‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 142 sur 551 · DELA CHINE · texte numérisé non relu

DELA CHINE

SECTION raEMitae

Nous avons assez remarqué ailleurs combien il est téméraire et maladroit de disputer à uuc nation telle que la Chinoise ses titres authentiques. Nous n'avons aucune maison en Europe dont l'antiquité soit aussi bien prouvée que celle de l'empire de la Chine, figurons-nous un savant maronite du mont Athos, qui contesterait la noblesse des Morozini, des Tiepolo, cl des autres anciennes maisons de Venise, des princes d'Allemagne, des Montmorency, des ChAtillon, de* Talleyrand de France , sous prétexte qu'il n'en est parlé ni dans saint Thomas, ni dans saiut Bonavcnture. Ce maronite passerait-il pour un homme de bon

sens ou de bounc foi ?

Je ne sais quels lettrés de nos climats se sont effrayés de l'antiquité de la nation chinoise. Mais ce n'est point ici une affaire de scolaslique. Laissez tous les lettrés chinois, tous les mandarins, tous les empereurs , reconnaître Fr«A» pour un des premiers qui donnèrent des lois à la Chine tnviron deux mille cinq ou six cents ans avant notre ère vulgaire. Convenez qu'il faut qu'il y ait des peuples avant qu'il y ait des rois. Convenez qu'il faut un temps prodigieux avant qu'un peuple nombreux , ayant inventé les arts nécessaires, se soit réuni pour se choisir un maître. Si vous n'en convenez pas , il ne nous importe. Nous croirons toujours sans vous que deux et deux font quatre.

Dans une province d'Occident, nommée autrefois la Celtique, on a poussé le goui de la singularité et du paradoxe jusqu'à dire que les Chinois n'étaient qu'une colonie d'Egypte , ou bien , si l'on veut , de Phénîcie. On a cru prouver, comme on prouve tant d'autres choses, qu'un roi d'Egypte appelé Ménès par les Grecs, était le roi de la Chine Yu , et qu'Atoès était A'j, en changeant seulement quelques lettres; et voici de plus comme on a raisonné.

Les Egyptiens allumaient des flambeaux quelque- ; fois pendant la nuit, les Chinois allument des lanternes; donc les Chinois sont évidemment un:* colonie d'Egypte. Le jésuite Parennin , qui avait déjà vécu vingt-cinq ans à la Chine, et qui possédait également la langue et les sciences des Chinois, a réfuté toutes ces imaginations avec autant de politesse que de mépris. Tous les missionnaires, tous les C.)mn>i<; n qui

(*) P»r Moncrif , de l'iiodcmic frnnç iUe.

Î>ICTI0KNA1RE

Pon conta qu'an bout de l'Occident on ferait la réforme de l'empire «le la Chine , ne firent qu'en rire. Le Père Parrnniu répondit un peu plus sérieusement. Vos Egyptiens , disait-il , passèrent apparemment par l'Inde pour aller peupler la Chine. L'Inde alors «ttitellc peuplée ou non? m tille* l'était, aurait -elle laissé passer une armée étra.i^èrc? si dit» ne l'était pas, lu s Égyptiens ne seraient-ils r.iis rcté» dans l'Inde? auraient-ils pénétré |...r des déserts et des montagnes impraticables jturju'a h Gliino , pour y aller fonder des colonies, tandis qn ils pouvaient si aisément en établir sur les rivage; fertiles de l'Inde et du Gange.

Les compilateurs d'une histoire universelle imprimée en Angleterre ont voulu auss: dépouiller les Chinois de leur antiquité, parce que les jésuites étaient les premiers qui ava>n' bien fait connaître la Chine. C'est l.i sans do-j'e une Loune raison pour dire à toute une nation : fou* en »uri menti.

11 y a, ce me semble, une réflexion bien importante .t faire surlestémoignapc?qucConfut/.é, nommé parmi iiousConfucius, r*"d l'antiquité de sa nation; c'est que CoufiiUé n'avait url ir'érêt de mentir; il ne fesait point le prophète, il ne se disait point inspiré, il n'enseignait point une religion nouvelle, il ne recourait point aux prestiges; il ne flatte point l'empereur sous lequel il vivait, il n'en parle seulement pas. C'est enfui le seul des instituteurs du monde qui no ce soit point f.iit suivie par des femmes.

J ai connu un philosophe qui n'avait que le portrait de Coufuciusdaus son arriére eabiuet; il mit au bas ces quatre vers :

D« U truie rniaoïi t iliitsirr inlernri'te, San* él.louir lr moo'e, eHiiranl Irt r»pviu, 11 ne pnrU q-i'm «a»r. et jauni» en prophète r Cependant on le crut, et même en «ou pays.

J'ai lu ses livres avec attention , j eu ai Tait des extraits ; je n'y ai ltou\ 6 que la morale la plus pure , tans aucune teinture de charlatanisme. Tl vivait six cents ans avant noire ère vulgaire. Ses ouvrages furent commentés par loi plus savans hommes de la nation. S'il avait menti , s'il avait fait une fausse chronologie, s'il avait parlé d'empereurs qui n'eussent point existé, ne se serait-il trouve personne dans onc nation savante qui eût réformé la chronologie de ConfutJié? Lu seul Chinois a voulu le coutredire, et il a été universellement bafoué.

Ce n'est pas iji la peine d opposer le monument de la grande muraille de la Chine iux monumeus des autres ua'ious qui n'eu ont jamais approché; ni de redire que les pyramides d Egypte ne sont i|uc des masses inutiles cl pu-'riles en compaiaisou de co grand ouvrage; ni de parler de trente-deux éclipses calculées dans l'ancienne chronique de la Chine, dont \ingt-hnit ont été vérifiées par les mathématiciens d'Europe; ni de faire voir combien le respect des Chinois pour leurs ancêtres assure l'existence de ces mêmes ancêtres; ni de répéter au long combien ce même respect a nui chci cu\ au progrès de la physique, de la géométrie cl de l'astronomie.

On sait asscr. qu'ils sont encore autonrd'bni ce que nous étions tous il y a environ trois cents ans , des raisonneurs tres-ignoraus. Le plu» savant Chinois

rassemble à un de nos savnns dn quinzième sicclotjur possédait son Aristotc. Mais on "peut ftte mauvais physicien et 'on ex collent moraliste. Aussi c'est dans la morale et dans l'économie politique, dans l'agricaltnrc, dans les arts uéeeratrires , qwe les Chinois se «ont perfectionnés. Nous Icnr avons enseigné tout le reste; mais diras ootte partie nous dovittnrêtre leur* disciples.

De l expulsion des wsMj'owrairt» de le Chine.

Humainement parlant, ot indépcrahmn'.ent des services que les jésuites pouvaient rendre à la religion chrétienne , n'étaient-ils pas b.'rjn nalheurcuï d'vlrc venus de si loin porter la discorde ot le iroubte dans le plus vaste royaume et le mieux policé de U terre? Et o'clail-cc pas abuser horribloiucut de l'indulgence cl de la bonté dos peuples orientaux , surtout après les torrens de sang verses à bar occasion au Japon ? scène affreuse dont cet •npirc r'a cru pouvoir prévenir les suites qu'on fermant ses portas à Unis les étrangers.

Les jésuites avaient obtenu dt l'ompcreûY de la Cli i ne Cnm-Jii la permission •d'etisoigvcr ht catholicisme; ils s'en servirent pour faîne ~roi<re » U petite portion du peuple dirige par eu*, qu'on ne pouvait servir d'autre maître que celui qui luirait la plaça de Dieu sur la terre, et qui reaidait ou -'alic sur le bord d'uue petite rivière nommés le Tibre; que toa*c aotra •pinioxi vehgieuBe, tout attire oahe, était abominable alix yeux de Bien , et qn'rt pmrimlt étwn**lctn*rH't|uiconqms ne «Mirait pas aax jésuites ; que Ictnpemii Cam-bl, lew bienfaiteur, qui ne pouvait pas prononcer christ parce que les Chinois n'oat point la lettre , serait damné à tout jamais ; que l'empereur YotMchin son fils 16 serait sans miséricorde; que «oui

leurs descondans le seraient ainsi «ruo tout Infeste de la terre ; et que le* révérends pères jésuites avaient une compassion vraiment paternelle de ht damnation do tant d'il mes.

lis vinrent à boni flo persuaaer trois princes du sang lartara. Copcudaut l'empereur Cam-ai mourut a la lin de i jfla. Il bissa l'empire à son quatrièmo fils Yotilcbin, qui a été si célèbre dans le monde entier par lu justice et par la sagesse de w gonvornenant , par l'amour do ses sujets ot par l'erpulsiou des jésuites.

Ils commencèrent par baptiser les trois princes et plusieurs personnes do leur maison : ces néophytes

eurent le malheur de désobéir î I empereur on quelques poinlsqui ne regardaient que le sorvicemilitaire. Pendant ce Icmpa-là même 1 indignation de tout Icmpirc éclata contre les missionnaires; tous les gouverneurs des proviiiccs, tous les colaos ,, présentèrent contre eux des mémoires. Les accusation; furent portées si loin qu'on mit aux fers lîs tr«,is prince* disciples des jésuites.

Il est évident que ce n'était pas pour avoir étr baptisés qu'on les traita si durement, puisque les jésuites eux-mêmes avouent dans leurs lettres qua pour eux ils n'essuyerent aucune violence, et <jm>

môme il* fissent admis A une audience de l'empereur, qui les honora de quelque» présens. Il ostdone prouvé que l'empereur Youtdiin n'était nullement persécuteur; et ai les priuoos lurent renfermés dans une prison «ers la Tartario . tandis qu'an traitait si bien leurs convertisseurs, c'est une preuve indubitable qu'ils étaient prisoauuers d'eiat, « non pas martyrs.

L'empereur céda biealôl «sut cri» do la Chine entière; on domandait le renvoi dos jésuite», comme depuis en France et dans d'auirt» paya on a demar-ué leur abolition. loua le» teibona** de la Cbiue vomlaient qufiu les fitpartir «w-te-eU*mp pour Macao, qui est regardé oaant uuo plaae séparta do l'empire, et dont on. a laissé toujours la possession aux Portugais avec garnison chinoise.

Yonlcbin eut I» bonté de consulter les gouverneur», pour savoir s'il y aurait quoique danger à faire conduire tous los jésuites dans lu province de Canton. En attendant la réponse il Cl vouir trois jésuites en sa présence, at leur dit cos propics paroles que le père Parennin capporlc avec beaucoup d* bonne foi: h Vos Européens dans la province du Fo-Kion voulaient anéantir noslojs(<<)et troublaicnt< nos pcuplo»; les tribunaux me les ont détarés; j'ai dd pourvoira

ces désordres; il y va de l'intérêt do l'eeapire

pue diriez -voua ai j'envoyai» dans votre paya une troupe de bonze*: et de lamaa preebar leur loi? comment las. recevriez- vous? Si. vous avez su, tromper mon père, n espérez pas me tromper de même... Vous voulez que les Chinois se tassent chrétien» , votre loi le demanda, je le sais bien; mais.alfias.qua devkndrionsHicatsl !ea sujet* d» voa nuis. La* ebr*tiens ne «rotent quovous; d*u u* temps de trouWe ils n'écouteraient d'autre v*à». que. la. vdlaa. Je «ai» bien qu'actuellement il n'j a. rie* à creénd».;, mai» quand lc*%*isseaux vieudxoat nu^ al di* mille,, alors il pourrait y atwir du desuadre.

m La Chine lau-uoid. toucha le royaume des Eusses qui n'est pas méprisable ; elle a an aud les Européens et leur» royaumes qui sont encore plus couaub! râbles (•) ; et a l'ouest tes pr»«c*a>.Taxtaxie qui nous

font la guerre depui* huit ans Laurent Lange,

compagnondu priucc lsraaelof, ambassadeur due**!, demandait qu'où acrordàt.aux Eusses la pernussio» d'avoir. daus louais les provinceauue teclorene; ou ne la permit qu'à Pékin et sur le» liantes de Ealkas. Je vous permets de demeurer de marne ici et à Eanton, tant que vousuc donnerez aucun sujctde plainte} et , si voua eu donnez, je ne vous lauserai ai ici , ni à Kanloa. a

On abattit leurs maison» et leurs églises dan» toutes te» autre» provinces. Enfin les plaintes contre eux redoublèrent. Ce qu'on leur reprochait le plus, c'était dlaiteibur dans les enfousle sespect pour leurs pères, en ne rendant poirt Un honneur.* dusauv aueêtres; d'asjemblor indécemmout les juunes gen* et

tes filles dan» les lieux écarté» qu'il» appelaient r

i<)li>cs; de faire agenouiller les fdles entre leurs jambcs, et de leur parler bas en celle posture. Rien no * paraissait plus monstrueux à la délicatesse chinoise. L'empereur Yonlchiu daigna mémo en avertir les jésuites ; après quoi il renvo) a la plupart des missionnaires à Macao, mais avec des politesses et des attentionadont lus seuls Chinois peut-être sont capables.

Il retint à Pékiu quelques jésuites mathématiciens, entre autres co mémo Pareiciiu dont nous avons déjà parlé, ol qui, possédant parfaitement le chinois et le tartarc, avait souvent servi d'interprète. Plusieurs jésuites se cachèrent dans des provinces éloignées , d'autres dans Kauton mime; cl on ferma les yeux.

Enfin l'empereur Youlchin étant mort, son fils et son successeur Kiîn-Long acheva do contenter la nation en fesaut partir pour Macao tous les missionnaires déguisés qu'on put trouver dans l'empire. Un édit solennel leur en ;nlerdit à jamais rentrée. S'il en vient quelques-uns, on k'S prie civilement d'aller exercer leurs talens ailleurs. Point de traitement dur, point de persécution. On m'a assuré qu'en 1 760 un jésuite de Rome étant allé à Kanton , cl ayant été déféré par un facteur do» Hollandais, le rolao gouverneur de Kanlon le renvoya avec un présent d'une pièce de soie , des provisions et de l'argent.

Du prétendu athéisme dt ht Chine.

On a examiné plusieurs fois ccUe accusation d'etbmmo , intentée par no» théologaux d'Occident contre le gouvernement chinois (i) s l'autre bout dn monde; c'est assurément lo dernier excès de nos folies et do nos contradictions pédanteaque». Tantôt o» prétendait dans une de nos facultés que les tribunaux ou parlemens de la Chine étaient idolâtres, tantôt qu'ils no reconnaissaient point de divinité; et ces raisonneurs poussaient quelquefois leur fureur de raisonner jusqu'à soutenir quo les Chinois étaient à la fois athée» et idolâtres.

Au mois d'octobre 1 70e , te Sorbonno déclara bérétàfjuos toutes les propositions qui sotitouaient que l'empereur ot los colaos cravatent eu Dieu. On fesak de gros livre* dans lesquels 00. dé montrait , 1 façon théologiquo de démontrer, < doraient que lo ciel matériel.

.Vil p»«!«r nui** cl enrli ni»m«n aJcrant.

Mais, s'ils adoraient ce «"ici matériel, c'était don« là leur dieu. Ils ressemblaient aux Perses qu'où dit avoir adoré le soleil; ils ressemblaient aux anciens Arabes qui adoraient R« étoiles ; il» n'étaient donc ni fabricatcurs d'idoles, ni athées. Mais un docteur n'y regarde pas de si près quand il s'agit dans .'on tripot de déclarer une proposition hérétique et mal sonnante.

Ces pauvres gens, qui fesaient tant de fracas ca 1 -00 sur le ciel matériel des Chinois, ne savaient pas qu'en i68<) les Chinois ayant fait la paii avec les Russes à Niplcbou, qui est la limite des deux empires,

(b) Voyn dans la Siècle de Louis XIV, dans l'Es-»! mX ht mut et l'espm de* aatiout, et 1

ils érigèrent la même année, le 8 septembre, an monument de marbre sur lequel on grava en langue chinoise et en latin ces paroles mémorables :

Si quelqu'un a jamais la pensée de rallumer le feu de la guerre, nous prions le ieigneur souverain de toute» chose», tjui connaît le* txcurt, de punir cet perfides, etc. (e).

Il suffisait de savoir uu peu de l'histoire moderne pour mettre fin à ces disputes ridicules; mais les gens qui croient <|uc le devoir de 1 homme consiste à commenter saint Thomas et Scot , ne s'abaissent pas à «'informer de ce qui se passe entre les plus grands empires de la terre.

SECTION II

Nols allons chercher à la Chine de la terre, comme ai uous n'en avions point ; des étoffes, comme si nous manquions d'étoffes; une petite herbe pour infuser dans de l'eau , comme si nous n'avions point de simples dans nos climats. En récompense, nous voulons couvertir les Chiuois : c'est un zèle très-louable ; mais il ne faut pas leur contester leur antiquité, et leur dire qu'ils sont des idolâtres. Trouverait-on bon, en vérité, qu'un capucin, ayant été bien reçu dans un château des Montmorency, voulût leur persuader qu'ils sont de nouveaux nobles, comme les secrétaires du roi, et les accuser d'être idolâtres, parce qu'il aurait trouvé dans ce château deux ou trois statues de connétables, pour lesquelles ou aurait un profond respect ?

Le célèbre Wolf , professeur de mathématiques dans l'université de Hall , prononça un jour un trèsbon discours « la louange de la philosophie chinoise ; il loua cette ancienne espèce d'hommes qui diffère de nous par la barbe, par les yeux, par le nez, par les oreilles et par le raisonnement; il loua, dis- je, les Chinois d'adorer un Dieu suprême, et d'aimer la vertu; il rendait celte justice au* empereurs de la Chine, aux colaos, aux tribunaux, aux lettrés. La justice qu'on rend aux bonzes est d'une espèce différente.

11 faut savoir que ce Wolf attirait à Hall un millier d'écoliers de toutes les nations. Il y avait dans la même université un professeur de. théologie nommé Lange, qui n'attirait personne; cet homme, au désespoir de geler de froid scnl dans son auditoire, voulut, comme de raison, perdre le professeur de mathématiques; il ne manqua pas, sclou la coutume de ses semblables, de l'accuser de ne pas croire eu Dieu.

Quelques écrivains d'Europe, qui n'avaient jamais été a la Chine, avaient prétendu que le gouvernement de Pékin était athée. Wolf avait loué les philosophes de Pékin, donc Wolf était athée; l'envie et la haine ne font jamais de meilleurs syllogismes. Cet argument de Lange, soutenu d'une cabale et d'un protecteur, fut trouvé concluant par le roi du pays, qui envoya on dilemme en forme au mathématicien ; ce dilemme lui donnait le choix de sortir de Hall dans vingtqua'rc heures, ou d'être pendu. Et comme Wolf raisonnait fort juste, il ne manqua pas de partir; sa retraite ÔU au roi deux ou trois cent mille cens par an,

(t) Vo)ci l'Histoire de la Rimic sou» IWe 1", écrite tur ka «émoi*, envoy* p.r lunpiTotric* Élùwbnl,.

que ce philosophe fesait entrer dans le royaume par l'afflucncc de ses disciples.

Cet exemple doit faire sentir aux souverains qu'il ne faut pas toujours écouter la calomnie, et sacrifier un grand homme à la fureur d'un sot. Revenons à la Chine.

De quoi nous avisons-nous, nous autres au bout de l'Occident, de disputer avec acharnement et avec des torrens d'injures, pour savoir s'il y avait eu quatorze princes ou uou avant Fo-hi, empereur de la Chine, et si ce Fo-hi vivait trois mille ou deux mille neuf cents ans avant notre ère vulgaire? Je voudrais bien que deux Irlandais s'avisassent de se quoreller à Dublin pour savoir quel fut au douzième siècle le possesseur des terres que j'occupe aujourd'hui ; n'estil pas évident qu'ils devraient s'en rapporter à mo! qui ai les archives entre mes mains? 11 en est de même à mon gré des premiers empereurs de la Chine; il faut s'en rapporter aux tribunaux du pays.

Disputez tant qu'il vous plaira sur les quatorze princes qui régnèrent avant Fo-hi, votre belle dispute n'aboutira qu'à prouver que la Chine était très-peuplée alors, et que les lois y régnaient. Maintenant, je vous demande si une nation assemblée, qui a des lois et des princes, ne suppose pas une prodigieuse antiquité? Songez combien de temps il faut pour qu'un concours singulier de circonstances fasse trouver le fer dans les mines, pour qu'on l'emploie à l'agriculture, pour qu'on invente la navette et tons les autres arts.

Ceux qui font les en (ans à coup de plume ont imaginé un fort plaisant calcul. Le jésuite Pétan, par une belle supputation, donne à la terre, deux cent quatrevingt-cinq ans après le déluge, cent fois plus d habitai» qu'on n'ose lui en supposer à présent. Les Cumbcrland et les Whiston ont fait des calculs aussi comiques-, ces bonnes gens n'avaient qu'à consulter le* registres de nos colonies en Amérique, ils auraient été bien étonnés, ils auraient appris combien peu le genre humain se multiplie, et qu'il diminue très-souvent au lieu d'augmenter.

Laissons donc, nous qui sommes d'hier, nous descendans des Celtes, qui venons de défricher les forêts de nos contrées sauvages; laissons les Chinois et les Indiens jouir en paix de leur bcao climat et de leur antiquité. Cessons surtout d'appeler idolâtre* l'empereur de la Chine et le soubab de Dékan. n ne faut pas être fanatique du mérite chinois; la constitution de leur empire <îst à la vérité la meilleure qui soit au monde; la seule qui soit toute fondée sur le pouvoir paternel ; la seule dans laquelle un gouverneur de province soit puni, quand en sortant de charge il n'a pas eu les acclamations du peuple; la seule qui ait institué des prix pour la vertu , tandis que partout ailleurs les lois se bornent à punir le crime; la seule qui ait fait adopter ses lois à ses vain queurs, tandis que nous sommes encore sujets a«i« coutumes des Burguudiens, des Francs et des Goths, qui nous ont domptés. Mais on doit avouer que 1* petit peuple, gouverné par des bonzes, est aussi fripon que le nôtre; qu'on y vend tout fort cher aui étrangers, ainsi que chez nous; que dans les sciences,

tlIKIMI

PH1QUF.

les Chinois son! encore au terme où nous étions il y a deux cents ans; qu'ils ont comme nous millo préjugés ridicules; qu'ils croient aux talismans, à l'astrologie judiciaire , comme nous y avons cru longtemps.

Avouons encore qu'ils out été étonnés de notre thermomètre , de notre manière de mettre des liqueurs à la glace avec du salpêtre , cl de tontes les expériences dcTorricelli et d'Otto dcGucrick, tout comme nous le fûmes lorsque nous vîmes ces a ru us emens de physique pour la première fois; ajoutons que leurs médecins ne guérissent pas plus les maladies mortelles que les nôtres, et que la nature toute seule guérit à la Chine les petites maladies comme ici; mats tout cela n 'empêche pas que les Chinois, il y a quatre mille ans, lorsque nous ne savions pas lire , ne sussent toutes les choses essentiellement utiles dont nous nous vantons aujourd'hui.

La religion des lettrés, encore une fois, est admirable. Point de superstitions, point de légendes absurdes, point de ces dogmes qui insultent à la raison et à la nature, et auxquels des bonzes donnent mille sens différons, parce qu'ils n'en ont aucun. Le culte le plus simple leur a paru le meilleur depuis plus de quarante siècles. Us sont ce que nous pensons qu'étaient Scth , Enoch et Moé ; ils se contentent d'adorer un Dieu avec tous les sages de la terre, tandis qu'en Europe on se partage entre Thomas et Bonavcnlure, ■ Calvin et Luther, entre Jansénius et Molina

CHRISTIANISME (t).

SECTION PHEMlfelE.

Établissement du christianisme dans son état civil et politique.

Dieu nous garde d'oser mêler ici le divin au profane, nous ne sondons point les voies de la Provideuce. Hommes, nous ne parlerons qu'à des hommes.

Lorsque Antoine et ensuite Auguste eurent donné la Judée à l'Arabe Herode, leur créature et leur tributaire, ce prince, étranger chu les Juilk, devint le plus puissaut de tous les rois. U eut des porta sur la Méditerranée, Ptolénnidc, Ascaion. Il biiit des villes, il éleva un «impie au dieu Apollon dans Ubodes, un temple à Auguste dans Césaree. 11 bâtit de fond en comble celui de Jérusalem , et il en Gt une très-forte citadelle. La Palestine, sous son règne, jouit dune profonde paix. Enfin, il fut regardé comme un messie , tout barbare qu'il était dans sa famille , et tout tyran de son peuple dont il dévorait la substance pour subvenir à vt» grandes entreprises. Il n'adorait que César , et il fui presque adoré des hérodiens.

La secte des Juifs était répandue depuis longtemps dans l'Europe et dans l'Asie; mais ses dogmes étaient entièrement ignorés. Personne pc connaissait

(0 "*>» deux articles Caatm axisiu , tiré de deux ouvrage* ililt'rem, iooi imprime* ici *uivaiu l'ordre cliroimlogiqoe. On y «oit eoiumait M. de Voltaire »'enLardi**»il peu < peu a le » ci k •ode dont u**ahd abord t

DJCT, PHIL

les livres juif*, quoique plusieurs fussent, Jit-on, , déjà traduits en grec dans Alexandrie. Ou ne savait des Juifs que ce que les Turcs et les Perdus sa\cni aujourd'hui des Arméniens, qu'ils sont des courtier» de commerce , des agens de change. Du reste , mi Turc uc s'informe jamais si un Arménien est eutichéen , ou jacohitc , ou chrétien de .saint Jean , ou arien. )',.

Le théisme de la Chine et les respectables livres de Confutiéc, qui vécut environ six cents ans avant Hérodc, étaient encore plus ignorées des nations occidentales que les rites juifs.

Les Arabes , qui fournissaient les denrées précieuses de l'hide aux Romains, n'avaient pas plus d'idée de la théologie des bracmancs que nos matelots qui vont à Pondichéri ou à Madras. Les femmes indiennes étaient en possession de se brûler sur le corps de leurs maris de temps immémorial ; et ces sacrifices étonnans qui sont encore en usage, étaient aussi ignorés de Juife que les coutumes de l'Améri que. Leurs livres qui parlent de Gog et de Magog , ne parlent jamais de l'Inde.

L'ancienuc religiou de Zoroastrc était célèbre et n'eu était pas plus connue dans l'empire romain. On savait seulement en général que les mages admettaient une résurrection, un paradis, un enfer; et il fallait bien que cette doctrine eût percé chez les Juifs voisins de la Chaldée, puisque la Palestine était partagée du temps d'Hérodc entre les pharisiens qui «ommençaient à croire le dogme de la résurrection, , et les saducéeus qui ne regardaient cotte doctrine qu'avec mépris.

Alcxaudrie , la ville la plus commerçante du monde entier, était peuplée d'Egyptiens qui adoraient Sérapis , et qui consacraient des c bâtai ; de Grecs qui philosophaient, de Komaius qui dominaient , de Juifs qui s'enrichissaient. Tous ces peuples s'acharnaient à gagner de l'argent , à se plonger dans les plaisirs ou dans le fanatisme ; à faire ou a défaire dus sectes de religion , surtout dans l'oisiveté qu'ils goûtèrent dés qu'Auguste eut fermé le temple de Jauiu.

Les Juifs étaient divisé* en trois factions principales; celle des Samaritains se disait la plus ancienne , parce que Samarie (alors Sebastc) avait subsisté pendant que Jérusalem fut détruite avec son temple sous les rois de Babylone; mais ces Samaritains étaient un mélange de Persans et de Palcstins.

La seconde faction et la plus puis«ante était celle des Jérosolymitcs. Ces Juifs, proprement dits, détestaient ces Samaritains et en étaient détestés. Leurs intérêts étaient tout opposés. Ils voulaient qu'on ne sacrifiât que dans le temple de Jérusalem. Une telle contrainte eût attiré beaucoup d'argeut dans cette ville. C'était par cette raison-là même que les Samaritains ne voulaient sacrifier que chez eux. Uu petit peuple, dans une petite ville, peut n'avoir qu'un temple ; mais dès que ce peuple s'est étendu dans soixante et dix lieues de pays en long , et dans vingttrois eu large, comme fit le peuple juif; dès que sou territoire est presque aussi grand et aussi peuplé que

le Languedoc ou la Normandie, il est absurde d n'aroir qu'une église. Où en seraient les habitans de Montpellier s'ils ne pouvaient entendre la messe qu'à Toulouse?

La troisième faction ctait des Juifs hellénistes, composée principalement de ced* qui commerçaient et qui exerçaient Jei métiers en Egypte et en Grèce. Ceux-là avaient le lut.u.c intérêt que les Samaritains. Onias, fils d'un gnu.a prêtre juif, et qui voulait être grand prêtre aussi, obiini du roi d'Egypte Ptoloméc Philométor, ei surtout de Cléopàtre sa femme, la permission de balir un temple juif auprès de Bubastc. Il assura la reine Cléop.'.irv qu'Isaïc avait prédit qu'un jour le Seignenr aurait un temple dans cet endroit-là. Cléopitre, a qui il fit '*n beau présent, lui manda que puisque Isaie l'avait d:», il fallait l'en croire. Ce temple fut nomrc4 VGnion; et, si Onias ne fut pas grand sacrificateur, il fut capitaine d'nne troupe de milices. Ce temple fut construit cent soixante ans avant notre ère vulgaire. Les Juifs de Jérusalem eurent toujours cet Onion en horreur, aussi-bien que la traduction dhc des Septante. Ils instituèrent même une fôte d'expiation pour ces deux prétendus sacrilèges.

Les rabbins de l'Onion , mêlés avec les Grecs , devinrent plus savans (à leur mode) que les rabbins de Jérusalem et de Samarie; et ces trois factions commencèrent à disputer entre elles sur des qucstlous de controverse qui rendent nécessairement l'esprit subtil , faux et insociable.

Les Juifs égyptiens , pour égaler l'austérité des esséoiens et des judaites de la Palestine, établirent quelque temps avant le christianisme la secte des thérapeutes, qui se vouèrent comme eux à une espèce de vie monastique et a des mortifications.

Ces différentes sociétés étaient des imitations des anciens mystères égyptiens, persans, thraciens, grecs, qui avaient inondé la terre depuis l'Euphrate et le Nil jusqu'au Tibre.

Dans les commencemens les initie s admis à ces confréries étaient en petit nombre, et regardés comme des hommes privilégiés , sépvés de la multitude ; mais du temps d'Auguste leur nombre fut très-considérable; de sorte qu'on ne partiit que de religion du foud de la Syrie au mont Atlas, et i l'océan Geiwanique.

Parmi tant de sectes et de cultes sVtait établie l'école de Platon, oon-senlement dans U Grèce, mais à Rome, et surtout dans PËiryptc. Platon avait passé pour avoir puisé sa doctrine chez les Feyptiens; e* ceux-ci croyaient revcndi'iuer leur propre bien en ftsant valoir les idées archétypes platoniques, son verbe , et l'esp. ce de trinité qu'on débrouille dans quelques ouvrages de Platon.

U parait que cet esprit philosophique répandu alors »ur tout l'Occident connu, laissa du moins échapper quelques étincelles d'esprit raisonneur vers la Palestine.

U est certain que du temps cPHérode on disputait sur les attributs de la Divinité , sur l'immortalité de l'esprit humain, sur la résurrection des corps. Les,

Juifs racontent que la reine Cléopâtrc leur demanda si on ressusciterait nu ou babillé.

Les Juifs raisonuaieut doue à leur manière. L'exagératcur Josèphe était très-savant pour un militaire. 11 y avait d'autres savans dans l'état civil , puisqu'un homme do guerre l'était. Pnilon sou contemporain

• aurait eu de la réputation parmi les Grecs. Gamalicl , le maître de saiut Paul , était uu grand controversistc. Les auteurs de la Mishua fureat des polymathes.

U populace s'entretenait de religion ebei les Juifs : comme nous voyons aujourd'hui en Suisse, à Genève . eu Allemagne, un Angleterre, et sutlout dans les C<vennes, les moindres habitans agiter la controverse. Il y a plus; des gens de la lie du peuple ont fondé des sectes; Kox en Angleterre, Munccr eu Allemagne, les premiers réformés en France. Enfin, eu fesant abstraction du grand courage de Mahomet , il n'était qu'un marchand de chameaux.

Ajoutons à tous ces préliminaires que du temps d'Hérodeon s'imagina que le monde était près de st lin , comme nous l'avons déjà remarqué (•).

Ce fut dans ces temps préparés par la divine Providenoe , qu'il plut au père éternel d'envoyer son fil* sur la terre; mystère adorable et incompréhensible auquel nous ne touchons pas.

Nous disons seulement que dans ces circonstances , si J< sus prvcha une morale pure; s'il annonça un pro , chaiu royaume des cieux pour la récompense des fustes ; s'il eut des disciples attaches à sa personne

et à ses vertus, si ces vertus mêmes lui attirèrent les persécutions des prêtres; si la calomnie le fil mourir d'une mort infâme; sa doctrine constamment annoncée par ses disciples dut faire un très-grand effet dans le monde. Je ne parle , encore une fois , qu'humainement : je' laisse a part la foule des miracles et des prophéties. Je souxieus que le christianisme dut plus

• réussir par sa mort que s'il n'avait pas été persécuté. On s'étonna que ses disciples atcut fait de nouveaux disciples; je m'étonnerais bien davantage s'ils n'avaient pas attiré beaucoup de tnende dans leur parti. Soixante et dix personnes convaincues de l'innocence de leur chef, de la pureté de scr morors et do la barbarie de ses juges, doivent soulever bieu des cœurs sensibles.

Le seul Saul Paul, devenu Pennemi de Gamaliel , son maître (qu'elle qu'en ait été la raison), devait, humainement pariant, attirer mille hommages à Jésus, quand même Jésus n'aurait été qu'un homme de bien opprimé. Saint P*ul était «avant, éloquent, véhément, infatigable, Instruit dans la langue grecque, secondé de zélateurs b>en phts intéressés que lui a défendre la réputation de leur maître. Saint Luc éiait un Grec d'Alexandrie (a), homme de lettre» puisqu'il était médecin.

Le premier chapitre de saint Jean est d'une subli-

(•) Voyas Fia du mam>%.

(a) Le titre de l'Evangile iyriaque de tain* Luc porte, £mi. 3 il» d* Luc féVdngefùte, <jui tvangMta en crée dan* AUxamtirièlo-Grandê. On frouvr encore ces n»oti dans le» ConitiUUioo» •pmtoUquet i Le tecond eWdue fAUxandnt (ut Avdiut% ii**t»tuipa-Lue.

mité platonicienne qui dut plaira aux platonicien* d'Alexandrie. Et, en effet, il se forma bientôt dan* cette ville une école fondée par Luc , ou par Marc (soit révang«'li«te-, soit un autre), perpétuée par Athénagorc, Pantbènc, Origène , Clémeut , toua savans, éloquens. Cette école une fois établie, il était inpossible que le christianisme ne fit pas des progrés rapides.

La Grèce, la S/rie, l'Egypte étaient les théâtres de ces célèbres anciens mystères qui enchantaient les peuples. Les chrétiens eurent leurs mystères comme eux. Ou dut s'empresser à s'y faire initier, ne fut- es d'abord que par curiosité ; et bientôt cette curiosité devint persuasion. L'idée de la lin dn monde prochaine devait surtout engager les nouveaux disciples « a mépriser les bions passagers de la terre qui allaient périr avec eux. L'exemple des tbérapeotes invitait 4 une vie solitaire et mortifiée : tout concourait donc puissamment à l'établissement de ta religion chrétienne.

Les divers troupeaux de cette grande société naissante ne pouvaient , à la vérité , s'accorder entre eux.

évangiles dtfferens , tous secrets comme leurs mystères, tous inconnus aux Gentils, qui ne virent nos quatre évangiles canoniques qu'au bout de deux cent cinquante années. Ces différons troupeaux , quoique divisés, reconnaissaient le même pasteur. Êhionilcs opposés à saint Paul; nazaréens, disciples d'Hymeneos, d'Alexandro» , dllermogcncs ; carpoc rations, hasilidiens, valeiitinions, mareionites , sabellicns , gnostique», roontamsies ; cent sectes élevées les unes les autres : toutes, eu se fcsaut des reproches sis, étaient cependant toutes unies en Jésus, invoquaient Jésus, voyaient en Jésus l'objet de peuat'eset le pris, de leurs travaux.

L'empire romain, dans lequel se formeren «•es sociétés, n'y fit d'abord pas attention. Un ne les connut à Rome que sous le nom général de Juifs , auxquels le gouvernement ne prenait pas garde. Us Juifs avaient acquit» par leur argent le droit de commercer. On en cba»*a de Rome quaJre mille sous Tibère. Le peuple les accusa de l'incendie de Rome *o us Néron, eux et les nouveaux Juifs demi ehri'tieus. ,

On les avait chassés encore sous Claude ; mais leur argent les fit toujours revenir. Ils furent méprisés et tranquilles. Los chrétiens de Rome furent moins nombreux quo ceux de Grèce, d'Alexandrie et de Syrie. Les Romains n'eurent ni pères de l'Eglise , n hérésiarques dans les ptomiers siècles. Mus ils étaient «loi-nés dn berceau du christianisme, moin ehez eux de docteurs et d'écrivains. L'Eglise était grecque, et tellement grecque quHI n'y eut pas un seul mystère , uu seul rite, un seul dogme , qui ne fat exprimé en cotte langue.

Tons les chrétiens, soit grecs, soit syrien*, soit romains, soit égyptiens, étaient partout regardes » comme des demi-juifs. Cétait encore une raison de plus pour uc pa» communiquer leurs livres aux Gentils pour rester unis entre eux et impénétrables. Leur secret était plus inviolabtement gardé que celui des

vit

a part, un état dans l'état. Point de temples, point d'autels, nul sacrifice, aucune cérémonie publique. Ils élisaient lenrs supérieurs secrets à la pluralité de» voix. Ces supérieurs, sous le nom d'anciens, de prêtres, d'évêques , de diacres, ménageaient la bourse commune, avaient soin des malades, pacifiaient leurs querelles. C'était une honte, un crime parmi eux de plaider devant les tribunaux, de 6'cnrôlcr dans la milice; et pendant cent ans il ny eut pas un chrétien , dans les armt'cs de l'empire.

Ainsi retirés au milieu du monde , et inconnu même en se montrant, ils échappaient à la tyrannie des procoiu uls et des préteurs, et vivaient libres dans le public esclavage.

On ignore l'auteur du fameux livre intitulé : 7 . r opostchn lti,l,t',!,ii (les Constitutions apostoliques); de même qu'on ignore les auteurs des cinquante évangiles non reçus, et des actes de saint Pierre et du testament des douze patriarches, et de tant d'autres écrits des premiers chrétiens. Mais il est vraisemblable que ces constitutions sont du second siècle. Quoiqu'elles soient faussement attribuées aux apôtres, elles sont très- précieuses. On y voit quels, étaient les devoirs d'un évéque élu parles chrétiens ; quels respects ils devaient avoir pour lui; quels tributs il» devaient lui payer.

L'évèquc ne pouvait avoir qu'une épouse qui eot bien soin de sa maison : Ww* andra qtg nimenon gunaikns timv ./;?jj;.-m A.j •<< tm idlou oikou proestota (b\

On exhortait les chrétiens riches à adopter les enfans des pauvres. On fesait des collectes pour les veuves et les orphelins; mais on ne recevait point l'argent des pécheurs : cl nommément il n'était pas ' permis i un cabaretier de donner son offrande. Il est dit (c) qu'on les regardait comme des fripons. Ccst pourquoi très-peu de eabaretiers étaient ebétiens. Cela mtmc empêchait les chrétiensde fréquenter les laver- • nés, et les éloignait de toute société avec les Gentil*.

Les femmes , pouvant parvenu à la dignité de diiconesscs, en étaient plus attachée* à la confraternité chrétienne. On les consacrait ; l'évê.juo les oignait d'huile au front, comme on avait huilé autrefois les rois juifs. Que de raisons pour lier ensemble les chrétiens par des nœuds indissolubles!

Les persécutions, qui ne furent jamais que passagères, ne pouvaient servir qu'à redoubler le zèle et à enflammer la ferveur, de sorte que sous Dioclétien un tiers de l'empire se trouva chrétien.

Voilà une petite partie des causes humaines qui contribuèrent au progrès du christianisme. Joignez-y les causes divines qui sont à elles comme l'infini est à l'unité , et vous ne pourrez être surpris que d'une seule, chose, c -il que celte religion si vraie ne msoit pas étendue tout d'un coup dans les deux hémisphères , sans en excepter l'ile la plus sauvage.

Dieu lui même, étant descendu du ciel, étant mort pour racheter tous les hommes, pour extirper à jamais 4 le péché sur la (ace de la terre, a cependant laissé la

(b)UvMlY,ehspI.

«Lit* IV.chsp. Yl

plus grande partie du genre humain en ]>roic à l'erreur, au crime et au diable. Cehi parait une fatale contradiction à uos faibles esprits ; mais ce n'est pas à nous d'interroger la Providence; nous ne devons que nous anéantir devant elle.

SECTION II

Recherches historiques sur le christianisme.

Prn.MEi'RS savans ont marqué leur surprise de ne trouver dans l'historien Josephc aucune trace de Jésus Christ , car tous les vrais savans conviennent aujourd'hui <|uc le petit passage où il en est question dans son Histoire est interpolé (ri). Le père de Flavi n Josc phe avait dû cependant être un des témoins de tous les miracles de Jésus. Jcséphc était de race sacerdotale, patent de la reine Mariamnc, femme d'il ci ode; il entre dans les plus grands détails sur loulcs les actions de ce prince; cependant il ne dit pas un mol ni de la vie ni de la mort de Jésus; et cet historien, qui ne dissimule aucune des cruautés d'Hérode, ne parle point du massacre de tous les enfans, ordonne par lui eu conséquence de la nouvelle à lui parvenue qu'il était né un roi des Juifs. Le Calendrier grec compte quatorze mille enfans égorgés dans celte occasion.

C'est de toutes les actions de tous les tyrans lit plus horrible. Il n'y eu a point d'exemple dans Iliis- .oire du monde entier.

Cependant le meilleur écrivain qu'aient jamais eu les Juifs, le seul estimé des Romains et des Grecs, ne fait nulle mention de cet événement aussi singulier qu'épouvantable. H ne parle point de la nouvelle étoile qui avait paru en Orient après la naissance du Sauveur ; phénomène éclatant , qui ne devait pas échapper à la connaissance d'un historien aussi éclairé que l'était Josèphe. Il garde et'corc le silence sur les ténèbres qui couvrirent toute la terre , en plein midi, pendant trois heures, à la mort du Sauveur; sur la grande quantité de tombeaux qui s'ouvrirent dans ce moment, et sur la foule des. justes qui ressuscitèrent.

Les savans ne cessent de témoigner leur surprise, de voir qu'aucun historien romain n'a parlé de ces prodiges arrivés sous l'empire de Tibère , sous les yeux d'un gouverneur romain, et d'une garnison romaine , qui devait avoir envoyé à l'empereur et au sénat un détail circonstancié du plus miraculeux événement dont les hommes aient jamais entendu parler. Rome elle-même devait avoir été plongé»

d) Le» cWiirn», pai une tic ces fraudes <|u'on appelle pienic», fjlsifi.rent gn>s»ur< ment un passage de Jracplte. Ils supposent !< ce Juif. »i entêté do sa religion . quatre ligne» ridiculement interpolé»; et, nu bout de ce paM"*e, ils ajoutent: /I était le Chriit. Quoi ' JtMèphe avait entendu parler de tant diVvi'tirnietis qui étonnent ln nnturc, Joseplic n'eu aurait dit que la valeur de quatre ligne* dan» I liUloire de son p»y»! jQuoi ! ce Juif olni'inr' «niait dit. ,/<=«(• élu if le Cfcrùl. Kli ! si I» lavai» cru Christ . lu nurii* donc i-té chrétien. Quelle alwurdité de faire parler Jostphc en chi« liru '. Comment se tmttre-t-il encore de» théologiens asset imtWlIn» ou a»»-» is«olen» pour ewayer do justifier relie imposture de» premier» chrétiens, reconnus pour fahricileurs d'impostures cent fou pu» forte»?

pendant trois heures dans d'épaisses ténèbres; ce prodige devait avoir été marqué dans les fastes de Rome, et dans ceux de toutes les nations. Dieu n'a pas voulu que ces choses divines aie ut été écrites par leurs mains profanes.

Les mêmes savans trouvent encore quelques difficultés dans l'histoire des Évangiles. Us remarquent que dans Saint-Matthieu Jésus-Christ dit aux scribes et aux pharisiens que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre doit retomber sur eux , depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'à Zacharic, fils de Barac , qu'ils ont tué entre le temple et l'autel.

11 n'y a point, disent-ils, dans l'histoire des Hébreux, de Zacharic tué dans le temple avant la venue du Messie , ni de son temps : mais on trouve dani l'histoire du siège de Jérusalem par Josèphe, un Za chnric. fils de Barac, tué au milieu du temple par la faction des zélotcs. Ccst au chapitre XIX du livre IV. De la ils soupçonnent que l'Evangile selon saint Matthieu a été écrit après la prise de Jérusalem par Titus. Mais tous les doutes et toutes les objections de cette espèce s'évanouissent, dès qu'on considère la diffé-' rence infinie qui doit être entre les livres divinement inspirés et les livres des hommes. Dieu voulut envelopper d'un nuage aussi respectable qu'obscur sa naissance, sa vie et sa mort. Ses voies sont en tout différentes des nôtres.

Les savaus se sont aussi fort tourmentés sur la différence des deux généalogies de Jésus-Christ. Saint Matthieu donne pour père a Joseph, Jacob ; à Jacob, Malban; à Mathatt, Eléa-zar. Saint Luc au contraire dit que Joseph était fils d"Hcli, Héli de Matât, Matât de Lévi, Lévi de Mclchi , etc. Ils ne veulent pas concilier les cinquante-six ancêtres que Luc donne à Jésus depuis Abraham, avec les quarante-deux ancêtres diflercus que Matthieu lut donne depuis le même Abraham. Et ils sont effarouchés que Matthieu, en parlant des quarante-deux générations, n'eu rapporte pourtant que quarante et une.

Ils forment encore des difficul'és sur ce que Jésus n'est point fils Je Joseph , mais de Marie. Ils élèvent aussi quelques doutes sur les miracles de notre Sauveur, eu citant saint Augustin, saint Hilaire, et d'autres, qui ont donné aux récits de ces miracles un sens mystique, un sens allégorique : comme au figuier maudit et séché pour n'avoir pas porté de figues quand ce n'était pas le temps des figues; aux démons envoyés dans les corps des cochons , dans uu pays oit l'on ne nourrissait poiut de cochons; à l'eau , changée en vin sur la fin d'un repas où les couvives étaient déjà échauffés. Mais toutes ces critiques de» savans sont confondues par la foi , qui n'en devient que plus pure. Le but de cet article est uniquement de suivre le fil historique, et de donner une idée précise des faits sur lesquels personne ne dispute.

Premièrement , Jésus naquit sous la lot mosaïque, il fut circoncis suivant celle loi, il en accomplit tou» les préceptes, il en célébra toutes les fêtes, et il ne prêcha que la morale; il ne révéla point le mystère de son incarnation; il ne dit jamais aux Juifs qui! ' était né d'une vierge ; il reçut la bénédiction de Jean dons l'eau du Jourdain , cérémonie à laquelle plu-

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