ET D'HÉRODOTE
le fait manger à son père , selon l'usage des anciens héros.
8°. Hérodote, non moins bon naturaliste qu'historien exact, ne manque pas de vous dire que la terre à froment, devers Babylone, rapporte trois cents pour un. Je connais un petit pays qui rapporte trois pour un. J'ai envie d'aller me transporter dans le Diarberk quand les Turcs en seront chassés par Catherine II, qui a de très-beaux blés aussi, mais non pas trois cents pour un.
9°. Ce qui m'a toujours semblé très- honnête et très-édifiant chez Hérodote, c'est la belle coutume religieuse établie dans Babylone, et dont nous avons parlé, que toutes les femmes mariées allassent se prostituer dans le temple de Milita pour de l'argent au premier étranger qui se présentait. On comptait deux millions d'habitans dans cette ville. H devait y avoir de la presse aux dévotions. Cette loi est surtout très-vraisemblable chez les orientaux , qui ont toujours renfermé les dames, et qui, plus de dix siècles avant Hérodote, imaginèrent de faire des eunuques qui leur répondissent de la chasteté de leurs femmes (&). Je m'arrête; si quelqu'un veut suivre l'ordre de ces numéros, il sera bientôt à cent.
Tout ce que dit Diodore de Sicile, sept siècles après Hérodote, est de la même force dans tout ce
(b) Remarquez qu'Hérodote vivait du temps de Xercès, lorsque Babylone était dans sa plus grande splendeur : les Grecs ignoraient la langue chaldéenne. Quelque interprète se moqua de lui, ou Hérodote se moqua des Grecs. Lorsque lesMusicos d'Amsterdam étaient dans leur plus grande yogue, on aurait
qui regarde les antiquités et la physique. L'abbé Terrasson nous disait : Je traduis le texte de Diodore dans toute sa turpitude. Il nous en lisait quelquefois des morceaux chez M. de La Faye ; et, quand on riait, il disait : Vous verrez bien 'autre chose. 11 était tout le contraire de Dacier.
Le plus beau morceau de Diodore est la charmante description de l'île Pancaie, Pançhaica tellus, célehrée par Virgile. Ce sont des allées d'arbres odoriférans, à perte de vue; de la myrrhe et de l'encens pour en fournir au monde entier sans s'épuiser; des fontaines qui forment une infinité de canaux bordés de fleurs ; des oiseaux ailleurs inconnus , qui chantent sous d'éternels ombrages ; un temple de marbre de quatre mille pieds de longueur, orné de colonnes et de statues colossales , etc. , etc.
Cela fait souvenir du duc de La Ferté , qui , pour flatter le goût de l'abbé Servien , lui disait un jour : Ah! si vous aviez vu mon fils, qui est mort à 1 âge de quinze ans ! quels yeux ! quelle fraîcheur de teint ! quelle taille admirable ! l'Antinoiis du Belvédère n'était auprès de lui qu'un magot de la Chine. Et puis quelle douceur de mœurs I faut-il que ce qu'il y a jamais eu de plus, beau m'ait été enlevé ! L'abbé Servien s'attendrit; le duc de La Ferté, s'échauffant par ses propres paroles, s'attendrit aussi. Tous deux enfin se mirent
bien pu faire accroire à un étranger que les premières dames de la ville venaient se prostituer aux matelots qui revenaient de l'Inde pour les récompenser de leurs peines. Le plus plaisant de tout ceci , c'est que des pédans welchrs ont trouvé la coutume de Babylone très-vraisemblable et très-honnête.