‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 143 sur 551 · S0PH1QUE · texte numérisé non relu

S0PH1QUE

•ieura Juifs se soumettaient , mais il ne baptisa jamais personne ; il ne parla point des sept sacrcmens ; Il ■'institua point de hiérarchie ecclésiastique de son vivant. Il cacha à ses contemporains qu'il était fils ' de Dieu - éternellement engendré , consubstantiel à Dieu, et que le Saint-Zjprit procédait du Père et du Fils. H ne dit point que sa personne était composée de deux natures et de deux volontés ; il voulut que ces grands mystères fussent annoncés aux hommes dans la suite des temps par ceux qui seraient éclairés des lumières du Saint-Esprit. Tant qu'il vécut, il ,ne s'écarta en rien de la loi de ses pères ; il ne montra , aux hommes qu'un juste agréable à Dieu , persécuté par ses envieux , et condamné à la mort par des magistrats prévenus. Il voulut que sa sainte église établie par lui fit tout le reste.

(•) Joscphe,au chapitre XII de son Histoire, parle d'une secte de Juifs rigoristes, nouvellement établies par un nommé Judas, Galiléen. « Ils méprisent, ditil . les maux de la terre ; ils triomphent des tourmens par leur constance ; ils préfèrent la mort à la vie lorsque le sujet en est honorable. Ils ont souffert le fer et le feu , et vn briser leurs os , plutôt que de prononcer la moindre parole contre leur législateur, ni manger des viandes défendues. »

Il paraît que ce portrait tombe sur les judaïtes, et , non pas sur les esséniens. Car voici les paroles de Joseph? : « Judas fut l'auteur d'une nouvelle secte, entièrement différente des trois autres; » c'est-à-dire, des saducécus, des pharisiens et des esséniens. Il continue et ait : « Ils sont Juifs de nation; ils vivent unis entre eux, et regardent la volupté comme uu vice. » Le sens naturel de cette phrase fait voir que c'est des judaites dont l'auteur parle.

Quoi qu'il en soit , on connut ces judaites avant que les disciples du Christ commençassent à faire un parti considérable dans le monde.

Les thérapeutes étaient une société différente des esséniens et des judaïtes; ils ressemblaient aux gymuosophistes des Indes et aux brames. « Ils ont, dit Philon, un mouvement d'amour céleste, qui les jett» dans l'enthousiasme des bacchantes et des corybantes, et qui les met dans l'état de la contemplation à laquelle ils aspirent. Celte secte naquit dans Alexandrie, qui était toute remplie de Juifs, et s'étendit beaucoup dans l'Egypte, m

Los disciples de Jean-Baptiste s'étendirent aussi' un peu en Egypte, et principalement dans la Syrie et dans l'Arabie; il y eu eut aussi dans l'Asic-Mincure. Il est dit dans les Acte* des apôtres, chap. XIX , que Paul en rencontra plusieurs à Ephèse; il leur dit: « Avcz-vous reçu le Saint-Esprit ? « Ils lui répon- « dirent : « Nous n'avons pas seulement oui dire qu'il y ait un Saint-Esprit. » Il leur dit : « Quel baptême avcz-vous donc reçu 7 » Ils lui répondirent : a Le baptême de Jean. »

Il y ava'l, dans les premières aunées qui suivirent

la mort de Jésus, sept sociétés on sectes différent»

(•) Voyei ce posu-c 1 l'article Ftjlitt; qu* lque» légères dif- (rrenert que nou» v «ton» remarqué» nom ont dénrmioèi k m eoime double emploi. (R.)

chez les Juifs; les pharisiens, les saducécus, les esséniens, les judaites, les thérapeutes, les disciple* de Jean, et les disciples de Christ, dont Dieu con duisait le petit troupeau dans des sentiers inconnus à la sagesse humaine.

Celui qui contribua le plus à fortifier cette société naissante , fut ce Paul même qui l'avait persécutée < avec le plus de cruauté. 11 était né à Tarsis en Cilicie, et fut élevé par le fameux docteur pharisien Gamaliel, disciple de Hillcl. Les Juifs prétendent cju'il rompit avec Gamalicl, qui refusa de lui donner sa fille en ma riage. On voit quelques traces de celte anecdote à la suite des actes de sainte Thèclc. Ces actes portent qu'il avait le front large , la tête chiuvc , les sourcils joints, le nez aquilin, la taille courte et grosse, et les jambes torses. Lucien, dans sou dialogue de Philopatris, eu fait un portrait assez remblable. Un doute beaucoup qu'il fût citoyen romain , car en ce tempslà on n'accordait ce titre à aucun Juif; ils avaient été chassés de Rome par Tibère ; et Tarsis ne fut colonie romaine que près de cent aus après, sous Çaracalla , comme le remarque Ccllarius dans sa Géographie, livre III, et Grotius , dans ses Commentaires sur les Actes.

Les fidèles curent le nom de chrétiens dans Antioche , vers l'année soixante de notre ère vulgaire ; mais ils furent counus dans l'empire romain , comme u' i u s le verrons dans la suite sous d'autres noms. Ils ne se distinguaient auparavant que par le nom do frères, de saints ou de fidèles. Dieu, qui était descendu sur la terre pour y être un exemple d humilia et de pauvreté, donnait ainsi à sou église les plus faibles commcncemcns , et la dirigeait dans ce même étal d'humiliation, dans lequel il avait voulu naître. Tous les premiers fidèles furent des hommes obscurs, ils travaillaient tous de leurs mains. L'apôtre Paul témoigne qu'il gagnait sa vie à faire des tentes. Saiul Pierre ressuscita la couturière Dorcas, qui fesait le* robes des frères. L'assemblée des fidèles se tcuait a Joppé,daus la maison d'un corroycur nommé Simon, comme on le voit au chap. IX des Actes des apôtres.

Les fidèles se répandirent secrètement en Grèce, et quelques-uns allèrent de U à home parmi les Juifs à qui les Romains permetuiewt unc.synagoguc. Ils ue se séparèrent point d'abord ues Juifs; ils gardèrent la circoncision; et, comme on l'a déjà remarqué ail leurs, les quinze premiers évêques de Jérusalem fu rent tous circoncis.

Lorsque l'apôtre Paul prit avec lui Timothée, qui était fils d'un père gentil, il le circoncit lui-même dans la petite ville de Listre. Mais Titc, son autre disciple, ne voulut point se soumettre à la circoncision. Les frères disciples de Jésus furent unis aux Juifs jusqu'au temps où Paul essuya une persécution a Jérusalem , pour avoir amené des étrangers dans le temple. Il élail accusé par les Juifs de vouloir détruire la loi mosaïque par Jésus-Christ. C'est pour se laver de cette accusation que l'apôtre Jacques proposa à l'apôtre Paul de faire raser sa tête, et de s'aller purifier dans le temple avec quatre Juifs qui avaicut fait vœu de se raser : « Prenez-les avec vous, lui dit Jacques (chap. XXI, Actes des apôtres), puriGcz-vou»

DICTION ATRÏÏ

avec eux , et que tout le monde sache que ce que Ton dît de vous est faux , et que vous continue* à garder 1* loi de Moïse. >> Ainsi donc Paul, qui d'abord avait été le persécuteur sanguinaire de' la société^ établie

\ par Jésus; Paul, qui depuis voulut gouverner cette société naissante ; Paul chrétien judaîsc , « afin qne le monde sache qu'on le calomnie quand on dit qu'il est clirétieu. » Paul fait ce qui passe aujourd'hui pour un crime abominable, un ^rime qu'on punit par le feu en Espagne, en Portugal, en Italie; cl il le fait à la

» persuasion de l'apôtre Jacques; et il le fait après avoir reçu le Saint-Esprit, c'est-à-dire, après avoir été instruit par Dieu même, qu'il dut renoncer à tons ces

t rites judaïques, autrefois instituas par Dicn même. Paul n'en fut pas r«oins accusé d'impiété et d'hérésie, et son procès criutnel dura long-temps; mais on voit évidemment, par les accusations mômes inlentées contre lui, qu'il était venu à Jérusalem pour observer les rites judaïques.

H dit à Kcstus ces propres paroles ( chap. XXY des Actes) : «Je n'ai péché ni contre la loi juive, ni contre le temple. »

Les apôtres annonçaient Jésus-Christ comme Juif, observateur de la loi juive, envoyé de Dieu ponr la l'aire observer.

La circoncision est utile, dit l'apôtre Paul (chapitre TT, Epît. aux Rom. ) , si vous observez la loi; mais, si vous la violez, votre circoncision devient prépuce. Si un incirconcis garde la loi, il sera comme circoncis. Le vrai juif est celui qui est jnif intérieurement.

Quand cet apôtre parle do Jésus-Christ dans ses Êpîtres, il ne révèle point le mystère ineflàble de sa consnbstantialité avec Dieu ; nous sommes délivrés par lui (dit-il , chap. V, Epît. aux Rom.) de la colèro de Dieu ; le don de Dieu s'est répandu sur nous, par la grâce donnée à un seul homme, qui est Jésus- Christ La mort a régné par le péché d'an seul

homme; les justes régneront dans la vie par un seul homme, qui est Jésus-Christ.

Et au chapitre VIII : Nous, les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Christ. Et au chap. XVI : A Dieu, qui est le seul sage , honneur et gloire par Jésus- Christ. . .. Vous êtes a Jésus-Christ, et Jésus-Christ a Dieu. ( aux Coriuth. , chap. 111. )

Et (aux Corinth., chap. XV, v. 97. ) Tout lui est assujetti , en exceptent sans doute Dier , qui lui a assujetti toutes choses.

On a eu quelque peine à expliquer le passage «le PBpîtrc aux PhiKppiens : « Ne faites rien par une vainc gioirc; croyez mutuellement par humilité, que les autres vous sont supérieurs ; aynx les mômes senlimcns que Christ Jésus, qui, étant dans l'empreinte • de Dieu , n'a point cru sa proie de s'égaler à Dieu. » Ce passage paraît très-bien approfondi et axis dans tout son jour dans une lettre qui nons reste des églises de Vienne et de Lyon, écrite l'an 1 1 7, et qui est un précieux monument le l'antiquité. On loue dans cette lettre la modestie d* quelques fidèles : « Us n'ont pas routa , dit la lettre , prendre le grand titre de martyrs ' (pour quelques tribulations), à l'exemple t , lequel , étant empreint de Dieu ,

proie la qualité d'égal a Diuu. » Origine dit aussi dans son Commentaire sur Jean : « La grandeur de Jésus a plus éclaté quand il s'est humilié, que s'il eôt fait sa proie d'être égal à Dieu, m En effet, l'explication contraire est un contre-sens visible. Que signifierait « croyoz les autres supérieurs à vous; imitez Jésus, qui n'a pas cru que c'était une proie , une usurpation de s'égaler à Dieu ?» Ce serait visiblement se

ponr un exemple 1 le sens commun.

La sagesse des apôtres fondait ainsi l'église naissante. Cette sagesse ne Ait point altérée par la dispute qui survint entre les apôtres Pierre-, Jacques otJr&m d'un côté , et Paul de l'autre. Cette contestation arriva à Antioche. L'apôtre Pierre, autrement Céphas, ou Simon Barjone, mangeait avec les Gentils convertis, et n'observait point avec eux les cérémonies de la loi , ni la distinction des viandes; il mangeait, lui, * Barnabé et d'autres disciples , indifféremment dn porc, des chairs étouffées des animaux qui avaient le pied fendu , et qui ne ruminaient pas ; mais plusieurs Juifs chrétiens arrivés, saint Pierre se remit avec eux à l'abstinence dos viandes défendues et aux cérémonies de la loi mosaïque.

Cette action paraissait très-prudente ; il ne voulait pas scandaliser les Juifs chrétiens ses compagnons; mais saint Paul s'éleva contre lui avec un peu de dureté, n Je lui résistai, dit-il, à la face, parce qu'il était blâmable. » (Epître aux Galatcs, chap. II.)

Cette querelle paraît d'autant plus extraordinaire de la part de saint Paul , qu'ayant été d'abord persécuteur, il devait être plus modéré, et que lui-même il était allé sacrifier daus le temple à Jérusalem», qu'il avait circoncis son disciple Timothéc, qu'il avait accompli les rites juifs qu'il reprochait alors i Céphas. Saint Jérôme prétend que cette querelle cutre Paul et Céphas était feinte. D dit dans sa première homélie, tome III, qu'ils firent comme deux avocats qui sVchauffeut et se piquent au barreau pour avoir plu» d'autorité sur leurs cliens. Il dit que Pierre Cépha» étant destiné à prêcher aux Juifs, et Paul aux Gentils, ils firent semblant de S3 quereller, Paul pour gagner les Gentils, et Pierre pour gagner les Juifs. Mai* saint Augustin n'est point du tcu*. dt cet avis. Je sui* fâché, dit-il dans Pépîtrc à Jérôme, «qu'un aussi grand homme se rende le patrou du mensonge, » /»< tronum meitdaçii.

Au reste, si Pierre était destiné aux Juifs judaïsans, et Paul aux étrangers, il est très probable que Pierre ne vint point à Rome. Les Actes des apôtres nt font aucune mention du voyage de Pierre en Italie.

Quoi qu'il en soit , ce fut vers l'an 60 de notre ère que les chrétiens commencèrent à se séparer de la communion juive ; et c'est ce qui leur attira tant de querelles et tant de persécutions de la part des synayo^ues répandues à Rome, en Grèce, dans l'Egypte et dans l'Asie. Us furent accusés d'impiété, d'athéisme par leurs frères juifs , qui les excommuniaient dans leurs synagogues trois fois les jours du sabbat. Mais Dieu les août ii

Petit à petit

vint entière entre les JuHs et les chré-

ncruent ronuio. Le sénat de Borne, ni les empereurs n'entraient point dans ces querelles d'un petit parti que Dieu avait jusque-là conduit dans l'obscurité*, et qu'il élevait perdes degrés inseusiblcs.

11 but voir dans rucl état était alors la religion Les mystère» et les expiations que toute la lerre. Les empereurs, il est vrai , les grand» et les philosophes , u'avaiimt nulle foi » ces n-ystéres : mais le peuple . oui en faii de rci.^on dont» lu loi aux grand», lv"r imposait la nécessité de -*e conformer en apparent -r > son culte. 11 faut pour l'enchaincr paraître porter 1rs meutes chaînes que lui. Cio'ron lui - même fut initié aux mystères d Elcusine. La comiai.s.viace d'un seul Dieu était le principal dogme qu on annonçait dans ces fêtes mystérieuses et magnifiques. Il faut avouer que les prières et les hymnes qui nous sont restas de ces mystères sont eu que l«* paganisme a de plus pieux cl de plus admirable.

Les chrétiens , qui n'adoraient qu'un seul Dieu , curent par-la plus de facilité de convertir plusieurs ('«.•utils. Quelques philosophes de la secte de Platon devinrent chrétiens. C est pourquoi les Pères do l e-

cicns.

Le xèle inconsidéré de quelques-uns ne nuisit point aux vérités fondamentale

un, lunde»prcmi«r* Pères» d'avoir ditdan* sou Commentaire sur Isaie, que les saints jouiraient dans un règne de mille ans sur la terre, de tous les bieus sensuels. On lui a tait u» chme d'avoir dit, dans, sou Apologie du christianisme, que Dieu, ayaot fait la terre, .«a Laissa le soin «us ange*, lesquels, étant devenus amoureux des femmei

On a condamné Lactanco et d'autres Percs pour avoir supposé des oracles de sibylles. U prétendait quo la sibylle Êrytrée avait laites quatre vers grecs, doBVvoio» l'explication liuémle.

i le* noif'uuv <fu» j 11 en remplira douic panim.

On reprocha aussi aux premiers chrétiens la supquclqucs vers acrostiches d'une aucionne

sibylle , lesquels commençaienî tous par les lettres i du nom de Jésus-Christ , chacune dans leur , Ou Jour reprocha d'avoir forgé des lettres de lé&us-Christ au roid'£de**e, dans le temps qu'il n'y , avait point de roi à Ëdcssc; d'avoir forgé des lettres de Marie, des lettres de Senèque à Paul, des lettres» eteWfcctasde Pilate, de faux évangiles, dn faux mi- . racles, et mille antres impostures.

Noos avons encore 1 histoire ou l'évangile de la lariage de la vierge Marie , ou il est la mena an temple ftgee de trois ans , et qu'elle monta les degrés toute seule. Il est rapporté qn'uue colombe descendit du ciel ponr avertir que Cètait Joseph qui devait épouser Marie. Nous avons

le Proto-évangile de Jacques, frère de Jésus du premier mariage de Joseph. U est dit que, quand Marie fut enceiute an l'absence de son mari , et que son mari , s'en plaignit , les prêtres firent boire de l'eau de jalousie à l'un et à l'autre, et que tous deux furent déclarés inuoeens.

Nous avons l'évangile de l'enfance attribué à saint Thomas. Selon cet évangile Jésus à l'-lgc de cinq ans se divertissait avec les enfans de son Age à pétrir drla terre glaise, dont il formait de petits oiseaux; on l'en reprit, et alors il donna la vie aux oiseaux, qui s'envolèrent. Une autre foi: nn petit garçon l'ayant battu, il le fit mourir «ur-lc-champ. Nous avons en cote en arabe uu autre évangile ds l'enfance qui e»i ' plus sérieux.

Nous avons un évangile de Nicodèmc. Celui-là semble mériter une plus grande attention, parce qu'on y trouve les noms do coax qui accusèrent Jésus devant Pilate ; c'étaient les principaux de la synagogne , Anne , Caiphc , Sommas , Datant , Gamaliel , Juda , ' Nephtalim. Il y a dans cette bistoin» de.» choses qui se concilient assex avec les évangiles reçus , et d'autres qui ne se voient point ailleurs. On y lit que la femme guérie du flux de sang s'appelait Véronique. On y voit tout co que Jésus fit dans les enfers quand il y descendit.

Nous avons ensuite les doux lettres qu'on suppose que Pilate écrivit à Tibère touchant le supplice de Jésus ; mais le mauvais latin dans lesquelles elles sont

On poussa le faux zèle jusqu'à faire courir plusieurs lettres de Jésus-Christ. On a conservé la lettre qu'on dit qu'il écrivit à< Abgare , roi d'Êdossc ; mais ^ alors il n'y avait plus de roi d'£dessc.

On fabriqua cinquante évangiles qui furent ensuite « déclarés apocryphes. Saint Luc nous apprend luimême que beaucoup de personnes eu avaient

posé. On a cru qu'il y eu avait un nommé l'évangile éternel, sur ccqu ilestdildaus I Apocalypse, cb. XIV: « J'ai vu un auge volant au milieu des cicux, et portant l'évangile étemel. » Les cordclien, abusant d« ces paroles au treizième siècle , composèrent nu évangile éternel, par lequel le règno du Sdnl- Esprit lé à celui de Jésus-Christs mais il premiers siècles de l'tglis aucun livre sous ce titre.

On suppose oncore des lettres de U Vierge, écrites à saint Ignace le martyr, aux habitant de Messine, et à d'autres.

Abdias, qui succéda immédiatement aux apôtres, fit leur histoire, dans laquelle il mêla des fables si absurdes, que ces histoires ont été avec le temps entièrement décréditées; mais elles eurent d'abord un grand cours. Cest Abdias qui rapporte lo combat de saint Pierre avec Simon le Magicien. D y avait en effet à Home un mécanicien fort habile, nommé Simon, qui non-seulement fesail exécuter des vols sur le» théâtres, comme on le fait aujourd'hui, mais qui luimême renouvela le prodige attribué à Dédale. Il se fit des ades, il vola, et tomba comme Icare; c'est ce que rapportent Pline et Suétone.

s; qui était dans l'Asie, et qui èciivait en

hébreu, prétend que saint Pierre et Simon se rencontrèrent à home du temps de Néron. Un jeune homme proche parent de l'empereur mourut ; toute la cour pria Simon de le ressusciter. Saint Pierre de son coté se présenta pour faire cette opération. Simon employa toutes les règles de son art; il parut réussir; le remua la tête. Ce n'est pas assez, cria saint il faut que le mort parle; que Simon s'éloigne du lit, et on verra si le jeune homme est en vie . Simon s'éloigna, le mort ne remua plus, et Pierre lui rendit la vie d'un seul mot.

Simon alla se plaindre à l'empereur qu'un misérable Galilécn s'avisait de faire de plus grands prodiges que lui. Pierre comparut avec Simon , et ce fut à qui l'emporterait dans sou art : Dis-moi ce que je pense, cria Simon à Pierre ? Que l'empereur, répondit Pierre , me dounc un pain d'orge , et tu verras si je sais ce que tu as dans l'âme. On lui donna un pain. Aussitôt Simon fait paraître deux grands dogues qui veulent le dévorer. Pierre leur jette le pain; et tandis qu'ils le mangent : lié bien, dit-il, ne savais-je pas ce que lu pensais? tu voulais me faire dévorer par tes chiens.

Après celte première séance, on proposa a Simon et à Pierre le combat du vol, et co fut à qui s'élèverait le plus haut dans l'air. Simon commença , saint Pierre lit le signe de la croix , et Simon se cassa les ïambes. Ce conte était imité de celui qu'on trouve dans le Sephcr toldos Jcschut, où il est dit que Jésus lui-même vola, et que Judas qui en voulut faire autant fut précipité.

Néron , irrité que Pierre eût cassé les jambes a son favori Simon, fit crucifier Pierre la tête en bas; et c'est de là que s'établit l'opinion du séjour de Pierre à Rome , de son supplice et de son sépulcre.

Ccst ce même Abdias qui établit encore la créance que saint Thomas alla prêcher le christianisme aux Grandes-Indes chez le roi Gondafcr, et qu'il y alla en qualité d'architecte.

La quantité de livres de cette espèce, écrits dans les premiers sièclesdu christianisme, est prodigieuse. Saint Jérôme et saint Augustin même prétendent que les Lettres de Scncque et de saint Paul sont trèsauthentiques. Dans la première lettre, Sénèquc souhaite que son frère Paul se porte bien, bene te valerc, (rater, cupio. Paul ne parle pas tout-à-foît si bien latin que Sénèquc : J'ai reçu vos lettres hier, dit-il, avec joie : Liltcras titas hilaris acçepi; et j'y aurais répondu aussitôt si j'avais eu la présence du jeune homme que je vous aurais envoyé, si preesentiam }uïenis habuhsem. Au reste ces lettres, qu'en croirait devoir être instructives, ne sont que des complimens.

Tant de mensonges forgés par dec chrétien! mal instruits et faussement zélés rte portèrent point pré- , judice à la vérité du christianisme , ils ne nuisirent point à ton établissement ; au contraire , ils font voir que la société chrétienne augmentait tous les jours , et que chaque membre voulait servir à son accroissement.

Les Actes des apôtres ne disent point que les «poires fussent convenus d'un symbole. Si eflecti- ' ils avaient rédigé le symbole, le Credo, tel

que nous l'arvous, saint Luc n'aurait pas omis dans sou histoire ce fondement essentiel de la religion chrétienne ; la substance du Credo est é par se dans les évangiles, mais les articles ne furent réunis que longtemps après.

Notre symbole, en un mot, est incontestablement la créance des apôtres, mais n'est pas une pièc<écrite par eux. Ru lin, prêtre d'Aquilée , est le premier qui en parle ; cl une homélie attribuée à saiut Au gustin est le premier monument qui suppose la manière dont ce Credo fut fait. Pierre dit dans l'assemblée : m Je crois en Dieu pere tout -puissant; Andr. dit, et en Jésus - Christ j Jacques ajoute, qui a été conçu du Saint-Esprit; » et ainsi du reste.

Cette formule s'appelait tymMo: en grec, en latin collatio. Il est seulement a remarquer que le grec porte : Je crois en Dieu père tout-puissar.t , feseur du ciel et de la terre : l'isteo eis tkeon paiera pantokratora poitien ouranou. kai gès ; le latin traduit, feseur, formateur , par creatorem. Mais depuis, en traduisaut le symbole du premier concile de Nicée, on mit faitorem (•).

Constantin convoqua , assembla dans Nicée, vis-avis do Constantinople, le premier concile œcuménique, auquel présida Ozius. On y décida la grande question qui agitait l'Eglise, touchant la diviuilé de Jésus- Christ; les uns se prévalaient de l'opinion d'Origènc, qui dit au chap. VI contre Cclsc : « Nouh présentons uos prières à Dieu par Jésus, qui tient le milieu entre les natures créées et la nature incréé , qui nous apporte le gr*ce de son père , et présente nos prières au grand Dieu en qualité de notre pontife. » Ils s'appuyaient aussi sur plusieurs passages ( de saint Paul , dont on a rapporté quelques-uns. Il* se fondaient surtout sur ces paroles de Jésus-Christ : « Mon père est plus grand que moi ; » et ils regardèrent Jésus comme le premier né de la création , comme la pure émanation de l'Être suprême, mai» non pas précisément comme Dieu.

Les autres , qui étaient orthodoxes , alléguaient des passages plus conformes à la divinité éternelle de Jésus, comme celui-ci : « Mon père et moi nous sommes la même chose ; » paroles que les adversaires interprétaient comme signifiant : « Mon père et mm nous avons le^méme dessein , la m*me volonté ; je n'ai point d'autres désirs que ceux de mon père. » Alexandre, évoque d Alexandrie , et après lui Athanasc, étaient à la tfite des orthodoxes, et Eusèbe, évéque de Nicomédie, avec dix-sept autres évéques, le prêtre Arius, et plusieurs prêtres, étaient dans le parti opposé. La querelle fut d'abord envenimée , parce que saint Alexandre traita ses adversaires d'autechrists.

Enfin , après bien des disputes , ie Saint-Esprit décida ainsi dans le concile, par la bouche de deux cent quatre-vingt-dix-neuf évéques contre dix-huit : , u Jésus est fils unique de Dieu , engendré du père , c'est-à-dire, la substance du père, Dieu de Dieu , lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu,

(•) Voyti. a l'article £alwe, le i comme un double emploi (R.J

PHILOSOPHIQUE, atàntiel au père; nont croyons aussi au Sarat-Ksprit, etc. » Ce fat la formule du concile. On voit par cet exemple combien le* evéque» l'emportaient sur les simples prêtres. Deux mille personnes du second ordre étaient de l avis d'Arius , au rapport de deux patriarches d'Alexandrie, qui ont écrit la chronique d' Alexandrie en arabe. Arins fut exile par ConsUntin ; ■nais Alhanasc le fut aussi bientôt après et Arius fu rappelé à Constanlinople. Alors saint Macairc pria Dieu si ardemment de faire mourir Arius avant que ce prêtre put entrer dans la cathédrale , que Dieu exauça sa prière. Arius mourut en aliant à l'église en 33o. L'empereur Constantin finit sa vie en 33-. Il mit son testament entre les mains d'un prêtre arien , ot mourut entre les bras du chef des ariens Eusèbc, évcqne de Nicomédic, ne s'étant fait baptiser qu'au lit de mort, et laissant l'église triomphante , mais divisée.

Les partisans d'Athaoase ci ceux d'Ensèbe se firent une guerre cruelle , ot ce qu on appelle l'arianisme fut long-temps établi dans toutes les provinces de l'empire.

Julien le Philosophe, surnommé l'Apostat, voulut étouffer ces divisions et ne put y parvenir.

Le second concile général fut tenu à Constantiuople en 3 1 8. On y expliqua ce que la concile de Nicée n'avait pas jugé à propos de dire sur le Saint- Esprit; et on ajouta a la formule de Nicée, « que le Saint-Esprit est seigneur vivifiant qui procède du père, et qu'il est adore et glorifié avec le père et le fais. »

Ce ne fut que vers le neuvième siècle que l'égliso latine statua par degrés que le Saint-Esprit procède du père et du fils.

En 43 1 , le troisième concile général tenu àEphcse < décida que Marie était véritablement mère de Dieu , , et que Jésus avait deux natures et une personne. Nés* lorius, évéque de Constanlinople. qui voulait que la sainte Vierge fut appelée ment de Christ, fat déclaré Judas par le concile, et les deux natures furent en- , eorc confirmées par le concile de Chalcedoine.

Je passerai légèrement sur les siècles suivans qui sont assez connus. Mais malheureusement il n'y eut aucune de ces disputes qui ne causât des guerres, et l'Eglise fut toujours obligée de combattre. Dieu permit encore, pour exercer la patience des fidèles ,Tf5<les Grecs et les Latins rompisse»*, sans retour au neuvième siècle : il permit encore qu'en Occident il y eût viugt-neuf schismes sanglans pour la chaire de Rome.

Cependant l'église grecque presque tout entière et toute l'église d'Afrique devinrent esclaves sous les Arabes, et ensuite sous les Turcs (*).

S'il y a environ seize cents millions d'hommes sur la terre , comme quelques doctes le. préicndcnt , la sainte église romaine catholtfjuc universelle en possède à peu près soixante millions; ce qui fait plus de de la' vingt -sixième partie des babitans du monde

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