‹ Dictionnaire philosophique (volume 2)Chapitre 4 sur 49 · DE DIODORE DE SICILE ET D'HÉRODOTE · texte numérisé non relu

DE DIODORE DE SICILE ET D'HÉRODOTE

Il est juste de commencer par Hérodote ; comme le plus ancien.

Quand Henri Etienne intitula sa comique rapsodie : Apologie d'Hérodote, on sait assez que son dessein n'était pas de justifier les contes de ce père de l'histoire; il ne voulait que se moquer de nous, et faire voir que les turpitudes de son temps étaient pires que celles des Egyptiens et des Perses. Il usa de la liberté que se donnait tout protestant contre ceux de l'église catholique, apostolique et romaine. Il leur reproche aigrement leurs débauches, leur avarice , leurs crimes expiés à prix d'argent , leurs indulgences publiquement vendues dans les caba rets, les fausses reliques supposées par leurs moines; il les appelle idolâtres. Il ose dire que, si les Egyptiens adoraient , à ce qu'on dit , des chats et des ognons, les catholiques adoraient des os de morts. Il ose les appeler dans son discours préliminaire thèophages, et même théokèses (</.). Nous avons quatorze éditions de ce livre ; car nous aimons les injures qu'on nous dit en commun, autant que nous regimbons contre celles qui s'adressent à nos personnes en notre propre et privé nom.

(a) Théokèses signifie qui rend Dieu à la selle, proprement ch. . . Dieu : ce reproche affreux, cette injure avilissante n'a pas cependant effrayé le commun des catholiques ; preuve évidente que les livres, n'e'tant point lus par le peuple,, n'ont point d'in« fluence sur le peuple.

ET d'hérodote. 55

Henri Etienne ne se servit donc d'Hérodote que pour nous rendre exécrables et ridicules. Nous avons un dessein tout contraire ; nous prétendons montrer que les histoires modernes de nos bons auteurs , depuis Guichardin, sont en général aussi sages, aussi vraies que celles de Diodore et d'Hérodote sont folles et fabuleuses.

i°. Que veut dire le père de l'histoire dès le commencement de son ouvrage : « Les historiens perses rapportent que les Phéniciens furent les auteurs de toutes les guerres. De la mer Rouge ils entrèrent dans la nôtre, etc. » Il semblerait que les Phéniciens se fussent embarqués au golfe de Suez ; qu'arrivés au détroit de Babel-Mandel, ils eussent côtoyé FËthiopie , passé la ligne , doublé le cap des Tempêtes , appelé depuis le cap de Bonne- Espérance, remonté au loin entre l'Afrique et l'Amérique , qui est le seul chemin, repassé la ligne, entré de l'Océan dans la Méditerranée par les colonnes d'Hercule; ce qui aurait été un voyage de plus de quatre mille de nos grandes lieues marines, dans un temps où la navigation était dans son enfance.

2°. La première chose que font les Phéniciens , c'est d'aller vers Argos enlever la fille du roi Inachus, après quoi les Grecs à leur tour vont enlever Europe , fille du roi de Tyr.

3°. Immédiatement après, vient Candaule, roi de Lydie , qui rencontrant un de ses soldats aux gardes v nommé Gygès, lui dit : Il faut que je te montre ma femme toute nue ; il n'y manque pas. La reine l'ayant su, dit au soldat, comme de raison : Il faut que tu

meures, ou que tu assassines mon mari et que tu règnes avec moi; ce qui fut fait sans difficulté.

4°. Suit l'histoire d'Orion, porté par un marsouin sur la mer, du fond de la Calabre jusqu'au cap de Matapan, ce qui fait un voyage a&sez extraordinaire d'environ cent lieues.

5°. De conte en conte (et qui n'aime pas les contes?) on arrive à l'oracle infaillible de Delphes, qui tantôt devine que Crésus fait cuire un quartier d'agneau et une tortue dans une tourtière de cuivre , et tantôt lui prédit qu'il sera détrôné par un mulet.

6°. Parmi les inconcevables fadaises dont toute l'histoire ancienne regorge, en est-il beaucoup qui approchent de la famine qui tourmenta pendant vingt huit ans les Lydiens? Ce peuple qu'Hérodote nous peint plus riche en or que les Péruviens , au lieu d'acheter des vivres chez l'étranger, ne trouva d'autre secret que celui de jouer aux dames, de deux jours l'un sans manger, pendant vingt-huit années de suite.

7°. Connaissez-vous rien de plus merveilleux que l'histoire de Cyrus ? Son grand-père le Mède Àstyage, qui , comme vous voyez , avait un nom grec , rêve une fois que sa fille Mandane (autre nom grec) inonde toute l'Asie en pissant; une autre fois, que de sa matrice il sort une vigne dont toute l'Asie mange les raisins. Et là-dessus, le bon-homme Astyage ordonne à Harpage, autre grec, de faire tuer son petit-fils Cyrus; car il n'y a certainement point de grand -père qui n'égorge toute sa race après de tels rêves. Harpage n'obéit point. Le bon Astyage, qui était prudent et juste, fait mettre en capilotade le fils d'Harpage, et

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