ECONOMIE DE PAROLES
Parler par économie.
C'est une expression consacrée aux pères de l'église et même aux premiers instituteurs de notre sainte religion; elle signifie parler selon les temps et selon les lieux.
Par exemple («), saint Paul étant chrétien vient dans le temple des Juifs s'acquitter des rites judaïques pour faire voir qu'il ne s'écarte point de la loi mosaïque ; il est reconnu au bout de i,ept jours, et accusé d'avoir profané le temple. Aussitôt on le charge de coups, on le traîne en tumulte ; le tribun de la cohorte, tribunus cohortis (&), arrive, et le fait lier de deux chaînes (c). Le lendemain ce tribun fait assembler le sanhédrin, et amène Paul devant ce tribunal ; le grand-prêtre Annaniah commence par lui faire donner un soufflet (r/), et Paul l'appelle muraille blanchie (e).
(a) Actes des apôtres , chap. XXI.
(b) Il n'y avait pas à la ve'rité dans la milice romaine de tribun de cohorte. C'est comme si on disait parmi nous colonel d'une compagnie. Les centurions étaient à là tète des cohortes , et les tribuns à la tête des légions. Il y avait trois tribuns souvent dans une légion. Ils commandaient alors tour à tour, et étaient subordonnés les uns aux autres. L'auteur des Actes a probablement entendu que le tribun fit marcher une cohorte.
(c) Chap. XXI.
{d) Un soufflet, chez les peuples asiatiques, était une punition légale. Encore aujourd'hui à la Chine, et dans les pays audel.i du Gange, on condamne un homme à une douzaine de soufflets.
(e)Chap. XXIII, v. 3.
l68 ÉCONOMIE
Il me donna un soufflet; mais je lui dis tien son* fait(*).
(/) « Or, Paul sachant qu'une partie des juges était composée de saducéens et l'autre de pharisiens, il s'écria : Je suis pharisien et fils de pharisien , on ne veut me condamner qu'à cause de l'espérance et de la résurrection des morts. Paul ayant ainsi parlé, il s'éleva une dispute entre les pharisiens et les saducéens, et l'assemblée fut rompue; car les saducéens disent qu'il n'y a ni résurrection, ni ange, ni esprit; et les pharisiens confessent le contraire. »
Il est bien évident par le texte que Paul n'était point pharisien, puisqu'il était chrétien, et qu'il n'avait point du tout été question dans cette affaire ni de résurrection, ni d'espérance, ni d'ange, ni d'esprit.
Le texte fait voir que saint Paul ne parlait ainsi que pour compromettre ensemble les pharisiens et les saducéens. C'était parler par économie, par prudence; c'était un artifice pieux, qui n'eût pas été peut-être permis à tout autre qu'à un apôtre.
C'est ainsi que presque tous les pères de l'église ont parlé par économie. Saint Jérôme développe admirablement cette méthode dans sa lettre cinquantequatrième à Pammaque. Pesez ses paroles.
Après avoir dit qu'il est des occasions où il faut présenter un pain et jeter une pierre, voici comme il continue ;
« Lisez, je vous prie, Démosthènes, lisez Cicéron;
(*) Pourceaugnac , acte Ier, scène 6.
(f) Act. , chap. XXIII , v. 6 et suiv.