ON AN, ONANISME
pu naître clans un village juif d'une race de voleurs et de prostituées. Ce mystère, qui n'est pas le moins inconcevable dy tous les mystères, était digne assurément d'être expliqué par un savant commentateur. Tenons-nous-en ici à l'onanisme.
On sait bien quel est le crime du patriarche Juda, ainsi qu'on connaît le crime des patriarches Siméon et Lévi ses frères, commis dans Sichem; et le crime de tous les autres patriarches, commis contre leur frère Joseph : mais il est difficile de savoir précisément quel était le péché d'Onan. Juda avait marié son fils aîné lier a cette Phénicienne Thamar. Her mourut pour avoir été méchant. Le patriarche voulut que son second fils Onan épousât la veuve, selon l'ancienne loi des Égyptiens et des Phéniciens leurs voisins : cela s'appelait susciter des enfans à son Uhrc. Le premier-né du second mariage portait le nom du défunt^ et c'est ce qu'Onan ne voulait pas. Il haïssait la mémoire de son frère; et, pour ne point faire d'enfant qui portât le nom de Her, il est dit qu'il jetait sa semence à terre.
Or il reste à savoir si c'était dans la copulation avec sa femme qu'il trompait ainsi la nature , ou si c'était au moyen de la masturbation qu'il éludait le devoir conjugal. La Genèse ne nous apprend point cette particularité. Mais aujourd'hui ce qu'on appelle communément le péché d'Onan, c'est l'abus de soimême avec le secours de la main , vice assez commun aux jeunes garçons et même aux jeunes filles qui ont trop de tempérament.
On a remarqué que l'espèce des hommes et celle
onan, onanisme. i 4*5
des singes sont les seules qui tombent dans ce défaut contraire au vœu de la nature.
Un médecin a écrit en Angleterre contre ce vice un petit volume intitulé de l'Onanisme, dont oîi Compte environ quatre-vingts éditions, supposé que ce nombre prodigieux ne soit pas un tour de libraire pour amorcer les lecteurs, ce qui n'est que trop ordinaire.
M. Tissot, fameux médecin de Lausane, à fait aussi son Onanisme, plus approfondi et plus méthodique que celui d'ilngleterre. Ces deux ouvrages étalent les suites funestes de cette malheureuse habitude, la perte des forces, l'impuissance, la dépravation de l'estomac et des viscères, les tremblemens, les vertiges, l'hébétation et souvent une mort prématurée. Il y en a des exemples qui font frémir.
M. Tissot a trouvé par l'expérience que le quinquina était le meilleur remède contre ces maladies,: pourvu qu'on se défit absolument de cette habitude honteuse et funeste, si commune aux écoliers y aux pages et aux jeunes moines.
Mais il s'est aperçu qu'il était plus aisé de prendre du quinquina que de vaincre ce qui est devenu une seconde nature.
Joignez les suites de l'onanisme avec la vérole , et vous verrez combien l'espèce humaine est ridicule et malheureuse.
Pour consoler cette espèce, M. Tissot rapporte autant d'exemples de malades de réplétion que de malades d'émission; et ces exemples, il les trouve ahez les femmes comme chez les hommes. Il n'y a
Bict rh. 7. i3
point de plus fort argument contre les vœux téméraires de chasteté. Que voulez -vous en effet que devienne une liqueur précieuse , formée par la nature pour la propagation du genre humain ? Si on la prodigue indiscrètement, elle peut vous tuer; si on la retient, elle peut vous tuer de même. On a observé que les pollutions nocturnes sont fréquentes chez les personnes des deux sexes non mariées, mais beaucoup plus chez les jeunes religieux que chez les recluses; parce que le tempérament des hommes est plus dominant. On en a conclu que c'est une énorme folie de se condamner soi-même à ces turpitudes, et que c'est une espèce de sacrilège dans les gens sains de prostituer ainsi le don du Créateur , et de renoncer au mariage, ordonné expressément par Dieu même. C'est ainsi que pensent les protestans, les Juifs, les musulmans et tant d'autres peuples; mais les catholiques ont d'autres raisons en faveur dés eouvens. Je dirai des catholiques ce que le profond Calmet dit du Saint-Esprit : Ils ont eu sans doute de bonnes raisons.
Quelle est l'opinion de toutes les nations du nord de 1? Amérique ? et de celles qui bordent le détroit de la Sonde, sur le meilleur des gouvernemens, sur la meilleure des religions, sur le droit public ecclésiastique, sur la manière d'écrire l'histoire, sur la nalnre de la tragédie, de la comédie, de 1 opéra, de Péglogue, du poème épique, sur les idées innées, la grâce concomitante et les miracles du diacre Paris? ii es!
clair que tous ces peuples *n'ont aucune opinion sur les choses dont ils n'ont point dïdées.
Ils ont un sentiment confus de leurs coutumes, et ne vont pas au delà de cet instinct. Tels sont les peuples qui habitent les côtes de la mer Glaciale dans l'espace de quinze cents lieues. Tels sont les habitans des trois quarts de l'Afrique, et ceux de presque toutes les îles de l'Asie,- etVingt hordes de Tartares, et presque tous les hommes uniquement occupés du soin pénible et toujours renaissant de pourvoir à leur subsistance. Tels sont à deux pas de nous la plupart des Morlaques et des Uscoques , beaucoup de Savoyards et quelques bourgeois de Paris.
Lorsqu'une nation commence à se civiliser, elle a quelques opinions qui toutes sont fausses. Elle croit aux revenans, aux sorciers, à l'enchantement des serpens, à leur immortalité, aux possessions du diable, aux exorcismes , aux aruspices. Elle est persuadée qu'il faut que les grains pourissent en terre pour germer , et que les quartiers de la lune sont les causes des accès de fièvre.
Un talapoin persuade à ses dévotes que le Dieu Sammonocodom a séjourné quelque temps à Siam, et qu'il a raccourci tous les arbres d'une forêt qui l'empêchaient de jouer à son aise au cerf -volant , qui était son jeu favori. Cette opinion s'enracine dans les têtes, et à la fin un honnête homme, qui douterait de cette aventure de Sammonocodom, courrait risque d'être lapidé. Il faut des siècles pour détruire une opinion populaire.
On la nomme la reine du monde; elle l'est si bien,
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que, quand la raison vient la combattre, la raison est condamnée à la mort. Il faut qu'elle renaisse vingt fois de ses cendres pour chasser enfin tout doucement l'usurpatrice.
SECTION PREMIÈRE
Depuis que la secte des pharisiens, chez le peuple juif, eut fait connaissance avec le diable, quelques raisonneurs d'entre eux commencèrent à croire que ce diable et ses compagnons inspiraient chez toutes les autres nations les prêtres et les slatucs qui ren-r daient des oracles. Les saducéens n'en croyaient rien ; ils n'admettaient ni anges, ni démons. Il paraît qu'ils étaient plus philosophes que les pharisiens , par conséquent moins faits pour avoir du crédit sur le peuple.
Le diable fesait tout parmi la populace juive du temps de Gamaliel , de Jean le Baptiseur, de Jacques Oblia et de Jésus son frère , qui fut notre sauveur Jésus -Christ. Aussi vous voyez que le diable transporte Jésus tantôt dans le désert, tantôt sur le faîte du temple , tantôt sur une colline voisine dont on découvre tous les royaumes de la terre; le diable entre dans le corps des garçons et des filles et des animaux.
Les chrétiens, quoique ennemis mortels des pharisiens, adoptèrent tout ce que les pharisiens avaient imaginé du diable, ainsi que les Juifs avaient autrefois introduit chez eux les coutumes et les cérémo-
nies des Égyptiens. Rien n'est si ordinaire que d'imiter ses ennemis, et d'employer leurs armes^
Bientôt les pères de l'église attribuèrent au diable toutes les religions qui partageaient la terre, tous les prétendus prodiges, tous les grands ëvénemens, les comètes, les pestes, le mal caduc, les écrouelles, etc. Ce pauvre diable, qu'on disait rôti dans un trou sous la terre, fut tout étonné de se trouver le maître du monde. Son pouvoir s'accrut ensuite merveilleusement par l'institution des moines.
La devise de tous ces nouveaux venus était : Donnez-moi de l'argent, et je vous délivrerai du diable Leur puissance céleste et terrestre reçut enfin un terrible échec de la main de leur confrère Luther, qui, se brouillant avec eux pour un intérêt de besace , découvrit tous les mystères. Hondorf, témoin oculaire, nous rapporte que les réformés ayant chassé les moines d'un couvent d'Eisenach dans la Thuringe, y trouvèrent une statue de la vierge Marie et de l'enfant Jésus faite par tel art, que, lorsqu'on mettait des offrandes sur l'autel, la vierge et l'enfant baissaient la tête en signe de reconnaissance, et tournaient le dos à ceux qui venaient les mains vides.
Ce fut bien pis en Angleterre : lorsqu'on fit , par ordre de Henri VIII, la visite juridique de tous les couvens, la moitié des religieuses étaient grosses; et ce n'était point par l'opération du diable. L'évêque Burnet rapporte que, dans cent quarante-quatre couvens, les procès verbaux des commissaires du roi attestèrent des abominations dont n'approchaient pas celles de Sodome et de Gomorrhe. En effet , les
moines d'Angleterre devaient être plus débauches que les Sodomites, puisqu'ils étaient plus riches. Ils possédaient les meilleures terres du royaume. Le terrain de Sodome et de Gomorrhe, au contraire; ne produisait ni blé, ni fruits, ni légumes, et, manquant d'eau potable , ne pouvait être qu'un désert affçeux , habité par des misérables trop occupés de leurs besoins^oour connaître les voluptés.
Enfin, ces superbes asiles de la fainéantise ayant été supprimés par acte du parlement, on étala dans la place publique tous les instrumens de leurs fraudes pieuses : le fameux crucifix de Bokflcy, qui se remuait et qui marchait comme une marionnette; des fioles de liqueur rouge qu'on fesait passer pour du sang que versaient quelquefois des statues des saints, quand ils étaient mécontens de la cour; des moules de ferblanc dans lesquels on avait soin de mettre continuellement des chandelles allumées, pour faire croire au peuple que c'était la même chandelle qui ne s'éteignait jamais; des sarbacanes, qui passaient de la sacristie dans la voûte de l'église, par lesquelles des voix célestes se fesaient quelquefois entendre à des dévotes payées pour les écouter; enfin tout ce que la friponnerie inventa jamais pour subjuguer l'imbécillité.
x41ors plusieurs savans de l'Europe, bien certains que les moines et non les diables avaient mis en usage tous ces pieux stratagèmes, commencèrent à croire qu'il en avait été de même chez les anciennes religions; que tous les oracles et tous les miracles tant vantés dans l'antiquité n'avaient été que des prestiges
ORACLES. lt)[
de charlatans; que le diable ne s'était jamais mêlé de rien; mais que seulement les prêtres grecs, romains, syriens, égyptiens, avaient été encore plus habiles que nos moines.
Le diable perdit donc beaucoup de son crédit, jusqu'à ce qu'enfin le bon-homme Béker, dont vous pouvez consulter l'article (*), écrivit son ennuyeux livre contre le diable, et prouva par cent argumens qu'il n'existait point. Le diable ne lui répondit point; mais les ministres du saint Evangile, comme vous l'avez vu, lui répondirent; ils punirent le bon Béker d'avoir divulgué leur secret, et lui ôtèrent sa cure, de sorte que Béker fut la victime de la nullité de Belzébuth.
C'était le sort de la Hollande de produire les plus grands ennemis du diable. Le médecin Van-Dale, philosophe humain, savant très-profond, citoyen plein de charité, esprit d'autant plus hardi que sa hardiesse était fondée sur la vertu, entreprit enfin d'éclairer les hommes , toujours esclaves des anciennes erreurs, et toujours épaississant le bandeau qui leur couvre les yeux, jusqu'à ce que quelque grand trait de lumière leur découvre un coin de vérité, dont la plupart sont très -indignes. Il prouva, dans un livre plein de l'érudition la plus recherchée, que les diables n'avaient jamais rendu aucun oracle, n'avaient opéré aucun prodige , ne s'étaiqnt jamais mêlés de rien, et qu'il n'y avait eu de véritables démons que le,? fripons qui avaient trompé les hommes.
(*) Tome II de ce Dictionnaire, page 343.
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Il ne faut pas que le diable se joue jamais à un savant médeein. Ceux qui connaissent un peu la nature sont fort dangereux pour les feseurs de prestiges. Je conseille au diable de s'adresser toujours aux facultés de théologie, et jamais aux facultés de médecine.
Yan-Dale prouva donc, par mille monumens, que non-seulement les oracles des païens n'avaient été que des tours de prêtres, mais que ces friponneries consacrées dans tout l'univers n'avaient point fini du temps de Jean le Baptiseur et de Jésus-Christ, comme on le croyait pieusement. Rien n'était plus vrai, plus palpable, plus démontré que cette vérité annoncée par le médecin Van-Dale ; et il n'y a pas aujourd'hui un honnête homme qui la révoque en doute.
Le livre de Yan-Dale n'est peut-être pas bien méthodique; mais c'est un des plus curieux qu'on ait jamais farts. Car, depuis les fourberies grossières du prétendu Histape et des sibylles; depuis l'histoire apocryphe du voyage de Simon Barjone à Rome, et des complfaiens que Simon le Magicien lui envoya faire par son chien; depuis les miracles de saint Grégoire-Thaumaturge , et surtout de la lettre que ce saint écrivit au diable, et qui fut portée à son adresse, jusqu'aux miracles des révérends pères jésuites et des révérends pères capucins, rien n'est oublié. L'empire de l'imposture et de la bêtise est dévoilé dans ce lrvro aux yeux de tous les hommes qui savent lire, ruais ils sont en petit nombre.
Il s'en fallait beaucoup que cet empire fût détruit alors en Italie, en France, en Espagne, dans les états Autrichiens, et surtout en Pologne, où tas jésuites
dominaient. Les possessions du diable , les faux miracles inondaient encore la moitié de l'Europe abrutie. Voici ce que Yan-Dale raconte d'un oracle singulier qui fut rendu de son temps à Terni dans les états du pape vers l'an i65o, et dont la relation fut imprimée à Venise par ordre da sa seigneurie.
Un ermite, nommé Pasquale, ayant ouï dire que Jacovello, bourgeois de Terni, était fort avare et fort riche, vint faire à Terni ses oraisons dans l'église que fréquentait Jacovello, lia bientôt amitié avec lui, le flatta dans sa passion, et lui persuada que c'était une œuvre très-agréable à Dieu de faire valoir son argent, que cela même était expressément recommandé dans l'Évangile, puisque le serviteur négligent, qui n'a pas fait valoir l'argent de son maître à cinq cents pour cent, est jeté dans Tes ténèbres extérieures.
Dans les conversations que l'ermite avait avec Jacovello, il l'entretint souvent des beaux discours tenus par plusieurs crucifix, et par une quantité de bonnes vierges d'Italie. Jacovello convenait que les statues des saints parlaient quelquefois aux hommes, et lui disait qu'il se croirait prédestiné si jamais il pouvait entendre parler l'image d'un saint.
Le bon Pasquale lui répondit qu'il espérait lui donner cette satisfaction dans peu de temps, qu'il attendait incessamment de Rome une tête de mort, dont le pape avait fait présent à un ermite son confrère; que cette tête parlait comme les arbres de Dodone, et comme l'ânesse de Baîaam.. Il lui montra en effet ia tête quatre jour! après. Il demanda à Jaco-
l'ôX ORACLES.
vello la clef d'une petite cave, et d'une chambre audessus, afin que personne ne fut témoin du mystère. L'ermite Pasquaie ayant fait passer de la cave un tuyau qui entrait dans la tête, et ayant tout disposé, se mit en prière avec son ami Jacovello : la tête alo s parla en ces mots : a Jacovello, Dieu veut récompenser ton zèle. Je t'avertis qu'il y a un trésor de cent mille écus sous un if à l'entrée de ton jardin. Tu mourras de mort subite, si tu cherches ce trésor avant d'avoir mis ddvant moi une marmite remplie de dix marcs d'or en espèces. »
Jacovello courut vite à son coffre, et apporta devant l'oracle sa marmite et ses dix marcs. Le bon ermite avait eu la précaution de se munir d'une marmite semblable qu'il remplit de sable. Il la substitua prudemment à la marmite de Jacovello cjuand celuici eut le dos tourné, et laissa le bon Jacovello avec une tête de mort de plus, et dix marcs d'or de moins.
C'est à peu près ainsi que se rendaient tous les oracles , à commencer par celui de Jupiter-Ammon , et à finir par celui de Trophonius.
Un des secrets des prêtres de l'antiquité, comme des nôtres, était la confession dans les mystères. C'était là qu'ils apprenaient toutes les affaires des familles, et qu'ils se mettaient en état de répondre à la plupart de ceux qui venaient les interroger. C'est à quoi se rapporte ce grand mot que Plutarque a rendu célèbre. Un prêtre voulant confesser un initié, celuici lui demanda : A qui me confesserai-je ? est-ce à tof ou à Dieu? C'est à Dieu, reprit Je prêtre. — -Sors donc d'ici, homme, et laisse-moT avec Dieu.
Je ne finirais point si je rapportais toutes les choses intéressantes dont Van-Dale a enrichi son livre. Fontenelle ne le traduisit pas; mais il en tira ce qu'il crut de plus convenable à sa nation qui aime mieux les agrémens que la science. Il se fit lire par ce qu'on appelait en France la bonne compagnie ; et Van-Dale, qui avait écrit en latin et en grec, n'avait été lu que par des savans. Le diamant brut de Van-Dale brilla beaucoup quand il fut taillé par Fontenelle : le succès fut si grand que les fanatiques furent en alarmes. Fontenelle avait eu beau adoucir les expressions de Van- Dale, et s'expliquer quelquefois en Normand, il ne fut que trop entendu par les moines, qui n'aiment pas qu'on leur dise que leurs confrères ont été des fripons,,
Un nommé Baltus, jésuite, né dans le pays Messin , l'un de ces savans qui savent consulter de vieu* livres, les falsifier et les citer mal à propos, prit le parti du diable contre Van-Dale et Fontenelle. Le diable ne pouvait choisir un avocat plus ennuyeux : son nom n'est aujourd'hui connu que par l'honneur qu'il eut d'écrire contre deux hommes célèbres qui avaient raison.
Baltus, en qualité de jésuite, cabala auprès de ses confrères qui étaient alors autant élevés en crédit qu'ils sont depuis tombés dans l'opprobre. Les jansénistes, de leur côté , plus énergumènes que les jésuites, crièrent encore plus haut qu'eux. Enfin tous les fanatiques furent persuadés que la religion chrétienne était perdue, si le diable n'était conservé dans sf2S droits.
Peu à peu les livres des jansénistes et des jésuites
id6 oracles.
sont tombés dans l'oubli. Le livre de Van-Dale est resté pour les savans, et celui de Fontenelle pour les gens d'esprit.
A l'égard du diable, il est comme les jésuites et les jansénistes, il perd son crédit de plus en plus.
Quelques histoires surprenantes d'oracles, qu'on croyait ne pouvoir attribuer qu'à des génies, ont fait penser aux chrétiens qu'ils étaient rendus par les démons, et qu'ils avaient cessé à la venue de Jésus- Christ : on se dispensait par là d'entrer dans la discussion des faits qui eût été longue et difficile, et il semblait qu'on confirmât la religion qui nous apprend l'existence des démons , en leur rapportant ces événemens.
Cependant les histoires qu'on débitait sur les oracles doivent être fort suspectes (</). Celle de Thamus à laquelle Eusèbe donne sa croyance, et que Plvtarque seul rapporte, est suivie dans le même historien d'un autre conte si ridicule qu'il suffirait pour la décréditer; mais de plus elle ne peut recevoir un sens raisonnable. Si ce grand Pan était un démon, les démons ne pouvaient-ils pas se faire savoir sa mort les uns aux autres sans y employer Thamus? Si ce grand Pan était Jésus-Christ , comment personne ne fut-il désabusé dans le paganisme, et ne vint-il à penser que le grand Pan fût Jésus-Christ mort en Judée , si
(a) Voyez , pour les citations , l'ouvrage latin du docte Antoine Van-Dale, d'où cet extrait est tiré.
oracles. ïby
c'était Dieu lui-même qui forçait les- démons à annoncer cette mort aux païens.
L'histoire de Thulis, dont l'oracle est positif sur la Trinité , n'est rapportée que par Suidas» Ce Thulis, roi d'Egypte, n'était pas assurément un des Ptolomées. Que deviendra tout l'oracle de Sérapis, étant certain qu'Hérodote ne parle point de ce dieu, tandis que Tacite conte tout au long comment et pourquoi un des Ptolomées fît venir de Pont le dieu Sérapis, qui n'était alors connu que là ?
L'oracle rendu à Auguste sur l'enfant hébreu à qui tous les dieux obéissent, n'est point de tout recevable. Cedrenus le cite d'Eusèbc, et aujourd'hui il ne s'y trouve plus. Il ne serait pas impossible que Cidrenus citât à faux, ou citât quelque ouvrage faussement attribué à Eusèbe ; mais comment les premiers apologistes du christianisme ont-ils tous gardé le silence sur un oracle si favorable à leur religion?
Les oracles qu'Eusèbe rapporte de Porphyre attaché au paganisme ne sont pas plus embarrassans que les autres. Il nous les donne dépouillés de tout ce qui les accompagnait dans les écrits de Porphyre. Que savons-nous si ce païen ne les réfutait pas ? selon l'intérêt de sa cause il devait le faire; et, s'il ne l'a pas fait, assurément il avait quelque intention cachée, comme de les présenter aux chrétiens à dessein de se moquer de leur crédulité , s'ils les recevaient pour vrais, et s'ils appuyaient leur religion sur de pareils fondemens.
D'ailleurs quelques anciens chrétiens ont reproché aux païens qu'ils étaient joués par leurs prêtres,
D,ct. Pïi. 7. i/J
Voici comme en parle Clément d'Alexandrie : Vantenous , dit-il , si tu veux , ces oracles pleins de folie et d'impertinence, ceux de Claros, d'Apollon pythien, de DidymGh, d'Amphilochus; tu peux y ajouter les augures et les interprètes des songes et des prodiges. Fais-nous paraître aussi devant l'Apollon pythien ces gens qui devinent par la farine ou par l'orge, et ceux qui ont été si estimés parce qu'ils parlaient du ventre. Que les secrets des temples des Égyptiens, et que la nécromancie des Étrusques demeurent dans les lénèfer es; toutes ces choses ne sont certainement que des impostures extravagantes et de pures tromperies , pareilles à celles des jeux des dés. Les chèvres qu'on a dressées à la divination, les corbeaux qu'on a instruits à rendre des oracles, ne sont, pour ainsi direv que les associés des charlatans qui fourbent tous les hommes.
Ensèbe étale à son tour d'excellentes raisons pour prouver que les oracles ont pu n'être que des impostures; et, s'il les attribue aux démons, c'est par l'effet d'un préjugé pitoyable , et par un respect forcé pour l'opinion commune. Les païens n'avaient garde de consentir que leurs oracles ne fussent qu'un artifice de leurs prêtres; on crut donc, par une mauvaise manière de raisonner, gagner quelque chose dans la dispute , eu leur accordant que , quand même il y aurait eu du surnaturel dans leurs oracles , cet ouvrage n'était pas celui de la Divinité, mais des démons.
Il n'est plus question de deviner les finesses des prêtres par des moyens qui pourraient eux-mêmes paraître trop fins. Un temps a été qu'on \qs a décou-
vertes de toutes parts aux yeux de toute la terre ; ce fut quand la religion chrétienne triompha hautement du paganisme sous les empereurs chrétiens.
Théodoret dit que Théophile , évêque d'Alexandrie; fit voir à ceux de cette ville les statues creuses où les propres entraient par des chemins cachés pour y rendre les oracles. Lorsque par l'ordre de Constantin on abattit le temple d'Esculape à Ëgès en Cilicie , on chassa, dit Eusèbe dans la vie de cet empereur, non pas un dieu, ni un démon, mais le fourbe qui avait si long-temps imposé à la crédulité des peuples. A cela il ajoute en général que, dans les simulacres des dieux abattus, on n'y trouvait rien moins que des dieux ou des démons y non pas même quelques malheureux, spectres obscurs et ténébreux, mais seulement du foin , de la paille , ou des os de morts.
La plus grande difficulté qui regarde les oracles est surmontée depuis que nous avons reconnu que les démons n'ont point dû y avoir part. On n'a plus aucun intérêt à les faire finir précisément à la venue de Jésus-Christ. Yoici d'ailleurs plusieurs preuves que les oracles ont duré plus de quatre cents ans après Jésus-Christ, et qu'ils ne sont devenus tout-àfait muets que lors de l'entière destruction du paganisme.
Suétone , dans la vie de Néron , dit que l'oracle de Delphes l'avertit qu'il se donnât de garde des soixante et treize ans; que Néron crut qu'il ne devait mourir qu'à cet âge-là, et ne songea point au vieux Galba, qui , étant âgé de soixante et treize ans , lui ôta l'empire.
iO# ORACLES.
Philostrate, dans la vie d'Apollonius dcThyanc, qui a vu Domitien , nous apprend qu'Apollonius visita tous les oracles de la Grèce, et celui de Dodone, et celui de Delphes, et celui d'Amphiaraiïs.
Plutarque7 qui vivait sous Trajan, nous dit que l'oracle de Delphes était encore sur pied, quoique réduit à une seule prétresse, après en avoir eu deux ou trois.
Sous Adrien , Dion Chrysoslôme raconte qu'il consulta loracle de Delphes; et il en rapporta une réponse qui lui parut assez embarrassée, et qui Test effectivement.
Sous les Anlonins, Lucien assure qu'un prêtre de Thyane alla demander à ce faux prophète Alexandre. si les oracles qui se rendaient alors à Didyme, à Claros et à Delphes, étaient véritablement des réponses d'Apollon ou des impostures. Alexandre eut des égards pour ces oracles qui étaient de la nature du sien , et répondit au prêtre qu'il n'était pas permis de savoir cela. Mais, quand cet habile prêtre demanda ce qu'il serait après sa mort, on lui répondit hardiment : Tu seras chameau, puis cheval, puis philosophe, puis prophète aussi grand qu'Alexandre.
Après les Antonins , trois empereurs se disputèrent l'empire. On consulta Delphes, dit Spartien, pour savoir lequel des trois la république devait souhaiter? Et l'oracle répondit en un vers : Le noir est le meilleur; l'Africain est le bon; le bianc est le pire. Par le noir on entendait Pescennius Niger; par l'Africain , Severus Septimus, qui était d'Afrique ; et par le blanc, Claudius Albinus.
ORACLES. î6î
Dion, qui ne finit son histoire qu'à la huitième année d'Alexandre Sévère, c'est-à-dire, l'an 23o, rapporte que de son temps Amphilochus rendait encore des oracles en songe. Il nous apprend aussi qu'il y avait dans la ville d'ApolIonie un oracle où l'avenir se déclarait par la manière dont le feu prenait à l'encens qu'on jetait sur un autel.
Sous Aurélien, vers l'an 272, les Paîmyréniens révoltés consultèrent un oracle d'Apollon sarpédonien en Cilicie; ils consultèrent encore celui de Vénus aphacite.
Licinius, au rapport de Sozomène, ayant dessein de recommencer la guerre contre Constantin, consulta l'oracle d'Apollon de Didyme, et en eut pour réponse deux vers d'Homère dont le sens est : Malheureux vieillard , ce n'est point à toi à combattre contre les jeunes gens; tu n'as point de force, et ton a°e t'accable.
Un dieu assez inconnu, nommé Besa, selon Aramien Marcellin, rendait encore des oracles sur des billets à Abyde , dans Plxtrémité de la Thébaïde, sous 1 empire de Constantius.
Enfin Macrobe, qui vivait sous Arcadius et Honorius, fils de Théodose, parle du dieu d'Héliopolis de Sjrrie et de son oracle, et des Fortunes d'Antium, en des termes qui marquent positivement que tout cela subsistait encore de son temps.
Remarquons qu'il n'importe que toutes ces histoires soient vraies, ni que ces oracles aient effectivement rendu les réponses qu'on leur attribue. Il suffit qu'on n'a pu attribuer de fausses réponses qu'à des oracles
l62 OB.ACLES.
que Ton savait qui subsistaient encore effectivement; et les histoires que tant d'auteurs ont débitées prouvent assez qu'ils n'avaient pas cessé , non plus que le paganisme.
Constantin abattit peu de temples; encore n'osa-t-il les abattre qu'en prenant le prétexte des crimes qui s'y commettaient. C'est ainsi qu'il fit renverser celui de Vénus aphaeite , et celui d'Esculape, qui était à Egès en Cilicie ? tous deux temples à oracles; mais il défendit que l'on sacrifiât aux dieux, et commença à rendre par cet édit les temples inutiles.
Il restait encore beaucoup d'oracles lorsque Julien parvint à l'empire; il en rétablit quelques-uns qui étaient ruinés, et il voulut môme être prophète de celui de Didyme. Jovien, son successeur, commençait à se porter avec zèle à la destruction du paganisme; mais, en sept mois qu'il régna, il ne put faire de grands progrès. Théodose, pour y parvenir, ordonna de fermer tous les temples des païens. Enfin l'exercice de cette religion fut défendu sous peine de la vie par une constitution^âes empereurs Valcntinien et Marcien , l'an 45 1 de l'ère vulgaire , et le paganisme enveloppa nécessairement lesoracles dans sa ruine.
Cette manière de finir n'a rien de surprenant; elle était la suite naturelle de l'établissement d'un nouveau culte. Les faits miraculeux , ou plutôt qu'on veut donner pour tels, diminuent dans une fausse religion , ou à mesure qu'elle s'établit, parce qu'elle n'en a plus besoin , ou à mesure qu'elle s'affaiblit , parce qu'ils n'obtiennent plus de croyance. Le désir si vif et si