LUCRET. , III , V
Us conjurent ces dieux qu'ont forgés nos caprices ; Us fatiguent Pluton de leurs vains sacrifices ; Le sang d'un bélier noir coule sous leurs couteaux; Plus ils sont malheureux, et plus ils sont dévots.
Plusieurs philosophes qui ne croyaient pas aux fables des enfers, voulaient que la populace fût contenue par cette croyance. Tel fut Timée de Locres, tel fut le politique historien Polybe. « L'enfer, dit-il, est inutile aux sages, mais nécessaire à la populace il sensée. »
11 est assez connu que la loi du Pentateuque n'annonça jamais un enfer (/>). Tous les hommes étaient
fb) Dans le Dictionnaire encyclopédique, l'auteur de l'article théologiq-ae Enfer semble se méprendre étrangement en citant le Deutéronome, au chap. XXXII, v. 22 et suivans;il n'y est pas plus question d'enfer que de mariage et de danse. On fait parler Dieu ainsi : « Ils m'ont provoqué dans celui qui n'était pas leur dieu , et ils m'ont irrité dans leurs vanités ; et moi je les provoquerai dans celui qui n'est pas mon peuple, et je les irriterai dans une nation folle. — Un feu s'est allumé dans ma fureur, et il brûlera jusqu'au bord du souterrain , et il dévorera la; terre avec ses germes, et il brûlera les racines des montagnes, — J'accumukrai les maux sur eux ; je viderai sur eux mr*
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plongés dans ce cliaos Je contradictions etd'incertitudes quand Jésus» Christ vint au monde. Il confirma la doctrine ancienne de l'enfer; non pas la doctrine des poètes païens, non pas celle des prêtres égyptiens; mais celle qu'adopta le christianisme, à laquelle il faut que tout cède. 11 annonça un royaume qui allait venir et un enfer qni n'aurait point de fin.
Il dit expressément à Capharnaum en Galilée (r) : « Quiconque appellera son frère Raca sera condamné par le sanhédiiii; mais celui qui l'appellera fou sera condamné augehencL hinnon. géhenne du feu. »
Cela prouve deux choses, premièrement que Jésus- Christ ne voulait pas qu'on dît des injures; car il ir appartenait qu'à lui, comme maître, d'appeler les prévaricateurs pharisiens race de viperes.
Secondement, que ceux qui disent des injures à leur prochain méritent l'enfer; car la gehenna du feu était dans la vallée d'Hinnon , où l'on brûlait autrefois des victimes a Moloch ; et cette gehenna figure le feu d'enfer.
ÛV'clies ; je les ferai mourir de faim ; les oiseaux les dévoreront d une morsure amère ; j'enverrai contre eux les dents des bêtes avec la fureur des reptiles et des serpens. Le glaive les dévastera nu dehors, et la fra-veur au dedans, eux et les garçons, et les filles, et les en fans à la mamelle, avec les vieillards. »
Y a-t-îl là , s'il vous plaît , rien qui désigne les châtimens après li mort? Des herbes sèches, des serpens ejui mordent, des filles et des enfans qu'on tua ressemblent -ils à l'enfer? N'est -ii pas honteux de troneruer un passage pour y trouver ce qui n'y est pas? Si l'auteur s'est trompé, on lui pardonne; s'il a voulu tromper, il est inexcusable.
(c) Matthieu, cliap. Y, v. 22.
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Il dit ailleurs (/) : « Si quelqu'un sert d'achoppement aux faibles qui croient en moi, il vaudrait mieux qu'on lui mît au cou une meule usina-ire j et qu'on le jetât dans la mer.
« Et si ta main te fait achoppement, coupe-la; il est bon pour toi d'entrer manchot dans la vie, plutôt que d'aller dans la gehenna du feu inextinguible , où le ver no meurt point, et où le feu ne s'éteint point.
<( Et si ton pied te fait achoppement , coupe ton pied ; il est bon d'entrer boiteux dans la vie éternelle, plutôt que d'être jeté avec tes deux pieds dans la gehenna inextinguible , où le ver ne meurt point , et où le feu ne s'éteint point.
a Et si ton œil te fait achoppement, arrache ton œil; il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans là gehenna du feu, où le ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point.
« Car chacun sera salé par h feu5 et toute victime sera salée par le sel.
« Le sel est bon ; que , si le sq\ s'affadit ^ avec quoi salerez-vous ?
<c Vous avez dans vous le sel ? conservez la paix parmi vous. »
Il dit ailleurs, sur le chemin de Jérusalem (e) : a Quand le père de famille sera entré et aura fermé la porte, vous resterez dehors, et vous heurterez, di-
(J) Marc, ebap. IX, v. 41 el suiv.
(«) Luc, cliap. XIII, v. 2J et suiv.
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saut : Maître, ouvrez-nous; et, en répondant, iJ vous dira ; Nescio vos , d'où êtes-vous? Et alors vous commencerez, à dire : Nous avons mangé et bu avec toi ; et tu as enseigné dans nos carrefours; et il vous répondra : Nescio vos, d'où êtes-vous? ouvriers d'iniquités ! Et il y aura pleurs et grincemens de den'.s quand vous verrez Abraham , Isaac , Jacob et tous les prophètes, et que vous serez chassés dehors. »
Malgré les autres déclarations positives émanées du Sauveur du genre humain, qui assurent la damnation éternelle de quiconque ne sera pas de noire église, Origène et quelques autres n'ont pas cru l'éternité des peines.
Les sociniens les rejettent, mais ils sont hors du giron. Les luthériens et les calvinistes, quoique égarés hors du giron, admettent un enfer sans fin.
Dès que les hommes vécurent en société, ils durent s'apercevoir que plusieurs coupables échappaient à la sévérité des lois; ils punissaient les crimes publics; il fallut établir un frein pour les crimes secrets; la religion seule pouvait être ce frein. Les Persans, les Chaldéens, les Égyptiens, les Grecs, imaginèrent des punitions après la vie ; et de tous les peuples anciens que nous connaissons, les Juifs, comme nous Pavons déjà observé, furent les seuls qui n'admirent que des chàtimens temporels. Il est ridicule de croire ou de feindre de croire, sur quelques passages très-obscurs, que l'enfer était admis par les anciennes lois des Juifs , par leur Lévitique, par leur Décalogue, quand l'auteur de ces lois ne dh pas un seul mot qui puisse avoir le moindre rapport avec les