‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 130 sur 551 · QUE. Î · texte numérisé non relu

QUE. Î

L'essentiel est de nous servir Avec avantage des instrumens que la uature nous a donnes, sans pénétrer jamais dans la structure intime du principe de «es instrumens. Archimède se servait admirablement du ressort et ne savait pas ce que c'est que le ressort.

La véritable physique consiste donc à bien déterminer tous les effets. Nous connaîtrons les causes premières quand nous serons des dieux. Il nous est donné de calculer, de peser, de mesurer, d'observer; voilà la philosophie naturelle; presque tout le reste est chimère.

Le malheur de Descartes fut de n'avoir pas, dan; son voyage d'Italie, consulté Galilée qui calculait, pesait , mesurait , observait ; qui avait inventé le compas de proporlion, trouvé la pesanteur -le l'atmosphère , découvert les satellites de Jupiter , e» la rotation du soleil sur son axe.

Ce qui est surtout bien étrange , c'est qu'il n'ait jamais cité Galilée , et qu'au contraire il ait cité le jésuite Schcincr, plagiaire et ennemi de Galilée (n), qui déféra ce graud homme à l'inquisition , et qui par là couvrit l'Italie d'opprobre lorsque Galilée la couvrait de gloire.

Les erreurs de Descartes sout :

i». D'avoir imaginé trois élémens qui n'étaient nullement évidens, après avoir dit qu'il ne fallait rien croire sans évidence.

a". D'avoir dit qu'il y a toujours également de mouvemeut daus la nature, ce qui est démontré faux.

3». Que la lumière ne vient point du soleil, et qu'elle est transmise à nos yeux en un instant, démontré faux par les expériences de Roêmer , de Molincux et de Bradlcy, et même par la simple expérience du prisme.

4*. D'avoir admis le plein , daus lequel ii est démontré que tout mouvement serait impossible , et qu'un pied cube d'air pèserait autant qu'un pied cube d'or.

5 D'avoir supposé un tournoiement imaginaire dans de prétendus globules de lûmlèrc pour expliquer l'arc-cn-cicl.

6». D'avoir imaginé un prétendu tourbillon de matière subtile qui emporte la terre et li lune parallèlement à l'équatcur, et qui fait tomber les corps graves dans une ligne tendante au centre de la terre, tandis qu'il est démontré que, dans l'hypothèse de ce tourbillon imaginaire, tous les corps tomberaient suivant une ligue perpendiculaire à l'axe de 'a tirre.

7*. D'avoir supposé que des comètes qui se meuvent d'orient en occident, et du nord au sud, iont poussées par des tourbillons qui se meuvent d'occident en orient.

8". D'avoir supposé que , dans le mouvement de rotation , les corps les plus denses allaient au centre, et les plus sublils â la circonférence, ce qui est contre toutes les lois de la nature.

f)9. D'avoir voulu étayer ce roman par des suppositions encore plus chimériques que le roman même; d'avoir supposé, contre toutes les lois de la nature, que ces tourbillons ne se confondraient pas ensemble.

io". D'avoir donné ces tourbillons pour la cause des marées et pour celle des propriétés de l'aimant.

(a) Ptindpcs d« Descwtcs, tioiticme prlir . p»6« i5j).

1 1*. D'avoir supposé que la mer a on cours cod-

i qui la porte d'orient en occident, i a". D'avoir imaginé que la matière de son premier élément, mêlée avec celle da second, forme le mercure, qui, par le moyen de cm deux élémcns, est coulan l comme l'eau, et compact comme la terne. 1 3°. Que la terre est un soleil encroûté.

14 • Qu'il y a de grandes cavités sous tentes les montagnes, qui rcçoiveni l'eau de la mer et qui forment les fontaines.

i5". Que les mines île îel viennent de la ruer.

iO.Quc les parties de son troisième élément compo&eul des vapeurs qui forment des métaux ot des diuiuans.

1 7-. Que le feu est produit par un combat du premier et du second élément.

1 5 '. Que les pores de l'aimant sont remplis de la raatiri-e cannelée, ï-ifiléc par la matière subtile qui vient du pôle boréal.

i<)". Que la chaux vive ne s'enflamme, lorsqu'on y jette de l'eau, que parce que le premier élément chasse le second élément des porcs de la chaux.

20». Que les viandes digérées dans l'estomac passent par une infinité de trous dans une grande veine qui les porte au foie , ce qui est entièrement contraire à l'anatomie.

31°. Que le chyle, dès qu'il est (orme, acquiert dans le foie la forme du sang, ce qui n'est pas moins faux.

aa». Que le 1 sans lumière.

a i". Que le pouls dépend de onxc petites qui ferment et ouvrent les entrées des quatre seaux dans les deux concavités du cœur.

Que, quand le foie est pressé par SCS nerfs, les plus subtiles parties du sang montent incontinent vers le cœur.

a">". Que l\îmc réside dans la glande pinéale du cerveau. Mais comme il n'y » que deux petits filameus nerveux qui abouiiascnt à cette glande, et qu'on a disséqué des sujets dans 'i ii clic manquait absolument,on la pinça depuis dans les corps cannelés, dans les iMit , les lr-tc , lïnj'n/irfVsVMai, dans tout le cervelet. Ensuite Lancisi, et après lui La Pcyronie, lui donnèrent pour habitation le corp« calleux. L'aulcu' ingénieux et savant qui a donné dans l'Encyclopéaie l'excellent paragraphe Ame marqué dune étoile, dit avec raison qu'on 11e sait plus où ut mettre.

aG'. Que le cœur se forme parties de In semence qui se dilale; ccsl assurément plus que '<*s hommes n'eu peuvent savoir; il feudrril avoir vu la semence se dilater et le cœur se former.

570. Enfin, sans aller plus loin, il suflLa de remarquer que son système sur les bétec u eu.n fondé ni sur aucune raison physique, n> sur aucune raison morale, ni sur rien de vraisemblable, a clé justement rejeté de lous ceux qui raisonnent cl de tous ceux qui n'ont que du sentiment.

11 f.iut avouer qu'il n'y cul pas une s<*ulc nouveauté dans la physique de Dcscarles qu; ne rè« une erreur. Ce n'est pas qu il nout beaucoup de génie; au contraire, c'est parce qu'il uc consulta que ce génie,

l'expérience et les mathématiques; il était un des plus grands géomètres do l'Europe, et il abandonna sa géométrie pour ne croira que sou imagination. Il ne substitua donc qeam chaos au chaos d'Aristotc. Par la il retarda de plus de cinquante ans les progrès de l'esprit humain ( 1 ). 80s erreurs étaient d'antairt plus condamnables qu'il avait , pour se conduire dans le labyrinthe de la physique, un fd qu'Aria* tote ne pouvait «voir, celai des expériences, les découvertes de Galilée , de T oiiceiri , de Guérie , etc. , et surtout sa propre géométrie.

On a remarqué que plusieurs universités condamnèrent dans sa philosophie les seules choses qui fussent vraies, et qu'elles adoptèrent enfin tontes celles qui étaient fausses. U ne reste aujourd'hui de tous ces faux systèmes et de tentes les ridicules disputes qui en ont été la suite, qu'un souvenir covrfus qui s'éteint de jour en jour. L'ignorance préconise «neorc quelquefois Descartes, et même cette espère d'amourpropre qu'on appelle national s'est efforcé de soutenir sa philosophie. Des gens qui n'avaient jamais lu ni Descartes ni Newton , ont prétendu que Newton lui avait l'obligation de toutes ses découvres. Mais il est tres-certatti qu'il u'y a pas dans tous tes édifiées imaginaires de Descartes une senlc pierre suf laquelle Newton ait bâti. Il ne l'a jamais ni suivi ni expliqué, ni même réfuté; à peine le connaissait-il. Il voulut un jour en Kre un volume, il mit en marge à sept ou huit pages cn*>r, et ne le relut plus. Ce volume a été long-tempsentrc les mai us lu n^ven de Newton.

Le cartésianisme a été une mode en France; mais le» expériences de Newton mit la lumière, et ses principes mathématiques ne peuvent pas plus être une mode que les démonstration.: d'Euclidc.

Il faut être vrai; il faut .?tre juste; le philosophe n'est ni Français, ui Anglais, ai Florentin; il est de tout pays. Il ne ressemble pas à la ducbesre de Marlborougb qui , dans une fièvre tierce , uc voulait pas prendre de quinquina, parce qu'on l'appelait en Angleterre la polaire dei /'cwufe*.

Le philosophe, en rendant hommage au génie de Descartes, foule aux pieds les r«inisde ses systèmes.

Le philosophe surtout dévoue à l>xécration publique et au mépris éternel , les persécuteurs de Descartes, qui osèrent l'accuser d'athéisme, lui qui avait épuisé toute la sagacité b; son esprit à chercher de nouvelles preuves de r«\islenc<» de Dieu. Lisex le morceau de M. Thomas dans VKhqe de Pc carte*, 00 il peint d'uuc manière si énergique l'infAmc théologien nommé Voëlius qui c-ilomnia Descartes, comme depuis le f.inaliquc Juricu calomnia Baylc, etc., etc.; comme Patuuillcl et Nonoltc ont calomnié un philosophe; comme le vinaigrier Cbaumeix ctFrrronont calomnié 1 Encyclopédie; comme on calomnie tous les jours. Et plût à Dieu qu'on ne put que calomnier!

(1) On ne peut nier que, mil-ré «es erreurs, Dwenrte» n «* contribué aux progrès de l'esprit humain : 1 •• P«r •* donx»vertes mail ém»li<jact qui changèrent la <*» et» aneMes; a«. pu «es durais sur U nttliodc où il donne l« péctpu rt reienipic; 3". parfe <(u it apprit i tous le» »--•*« * accourra* ptiiliitapLte le joug de ï' autorité, en ne itoo, le calcul et l e

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