EGALITE. I 8 I
de ma poche; c'est ce que Jean Dcspairtère ne m'avait point enseigné dans mon éducation.
SECTION PREMIÈRE
Il est clair que les hommes, jouissant des facultés attachées à leur nature , sont égaux ; ils le sont quand ils s'acquittent des fonctions animales, et quand ils exercent leur entendement. Le roi de la Chine , le Graud-Mogol , le padisha de Turquie, ne peut dire au dernier des hommes : Je te défends de digérer , d'aller à la garderohe et de penser. Tous les animaux de chaque espèce sont égaux entre eux.
Un cheval ne dit point au cheval son confrère :
Qu'on peigne mes beaux crins, qu'on m'étrille et me ferre :
Toi , cours , et va porter mes ordres souverains
Aux mulets de ces bords , aux ânes mes voisins ;
Toi , prépare les grains dont je fais des largesses
A mes fiers favoris , à mes douces maîtresses ;
Qu'on châtre les chevaux désignés pour servir
Les coquettes juraens dont seul je dois jouir ;
Que tout soit dans la crainte et dans la dépendance :
Et si quelqu'un de. vous hennit en ma présence,
Pour punir cet impie et ce séditieux
Qui foule aux pieds les lois des chevaux et des dieux.
Pour venger dignement le ciel et la patrie ,
Qu'il soit pendu sur l'heure auprès de l'écurie.
Les animaux ont naturellement au-dessus de nous l'avantage de l'indépendance. Si un taureau qui courtise une génisse est chassé à coups de cornes par un taureau plus fort que lui, il va chercher une autre maîtresse dans un autre pré, et il vit libre. Un coq met. pt. 4. 16