BATAILLON
Ordonnance militaire.
La quantité d'hommes dont un bataillon a été successivement composé, a changé depuis l'impression du l'Encyclopédie, et on changera encore les calculs par lesquels pour tel nombre donné d'hommes on doit tiouvcr les côtés du carré, les moyens de faire ce carré plein ou vide, et de faire d'uu bataillon un 11 iaugle à l'imitation du cuncus des anciens , qui 11 était cependant point un triangle. Voilà ce qui est déjà à l'article Bataillon dans l'Encyclopédie, et nous n'ajouterons que quelques remarques sur les propriétés, ou sur les défauts do cette ordonnance.
La méthode de ranger les bataillons sur trois hommes do hauteur leur donne, selon plusieurs officiers, un front fort étendu, et des flânas très-faibles : le flottement, suite nécessaire de ce grand front, ôtc à cette ordonnance les moyens d'avancer légèrement sur l'ennemi ; et la faiblesse de ses flancs l'expose à tire battu toutes les fois que ses flancs ne sont pas appuyés ou protégés; alors il est obligé de se mettre in carré, et il devient presque immobile : voilà, diton, ses défauts.
Ses avantages , ou plutôt son seul avantage , c'est de donner beaucoup de feu , parce que tous les hommes qui le composent peuvent tirer; mais on croit que cet avantage ne compense pas ses défauts, surtout chex les Français.
La façon de faire la guerre aujourd'hui est toute
(*) Voytt l'Essai fur les merura et l'esprit des nation»,
cliap. CXLVl
différente de ce qu'elle (fiait autrefois. On range une lée en bataille pour être eu butte à des milliers de i, on avance Un peu plus ensuite pour • et recevoir des coups de fusil , et l'armée qui la première s'ennuie de ce tapage a perdu la bataille. L'artillerie française est très-bonne, mais le feu de son infanterie est rarement Mipéricur et fort souvent inférieur a celui des autres dations. On peut dire avec autant de vérité que la nation française attaqua avec la plus grande impétuosité , et qu'il est trèsdifficile de résister à son choc : le même homme qui ne peut pas souffrir patiemment des coups de canon pendant qu'il est immobile, et qui aura peur même, volera à la batterie, ira avec rage, s'y fera tuer, ou enclouera le canon ; c'est ce qu'on a vu plusieurs fois. Tous les grands généraux ont juge de même des Français. Ce serait augmenter inutilement cet article, que de citer des faits connus : on sait que le maréchal de Saxe voulait réduire toutes les affaires à des affaires de poste. Pour cette mf me raison « les Français l'emporteront sur les ennemis, dit Folard, si on les abandonne dessus ; mais ils ne valent rien si on fait le contraire. »
On a prétendu qu'il fondrait croiser la baïonnette avec l'ennemi, et, pour le foire avec jilus d'avantage, s les bataillons sur un front moins étendu , et eu la profondeur; ses flancs seraient plus sûrs, sa marche plus prompte, et sou attaque plus âorte.
(Ce* .niclc *t de M. D. P. , officier de letaa-nwjor. )
Addition.
Remarquons que l'ordre, la marche, les évolut des bataillons , tels à peu près qu'on les met au* nui en usage , ont été rétablis en Europe par un homme qui n'était point militaire, par Machiavel, secrétaire de Florence. Bataillons sur trois , sur quatre, sur cinq do hauteur, bataillons marchant a l'ennemi ; bataillons carrés pour n'être point entamés après uno déroute; bataillons de quatre de profondeur souteuus par d'autres en colonne ; bataillons flanqués de cavalerie, tour est de lui. Il apprit à l'Eu* rope l'art de la guerre : bn la fesait depuis longtemps , mais on ne la savait pas.
Le grand-duc voulut que l'auteur de la Mandragore et de Clitie commandât l'exercice à ses troupes, selon sa méthode nouvelle. Machiavel s'en donna bien de garde; il ne voulut pas que les officiers et les soldats se moquassent d'un général en manteau noir: les officiers exercèrent les troupes en sa présence , et il se réserva pour le conseil.
Cest une chose singulière que toutes les qualités qu'il demande dans le choix d'un soldat. Il exige d'abord la gagliardia. et cette gaillardise signifie vigueur alerte; il veut des yenx vifs et assurés dans lesquels il y ait même de la gaieté ; le cou nerveux , la poitrine large, le bras musculeux, les flancs arrondis , peu de ventre, les jambes et les pieds secs, tons •ignés d'agilité et de force.
Mais H veut surtout que le soldat ait de l'honneur, et que ce soit par honneur qu'on le mène. « La guerre,
rua.
dit-il, ne corrompt que trop les mœurs; » et il rappelle le proverbe italien , qui dit : « La guerre forma les voleurs , et la paix leur dresse des potences. ».
Machiavel fait très-peu de cas de l'infanterie française; et il faut avouer que jusqu'à la bataille de Rocroi elle a été fort mauvaise. Celait un étrange homme que ce Machiavel; il s'a/nusait à faire des vers, dea comédies, à montrer de son cabinet l'art de se tuer régulièrement , et à enseigner aux princes l'art de sa parjurer, d'assassiner et d'empoisonner, dans l'occasion : grand art que le pape Alexandre VI et son bâtard César Borgia , pratiquaient merveilleusement sans avoir besoin de ces leçons.
Observons que dans tous les ouvrages de Machiavel, sur tant de différens sujets, il n'y a pas un mot qui rende la vertu aimable, pas un mol qui parte du coeur. Cest une remarque qu'on a faite sur Boileau même. Il est vrai qu'il ne fait pas aimer la vertu, niais il la peint comme nécessaire.
BATARD. Koyci BAL A. (R.) BAYLE.
Mais se peut-il que Louis Racine ait traité Bayle de coeur cruel et d'homme affreux dans une cpître à Jean -Baptiste Rousseau, qui est assez peu connue, quoique imprimée?
Il compare Bayle, dont la profonde dialectique fit voir le faux de tant de systèmes, à Marius assis sur les ruines de Cartbagc.
Ainsi d'un ce il cooumt, Marias dans h fuite
Contemplait le» débris do CarUiage détruite.
Voilà une similitude bien peu ressemblante, comme dit Pope , limite unlike. Marius n'avait point détruit Cartbagc comme Bayle avait détruit de mauvais argumens. Marius ne voyait point ces ruines avec plaisir; au contraire , pénétré d'une douleur sombre et noble , en contemplant la vicissitude des choses humaines , il fit cette mémorable réponse : u Dis au proconsul d'Afrique que tu as vu Marius sur les ruines de Cact h âge (a). »
Nous demandons en quoi Marius peut ressembler à Bayle?
On consent que Louis Racine donne le nom de cœur affreux et d'homme cruel à Marius , à Sylla , aux trois triumvirs, etc., etc., etc. Mais à Bayle! détestable plaisir, cœur cruel, homme affreux! il ne fallait pas mettre ces mots dans la sentence portée par Louis Racine contre un philosophe qui n'est convaincu que d'avoir pesé les raisons des manichéens, des pauliciens, des ariens, des cutichiens, et celles du leurs adversaires. Louis Racine ne proportionnait pas les peines aux délits. Il devait se souvenir que Bayle combattait Spinosa trop philosophe , et Juricu qui ne l'était point du tout; il devait respecter les mœurs de
(a) Il aérobic que ce grand mot toit »u-des»ns de la pcmét de (PWt, lib. U.r.gi.)
.*....;... Solatùifati ùxrthtgo Mariutifue («lit , porileroue jaceiUci lynm/trt i)iu.
Cannage et Marins, couchés sur le méioe subie, »e comondonnèrent aux dieux; mai* ils ne «ont cornent ai , ni dans la reponte du Romain.
Bayle, et apprendre de lui à raisonner. Afais ilvttft janséniste, c'est-à-dire, il savait les mou de la langue du jansénisme et les employait au hasard.
Vous appelleriez avec raison cruel et affreux, un homme puissant qui commanderait à ses esclaves, sous peine de mort, d'aller faire une moisson de froment où il aurait semé des chardons ; oui donnerait aux. uns trop de nourriture, et qui laisserait mourir de faim les autres; <jui tuerait son fils aîné pour laisser un gros héritage au cadet. C'est là co qui est ahreu* et cruel, Louis Racine! On prétend que c'est là la lîicu de tes jansénistes : mais je ne le crois pas.
O gens de parti! gens attaquesde la jaanisse, vous verrez toujours tout jaune.
Et à qui l'héritier non penseur d'un père «fui avait cent fois plus de goût que do philosophie , adressaitil sa malheureuse épître dévote contre le vertueux Baylc? A Rousseau, à un poj'.e qui pensait encore moins, à un homme dont le principal mérite avait consisté dans les epigrammes qui révoltent 1 honnêteté! la plus indulgente, à un homme qui s'était étudié à mettre en rimes riches la sodomie et la bestialité , qui traduisait tantôt un psaume, cl tantôt une ordure du Moyen de parvenir, à qui il était égal de chanter Jésus-Christ ou Giton. Tel était l'apôtre à qui Louis Racine déferait Bayle comme un scélérat. Quel motif avait pu faire tomber le frère de Phèdre et d'Jphigénic dans un si prodigieux travers? Le voici-: Rousseau avait fait des vers pour les jansénistes , qu'il croyait alors en cn'dil.
C'est tellement la rage de la faction qui s'est déchaînée sur Baylc, que vous n entende! aucun tirs chiens qui ont hurlé contre lui aboyer contre Lucrèce , Cicéron , Sénèquc , Epicuro, ni contre tant de philosophes de l'antiquité. Us en veulent à Bayle ; il est leur concitoyen , il est de leur siècle ; sa gloire les irrite. On lit Baylc, on ne lit point Nicole; c'est la source de la haine janséniste. On lit Baylc, on ne lit ni le révérend père Croiaet, ni le révérend père Coussin ; c'est la source de la haiuc jésuitique.
En vain un parlement do r/raace lui a fait le plus grand honneur , en rendant son lesta me tri valide malgré la sévérité de la loi (1). La démence de parti ne connaît ni honneur ni justice. Je n'ai donc point inséré cet article pour faire l'éloge du meilleur des dictionnaires, éloge qui sied pourtant si bieu dans celui-ci , mais dont Baylc n'a pas besoin. Je l'ai écrit pour rendre, si je puis, l'esprit do parti odieux et
* I ' I il <11C QIC.
BDEI.LIUM.
On s'est fort tourmenté pour savoir ce que c'est que ce bdclliiiui qu'on trouvait au bord du Phison , fleuve du paradis terrestre, « qui tourne dans le pays d'Evîlalh où il vient de l'or. » Cal met, en compilant, rapporte que (a), selon plusieurs compilateurs , le
( i ) L'ac.-wlomic «le Toulouse pmjKKfc , i! y .1 que l'pics «nn^és (en 1 772 pour 1 7^3 ; . l'éloge de Bavlc pour sujet d'un prit ; mais le» prrirr* totilonwiiiw é>rit-irenl en eour, et obtinrent une Irtitr de cacliet qui détendit de dire du bien de Bayle. L'académie eUngc» doue la «jet de un pii.tt demanda l'tflofje de •aiul Exupire , cvtVrve de Toulouse.
(o) Note» sur le chapitre U de la Geoèie.
bdcllium est l esnarbrrocle. mais que ce pourrait bien être aussi du cristal ; ensuite que cVsst la gomme •Vun ar4*e d'Aeirbie; .jurisilmous avertit qne*e sont des empires, fiofiuccrup Vautres assurent que ce sont dus péri on- XI n'y « qne le» érymologfts de iRorètart qui peinent eclànrir cette question, JWaô etsam ometous ces 00 ranvtnt atours eussent été sur les aieew.
L'or excellent «ra*ea<ttre docte p*xs- là f«a *eér évidemment, dit Celmet , unie c'est te<pa?psJd« Gnlebos : la toison d'or «a ost un* pmcrttc. Ctestdnr*mape que les choses aient si fmt eiuartpé depuis. La Minçr ■iie , cm beau p»ys si fiuncnx par les aœcaxre de Medée et de Jaaon, no produit pats plus aujourd'hui «or HdcbdelJkiBi,*ec de tawreeo* >#»d jdttcnt Ton et fl ironie , et rb; dragons qw gardent les tournas : toot change daiU'Oc utoude^ etsi ncàwane cultivons paa bien tnos terres, et si l'éwt «St.tonjo^U-.. «adoitV .
BEA'tJ.
Puis 9 se nous avons oilé Platon «ur l'amour,
pourquoi ne le citerions-nous pas sur le beau,, puisque le beau se fait aimer ? On sera peut-être curieux de savoir comment un Grec parlait du beau il y a plus de deux mille ans.
« L'homme expié dans les mystères sacrés, quand il voit un beau visage décoré d'une forme divine, ou bien quelque especo incorporelle, sent d'abord TIR rrémissoTOcnt secret, w je ne sais quelle crainte' respectueuse : il regarde cette figure comme une dtfi-
nité quand ISnllmmee de da beauté *MN dàns
son Ame par les yeux, il s'échauffe, les ailes de son âme sont arrosées , elles perdent leur dureté qui retenait leur germe, elles se iHfuéAent ; ecs germes «ailés dans les racines de ces ailée ^efforcent de sortir jwnr toute l'espèce de l'Ame ( car l'âme avait des aile* autrefois), etc. »
Je v eux oroire qurj rte» n'est plut bcaa q ne os discours de Platon ; mais il ne tout do nue paa des idées bien nettes de la netiuedu beau.
Demandez à un crapaud eequè c'est que la boa util, le grand beau, le t« kolon ; il vous répondra que c'eat sa crapaudeavec deux gros yeux ronds sortant do se j petite tét« , une gueule large et plate, un ventre j jaune, un dos brun. Interrogez un ncfrc de Guinée, le beau est pour lui une peau noire, huileuse , des jeux onfbncôs, un nez éjpaos.
Interroges le diable, il vous dira qae le beau est ■ne paire de cornes, quatre grilles , et une queue. Consultes enfin les philosophes) ils vous répondront par du galimatias ; il leur faut quelque chose do conforme à l'archétype do beau en essence , au to kaiom.
J'assistais ou jour à une tragédie auprès d'un philosophe. Que cela est beau ! disait-il. Que trouve»
\ vous là do beau ? lui dis-je. C'est , dit-il , que l'auteur a atteint son but. Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien. Elle » atteint son but, lui dis- je i voilà une belle médecine ! Il comprit qu'on ne peut dire qu'une médecine est belle, et que, pour.dpouer « quelque ébosc le nom de l«tutc, il faut qu'elle vous
il cause de l'admiration et du plaiair. U convint que