C: IIP.MOMES, TITRES, PREEMINENCE, etc
Toutes ces choses qui seraient inutiles, et mé me l'or, impart inCHlCS dans IVtat de pure nature, sont fort uliies dans l'état de notre nature corrompue et
ridicule.
Les Chinois sont de tous les peuples celui qui a poussé le plus loin l'usage des cérémonies : il est certain qu'elles servent a calmer l'espril autant qu'à l'ennuyer. Les poiic-Cuix, les charretiers chinois, sont obligés, au woindn embarras qu'ils causait dans les rues, de se meltrc m genou* l'uu devant l'autre, et de se demander mutuvllemcut pardon selon la formule prescrite. Cela prévient les injures, les coups, les m. «rires ; ils oui le temps de s'apaiser, après quoi ils s'aident rouluollemeut.
Plus un pcupU- est libre, moins il a le cérémonies, moins de titres f.isiireux, moins de démauslralions dainantissciuent devant son supérieur. On disait à Sçipiou , Scipion ; et a César, César : et dans la suite, des temps ou dit ans empereurs, Votre majesté, voira divinité.
Les titres de saint Pierre et de saint Paul étaient P. erre et Paul. Leurs successeurs se donnèrent réciproquement le litre «le nirc viùitctc, ipic Pou ue voit jamais dans les Actes des apôtres, ni dans lc« écrits des disciples.
Nous lisons dans l'Histoire d'Allemagne que le dauphin de France, qui fut depuis le roi Charles V, alla vers l'empereur Charles VII à Meut, «t qu'il passa après le cardinal de PériunnL
11 fut ensuite un temps on les chanceliers eurent la préséance sur les cardinaux , après quoi les cardinaux 1 emportèrent sur les chanceliers.
Les pairs précédèrent en France les princes «la sang, et ils marchèrent tous eu ordre de patrie jusqu'au sacre de Henri III.
La dignité de la pairie était avant ce temps si érnincule, qu a la cérémonie du sacru d'Elisabeth, épouse de Charles IX , en 1 5j i , décrite par Simon Bouquet , échevin de Paris, il est dit qr* «< les dames et demoiselles de la reine avant baiU^ à la dame d honneur le pain, le vin et le cierge avec l'argent pour l'offerte, pour élrc présentés a la reine par ladite dame d honnaur , «elle dite dame d'honneur, poux ce qu'elle
était duchesse, conimauda -iu\ dauuxv d'aller portai
•lies- mêmes l'offerte aux. princesse*, «te » Cette dame d honneur était la couuiUbJo dcMuaunorcnci.
Lu fauteuil à bras, la chaise a dus, 1« tabouret, ta mail droite ut U main gauche , ont éu' pejidaiil pluj sieurs siècles U ituporLans ubjcU'du publique cl d illustres sujets do querelles. Je crois. que l'ancienne étiquette concernant les fiuiwriU. vient de ce «pie, Cho* nos barbares «le u/auus-pèrcs , il ay avait qu'un fauteuil tout au plus dans un; maison, et ce fauteuil même ne semait que qiuuid.cn ouU. malade. U y a encore des provinces d Allemagne «1 d logjeterre ou uu fauteuil s'appelle, une* haisc de (lakiutcc.
Long-temps apre* Attila et Dagoucrl, quand 1« luxe s'introduisit dans les ooursct.qjtc les grauds de la terre curent deux ou trois fauteuils dans leurs don ions, ce fut une belle distinction de s'asseoir sur un de ces 'trônes ; cl Ici seigneur châtelain prenait acte comment, ayant été à demi-lieue de ses domaines faire sa cour à un comte, il avait été reçu dans un fauteuil à bras.
Ou voit, par les Mémoires de Mademoiselle, que cette auguste princesse passa un quart de sa vie dans les angoisses mortelles des disputes pour des chaises à dos. Dcvait-oit s'asseoir dans uue certaiuc chambre sur une chaise ou sur un tabouret, ou même ne point s'asseoir? Voila ce qui intriguait louto une cour. Aujourd bui les mœurs sont plus «mies; Les canapés et les chaises fougues suut employées par les dame* sans causer d'miharras dans la société.
Lorsque le cardinal de lUchelieai traita du mariage de Henriette de France et de Charles 1 avec les ambassadeurs d'Angleterre, l'alTairc fut sur le point d'être rompue pour deux ou trois pas de plus que les ambassadeurs exigeaient auprès d une porte ; et le cardinal se mil au lit pour trancher loutc dilliculté. L'histoire a soigneusement conservé cette précieuse circonstance. Je crois que, si on avait proposé à Scipion de se mettre nu cuire deux draps pour recevoir la visite d'Aïunbal, il aurait trouvé celte cérémonie fort plaisante.
La marche des carrosses, et ce qu'on appelle le haut du pavé, ont élé encore des témoignages de grandeur, des sources de prétentions, de disputes et de combats, pendant un siècle nnlicr. On a regardé couine «hic signalée victoire de f>«rc passer uu carrosse devant un autre carrosse. Il semblait , à vo'r le* ambassadeurs se promener dans les rues, qu'ils disputassent Je prix dans des cirques; cl, quand uu ministre d'Espagne avail pu Taire reculer un cocher portugais, il envoyait un courrier à Mailrid informer U roi son roaitre de ce grand avantage.
Nos historien* nous réjouissent par vingt courbai* à coups de poing pour la préséance ; te parlement contre les clercs de l'évéque a la pompe funèbre de Henri IV; la chambre des comptes contre le parlement dans la cathédrale, quand Louis XIII donna la France à la Vierge; le duc d Epernon dans l'église de Saint-Germain contre le garde-des-sceaux Du Vair. Les présidons des enquêtes gourmèrcnl dans Notre- Dame le doyen des conseillers de grand chambre Sa rare, pour le faire sortir de sa place d'honneur (ta»
«as
l'honneur est l'âme des gouverneiuens monarchiques ! ) j it on fat obligé de turc empoigner par quatre archers le président Berillon qui frappait comme un sourd sur ce pauvre doyen. Nous ne voyons -point de telles contestations dans l'aréopage
A mesure que las pays «ont barbares, ou que les cours «ont bibles,, le oéréraouial eut plus en vogue. La vraie puissance et la mie politesse dédaignent la vanité.
Il cet » croire qu^htfln on sodéfera de celte coutume qu'ont •eaeorc cfuebjrwfois les ambassadeurs, de se ruiner pour aller en» procession par les rues avec quelques carrosses de louait- rétablis ot redorés, précédés de quelquos laquais « pied. Cela ••'appelle faire son entrée; «4 il est asset plaisant de Taire son entrée dans uue ville sept >on hait mois après qu'on y est arrivé.
Cette importante •flaire dn eurttii/Jtoqut constitue la grandeur dos Romains modernes; cette science du nombre des pas qu'on elbit faire1 pour reconduire an moosigriorc, d'ouvrir un rideau à moitié ou tout-àr«it, de se promener dans une chambre à droite on à gauche (i); ce grand art, que les Fabius et les Casons n'auraient jaunit deviné, eommenec à baisser ; et les caudataircs des cardinaux se pluignenvque
Un colonel français émit dans ■BrwxcllcB un an après la prise de cotte ville par le maréchal de Sas* ; et, ne sachant que b«ro,'il'voulut aller «l'assemblée de la ville. Elle se tient chaa une priuoessc , lui diton. Soi|j répondit l'autre,, .que m'importe 7 Mais il n'y a qfc des ptincea q*ri ailloni là; étes-vous psinoc? Va, va,,dit le colonel,, ce o<a>t de bons peinons* j'en avais l:auuéc passée uue douiainc dans mon antichambre, quand nous etUtes pria la ville, al. ils étaient tous .fort jolis.
En relisant lioracc j'ai remarqué ne vers dans un* épilre à Mécène (livre I, ép. VU, v. sa) : Te, itik'n atnicc, revUnm. J'irai vous voir, mon hou ami. Ce M cène cuiula seconde penotwedo l'empire romaia, c'est-à-dire, un homme plus cou»nl< rdblc et plus puissant que ne l'est aujeusd'hai le plus grand monarque de l'Europe.
En relisant Corneille, j'ai remarqué que dans une lettre au grand Scudéri, gouverneur de Notre-Dame de la Garde, il s'exprime ainsi aii.aujel du cardinal de Richelieu : Momicur U cardinal . votre vtollrc et U mien. C'est peut-être la première foi* qu'on a parlé ainsi d'un ministre, depuis qu'il y a dans le monde des ministres, dus rois el des flatteurs. Le meute Pierre Corneille, au leur de Cinna, dédie humblement ce Ciuna au sieur de Monloroii, trésorier do l'épargne, quUl «ou» par* -mm fa< ©w * Auguste. Je suis faehé qu'il n'ait pas appelé Monioron m<v, rljfrnr.
On conte qu'un vieil officier <|ui savait peu le protocole de la vanité, ayaut écrit an i.iarquù dc LouvoU, M.' n»/. nr. «t u'ayaut point *ui de réponse, lui
( iX t> lui un quer. Ile. tir ce genre «ui LomilU je caidiual «le Bnui'klou ayi c la foiLCti <£ princr*se d« * L r«iuA, ton uitunc auiie ; 91 la I aiiic île «uUj (rmuK i»u*>i » oiiip qm- lui , uni* plus hsuiJa eu iiiuijue, fut une îles principal» wuscs de w parte.
écrivit Uomciyneur^ et n'en obtint pas* davantage , parce < que te ministre avait encore le Momicur sur le «oJut. Enfin il lui écrivit, à mon Dieu, mon Dieu Lowis ; et au commencement de la lettre il mit , Jfoa Dieu, mon Crtuteur ( i ). Tout cela ne prouve**-fl pas que les rtj.naius dn bon 'emps étaient grands «t modestes, et que noos sommes petits el vain* f
Comment vons portez-vous, mon cher ami? disait un duo «t pair a un gentilhomme. A votre service , mon cher ami, répondit l'virr»?; el des ce moment' il eut son cher ami pour ennemi imparable. Un grand de Portugal parlait à un grand d Espagne , et lui disait à tout moment, votie errcllencc. Le Castillan lai répondait , f être courtoisie ( tuestra merrcl ) : c'est le titre que I on donne aux gens qui n'en ont r*U. Le Portugais piqué appela I Espagnol à son tour l'urr? *vui toi ir : l'autre lui donna .dors de l'rr< clli-iiee. A la fin le Portugais lasse lui dit : Pourquoi me donnezvous toujours de la courtoisie quand je vous donne de l'excellence ? et pourquoi in'»op»,h,/.-vous votre excellence quand je vous dis votre courtoisie ? C'est que tous les titres me sont égaux, répondu humblement le Castillan, pourvu qu il n'y ail riend Vga eitre vous et moi.
La vanité des titres ne s'introduisit dans nos cli mats septentrionaux de I Europe que qnand les Romuins curent fait connaissance avec la sublimité asiatique. La plupart des rois de l'Asie étaient et sont encore cousins-germains du soleil et de la luuc : leurs sujets n'osent jamais prétendre à cette alliance; et tel gouverneur do province qui s intitule, Nu eoJe At conolation et Ho c tîe phii ir, serait empalé s'il Se disait parent le moins du monde de la lune et du soleil.
Constantin fut , je pense , le premier empereur romain qui chargea l'humilité chrétienne d une page de noms -fastueux. Il est vrai qu'.ivant lui on donnait du dieu aux empereurs. Mais ce mot dieu ne signifiait rion d'approchant de ce que nous entend -ut J>iVm< Auguras , divus voulaien' dire.
tmiiit Auguste, suint Trayi*. On croyait qu'il étai: de la dignité do l'empire romain que l'iiuie de son chef allât au ciel après sa mort ; et souvent même ou accorduit le titre do wr«t , de i/iWt , à l'empereur en 'avancement d hoirie. C'est à pou préi par celle rai ton que los premiers patriarches de l'égliso chrétienne s'appelaient tous votre sainteté. On les nommait ainsi pour les faire souvenir de ce qu';ls devaient être.
On so donne quelquefois a sci-merac des litres fort humbles, pourvu qu'où en reçoive de fort honorables. Tel abbé qui s'iulilulc /r.re, se fait appeler fnminjncur par ses moines. I-c pape se nomme >rrpiteurdes serviteur* de fUen. Un bon prêtre du llol stein écrivit un jonr an pape Pie IV : A Vie IK, <er. viteur îles serviteur* de Dieu. Il alla ensuite à Rome solliciter son affaire ; cl l'inquisition le fit mettre» eu prison pour lui apprendre a écrire.
(l) Le nioujWyririir <V» ii.Mii tir', <%1 ^iic t<inili<; c t> «i<-- •uctuile depuis eue l.-s plnrr» <îe srmiT:nre<i dViat ont été OTUpéas par de» pr»n.'j , qui s» «ernreirt cm» liomilW» 6e ti'èw»
, 11 n'y avait autre foi* que l'empereur qui eut le titre de ma jatc. Les autres rois s'appelaient voire
altesse, votre sérénité, votre grâce. Louis XI fut le premier en France qu'on appela communément malesté, titre non moins convenable en effet à la dignité d'un grand royaume héréditaire qu'à une principauté élective. Mais on se servait du terme d'altesse avec les rois de France long-temps après lui; et on voit encore des lettres à Henri III dans lesquelles on lui donne ce titre. Les états d'Orléans ne voulurent point que la reine Catherine de Médiois fût appelée majesté. Vais peu à peu celte dernière dénomination prévalut. Le nom est indiffèrent; il n'y a que le pouvoir qui ne le soit pas.
I.a chancellerie allemande, toujours invariabledans ses nobles usages, a prétendu jusqu'à nos jours ne devoir traiter tous les roisque de sérénité. Dans le fameux traité de Wcstpbalie, où la France cl la Suède donnèrent des lois au saint empire romain , jamais les plénipotentiaires de l'empereur ne présentèrent de mémoires latins où sa sacrée majesté impériale ne traitât avec les sérênissimes rois de France et de Suéde; mats , de leur côté , les Français et les Suédois ne manquaient pas d'assurer que leurs sacrées majestés de France et de Suède avaient beaucoup de grief» contre le sérenissime empereur. Enfin dans le traité tout fut égal de part et d'autre. Les grands souverains ont depuis ce temps passé dans l'opinion des peuples pour être tous égaux ; et celui qui a battu ses voisins a eu la préémiueuce dans l'opinion publique.
Philippe II fut la première majesté en Espagne; car la sérénité de Charles V ne devint majeur qu'à cause de l'empire. Les enfans de Philippe II furent les premières altesses, et ensuite ils furent altesses royale. Le dur. d'Orléans , frère de Louis XIII , ue prit qu'en îG3i le titre d'altesse royale : alors le prince de Condé prit celui d'altesse sérenissime , que n'osèrent s'arroger les ducs de Vendôme. Le duc de Savoie fut alors altesse royale , et devint ensuite majesté. Le grand-duc de Florence en Ut autant , à la majesté près ; et euGu le czar , qui n'était connu en Europe que sous le nom de grand-duc, s'est déclaré anyercur, et a été reconnu pour tel.
11 n'y avait anciennement que deux marquis d'Allemagne , deux en France , deux en Italie. Le marquis de Braudebourg est devenu rot, et grand roi; mais aujourd'hui nos marquis italiens et français sont d'une espèce un peu différente.
Qu'un bourgeois italien ait l'honneur de donner à dincr au légat de sa province, et que ce légat en buvant lui dise : Monsieur le marquis , à votre santé, le voilà marquis lui et ses enfans à tout jamais. Qu'un provincial on France, qui possédera pour tout bien dans son village la quatrième partie d'une petite châtcllcnic ruinée , arrive à Paris , qu'il y fasse un peu de fortune, ou qu'il ait l'air de l'avoir faite, il s'intitule dans ses actes, Haut et puissant seigneur, marquis et comte; et son lils sera chez son notaire, treskaut et trcs-pui<sant seigneur; et comme cette petite ambition ne nuit en rien au gouvernement , ni à la ajQcit'té civile, on n'y prend pas garde. Quelques seigneurs fraoçai* se vantent d'avoir dos barons alle-
mands dans leurs écuries : quelques seigneurs allemands disent qu'ils ont des marquis français dans leurs cuisiucs : il n'y a pas long-temps qu'un étrauger, étant à Naplcs, fit son cocher duc. La coutume en cela est plus forte que l'autorité royale. Soyez peu connu à Paris , vous y serez comte ou marquis tant qu'il vous plaira ; soyez homme de robe ou de finance, et que le roi vons donne un marquisat bien réel, tous ne serez jamais pour cela monsieur le marquis. Le célèbre Samuel Bernard était plus comte que cinq cents comtes que nous voyons qui ne possèdent pa» quatre arpeus de terre; le roi avait érigé pour lui sa terre de Couberf en bou comté. S il se fut fait amion ccr, dans une visite, le comte Bernard, on aurait éclaté de rire. Il en va tout autrement en Angleterre. Si le roi doune à un négociant un titre do comte ou de baron , il reçoit saus difficulté de toute la nation le nom qui lui est propre. Les gens de la plus haute naissaucc,le roi lui-même, l'appellent milord, monseigneur. Il en est de morne en Italie ; il y a le protocole des monsignori. Le p9pc lui-même leur donne ce titre. Son médecin est mous ignore, et personne n'y trouve à redire.
En France le monseigneur est une terrible affaire. Un évéque n'était avant le cardinal de Richelieu q«a mon rcVére/u/tsaitme- père en Dieu.
Avant l'année 1 635, non-seulement les évéque* ne se monscignenrisaient pas , mais ils ne donnaient point du monseigneur aux cardinaux. Ces deux habitudes s'introduisirent par un évéque de Chartres qui alla eu camail et en rochel appeler monseigneur le
cardinal de Richelieu; sur quoi Louis XIII dit, si l'on en croit les Mémoires de l'archevêque de Toulouse Montcbal : « Ce Chartrain irait baiser le derrière du cardinal , et pousserait sou nez dedans jusqu'à ce qtw l'autre lui dît : Cest assez, t..
Ce n'est que depuis ce temps que les évéques se donnèrent réciproquement du monseigneur.
Celte entreprise u'essuya aucune contradiction dans le public. Mais comme c'était un titre nouveau qne les rois n'avaient pas donné aux évéques, ou continua dans les édits, déclarations, ordonnances, et dans tout ce qui émane de la cour, a ne les appeler que siVur ; et messieurs du conseil n'écrivent jamais à un évéque que mensicur.
Les ducs et pairs ont eu plus de peine à se niclir" en possession du monseigneur. La grande noblesse, et ec qu'on appelle la gramlc robe, leur refusent tout net cette distinction. Le comble des succès de l'orgueil humain est de recevoir des titres d'honneur de ceux qui croient être vos égaux; mais il est bien difficile d'arriver à ce point : on trouve partout l'orgueil qui combat l'orgueil (t).
(i ) Lotus XIV • décidé que U nobiease non titrée donnerai le moiurionriw aux nuràdiaux de France, et elle s'y est tournis* uni beaucoup de peine. Chacun espère derenir iMnsti Sjnenr a ton tonr. Le mémr prince a donne dei preropative» p*i Meulières a quelques famille*. Celle* de la maison de Lorrain» ont excité prn de réclamation*; et maintenant il est sssci difficile à l'orgueil d on genlUlwmme de et croire absolument légal à'hammt* sortis d'une maison ineontrMablrmcnl souveraine d« pais tept sirclrs, qui a donné deux rentra a la France, gui enfin •M montée sur te triste impérial.
Quand le* ducs exigèrent que les pauvres gentils hommes leur écrivissent monseigneur , les présidons à mortier en demandèrent autant aux avocats cl aux procureurs. On a connu un président qui ne voulut pas se faire saigner, parc* que son chirurgien lui avait dit : « Monsieur , de ijuel bras voulez-vous que je vous saigne? » Il y eut un vieux conseiller de la graud'ebambre qui en usa plus franchement. Ur plaideur lui dit : « Monseigneur, monsieur votre secrétaire... » Le conseiller l'arrêta tout court : Vous avex dit trois sottises en trois paroles : Je ne suis point monseigneur ; mon secrétaire n'est point monsieur; c'est mon clerc.
Pour terminer ce grand procès de la vanité, il faudra un jour que tout le monde soit monseigneur dans la nation; comme toules les femmes qui étaient autrefois mademoiselle sont actuellement madame. Lorsqu'on Espagne un mendiant rcnctntre un autre gueux , il lui dit : « Seigneur, voire courtoisie a-t-cllo pris son chocolat? » Cette mauiére polie de s'exprimer élève l'Âme, et cousci vv la dignité de l'espèce.
César et Pompée s'appelaient dans le sénat, César et Pompée. Mais ces gens-là ne savaient pas vivre. Us finissaient leurs lettres par Fuie, adieu. Nous étions, nous autres, il y a soixante ans, affectionnes serviteurs; uous sommes devenus très-humbles et tresobéissans; et actuellement nous avons l'honneur de litre. Je plains votre postérité; elle no pourra que dilucilcmeut ajouter à ces belles formules.
Le duc d'Lpernou, le premier des gascons pour la fierté, mais qui n'était pas le premier des hommes d'état, écrivit avant de mourir au cardinal de Richelieu, et finit sa lettre par votre tres-humblc et trèsobéissant; mais, se souvenant que le cardinal ne lui avait donné que du tris-a([ectionnc , il fit partir un exprès pour rattraper sa lettre qui était déjà partie, la recommença, signa lr'es-a\[cclionnc, et mourut ainsi au lit d'honneur.
Nous avons dit ailleurs une grande partie de ces s. Il est bon de les inculquer pour corriger au
Les honneur* de* mutons de Bouillon ai de Rouan ont souffert plus de difficultés. On ne peut nier qu'elle» n'aient existé pendant long temps uns être distinguées du reste de la noblesse. D'autres familles sont parvenues S pc*séd< r de petites souverainetés connue relie de Bouillon. Ungrsnd nombre pourrait égalera ni citer de fraudes alliances ; et si on donnait un rang distingué à tous ceux que les généalogistes font descendre des ancien* souverains de nos provinces, il y aurait presque autant d'altesses que de marquis ou de comtes.
i XIV a»ait ordonné «os secrétaire» d'état de donner la ix gentilshommes de «es deux maisons, mais ceux des secrétaires d'état qui ont été tirés dn cerpa de la noblesse, se sont crus dispenses de ceue loi en qualité de gentils* hommes. Louvois s'y soumit et il écrivit un jour au chevaUet de Bouillon :
la ferai meure dans un cachot. Je sois avec respect, etc. »
Maintenant ces princes ne répoudent point sus lettres où l'on ne leur donne pas le nsonscijncur et l'altesse, à moins qu'us n'aient besoin de vous; et 1s noblesse leur refuse l'un et l 'autre, a moins qu'elle n'ait besoin d'eux. Quand un gentilhomme qui ■ un peu de vanité passe nn acte avec eus, il leur laisse prendre tous l. s titre» qu'ils veulent , mais il ne manque pas de protester •outre ces litres cbes son notaire. Ij sanité • deux tonneau somme Jupiter, mais le bon est souvent bien vide.
i ict. rua.
quelques coqs - d'Inde qui
CERTAIN, CERTITCDE.
leur vie à
des
, fortune est
mes parens ne m'abandonneront jamais; on me rendra justice ; mon ouvrage est bon , il sera bien reçu ; on me doit, on me paiera; mon anut.1 sera lidelc, il l'a juré; le ministre m'avancera, il l'a promis eu passant : tontes paroles qu'un homme qui a un peu vêtu raye de son dictionnaire.
Quand les juges condamnèrent Langlade, le Brun , Calas , Sirveu , Martiu , Montbailli , et tant d'autres , reconnus depuis pour innocens, ils étaient certains, ou ils devaient l'être, que tous ces infortunes étaient coupables; cependant ils se trompèrent.
11 y a deux mauiùrcs de se tromper, de mal juger, de s'aveugler; celle d'errer eu homme d'esprit, et celle de décider comme un sot.
Les juges se trompèrent en gens d'esprit dans l'affaire de Langlade, ils s'aveuglèrent sur les apparences qui pouvaient éblouir; ils n'examinèrent point assex les apparences contraires; ils se servirent de leur esprit pour se croire certains que Lauglade avait commis un vol qu'il n'avait certainement pas commis : et, sur celte pauvre certitude, incertaine de l'esprit humain, un gentilhomme fut applique à la question ordinaire et extraordinaire , de là rcplougé sans secours dans un cachot, et condamné aux galères où il mourut; sa femme renfermée dans un autre cachot avec sa fille âgée de sept ans, laquelle depuis épousa an conseiller au même parlement qui avait condamné le pire aux galères, et la mère au bannissement.
Il est clair que les juges n'auraient pas prononcé cet arrêt , s'ils n'avaient été certains. Cependant , dès le même temps de cet arrêt, plusieurs personnes savaient que le vol avait été commis par uu prâtre nommé Gagnât , associé avec un voleur de grand chemin : et l'innocence de Langlade ne fut reconnue qu'après sa mort.
Ils étaient de mfmc certains y lorsque, par une sentence en première instance, ils condamnèrent à la roue l'innocent Le Brun qui, par arrêt rendu sut son app<>l , fut brisé dans les tortures, et en mourut.
L'exemple des Culas et des Sirven est assex connu ; celui de Martin l'est moins. C était un bon agriculteur d'auprès de Bar en Lorraine. L'n scélérat lui dérobe son habit, et va sous cet habit assassiner sur le grand chemin un voyageur qu'il savait chargé d'or , et dont il avait épié la marche. Martin est accusé; son habit dépose contre lui; les juges regardent cet indice comme une certitude. Ni la conduite passée du prisonnier, ni une nombreuse famille qu'il élevait dans la vertu , ni le peu de monnaie trouvé cbex lui , probabilité extrême qu'il n'avait point volé io mort ; rien ne peut le sauver. Le juge subalterne se fait un
roué; et par une fatalité malheureuse , la sentence est coufirmée à la Toumelle. Le vieillard Martin , est rompu vif en attestant Die» de ton iuaoocnce jusqu'au dernier soupir. Sa famille se disperse ; aou petit bien est confisqué. A peine ses membres rompus