirent des formes moins effrayantes, et aussitôt il fut guéri. La colline garda le nom d'Acé ( guérison), en mémoire de cet événement; non loin de là était le sanctuaire d'Acésis, où Oreste consacra sa chevelure. Les auteurs syncrétistes ont souvent essayé d'arranger ces diverses traditions dans un ordre chronologique; mais il est évident qu'elles n'ont aucune liaison de succession et qu'elles ne sont que les faces multiples d'une même idée. Divers lieux de la Grèce gardèrent longtemps le souvenir des migrations d'Oreste; ainsi il y avait une ville d'Orestie, en Arcadie, et les Orestes , peuples de l'Épire, s'attribuaient la même origine. La fête des coupes, célébrée à Athènes, dans le mois d'Anthestérion, rappelait aussi les malheurs d'Oreste; suivant une tradition populaire , dans laquelle on remarque un grossier anachronisme, le fils du parricide, se rendant chez Pandion , le trouva présidant à un banquet public. Pandion n'osant pas renvoyer son hôte, ni le faire boire à la même coupe que ses convives , en fit servir une à chacuu des invités. — III. La troisième partie du mythe d'Oreste, qui n'est, au point de vue moral, qu'une

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flexion de l'idée qui préside à la seconde , est remarquable en ce qu'elle relie à l'histoire nationale le culte d'une divinité primitivement étrangère à la Grèce. Suivant Euripide, après l'acquittement du meurtrier par l'aréopage, quelques-unes des Furies, mécontentes de ce jugement, continuèrent de poursuivre Oreste, qui vint de nouveau se réfugier à Delphes; il allait se donner la mort sur le seuil du temple, lorsque la voix d'Apollon vint lui rendre l'espoir et lui ordonner d'apporter à Athènes la statue de La Diane Taurique ; après cela , il devait être enfin délivré des terribles divinités. Oreste se rendit donc en Tauride avec Pylade; surpris par les habitants peu après leur arrivée , ils furent conduits au temple, et l'un des deux allait périr, lorsqu'Oreste, se faisant reconnaître d'Iphigénie, sa sœur (voy. Iphigénie ), échappa à la mort. Iphigénie fit alors suspendre adroitement le sacrifice, en persuadant au roi que ces étrangers, coupables d'un meurtre, ne pouvaient être immolés qu'après des purifications préliminaires. Elle se donna ainsi du temps, et s'enfuit avec Oreste et Pylade, emportant la statue de Diane, qui fut déposée par elle à Rramon, suivant la tradition attique; les La-» cédémoniens , de leur côté , prétendaient posséder ce palladium à Sparte. — Le voyage d'Oreste en Tauride offre d'autres variantes : nous les avons rapportées aux articles Chrysès, Diane n° 3, Electre, Thoas. — Comme on le distingue facilement, le sens de ces légendes, intercalées après coup à l'histoire mythologique primitive, est toujours la nécessité de l'expiation; seulement ce thème est brodé d'une manière différente. Les Grecs, liers de rattacher leurs institutions religieuses, indigènes ou étrangères , a leur histoire mythique, attribuèrent naturellement à Oreste en sa triple qualité d'agent d'Apollon, de frère d'Iphigénie, et de grand voyageur, l'introduction du culte de 13 Diane Taurique, divinité nationale des Taures , identifiée, on ne sait trop pour quelle cause , avec l'Artémis grecque. — De retour à Mycènes, Oreste recouvra son royaume, que Ménélas ou Alétès avaient usurpé. Il tua , dit-on , ce dernier, et, Cylarabès étant mort sans enfants , se trouva maître d'Argos. Les Lacédémoniens eux-mêmes, préférant un petit-fils de Tyndare aux enfants nés de Ménélas et d'une esclave, le choisirent pour roi. Oreste fit ensuite alliance avec les Arcadiens et avec les Phocéens, et conduisit une colonie de Sparte en Éolie ( Pindare). Époux d'Hermione [voy. ce nom ), qu'il avait longtemps aimée et dont il obtint la main en se défaisant de Pyrrhus, il mourut en Arcadie, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, des suites de la piqûre d'un serpent. Sparte montrait ses os, d'une dimension énorme, qui avaient été trouvés àTégéeparun certain Lichas et apportés dans la Laconie, dont ils étaient le palladium. Suivant Servius, Oreste avait été enseveli à Aricie, et ses os furent plus tard envoyés à Ro-

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