‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 131 sur 551 · DE CATON, DU SUICIDE · texte numérisé non relu

DE CATON, DU SUICIDE

Et du livre de l'abbé de Saint-Cyran qui légitime le suicide.

L'ingékikcx La Motte s'est exprimé ainsi «or Caton dans udc de ses odes plus philosophiques que poé tiques :

Eut iouflcrt que Rome pliât; M 4M , incapable de w rendre, Il ii 'eut pas la force d'aUeudre Un pardon qui l'Immihlt.

C'est, je crois, parce que l'âme de Caton fut toujours égale, et qu'elle conserva jusqu'au dernier moment le même amour pour les lois et pour la patrie, qu'il aima mieux périr avec elle que de ramper sous un tyran ; il finit comme il avait vécu.

Incapable de se rendre! Et à qui? à l'ennemi de Rome j à celui qui avait vole de force le trésor public pour faire la guerre à ses concitoyens, et les asservir avec leur argent même.

Un pardon! Il semble que La Motte Houdart parle d'uu sujet révolté qui pouvait obtenir sa grâce de ci majesté, avec des lettres en chancellerie.

Maigre «a grandeur usnrptr , Ue fameux vniociueiir de Pompée Kc put triompher de Caton.

Ceat a ce juge inibncl ah le Que César, cet heurein coupable , Aurait dù demander pardon.

U paraît qu'il y a quelque ridicule à dire que Caton se tua par (aiblcise^ Il faut une âme forte pour surmonter ainsi l'instinct le plus puissant de la nature. Cette forée est quelquefois celle d'un frénétique ; mais uu frénétique n'est pas faible.

Le suicide est défendu chez nous par le droit canon. Mais les décrétâtes, qui font la jurisprudence d'une partie de l'Europe, furent inconnues à Caton, a Bru tus, A Cassius, à la sublime Arria, à l'empereur Olhon, à Marc-Antoiot, et à cent héros de la véritable Rome, qui préférèrent une racrt volontaire à une vie qu'ils croyaient ignominieuse.

Nous nous tuons aussi nous autres; mais c'est quand nous avons perdu noire argent, ou dans l'excès très-rare d'une folle p.isçion pour un objet qui n'en vaut pas la peine. J'ai connu des femmes qui se sont tuées pour les plus sots bomincs du monde. On se tue aussi quelquefois parce qu'on est malade, et c'est en cela qu'il y a de \a faiblesse.

Le dégoiït de son existence, l'ennui de soi-même, est encore une malndi" qui <:.iu«c des suicides. Le remède serait un peu d'exercice . de In musique , la chasse, la comédie, une femme, aimable. Tel homme qui , dans un accès de mélancolie , *e tue aujourd'hui, aimerait à vivre s'il attendait huit jours.

J'ai presque vu »lr» mes yeux un suicide qui mérite l'attention de tous le« physiciens. Uu homme d'une profession sérieuse, d'un Ajjc mur, d'une conduite régulière, n'ayant point de passions, étant au-dessus de l'indigence, s est tué le 17 octobre 1769,61 a laissé au conseil de la vi.lc où il était né, l'apologie

par écrit de sa mort volontaire, laquelle on n a pas jugé à propos de publier, de peur d'encourager les hommes « quitter une vie dont on dit tant de mal. Jusquc-I à il n'y a rien de bien extraordinaire; on voit partout de tels exemples. Voici I étounant.

Son frère et sou père s'étaient tués, chacun au !me age <|uc lui. Quelle disposition secrète d'organes, quelle sympathie, quel concours de lois physiques bit périr le père et les deux enfans de leur propre main , et du môme gc.irc de mort, précisément quand ils ont atteint la mtrac année ? Est-ce une maladie qui se développe à le longue daus une famille, comme on voit souvent les pères et les eu fa a s mourir de la petite vérole, de la pidmonie, ou d'un autre mal ? Trois , quatre générations sont devenues sourdes, aveugles, ou goutteuses, ou scorbutiquos , dans un temps préfix.

Le physique, ce père du moral, transmet le mÉroe caractère de père eu fils pendant dos siècles. Los Apoius furcut toujours fiers et iufloxibic*; les Calons tavtouts sévères. Toute la lignée des Guises fut audacieuse, téméraire, factieuse, pétrie du plus insolout arg-icii et de la politesse la plus réduisante. Depuis François de Guise jusqu'à celui qui , seul et sans être attendu, alla se mettre à la tète du peuple de No pies, tous furent d'une figure, d un courage et d'un lour d'esprit au-dessus du commun des hommes. J'ai vu les portraits en pied de François de Guise , du balafré et de son fils; leur taille est de six pieds; ra&uuw traits, même courage, même audace sur le frout, dans les yeux et dans l'attitude.

Cette continuité , cette série d'êtres semblables est bien plus remarquable encore dans les animaux; et si l'on avait la même attention à perpétuer les belles races d'hommes que plusieurs nations ont encore à ne pas mêler celles de leurs chevaux et de leurs chiens de chasse, les généalogies seraient écrites sur les visages, et se manifcsteruici.l dans les maurs.

Il y a eu des races de bossu» ; de six digitaires, comme nous en voyons de rousscaux, de lippus, dt longs nez, et de ncr. plats.

Mais que la nature dispose tellement les organes de toute une race, qu'à un certain temps tons ceux de cette famille auront la passion de se tuer, c'est un problème que toute la sagacité des anaiomistcs les plus atenlifs ne peut résoudre. L'effet est certainement tout physique ; m»'s c'est de la physique occulte. Et quel est le secret principe qui ne soit pas occulte?

On ne uous dit point , et il n'est pas vraisemblable q"3o, du temps de Jules-César et des empereurs , les habitans de la Grande-B-cta«nc se tuassent aussi délibérément qu'ils le fout aujourd'hui quand ils ont des vapeurs qu'ils appellent I» spleen . et que nous prononçons le syline.

Au contraire, les Romains, qui n'avaient point le vpline, ne feraient aucune dillicultc de se donner li mort. C'est qu'ils raisonnaient : ils étaient philosophes, et les sauvages de Pile HrH iin ne iet ii-nt pas. Aujourd'hui les citoyens anglais sont philosophes, et les citoyens romains ne sont rien. Aussi

les Anglais quittent la vie fièrement quand il leur en prend fantaisie. Mais il faut à un citoyen romain une iuduigentia in articulo mortis ; ils ne savent ni vivre ni mourir.

Le chevalier Temple dit qu'iL faut partir quand il n'y a plus d'espérance de rester agréablement. Cest ainsi que mourut Alticus.

Les jeunes filles qui ae noient et qui se pendent par amour ont donc tort ; cites devraient écouter l'espérance du changement qui est aussi commun en amour qu'en affaires.

Un moyen presque sûr de ne pas céder à l'envie de tous tuer, c'est d'avoir toujours quelque chose à faire. Crecb, le commentateur de Lucrèce, mit sur son manuscrit : «N.B. Qu'il faudra que je me pende quand j'aurai fini mon commentaire. » 11 se tint parole pour avoir le plaisir de finir comme- son auteur. S'il avait entrepris un commentaire sur Ovide, il aurait vécu plus long-temps.

Pourquoi avons- nous moins de suicides dans les campagnes que dans les villes? Cest que dans les champs il ny a que le corps qui souffre ; à la ville c'est l'esprit. Le laboureur n'a pas le temps d'être mélancolique. Ce sont les oisifs qui se tuent; ce sont ces gens si heureux aux yeux du peuple.

Je résumerai ici quelques suicides arrivés de mon temps, et dont quelques-uns ont déjà été publié* dans d'autres ouvrages. Les morts peuvent être utile* aux vivans.

Précis de quelques suicides singuliers.

Philippe Mordant, cousin germain de ce faïueax comte de Pétcrsborough si connu dans toutes les cours de l'Europe, et qui se vantait d'être l'homme de l'univers qui avait vu le plus de postillons et le plus de rois; Philippe Mordant, dis-jc, était un jeune homme de vingt-sept ans, beau, bien fait, riche, né d'un sang illustre, pouvant prétendre atout, et ce qui vaut encore mieux, passionnément aimé de- sa maîtresse. 11 prit à ce Mordaul un dégoût de la vi«; il paya ses dettes, écrivit à ses amis pour leur dire adieu, et même fit des vers dont voici les derniers, traduits en français :

L'opium peut aider le ugc; Mais, selon mon opinion , Il lui faut au lira d'opium l'a pistolet et du courag».

Il se conduisit selon ses principes, et se dépécha d'un coup de pistolet , sans en avoir donné d'autre raison, sinouque son à nie était lasse de son corps, et que, quand on est mécontent de sa maison, il faut en sortir. II semblait qui! eût voulu mourir, parce qu'il était d<'goûté de son bon'eur.

Richard Smith en 1736 donri n:» étrange spectacle au monde pour une cause fort différente. Richard Smith était dégoûté d être réellement malheureux : il avait été riche, et il était pauvre; il avait ou de la santé, et il était infirme. Il avait une femme a laquelle il ne pouvait f.iire partager que sa misère : un enfant au berceau était le seul l.ien <|tii lui restât.

Richard Smith et Bridge t Smith, d'un commun cou» sentement , après s'être tendrement embrassés , et avoir donné le dernier baiser à leur cnfnnt , ont commencé par tuer cette pauvre créature, et ensuite se sont pendus aux colonnes de leur lit. Je ne connais nulle part aucune horreur de sang-froid qui soit de cette force ; mais la lettre que ces infortunés ont écrite à M. Brindlcy leur cousin , avant leur mort, est aussi singulière que leur mort même. « Nous croyons, disent-ils, que Dieu nous pardonnera, etc. Nous avons quitté la vie , parce que nous étions malheureux sans ressource; et nous avons rendu à notre fils unique le service de le tuer, de peur qu'il uc devienne aussi malheureux que nous, etc. » Il est à remarquer que ces gens, après avoir lué leur fils par tendresse paternelle , ont écrit à un ami pour lui recommander leur chat et leur chien. Ils ont cru apparemment qu'il était plus aisé de faire le bonheur d'un chat et d'un chien dans lo monde que celui dun enfant, et ils ne voulaient pas être à charge à leur ami.

Milord Scarborough quitta la vie en 1727, avec le même sang- froid qu il avait quitté sa place degrand -écuyer. On lui reprochait dans la chambre des pairs qu'il prenait !c parti du roi , parce qu il avait une belle charge à la cour. « Mcssieur?, dit- il , pour vous prouver que mon opinion ne dépend pas de ma place, je m'en démets dans l'instant. » II se trouva depuis embarrassé entre une maîtresse qu'il aimait, mais à qui il n'avait rien promis; et une femme qu'il estimait , mais à qui il avait fait une promesse de mariage. Il se tua pour se tirer d'embarras.

Tontes ces histoires tragiques dont les gazettes an* glaises fourmillent, ont fait pensera l'Europe qu'on se tue plus volontiers en Angleterre qu'ailleurs. Je ne sais pourtant si à Paris il n'y a pas autant de fous on de héros qu'à Londres; peut-être que, si nos gazettes tenaient un registre exact de ceux qui ont eu la démence de vouloir se tuer, et le triste courage de la faire, nous pourrions, sur ce point, avoir le malheur de tenir tête aux Anglais. Mais nos gazettes sont plus discrètes : les aventures des particuliers ne sont jamais exposées à la médisance publique dans ces journaux avoués par le gouvernement.

Tout ce que j'ose dire avec assurance, c'est qu'il ne sera jamais à craindre que cette folie de se tuer devienne une maladie épidemique : la n? turc y a trop bien pourvu ; l'espérance , la craiutc , sont les ressorts puissans dont clic se sert pour arrêter très-souvent la main du malheureux prêt à se frapper.

On entendit un jour le cardinal Dubois se dire k lui-même : Tue-toi doue , hu hc , tu r'oscrais.

On dit qu'il y a eu des pays où un conseil était établi pour permettre aux citoyens de se tuer quand ils en avaient des raisons valables. Je réponds, ou que cela n'est pas , ou que ces magistrats n'avaient pas une grande occupation.

Ce qui pourrait nous étonner, et ce qui mérite, je crois, un sérieux examen, c'est que les anciens héros romains se tuaient presque tous quand ils avaient perdu une bataille dans les guerres civiles : et je ne vois point que ni du temps de la ligue , ni de celui de la fronde, ni dans les troubles d'Italie, ni dans

ceux d'Angleterre, aucun chef ait pris le parti de mourir de «a propre main. Il est vrai que ces chefs etaieut chrétiens , et qu'il y a bien de la différence entre les principes d'un guerrier chrétien , et ceux d'un héros païen; cependant pourquoi ces hommes, que le christianisme retctuil quaud i's voulaient se procurer la mort, n 'ont-Us été* retenus par rien quand ils ont voulu empoisonner, assassiner ou faire mourir leurs ennemis vaiucus sur des échafauds , etc.? La religion chréticunc ne défend-elle pas ces homicides-là , encore plus que l'homicide de soi-iuf me , dont le Nouveau-Testament n'a jamais parlé ?

Les apôtres du suicide nous disent qu il est trèspermis do quitter sa maison quand on en est las. D'accord; mais la plupart dc« homme? aiment mieux coucher dans une ? "laine r>aison que de dormir à la belle étoile.

Je reçus un jour d'un Anglais une lettre circulaire par laquelle il proposait un prix à celui qui prouverait le mieux qu'il faut se tuer dans l'occasion. Je ne lui répondis point : je n'avais rien à lui prouver : il n'avait qu'à examiner s'il nimait mieux la mort que la vie.

Un autre Anglais, nommé Bacon Morris, vint me trouver a Paris en I 724 ; il était malade, cl me promit qu'il se tuerait s'il n'était pas guéri au ao juillet. Kn conséquence, il me donna son épitaphe conçue en ers mots : Qui mari et terra pacem qtuewit, hic iiwrnit. Il me chargea aussi de vingt-ciuq louis pour lui dresser un petit monument au bout du faubourg Saint-Martin. Je lui rendis son argent le 30 juillet, et je gardai sou épitaphe.

De mon temps, le dernier prince de la maison de Courtenai, très-vieux, et le dernier prinee de la branche de Lorraine- Harcourt, très-jeune, se sont donné la mort sans qu'on en ait presque parlé. Ces aventures font un fracas terrible le premier jour; et, quand les biens du mort sont partagés, on n'en parle plus.

Voici le plus fort de tous les suicides. 11 vient de s'exécuter à Lyon au mois de juin 1 770.

Un jeune homme très-conuu, beau, bien fait, aimable, plein de talcns, est amoureux d'une jeune fille que les parens ne veulent point lui donner. Jusqu'ici ce n'est que la première scèi.c d'une comédie, ra.-.is l'étonnante tragédie va suivre.

L'amant se rompt une veine par un effort. Le* chirurgiens lui disent qu'il n'y a poict de remède; sa maîtresse lui donne un rendez-vous avec deux pistolets et deux poignards, afin que, si les pistolets manquent leur coup, les deux poignards servent à leur percer le cœur en même temps. Ils s'embrassent pour la dernière fois; les détcutes des pistolets étaient attachée» à des rubans couleur de rose; l'amant tient le ruban du pistolet de sa maîtresse, elle tient le ruban du pistolet de son amant. Tous deux tirent à un signal donné , tous deux tombent au même instant.

La ville entière de Lyon en est témoin. Arric et Pétus, vous en aviez donné l'exemple; mais vous étiez condamnés par un tyran , et l'amour seul a immolé ces deux victimes. On leur a fait cette épitaphe :

nos pleur» :

dlge en -g'

; et voi voire courn-r

Des lois contre le suicide.

\ A-T-IL une loi civile ou religieuse qui ait prononcé défense de se tuer souspciiicd'étrcpcnduaprca sa mort , ou sous peine d'élrc damné ?

ii est vrai que Virgile a dit :

Proxima deinJè ttntnt natti toca, qui êibi Itthwt, I montes pef*rere manu, lucenufue y t rôti Projecert animât. Quàm 1 client irfnere in ait? Vunc et pauperiem et duros pciftnc labores! FaXa obttanl , triit laur piiltu innabilit untU Allitjût, et novietStyx intapua ccërceL

( Ymo. . .f.neid., tib. VI , y. 434 , et «a.}

I-i tant ce» insensés qui . d'un bras téméraire , Ont cherché dan» In mort un accours volontaire, Qui n'ont pu supporter, bibles et furieux, 1> fardeau dr U vie imposé par les diiut. Hélas! ils voudraient tous se rendre à lu luiim-ir, llecommeneer cent fuis leur pénible carrière : Ils rcgreUmi la vie, ils pleurent ; et le sort, l* sort , pour le» punir, le* retient don* U mon : I. abîme du Ooeyte, et l'Aehéroo terrible. Met entre eux et U rie «

Telle était la religion de quelques païens ; et malgré l'ennui qu'on allait chercher dans l'autre monde , c'était un honneur de quitter celui-ci et de se tuer, tant les mœurs des hommes sont contradictoire* I Parmi nous, le duel n'est-il pas encore malheureusement honorable, quoique défendu par la raison, par la religion, et par toutes les lois? Si Caton et César, Antoine et Auguste ne se sont pas battus en duel , co n'est pas qu'ils ne fussent aussi bravas que nos Français. Si le duc de Montmorency, le maréchal de Mari Mac , de Thou, Cinq-Mars, et tant d'autres, ont mieux aimé être traînés au dernier supplice dans une charrette, comme des voleurs de graud chemin, que de se tuer comme Caton et Brutus, ce n'est pas qu'ils n'eussent autant do courage qut ces Romains , cl qu'ils n'eussent autant de ce qu'on appelle lionncur. La véritable raisou , c'est que la mode n était pas alors à Paris de se tuer en pareil cas, et cette mode était établie à Rome.

Les femmes de la côte de Malabar se jettent toutes vives sur le bflehev de leurs maris : ont -elles plus de courage que Cornélic? non ; mais la coutume est dans ce pays-là que les femmes se brillent.

Coutume , opinion , reines de notre sort . Vous régies de» monda et la vie et la mort.

Au Japon , la coutume est que , quaud un homme d'honneur a été outragé par ui Homme d'bonucur , il s'ouvre le ventre en présence de son ennemi, et lui dit : Fais-en autant si tu as du cœur. L'agresseur est déshonoré à jamais s'il ne se plonge pas incontinent un grand couteau dans le ventre.

La seule religion dans laquelle le suicide soit défendu par une loi claire et positive, est le mahométisme. U est dit dans le sura IV : « Ne vous tuez pas vous-même, car Dieu est miséricordieux envers vous; et quiconque se tue par malice et par méchanceté sera certainement rôti an feu d'enfer, h

Nous traduisons mot à mot. Le texte semble n'avoir pas le sens commun ; ce qui n'est pas rare dans le»

D1CT. FWL,

textes. Que veut dire, u ne vous taez point vousniTrae, car Dieu est miséricordieux? » Peut-être faut-il entendre , ne succombe* pas à vos malheurs

<|ue Dieu peut adoucir; ne soyez, pas assez fou pour vous donner la mort aujourd'hui, pouvant être heureux demain.

« Et quiconque se tue par malice et par méchanceté1. » Cela est plus difficile à expliquer. 11 n'est pcnt-etiT jamais arrivé dans l'antiquité- qn'à ta Vlttdrc d'Kuripidc, de se pendre exprès pour faire accroire a Thésée qu'tlippolyte l'avait violée. De nos jours, un homme s'est tiré un coup de pistai dt dans la tétc , avant tout arrangé pour faire jeter lu soupçon sur un autre.

Dans la comédie de George Damlm. la cocpiine de femme qu'il a épousée le menace dose toor pour le faire pendre. Ces cas sont rares; si Mahomet les a prévus, ou peut dire qu'il voyait de loin, etc.

CAlTStS FINALES.

Virgile dit : (y&u IU>. VI, v. 7*7.) Men» aailat molea» et maqiw u eorport mueet I.'eapeil cigil le monde {il t'y jaêàtt il I jhuuc .

Virgile a bien dit : et frmoit Spinoea (n) qui -n'a pas la clarté de Virgiku, et qa>i ne le*aui pas, osl forcé de reconnaître une httelBgenc* q«ri présrdo à tout. S'il me Pavait aiée, je lui aurais dit : Benoit, tu es fou; tu as une intelligence et ta la nies, et à qui la nies-tu ?

Il vient 'en 1770 un "ho mine "trés-sapériew k Spinosa à quelques égaras, aussi -éloquent que le juif hollandais est sec r motas mtsnodique, mais cent fois plus clair; pont-êlre "ras si géomètre sans affecter la marche ridicule de la géométrie d*n* un «ujot métaphysique et moral : c'est l'anteur du1 Système de la nature : il a pris le nom de Miraband, secrétaire de l'académie française. Hélas! notre bon Miraband n'était pas capable d'écrire *ne paf« êa ''ivre de notre redoutable adversaire. Vous tons, qui voulez vous servir de votre raisou et vous instruire, lisez cet éloquent et dangereux passage du Système do la nature ( Partie II , chap. V, page 1 53 etsuivante* J.

h Oa prèlend que les animaux nous fournissent uuc preuve convaincante d'une cause puissante de leur existence; on nous dit qn^-f accord admirable de leurs parties, que l'on voit se prêter de? secours mutuels aCn de remplir leurs fonctions et de maintenir leui ensemble, nous annoncent u»» ouvrier qui réunit la puissance à la sagesse. Nous ne pouvons douer delà puissance de lu iialnrs, elle produit tous les animaux que nous voyous ài'atuV des combinaisous de la nialièrc qui est dans une action conti-

(a) Oi p'ntfll IWrocii ; «r ri «'app bit tantcli , muim" ou : 4tt aiMeara(*)v H aigmit R tyio*M. t^et-pea t Wiien». 1- ' mal iwttuha. M^Maraicari<M^a«:S|Mn«M avakquittF le )ud»iame aana enihaaiam le «luiitianauBW, prirent ce B. pour b première letlie de BeJudtctiUL, Benoit.

(•) Voye» b nota k «Vl'anick Uu*. (11).

nuellc; Paccotd des parties de ces mimes animaux est une suite des lois nécessaires do leur nature cade leur combinaison ; des que eut accord cesse , 1 animai se détruit nécessairement. Que deviennent alors- la sagesse, 1 intelligence ('■) on la bonté de ta cause prétendue a qui l'on fesait bonnear d'un accord si vanté ? Ces animaux si merveilleux que l'on dit être les ouvrages d'un Dicv immuable , ne s*altcrect~ils pciitf sans cesse et ne (missent-ils pas toujours par se détruire? 04 "st la cesse, lafconté, la prévoyance, l'immutabilité ( ) d'un ouvrier qui no parait occupé qu'à déranger 'il brisci le» ressorts des machines qu'on nous annonce comme les ultefs-d'osuvre de sa puissance et de son habileté ? Si ce Dieu ne peut faire autrement ( ), il n'est ni libre ni toirt-pnissaat. S'il change do volonté , il n'est point immuable. S'il permet que des «nrhines qu'il a rendues sensibles éprouvent de la donlrnr, il manque de bonté (c). S'il n'a pu rendre ses ouvrage < plus soiides , c'est qu'il a manqué d'habileté. En voyant que les animaux , ains' que tous les antres ouvrages de la divin té, se détruisent, nous ne pouvons nous empêcher d'en conclure on que tout ce que la nature fait est nécessaire et n'est qu'une suite de ses 'o<s, ou que l'ouvrier qui la fait agir est d «pourvu de plan, de puissance jda constaucc, d'habileté , de bon'é.

« L'homme, qui se regarde luirméme comme le chef-d'œuvre de la Uiviui c, nous fournirait plus que toute autre production la preuve de l'incapacité ou de la malice ( ) de son auteur prétendu. Dans cet être sensible, in'clligent , poisan.' , qui se croit l'objet constant de la prédilection div ue, et qui fait son Dieu d'après sou propre nodcJc , nous ne voyons qu'une machine plus mobile, plus frêle, plus sujette à se déranger par sa grande complication que celle des cires les plus grossiers. Les bries dépourvues de nos connaissances, les plantes qui végètent, les pierres privée-» de sentiment, «rai à bicu des égards des cires plus favorisés que l'homme; ils sont au moins exempts de* peines d'esprit, des touruicns de lape usée, des chagrins dévarans., dont celui-ci est si souvent la proie. Qui esl-c qui ne voudrait point è re un animal ou uuc pierre toutes les fois qu'il se rappelle la per e irrépvable d ur objet aime (< )?Ne vaudrai -il pas mieux èVe une masse inanimée qu'ut» superstitieux inquiet qui ne fait que trembler ici-las sous le joug de son Dieu, el qui prévoit encore de»

(b) Y a-t-il moi ut d'intelligence, p*rc« que 1 » gcawra turc «lent?

{<■) Il y a immutabilité de dru iu quand »ou» voyez imuuK talMliié d'effiu. Voyn Disc.

(<r) fîrre filait, c'ett dire »i votnntf. S'il l'opère, îl r»t libre.

(r, Vxyti I* i.^pon* dan» l« urrirlr» Anjtarur et Hirr.

(f) S'il est nul 11, il n'en point «pe-Mr; et . il e»tCatv<hU . ç»i|ui ecriiprrnd pou*«N et w . il it'ctt pat malin.

(g, l.'uuu-ur icMiibc ici diuu une i nnd vert once « laquelle nou» toiutiH'» ton» suji'it. >oii> dixnui v)u»rnt ; J'aimriai» m» us £tr» oivrnu , cpimlnip/xle, que detre liomme, avec If» rlm ;riii» qia» | eatuie. Mas • quand on lient ce dincxair», on ne songe pas qu'on

il aile dolre ahéaiMi; e»f. aï veu» 4le» eut mime, tou» navet plu» rian de rona-iucmo.

twirm eu s infini* dan* eue. vie future ? betfeêtncs pnrea <W scntiuiout, do vio, do- ma mou; « al ik peitsêa, s», sont point atëigés par i "idée du aqas*«r du présentes

de I avenir; ils ne se crotmu pus un daugor de devenir éternellement iualbuui«u&. pour avoir mai raisonné, »r«iM l.iiu d ilrts favori***, qui prétvodwot que c'est pour l'enUes*.

«.QiuH'oo nanout dise point <(ue nous m\ avoir, l'idée d'un, ouvrage, saitaj avoir collo d ue o lévrier distingué de sou oii7rage. La tatiitc n'est peint iu» aunrtttfc: elle a toujours eiisu. pu eUc □sème ('. ). c'efl daM S«««oiii line uwi se tel ; «Ue ent un atelier immeiwc pourv<tdc malfr'iuii, et qui dit les iuslrurauns dont ollu m sert ponr aepr : loua »•• ouvrages sont dos effila de «on rnengic et des agent, ou causas queUeiait^qu'eUti renferme, quelle met en action. Des élémens éternels, incréés, indestructibles, toujours en mouvement , eu se combinant diversement, font l' clore tous les cires et les phénomènes que nous vovoas, ions lus effets bous ou mauvais que nous sentons, l'ordre ou le désordre que nous ne distinguons jamais que par IcsdillV rentes façons dont uous sommes affectés, eu un uiot toutes les merveilles sur lesquelles nous méditons et raisonnons. Ces élémens n'ont besoin pour cela que de leurs propriétés, soit particulières, soit réunies, et du mouvement qui leur est essentiel, sans quil soit nécessaire de recourir à un ouvrier inconnu pour les arranger, les façonner, Ica combiner, les conserver et les dissoudre.

« Mais eu supposant pour un instant qu il soit irapossible de concevoir l'univers sans un ouvrier qni l'ait fermé et qui veille à ron ouvrage, où placeronsnous cet ouvrier (■')? sera-t-il dedans ou hors de l'nnivers? est-il ma'iére ou mouvement? ou bien n'est-il que l'espace, le néant ou le vide? Dans tous ces cas, ou il ne serait rton, on il xmk contenu dans la nature et soumis à ses lois. S'il es», dau la nature, je n'y pense voir que de la matière en mouvement; et je dois en conclure qne l'agent q-ii I» meut est corporel et matériel, et que par conseVi-jnl i! et', sujet à se dissoudre. Si cet agent est hors -le !a iiitut , je n'ai plus aucune idée(<. ) du lieu qu'il ocrohe, ni d'un être immatériel, ni de la façon dont un reprit sans étendue peut agir sur la matière dont il est séparé. Ces espaces ignorés, que l'imagination a placés au delà du monde visible , n'etistent point pour un Mrc qui voit a peine à ses pieds ( ') : la puissauce idéale qui les habile , ne peut se peindre â mon esprit que lorsque mon imagination combinera au hasard les couleurs fantastiques qu'elle est toujours forcée de prendre data le monde où je sois ; dons ce cas je ne feini que reproduire en idée ce que mes sens auront réellement aperçu; et ce Dieu, que je m'efforce de distinguer de

(ft) Vous firprwT ce qni e«t en qopsI»» . *» «la u'as» «p» trop «•rriituim a o«ix qui iiùlU dr» »rt<^mr».

(■)' tïl-oc à nous à lui Uimw m pJaoe 7 Ce» à loi de i donner 11 nôtre. Vvyn la r

(1) faevrnut fail ponr «viiir dr» ide» de ut t, et i ici s pas liant n-ii* nature une îni'-lli^enee udruiribfe?

(h Ou lr monde en infini oa l'jspace cl infini} l

lanalureiftde placer bore de sonenceiule, y rentrera toujonrnoncetnairoment et malgré moi.

«•L'on insistera, etL'on dira, que, si l'on portait une statue eu une nsontre à an stwvage qui n'en aurait jamais va, il ue pourrait s'cji.fi* «eer de reconnaîtra

intelligent, pnis ba'uilc ut plus uiô'iBtricnx que Ittiwérae : l'on cafMtttra de h que nous somnos paruîtleoent forcé* de reconnaître que la machine de i'maivers, que l'homme, que lus phénomènes de la nature, sont des ouvrages d'un agoot dont l'intelligence ot la pouvoir surpaasent de boaf coup les nôtres,

m Je réponds, en premier lier . que nous ne pouvons douter que la nature ne soit très-puissante ei très -industrieuse ('«); nous admirons sou industrie toutes h» fois qne ions sommes surpris des effets étendus, variés et compliqués que nous trouvoii» dans ceux de ses onvrages que nous prenons la -peine de méditer : cependant elle n'est ni plus ni moi»* industrieuse dans 1 un de ses ouvrages que daus le* antres. Nous ne comprenons pas pins comment elle a pu produire une pierre ou un métal qu'une tête organisée comme celle de Newton • nous appeloi» inAuitritHX un bomine qui peut f*;T des choses qusnous ne pouvons pas faire nons-nternes. lai nature peuttout; et, dèsqu oue chose existe, c'est une preuve qn cHe a pu la faire. Ainsi co n'est jamais que relativement à nous-mêmes que nous jugeons la nature industrieuse; nous la comparons alors a nous-mêmes; et comme nous jouissons donc qualité que nous uommous inlclligmcc , k l'aide de laquelle nous produisons des ouvrages où nous montrons notre industrie, nous eu concluons que les ouvrages de la tiLturc qui nous étonnent le plus ne loi srpparticAitcht point, mais sont dus à un ouvrier intelligent comme nous, dont nous proportionnons l'Intelligence à l 'étonne, ment que ses as livres prodaisent en n jits, c'est-a-diro, à notre fin blesse et à notre -propre igno-. mico ( ; ). »

Voyez la réponse à cas argument aiu article» Atuéisite et Diku, ot i la section suivante, écrit» long-temps avant le Système de la na.'ure.

accTiosi ti.

St une horloge nVst pas faite pour montrer l'hcnre, j'avouerai alors que les causes finales sont des cbi mères; et je trouverai fort bon qu'on m'appelle cirn*fitutllcr, c'est-a-dire, on imbécile.

Tootcs les pièces de- la machine de ce momie sem blent pouilain faites l'une pour l'autre. Quelques philosophes affectent de se moquer des causes finales rejetées parRpicurcet par Lucrèce. C'est plutôt, e* me semble, d^picitrc et de Lucrèce qu il faudrait s» moquer. Ils vous disent que l'œil n'est point fait pour voir, mais qu'on s'en est servi pour cvt usag" quatid on s'est aperçu qne 4es yeux y pouvaient servir. Sf ion

(m) PaLitonUet i'iutiu(rreu*« ; je m'en lien» t». Celui uuleai •nez pn pour forn rr riroinm* et le nniude ni Vien. V*»* •dmetlei Dira nislçfv toiu.

(n) ii nom «HDna « igrvors •)• , comnxal ontora non» tJ'» mer ut» tout m Lit sans I lieu?

eux, la bouche n'est point faite pour parler, pour manger, l'estomac pour digérer, le cœur pour recevoir te sang des veines et l'envoyer dans los artères, les pieds pour marcher, les oreilles pour entendre. Ces gens-là cependant avouaient que les tailleurs leur faisaient des habits pour les vêtir, et les maçons des maisons pour les loger; et ils osaient nier à la nature, au grand -être, à l'intelligence universelle, ce qu'ils accordaient tous à leurs moindres ouvriers.

11 ne faut pas sans doute abuser des causes finale» ; nous avons remarqué qu'en vain M. le Prieur, daus le Spectacle de la sature , prétend que les marées sont données i l'Océan pour que les vaisseaux entrent plus aisément dans les ports, et pour empêcher que l'eau de la mer ne se corrompe. En vaiu dirait-il que les jambes sont faites pour être bottées , cl les ucz pour porter des lunettes.

Pour qu'où puisse s'assurer de la Cn véritable pour laquelle une cause agit, il but que cet effet soit de tous les temps et de tous les Lieux. Il n'y a pas eu des vaisseaux en tout temps et sur toutes les mers; ainsi l'on ne peut pas dire que l'Océan ait été fait pour les saisscaux. On seul combien il serait ridicule de prétendre que la nalurc eût travaillé de tout temps pour s'ajuster aux inventions de nos arts arbitraires , qui tous ont paru si tard; mais il e*t bien évident que, si les nez n'ont pas étc faits pour les besicles, ils l'ont été pour l'odorat, et qu'il y a des ne/, depuis qu'il y a des hommes. De nu me, les mains n'a) uni pas été données eu faveur des gantiers , elles sont visiblement destine es u tous les usages que le métacarpe el les phalanges de nos doigts , et les mouvemeus du muscle circulaire du poignet nous procurent.

Cicèron, qui doutait de tout, ne doutait pas pourtant des causes finales.

Il paraît bien difficile surtout que les organes de la génération ne soient pas destinés à perpétuer les espèces. Ce mécanisme est bien admirable , niais la sensation que la nature a jointe à ce mécanisme est plus admirable encore. Épi cure devait avouer que le plaisir est diviu , et que ce plaUir est une cause finale par laquelle sont produits sans cesse des êtres sensibles qui n'ont pu se donner la sci.sation.

Cet Êpicurc était un grand homme pour son temps : il vit ce que Descartes a nié , ce que Gassendi a affirmé, ce que Newton a démontré, qu'il n'y a point de mouvement sans vide. 11 conçut la nécessité des atomes pour servir de parties, constituantes aux espèces invariables. Ce sont là des idées Irès-pliilosophiques. Kicn n'était surtout plus respectable que la morale des vrais épicuriens; elle consistait dan< l'éloigncmciildes affaires publiques, incompitibles avec la sagesse , cl dans l'amitié , sans laquelle la vie est uu fardeau. Mais pour le reste de la physique d'Êpicurc , elle ne paraît pas plus admissible que la matière cannelée de Descartes. C'est, ce me semble, se boucher les yeux et l'entendement que de prétendre qu'il n'y a aucun dessein dans la nature ;ct, s'il y a du dessein, il y a une cause intelligente, il existe un Dieu.

Ou nous objecte les irrégularités du globe , les volcans, les plaines de sables mouvans, quelques petites montagnes abîmées cl d'autres formées par des ticm-

blentens de terre , etc. Mais de ce que les moyeux des ronos do voire carrosse auront pris feu, s'ensuit -il que votre carrosse n'ait pas été fait expressément pour vous porter d'un lieu à un autre?

Les chaînes des montagnes qui couronnent les deux hémisphères, et plus de six cents fleuves qui coulent jusqu'aux mers du pied de ces rochers, toutes les rivières qui grossissent les fleuves, après avoir fertilisé les campagnes ; des milliers de fontaines qui partent de la même source, et qui abreuvent le genre animal et le végétal; tout cela ne paraît pas plus l'effet d'un cas for:uil et d'une déclinaison d'atomes, que la rétine qui .'oçoit les rayons de la lumière, le cristallin qui le vfracte, l'enetumc, le marteau, l'étrier, le tambour de l'oreille, qui reçoit les sons, les routes du sang dans nos veines, la systole et la diastole du cœur, ce balancier do la machine qui fait la vie.

section tu.

Ii. paraît qu'il faut être forcené pour nier que \c% estomacs soient faits pour digérer, les yeux pour voir, les oreilles pour entendre.

D'un autre côté, il faut avoir un étrange amour des causes finales pour assurer que la pierre a été formée pour bâtir des maisons, et que les vers à soie •ont nés à la Chine afin que nous ayons du satin eu Europe.

Mais, dit-on, si Dieu a fait visiblement une chose à dessein , il a donc fait toutes choses à dessein. 11 est ridicule d'admettre la Providence dans un cas, et de la nier dans les autres. Tout ce qui est fait a été prévu, a été arrangé. Nul arrangement sans objet, nul effet saus cause, donc tout est également le résultat, le produit d'une cause finale; donc il est aussi vrai de dire que les nez out été faits pour porter des lunettes, et les doigts pour être ornés de bagues, qu'il est vrai de dire que les oreilles ont été formées pour entendre les sons, cl les yeux pour recevoir la lumière.

Il ne résulte d; cette objection rien autre, ce me semble, sinon que tout est î'efltt prochain ou éloigne d'une cause finale générale; que tout est la suilc des lois éternelles.

Quand les effets sont invariablement les mêmes , en tout lieu et en tout temps; quand ces effets uniformes sont iudépendans des êtres auxquels ils appar tiennent, alors il y a visiblcmcut une cause filiale.

Tous les auimaux ont des yeux , ils voient ; tous ont des oreilles et ils entendent ; tous une bouebe par laquelle ils mangent, un estomac, ou quoique chose d'approchant, par lequel ils digèrent; tous un orifice qui expulse les excré mens; tous un instrument de la génération : et ces dons de la nature opèrent en eux saus qu'aucun art s'eu mêle. Voilà des causes finales clairement établies, et c'est pervertir notre faculté de penser, que de nier une vérité si universelle.

Mais les pierres, en tout lieu et en tout temps, ne composent pas des b;Uimeus; tous les nez ne portent pas des lunettes; tous les doigts n'ont pas une bague,

boutes tes jambes ne sont pas couvertes de bas de soie. Un ver à soie n'est donc pas fait pour couvrir mes jambes, précisément comme votre bouche est faite pour manger, et votre derrière pour aller à la garde-robe. II y a donc des effets immédiats produits par les causes finales, et des eÛVs en très -grand nombre qui sont des produits Soignés de ces causes.

Tout ce qui appartient à la nature est uniforme, immuable, est l'ouvrage immédiat du maître; c'est lui qui a créé les lois par lesquelles la lune entre ponr les trois quarts dans la cause du flux et du reflux de l'Océan, et le soleil pour sou quart ; c'est lui qui a donné un mouvement de rotation au soleil, par lequel cet astre envoie en sept minutes et demie des rayons de lumière dans les yeux des hommes , des crocodiles et des chats.

Mais si, après bien des siècles, nous nous sommes avisés d'inventer des ciseaux et des broches, de ton ifre avec les nns la laine des moutons, et de les faire euirc avec les autres pour les manger, que peut-on en inférer autre chose , sinon que Dieu nous a faits de façon qu'un jour nous deviendrions nécessairement industrieux et carnassiers ?

Les moutons n'out pas sans doute été faits absolument pour être 'cuits et mangés , puisque plusieurs nations s'abstiennent de cette horreur. Les hommes ne sont pas créés essentiellement pour se massacrer, puisque les brames, et les respectables primitifs qu'on nomme quaker % ne tuent personne : mais la pâte dont nous sommes pétris produit souvent des massacres, comme elle produit des calomnies, des vanités, des persécutions et des impertinences. Ce n'est pas que la formation de l'homme soit précisément la cause finale df nos fureurs et de nos sottises; car une cause finale rs* universelle et invariable en tout temps et en tout lie ;i. Mais les horreurs et les absurdités de l'espèce humaine n'en sont pas moins daus l'ordre éternel des choses. Quand nous hâtions notre blé, le fléau est la eanse finale de la séparation du grain. Mais si ce Il 'au , en battant mon grain, écrase mille insectes, ce n'est point par ma volonté déterminée, ce n'est pas non plus par hasard ; c'est que ces insectes se sont trouvés cette fois sous mor fliau et qu'ils devaient s'y trouver.

Cest une suite de la nature des choses , qu'un homme soit ambitieux, que cet homme enrégimente quelquefois d'autres hommes , qu'il soit vainqueur , un qu'il soit battu; mais jamais on ne pourra dire : l'homme a été créé de Dieu pour être tué à la guerre.

Les instrumens que nons a donnés la nature ne peuvent être toujours des causes finales en mouvement. Les yeux donnés pour voir ne sont pas toujours iiurerts; chaque sens a ses temps de repos. Il y a même des sens dont on ne fait jamais d'usage. Par exemple, une malheureuse imbécile, enfermée dans un cloître à quatorze ans, ferme pour jamais chez elîe la porte dont devait sortir une génération nouvelle; mais la cause n'en subsiste pas moins; elle ajira dés qu'elle sera libre.

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