ORAISON
inutile de connaître l'avenir donna naissance aux oracles ; l'imposture les accrédita , et le fanatisme y mit le sceau : car un moyen infaillible de faire des fanatiques, c'est de persuader avant que d'instruire. La pauvreté des peuples qui n'avaient plus rien à donner, la fourberie découverte dans plusieurs oracles, et conclue dans les autres; enfin les édits des empereurs chrétiens, voilà les causes véritables de l'établissement et de la cessation de ce genre d'imposture : des circonstances contraires l'ont fait disparaître ; ainsi les oracies ont été sousmis à la vicissitude des choses humaines.
On se retranche à dire que la naissance de Jésus- Christ est la première époque de leur cessation; mais pourquoi certains démons ont-ils fui tandis que les autres restaient? D'ailleurs l'histoire ancienne prouve invinciblement que plusieurs oracles avaient été détruits avant cette naissance; tous les oracles brillans de la Grèce n'existaient plus, ou presque plus, et quelquefois l'oracle se trouvait interrompu par le silence d'un honnête prêtre qui ne voulait pas tromper le peuple. L'oracle de Delphes, dit Lucain, est demeuré muet depuis que les princes craignent l'avenir, ils ont défendu aux dieux de parler, et les dieux ont obéi.
ORAISON, PRIÈRE PUBLIQUE, ACTION DE GRACES, etc.
Il reste très-peu de formules de prières publiques des peuples anciens.
Nous n'avons que la belle hymne d'Horace pour
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les jeux séculaires des anciens Romains. Cette prière est du rhythme et de la mesure que les autres Romains ont imités long -temps après clans l'hymne l't queant Iaxis resonar c fibris.
Le pérçigilium V cricris est dans un goût recherché, et n'est pas peut-être digne de la noble simplicité du règne d'Auguste. Il se peut que cette hymne à Vénus ait été chantée dans les fêtes de la déesse ; mais on ne doute pas qu'on n'ait chanté le poëme d'Horace avec la plus grande solennité.
Il faut avouer que le poëme séculaire d'Horace est un des plus beaux morceaux de l'antiquité , et que l'hymne Ut queant Iaxis est un des plus plats ouvrages que nous ayons eus dans les temps barbares de la décadence de la langue latine. L'église catholique dans ces temps -là cultivait mal l'éloquence et la poésie. On sait bien que Dieu préfère de mauvais vers récités avec un cœur pur, aux plus beaux vers du monde bien chantés par des impies : mais enfin de bons vers n'ont jamais rien gâté, toutes choses étant d'ailleurs égaies.
Rien n'approcha jamais parmi nous des jeux, séculaires qu'on célébrait de cent dix ans en cent dix ans. Notre jubilé n'en est qu'une bien faible copie. On dressait trois autels magnifiques sur les bords du Tibre. Rome entière était illuminée pendant trois nuits; quinze prêtres distribuaient l'eau lustrale et des cierges aux Romains et aux Romaines qui devaient chanter les prières. On sacrifiait d'abord à Jupiter comme au grand dieu, au maître des dieux, et ensuite à Junon, à Apollon, à Latone5 à Diane,
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à Gérés , à Pluton , à Proserpine , aux Parques , comme à des puissances subalternes. Chacune de ces divinités avait son hymne et ses cérémonies. Il y avait deux choeurs, lun de vingt-sept garçons, l'autre de vingt-sept filles pour chacun des dieux. Enfin, le dernier jour les garçons et les filles couronnés de fleurs chantaient l'ode d'Horace.
Il est vrai que dans les maisons on chantait à table ses autres odes pour le petit Ligurinus, pour Liciscus et pour d'autres petits fripons , lesquels n'inspiraient pas la plus grande dévotion; mais il y a temps pour tout; pictoribus atque poetis. Le Carrache, qui dessina les figures de PArétin, peignit aussi des saints; et dans tous nos collèges nous avons passé à Horace ce que les maîtres de l'empire romain lui passaient sans difficulté.
Pour des formules de prières, nous n'avons que de très-légers fragmens de celle qu'on récitait aux mystères d'Isis. Nous l'avons citée ailleurs, nous la rapporterons encore ici, parce qu'elle n'est pas longue et qu'elle est belle.
Les puissances célestes te servent; les enfers te sont soumis ; l'univers tourne sous ta main, tes pieds foulent le Tartare; les astres répondent à ta voix ; les saisons reviennent à tes ordres ; les éUmens ? obéissent.
Nous répétons aussi la formule qu'on attribue à l'ancien Orphée, laquelle nous paraît encore supérieure à celle d'Isis.
Marchez dans la voie de la justice, adorez le seul maître de l'univers; il est un, il est seul par lui-même '7 tous les êtres lui
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doivent leur existence; il agit dans eux et par eux; il voit tout , et jamais il n'a été vu des yeux mortels.
Ce qui est fort extraordinaire, c'est que dans le Lévitique, dans le Deutéronome des Juifs, il n'y a pas une seule prière publique, pas une seule formule. Il semble que les lévites ne fussent occupés qu'à partager les viandes qu'on leur offrait. On ne voit pas môme une seule prière instituée pour leurs grandes fêtes de la pâque, de la pentecôte, des trompettes, des tabernacles , de l'expiation générale , et des ncomcnies.
Les savans conviennent assez unanimement qu'il n'y eut de prières réglées chez les Juifs, que lorsque étant esclaves à Babyïone, ils en prirent un peu les mœurs, et qu'ils apprirent quelques sciences de ce peuple si policé et si puissant. Ils empruntèrent tout des Ghaldéens persans jusqu'à leur langue, leurs caractères, leurs chiffres; et, joignant quelques coutumes nouvelles à leurs anciens rites égyptiaques y ils devinrent un peuple nouveau, qui fut d'autant plus superstitieux, qu'au sortir d'un long esclavage ils furent toujours encore dans la dépendance de leurs voisins.
In refais acerhis
Acriùs advertunt animos ad relligionem.
(Lucrèce, III, $2 53. ^
Pour les dix autres tribus qui avaient été dispersées auparavant, il est à croire qu'elles n'avaient pas plus de prières publiques que les deux autres, et qu'elles n'avaient pas même encore une religion bien fixe el bien déterminée, puisqu'elles l'abandonnèrent si fa-