EMPOISONNE*! EN S. 2G
avaient raffine jusqu'à faire mourir par ces poisons réputés froids leurs compatriotes condamnés à mort. Un apothicaire était le bourreau de la république. On dit que Socrate mourut fort doucement, et comme on s'endort ; j'ai peine à le croire.
Je fais une remarque sur les livres juifs, c'est que chez ce peuple vous ne voyez personne qui soit mort empoisonné. Une foule de rois et de pontifes périrent par des assassinats; l'histoire de cette nation est l'histoire des meurtres et du brigandage : mais il n'est parlé qu'en un seul endroit d'un homme qui se soit empoisonné lui-même 3 et cet homme n'est point un Juif; c'était un Syrien nommé Lizias, général des armées d'xlntiochus Épiphane. Le second livre des Machabées dit (a) qu'il s'empoisonna , veneno vitam fiuivnt. Mais ces livres des Machabées sont bien suspects. Mon cher lecteur, je vous ai déjà prié de ne rien croire de léger.
Ce qui m'étonnerait le plus dans l'histoire des mœurs des anciens Romains , ce serait la conspiration des femmes romaines pour faire périr par le poison, non pas leurs maris, mais en général les principaux citoyens. C'était, dit Tite-Live , en l'an 423 de la fondation de Rome ; c'était donc dans le temps de la vertu la plus austère; c'était avant qu'on eût entendu parler d'aucun divorce, quoique le divorce fût autorise , c'était lorsque les femmes ne buvaient point de vin, ne sortaient presque jamais de leurs maisons que pour aller aux temples. Comment imaginer que
(a) Chap. X, v. i3.
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tout à coup elles se fussent appliquées à connaître les poisons, qu'elles s'assemblassent pour en composer, et que, sans aucun intérêt apparent, elles donnassent ainsi la mort aux premiers de Rome ?
Laurent Échard, dans sa compilation abrégée, se contente de dire que « la vertu des dames romaines se démentit étrangement ; que cent soixante et dix d'entre elles se mêlant de faire le métier d'empoisonneuses, et de réduire cet art en préceptes, furent tout à la fois accusées, convaincues et punies. «
Tite-Live ne dit pas assurément qu'elles réduisirent cet art en préceptes. Cela signifierait qu'elles tinrent école de poisons , qu'elles professèrent cette science, ce qui est ridicule. Il ne parle point de cent soixante et dix professeuses en sublimé corrosif ou en vert-de-gris. Enfin, il n'affirme point qu'il y eut des empoisonneuses parmi les femmes des sénateurs et des chevaliers.
Le peuple était extrêmement sot et raisonneur à Rome comme ailleurs; voici les paroles de Tite-Live :
(b) «L'année 4^3 fut au nombre des malheureuses; il y eut une mortalité causée par l'intempérie de Pair, ou par la malice humaine. Je voudrais qu'on pût affirmer avec quelques auteurs que la corruption de l'air causa cette épidémie , plutôt que d'attribuer la mort de tant de Romains au poison, comme l'ont écrit faussement des historiens pour décrier cette année. ».
On a donc écrit faussement , selon Tite-Live,
(b) Première de'cade , Uv. VIII.