‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 127 sur 551 · CARACTERE · texte numérisé non relu

CARACTERE

Du mot grec impression, gravure. C'est ce que la nature a gravé dans nous.

Peut-on changer de caractère 7 Oui, si on change de corps. 1! se peut qu'un homme né brouillon, inflexible cl violent, « tant tombé dans sa vieillesse en apoplexie, devienne un sot enfiint pleureur, timide, et paisible. Son corps n'est plus le même. Mais tant que ses uerfs, son sang et sa moelle allongée seront dans le même état, son naturel ne changera pas plus que I instinct d'un loup et d'une fouiuc.

L'auteur anglais du Dispensa™, petit poème trèssupérieur aux Capitoli italiens, et peut-être même an Lutrin de Boileau , a très-bien dit , ce me semble :

Un mélange tectat de (en , de terre et dVan ,

Fit le creiir de César cl relui de I<ia4*a». D'un reamrt lnc»iiiiu le pouvoir invincible Reudit Skxie impudent et sa femme «emible.

Le caractère est formé de nos idées et de nos senlimcns : or il est Irès-prouvé qu'on ue se donno ni seutimeus', ni idées; doue notre caractère ne peut dépendre de nous.

S'il en dépendait, il n'y a personne qui ne fut parfait.

Nous ne pouvons nous donner dos çoôts, des talent; pourquoi nous donnerions nous des qualités?

(Quand on ne réfléchit pas, on se cr-iit k maître de tout; quand on y réfléchit, on voit qu'on n'est tnaitre de rien.

Voulez-vous changer absolument le caractère d'un

n'éuut plus le même homme. On disposait de Uti comme d'un enfant.

Si j'ai un nez de travers et deux yeux de f bat , je puis les cacher avec un masque. Puis -je davantage sur le car* otè ru que m'a donné la nature?

Un homme né violent , emporté , se présente devant François 1, rot de France, pour se plaindre d'uu pause-droit ; le visage du prince, le maintien respectueux des courtisans, le lieu même où il est, font une impression puissante sur cet homme ; il baisse machinalement les yeux , sa voix rude s'adoucit, il présente humblement sa requête ; on le croirait né aussi doux que le sont (dans ce moment au moins) les courtisans, au milieu desquels il est même déconcerté; mais si François I se connaît en physionomie., il découvre aisément dans ses yeux baissés, mais allumés d'un feu sombre, dans les muscles tendus de son visage, dans ses lèvres serrée, l'une contre l'autre, que cet homme n'est pas si ooux qu'il est

4f£u*-iu tOUS le

jusqu'à ce que vous l'ayez tt fièvre de suppuration sur le chemin de

Charles XII, daus sa

force de le paraître. Cet homme le suit à Pavie, est pris avec lui, mené avec lui en prison à Madrid : la majesté de François 1 ne fait plus tur lui la même impression ; il se familiarise avec l'objet de son respect. Un jour en tirant les bottes du roi, et les tirant mal , le roi aigri par son malheur se fâche ; mou homme envoie promener le roi, et jette ses bottes par la fcrftre.

Sixte -Quint était né pétulant, opiniâtre, al lier, impétueux, vindicatif, arrogant; ce caractère semble adouci dans les épreuves de son noviciat. Commcncet-il à jouir de quelque crédit dans son ordre, il s'emporte contre un gardien , et l'assomme à coups de poing : est-il inquisiteur à Venise , il exerce si cbïree avec insolence : le voilà cardiual , il est possédé dalla rubbiu papale ; cette rage l'emporte sur son naturel ; il ensevelit dans l'obscurité sa personne cl son caractère; il contrefait I humble cl le moribond: on l'élit pape; ce moment rend au ressort que la politique

avait plie toute son élasticité long- temps retenue { U est le plus fier et le plus despotique des souverains. îioturam txjxlias fui cd , f «man uso a* recurreu

(lion., lib. I.eji. X, v. »40 Classes le naturel, il revient au galop.

( Ueatoichcs, Glorieux, acte III, scène V.)

La religion, la morale, mclULt un frein à la force du naturel; elles ne peuvent A» détruire. L ivrogne dans uu cloître,' réduit à un demi -selier de cidre a chaque repas, ne s'enivrera plu&; mais il anuera toujours le viu.

L'âge affaiblit le cane 1ère; c'est uu arbre qui ne produit plus que quvluues r-eitf dégénérés; mais ils sont toujours de meut» nature : il seeouvic de nœuds et de mousse, il devient vcrrocnlt:; mais il est toujours élu ne ou poirier. Si ou pouvait changer son caractère, on s'en donnerait uu, ou serai' le maître de la nature. Peut-on îc doncer quelque chose? ne recevons-nous pas tout? Esseyre d auime l'indolent d'une activité suivie , de placer par l'apathie l'Orne bouillante de l'impétueux , d'inspirer du goilt pour la musique et pour la poésie « celui qt'i manque dégoût cl d'oreille ; vo%>s n'y parviendrai pis plus que si vous entrepreniez de donner le v*e à nu aveugie-aè.

i, bous adoucissons,

chons re que la nature a mis dans nous, mais nom h y mêlions rien.

Ou di: à un cultivateur : Vous avez trop de poissons dans ce vivier, ils ne prospéreront pas ; voilà trop de bestiaux dans vos prés, l'berbe manque, ils maigriront. It arrive après cette exhortation que les brochets mangent la moitié des carpes de mon homme, et les loups la moitié de ses moutons; le reste engraisse. S'applaudira-t-il de son économie? Ce campagnard, c'csi toi- mime; une de tes passions a dévoré les autres, et tu crois avoir triomphé de toi. Ne ressemblons-nous pas presque tous à ce vieux général de quatre-vingt dix ans, qui , ayant rencontré de jeunes officiers qui fesaient un peu de désordre avec dos filles, leur dit tout en colère : Messieurs, i là l'exemple que je vous donne ?

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