EMPOISONNEMENT
que les dames de Rome étaient des empoisonneuses ; il ne le croit donc pas : mais quel intérêt avaient ces auteurs à décrier cette année ? c'est ce que j'ignore.
« Je vais rapporter le fait, continue-t-il, tel qu'on l'a rapporté avant moi. » Ce n'est pas là le discours d'un homme persuadé. Ce fait d'ailleurs ressemble bien à une fable. Une esclave accuse environ soixante et dix femmes, parmi lesquelles il y en a de patriciennes, d'avoir mis la peste dans Rome en préparant des poisons. Quelques-unes des accusées demandent permission d'avaler leurs drogues, et elles expirent sur-le-champ. Leurs complices sont condamnées à mort sans qu'on spécifie le genre de supplice.
J'ose soupçonner que cette historiette, à laquelle Tite-Live ne croit point du tout, mérite d'être reléguée à Fendroit où l'on conservait le vaisseau qu'une vestale avait tiré sur le rivage avec sa ceinture ; où Jupiter en personne avait arrêté la fuite des Romains; où Castor et Pollux étaient venus combattre à cheval ; où l'on avait coupé un caillou avec un rasoir; et où Simon- Barjone, surnommé Pierre, disputa de miracles avec Simon le Magicien, etc.
Il n'y a guère de poison dont on ne puisse prévenir les suites en le combattant incontinent. Il n'y a point de médecine qui ne soit un poison quand la dose est trop forte.
Toute indigestion est un empoisonnement.
Un médecin ignorant et même savant, mais inattenlif , est souvent un empoisonneur; un bon cuisinier est à coup sûr un empoisonneur à la longue, si vous n'êtes pas tempérant.
Un jour le marquis d'Argenson , ministre d'état au département étranger, lorsque son frère était ministre de la guerre, reçut de Londres une lettre d'un fou (comme un ministre en reçoit à chaque poste) : ce fou proposait un moyen infaillible d'empoisonner tous les habitans de la capitale d'Angleterre. Ceci ne me regarde pas, nous dit le marquis d'Argenson, c'est un pi a cet à mon frère.
Magie, évocation, sortilège, etc.
Il n'est guère vraisemblable que toutes ces abominables absurdités viennent, comme le dit Pluehe, des feuillages dont on couronna autrefois les têtes d'Isis et d'Osiris. Quels rapports ces feuillages peuvent-ils avoir avec l'art d'enchanter des serpens, avec celui de ressusciter un mort, ou de tuer des hommes avec des paroles, ou d'inspirer de l'amour, ou de métamorphoser des hommes en bêtes.
Enchantement, incantatio , vient 7 dit-on, d'un mot chaldéen que les Grecs avaient traduit par epode g >novïa , chanson productrice. Incantatio vient de Chaldée ! allons, les Bochard , vous êtes de grands voyageurs; vous allez d'Italie en Mésopotamie en un clin d'œil; vous courez chez le grand et savant peuple hébreu; vous en rapportez tous les livres et tous les usages ; vous n'êtes point des charlatans.
Une grande partie des superstitions absurdes ne iloit-elîe pas son origine à des choses naturelles? Il iCy a guère d'animaux qu'on n'accoutume à venir au
son d'une musette ou d'un simple cornet pour recevoir sa nourriture. Orphée , ou quelqu'un de ses prédécesseurs, joua de la musette mieux que les autres bergers; ou bien il se servit du chant. Tous les animaux domestiques accouraient à sa voix. On supposa bien vite que les ours et les tigres étaient de la partie : ce premier pas aisément fait, on n'eut pas de peine à croire que les Orphées fesaient danser les pierres et les arbres.
Si on fait danser un ballet à des rochers et à des sapins , il en coûte peu de bâtir des villes en cadence, les pierres de taille vienne s'arranger d'ellesmêmes lorsque Amphion chaut v. il ne finit qu'un violon pour construire une ville et un cornet à bouquin pour la détruire.
L'enchantement des serpens doit avoir une cause encore plus spécieuse. Le serpent n'est point un animal vorace et porté à nuire. Tout reptile est timide. La première chose que fait un serpent (du moins en Europe) dès qu'il voit un homme, c'est de se cacher dans un trou comme un lapin et un lézard. L'instinct de l'homme est de courir après tout ce qui s'enfuit et de fuir lui-même devant tout ce qui court après lui, excepté quand il est armé, qu'il sent sa force et surtout qu'on le regarde.
Loin que le serpent soit avide de sang et de chair7 il ne se nourrit que d'herbe et passe un temps trèsconsidérable sansN manger : s'il avale quelques insectes , comme font les lézards , les caméléons , en cela il nous rend service.
Tous les voyageurs disent qu'il y en a de très-
longs et de très -gros; mais nous n'en connaissons point de tels en Europe. On n'y voit point d'homme, point d'enfant, qui ait été attaqué par un gros serpent ni par un petit; les animaux n'attaquent que ce qu'ils veulent manger, et les chiens ne mordent les passans que pour défendre leurs maîtres. Que ferait un serpent d'un petit enfant? quel plaisir aurait-il à le mordre ? il ne pourrait en avaler le petit doigt. Les serpens mordent et les.écureuils aussi, mais quand on leur fait du mal.
Je. veux croire qu'il y a eu des monstres dans l'espèce des serpens comme dans celle des hommes; je consens que l'armée de Régulus se soit mise sous les armes en Afrique contre un dragon, et que depuis il y ait eu un Normand qui ait combattu contre la gargouille. Mais on m'avouera que ces cas sont rares.
Les deux serpens qui vinrent de Ténédos e^rpTès pour dévorer Laocqon et deux grands garçons de vingt ans, aux yeux de toute l'armée troyenne, sont un beau prodige , digne d'être transmis à la postérilé par des vers hexamètres et par des statues qui représentent Laocoon comme un géant et ses grands cnfàns comme des pygmées.
Je conçois que cet événement devait arriver lorsqu'on prenait avec un grand vilain cheval de bois («) des villes bâties par des dieux ; lorsque les fleuves
(a) Le cheval de bois était une machine semblable à ce qu'on appela depuis le bélier. C'était une longue poutre terminée en tète de cheval : elle fut conservée eu Grèce , et Pausanias dît gu'ji la vue.
remontaient vers leurs sources, que les eaux étaient changées en sang , et que le soleil et la lune s'arrêtaient à la moindre occasion.
Tout ce qu'on a compté des serpens était trèsprobable dans des pays où Apollon était descendu du ciel pour tuer le serpent Python.
Ils passèrent aussi pour être très-prudens. Leur prudence consiste à ne pas courir si vite que nous, et à se laisser couper en morceaux.
La morsure des serpens , et surtout des vipères , n'est dangereuse que lorsqu'une espèce de rage a fait fermenter un petit réservoir d'une liqueur extrêmement acre qu'ils ont sous leurs gencives (i,). Hors de là, un serpent n'est pas plus dangereux qu'une anguille.
Plusieurs dames ont apprivoisé et nourri des serpens, les ont placés sur leur toilette et les ont entortillés autour de leurs bras.
Les nègres de Guinée adorent un serpent qui ne fait de mal à personne.
Il y a plusieurs sortes de ces reptiles; et quelquesunes sont plus dangereuses que les autres dans les pays chauds; mais en général le serpent est un animal craintif et doux ; il n'est pas rare d'en voir qui tettent les vaches.
(i ) Voyez l'ouvrage déjà cité de M. Fontana. Il y décrit les vc» 6ieules qui contiennent la liqueur jaune de la vipère, la manière dont les dents qui renferment cette ve'sicule se reproduisent, et la mécanique singulière par laquelle ce suc pénètre dans les blessures. Il est constamment vénéneux , même sans que la vipère eoit irritée.
Les premiers hommes qui virent des gens plus hardis qu'eux apprivoiser et nourrir des serpens, et les faire venir d'un coup de sifflet comme nous appelons les abeilles , prirent ces gens-là pour des sorciers. Les Psilles et les Marses, qui se familiarisèrent avec les serpens, eurent la même réputation. Il ne tiendrait qu'aux apothicaires du Poitou , qui prennent des vipères par la queue, de se faire respecter aussi comme des magiciens du premier ordre.
L'enchantement des serpens passa pour une chose constante. La sainte Écriture même, qui entre toujours dans nos faiblesses ; daigna se conformer à cette idée vulgaire :
« L'aspic sourd qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre la voix du savant enchanteur (&).
a J'enverrai contre vous des serpens qui résisteront aux enchantemens (e).
« Le médisant est semblable au serpent qui ne cède point à l'enchanteur (d). »
L'enchantement était quelquefois assez fort pour faire crever les serpens. Selon l'ancienne physique cet animal était immortel. Si quelque rustre trouvait un serpent mort dans son chemin, il fallait bien que ce fût quelque enchanteur qui l'eût dépouillé du droit de l'immortalité :
Friqidus in pratis cantando rumpitur anguis.
(Virgil. , eclog. VIII, v. 71.)
(?>) Psaume L*VII, v. 5 et 6.
(c) Jérémie , cliap. YIII . v. 17.
[d) Ecclésiaste, chap. X, v. 11.
Enchantement des morts, ou évocation.
Enchanter un mort , le ressusciter, ou s'en tenir à évoquer son ombre pour lui parler, était la chose du monde la plus simple. Il est très-ordinaire que dans ses rêves on voie des morts, qu'on leur parle, qu'ils vous répondent. Si on les a vus pendant le sommeil, pourquoi ne les verra-t-on point pendant la veille ? Il ne s'agit que d'avoir un esprit de Python; et, pou? faire agir cet esprit de Python, il ne faut qu'être un fripon , et avoir affaire à un esprit faible : or personne ne niera que ces deux choses iraient été extrêmement communes.
L'évocation des morts était un des plus sublimes mystères de la magie. Tantôt on fesait passer aux yeux du curieux quelque grande figure noire qui se mouvait par des ressorts dans un lieu un peu obscur ; tanîôl le sorcier ou la sorcière se contentait de dire qu'elle voyait l'ombre , et sa parole suffisait. Cela s'appelle la nécromancie. La fameuse pyllionisse d'Endor a toujours été un grand sujet de dispute entre les pères de l'église. Le sage Théodoret, dans sa question LXII sur le livre des Rois, assure que les morts avaient coutume d'apparaître la tête en bas; et que, ce qui effraya la pythonisse, ce fut que Samuel était sur ses jambes.
Saint Augustin, interrogé par Simplicien, lui répond, dans le second livre de ses questions, qu'il D'est pas plus extraordinaire de voir une pythonissc faire venir une ombre, que de voir le diable emporter
2j6 ENCHANTEMENT.
Jésus -Christ sur le pinacle du temple et sur la montagne.
Quelques savans, voyant que chez les Juifs on avait des esprits de Python, en ont osé conclure que les Juifs n'avaient écrit que très-tard, et qu'ils avaient presque tout pris dans les fables grecques; mais ce sentiment n'est pas soutenable.
Des autres sortilèges.
Quand on est assez habile pour évoquer des morts avec des paroles , on peut à plus forte raison faire mourir des vivans, ou du moins les en menacer, comme le médecin malgré lui dit à Lucas qu'il lui donnera la fièvre. Du moins il n'était pas douteux que les sorciers n'eussent le pouvoir de faire mourir les bestiaux ; et il fallait opposer sortilège à sortilège pour garantir «son bétail. Mais ne nous moquons point des anciens; pauvres gens que nous sommes, sortis à peine de la barbarie ! Il n'y a pas cent ans que nous avons fait brûler des sorciers dans toute l'Europe ; et on vient encore de brûler une sorcière vers l'an i y5o à Vurtzbourg. Il est vrai que certaines paroles et certaines cérémonies suffisent pour faire périr un troupeau de moutons, pourvu qu'on y ajoute de l'arsenic.
L'Histoire critique des cérémonies superstitieuses, par Le Brun de l'Oratoire, est bien étrange; il veut combattre le ridicule des sortilèges, et il a lui-même le ridicule de croire à leur puissance. Il prétend que Marie Bucaille la sorcière, étant en prison à Yalogne, parut à quelques lieues de là dans le même temps,
selon le témoignage juridique du juge de Valogne. Il rapporte le fameux procès des bergers de Bric, condamnés à être pendus et brûlés par le parlement de Paris en 1 69 1 . Ces bergers avaient été assez sots pour se croire sorciers, et assez médians pour mêler des poisons réels à leurs sorcelleries imaginaires.
Le père Le Brun proteste (e) qu'il jr eut beaucoup de surnaturel dans leur fait, et qu'ils furent pendus en conséquence. L'arrêt du parlement est directement contraire à ce que dit Fauteur : « La cour déclare les accusés dûment atteints et convaincus de superstitions, d'impiétés, sacrilèges, profanations, empoisonnemens. »
L'arrêt ne dit pas que ce soient des profanations qui aient fait périr des animaux : il dit que ce sont les empoisonnemens. On peut commetre un sacrilège sans être sorcier, comme on empoisonne sans être sorcier.
• D'autres juges firent brûler, à la vérité, le cure Gaufredi, et ils crurent fermement que le diable l'avait fait jouir de toutes ses pénitentes. Le curé Gaufredi croyait aussi en avoir obligation au diable; mais c'était en 161 1 : cétait dans le temps où ia plupart de nos provinciaux n'étaient pas fort au-dessus des Caraïbes et des Nègres. Il y en a eu encore de nos jours quelques-uns de cette espèce, comme le jésuite Girard, Tex- jésuite Nouotte, le jésuite Duplessis, lex-jésuite Malagrida; mais cette* espèce de fous devient fort rare de jour en jour.
[t Voyez le procès des bergers de Brie, depuis la page 5 16. Dict. ph. 4 24
2Tj8 ENCHANTEMENT/
A legard de la lycanthropie, c'est-à-dire, des hommes métamorphosés en loups par des enchantemens, il suffit qu'un jeune berger ayant tué un loup, et s'étant revêtu de sa peau, ait fait peur à de vieilles femmes, pour que la réputation du berger devenu loup se soit répandue dans toute la province, et de là dans d'autres. Bientôt Virgile dira :
His ego scepè lujjum fieri, et se condere surfis Moerim , sœpè animas imis exire sepuleris (f)'.
Mœris devenu loup se cachait dans les bois :
Du creux de leurs tombeaux j'ai vu sortir des âmes.
Voir un homme loup est une chose curieuse; niais voir des âmes est encore plus beau. Des moines du Mont-Cassin ne virent-ils pas Pâme de saint Bénédicte ou Benoît? Des moines de Tours ne virent-ils pas celle de saint Martin? Des moines de Saint-Denis ne virentils pas celle de Charles-Martel ?
Enchantemens pour se faire aimer.
Il y en eut pour les filles et pour les garçons. Les Juifs en vendaient à Rome et dans Alexandrie; et ils en vendent encore en Asie. Vous trouverez quelquesuns de ces secrets dans le Petit Albert; mais vous vous mettrez plus au fait, si vous lisez le plaidoyer qu'Apulée composa lorsqu'il fut accusé par un chrétien, dont il avait épousé la fille, de l'avoir ensorcelée par des philtres. Son beau père Emilie n. prétendait qu'Apuiec s'était servi principalement de certains poissono, attendu que, Vénus étant née de la mer, les pois-
[f)Echya WI,y-97.
LN CHANTERENT. 2JQ
sons devaient exciter prodigieusement les femmes à l'amour.
On se servait d'ordinaire de verveine, de ténia, de l'iiippomane , qui n'était autre chose qu'un peu de l'arrière -faix d'une jument lorsqu'elle produit son poulain, d'un petit oiseau nommé parmi nous Loche queue , en latin, motaclUa,
Mais Apulée était principalement accusé d'avoir cmplo} é des coquillages, des pâtes d'écrevisces, des hérissons de mer, des huîtres cannelées, du calmar qui passe pour avoir beaucoup de semence, etc.
Apulée fait assez entendre quel était le véritable philtre qui avait engagé Pudentilla à se donner à lui. Il est vrai qu'il avoue dans son plaidoyer que sa femme l'avait appelé un jour magicien. Mais quoi î dit -il, si elle m'avait appelé consul, serais- je consul pour cela?
Le satyrion fut regardé chez les Grecs et chez les Romains comme le philtre le plus puissant; on l'appelait la plante aphrodisia , racine de Vénus. Nous y ajoutons la roquette sauvage ; c'est Vcruca des Latins jjj) :
Et venerem revocans eruca morantem.
Nous y mêlons surtout un peu d'essence d'ambre. La mandragore est passée de mode. Quelques vieux débauche s se sont servis de mouches cantharides, qui portent en effet aux parties génitales, mais qui portent beaucoup plus à la vessie > qui l'excorient et qui
(a) Martial.
font uriner du sang : ils ont été cruellement punis d'avoir voulu pousser l'art trop loin.
La jeunesse et la santé sont les véritables philtres.
Le chocolat a passé pendant quelque temps pour ranimer la vigueur endormie de nos petits - maîtres vieillis avant l'âge; mais on aurait beau prendre vingt tasses de chocolat, on n'en inspirera pas plus de goût pour sa personne.
* Ut ameris, amabills esto.
(Ovid., A. A. II, 107.) Pour être aimé , soyez aimable.
Inferum, souterrain : les peuples qui enterraient les morts les mirent dans le souterrain; leur âme y était donc avec eux. Telle est la première physique et la première métaphysique des Egyptiens et des Grecs.
Les Indiens, beaucoup plus anciens, qui avaient inventé le dogme ingénieux de la métempsycose, ne crurent jamais que les âmes fussent dans le souterrain.
Les Japonais, les Corréens, les Chinois, les peuples de la vaste Tartarie orientale et occidentale, ne surent pas un mot de la philosophie du souterrain.
Les Grecs, avec le temps, firent du souterrain un vaste royaume, qu'ils donnèrent libéralement à Pluton et à Proserpine .sa femme. Ils leur assignèrent trois conseillers d'état, trois femmes de charge, nommées les furies , trois parques pour filer, dévider et couper le fil de la vie des hommes. Et comme dans
« ENF£R. 28l
l'antiquité chaque héros avait son chien pour garder sa porte, on donna à Pluton un gros chien qui avait trois têtes ; car tout allait par trois. Des trois conseillers d'état , Minos, Eaquc et Radamante, l'un jugeait la Grèce, l'autre l'Asie -Mineure (car les Grecs ne connaissaient pas alors la Grande-Asie), le troisième était pour l'Europe.
Les poètes, ayant inventé ces enfers, s'en moquèrent les premiers. Tantôt Virgile parle sérieusement des enfers dans l'Enéide, parce qu'alors le sérieux convient à son sujet; tantôt il en parle avec mépris dans ses Géorgiques. (IL v. 4go et suiv.)
Félix qui pctuit rerum cognoscere causas , Atque metus omnes et inèxorabile fatum Subjecit pedibiiS) strepitumque Acherontis- avart !
Heureux qui peut sonder les lois de la nature , Qui des vains préjugés foule aux pieds l'imposture, Qui regarde en pitié le Styx et l'Achéron , Et le triple Cerbère , et la barque à Caron !
On déclamait sur le théâtre de Rome ces vers de la Troade (chœur du IIe acte), auxquels quarante mille mains applaudissaient.
. . . Tœnara et aspero
Recjnum sub domino, limen et obsidens
Custos non facili Cerberus ostio,
Rumores vacui, verbaque inania ,
Et par sollicito fabula somnio.
! e palais de Pluton, son portier à trois tê»esf les couleuvres d'enfer à mordre toujours jrfetd», Le Styx , le Phlégéton sont des contes d'enfans , Des soldes importuns, des mots vides de sens
Lucrèce, Horace, s'expriment avec la même force:
152 EXFERV
Cicéron, Sénèque en parlent de même en vingt endroits. Le grand empereur Marc-Aurèle raisonne encore plus philosophiquement qu'eux tous (a). « Celui qui craint la mort, craint ou d'être privé de tous sens, ou d'éprouver d'autres sensations. Mais, si tu n'as plus tes sens, tu ne seras plus sujet à aucune peine, à aucune misère. Si tu as des sens d'une autre espèce, tu seras une autre créature. »,
Il n'y avait pas un mot à répondre à ce raisonnement dans la philosophie profane. Cependant, par la contradiction attachée à l'espèce humaine , et qui semble faire la base de notre nature, dans le temps même que Cicéron disait publiquement : « Il n'y a point de vieille femme qui croie ces inepties, » Lucrèce avouait que ces idées fesaient une grande impression sur les esprits; il vient , dit-il, pour les détruire.
♦ . . Si certum finem esse vidèrent !v JErumnarum hommes, aliquâ ratione valerent Rellicjionibus atque minis obsistere vatum. iNuncraiio nulla est restandi, nulla facultas; Mternas quoniam pœnas in morte timcndum.
( Luceet. , I , v. 1 08 et seq. )
Si l'on voyait du moins un terme à son malheur, ;■ On soutiendrait sa peine, on combattrait l'erreur. On pourrait supporter le fardeau de la vie ; Mais d'un plus grand supplice elle est, dit-on, suivie; Après de tristes jours on craint l'éternité.
Il était donc vrai que parmi les derniers du peuple, les uns riaient de l'enfer, les autres en tremblaient.
(a)LÏv. Vni,n° 62.
Les uns regardaient Cerbère, les Furies et Pluton, comme des fables ridicules; les autres ne cessaient de porter des offrandes aux dieux infernaux. C'était tout comme chez nous.
Et quoeumaue tamen miseri venêre, parentant, Et nicjras mactant pecudes, et Manibu' divis Iiifcrias mittunt, mullocjue in rébus acerbis Acriùs admittunt anhnos ad relligionem.