‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 146 sur 551 · CIEL (MATERIEL · texte numérisé non relu

CIEL (MATERIEL

Les lois de l'optique, fondées sur la nature des choses, ont ordonné que de notre petit globe nous verrons toujours le ciel matériel comme si nous eu élious le centre, quoique nous soyous bien loin d'être centre :

Que nous le verrons toujours comme une voûte surbaissée, quoiqu'il n'y ait d'autre voûte que celle de notre atmosphère, laquelle n'est point surbaissée :

Que nous verrons toujours les astres roulant sur cette voûte, et, comme dans un même cercle, quoiqu'il n'y ait que cinq planètes principales , et dix lunes, et un anneau, qui marchent ainsi que nous dans l'espace :

Que notre soleil et notre lune nous paraîtront toujours d'un tiers plus grands à l'horizon qu'au zénith, quoiqu'ils soient plus près de l'observateur au zénith qu'à l'horizon.

Voici l effet que font i nos yeux.

Cttlt figure reprirent* à f-tn prit m quelle proportion le total et la lune doivent être aperçut dont la courbe A B , et comment lu astres doivent paraître plus rapprochés les uns des

A Ut! f £S dûflS \& I

i». Telles sont les lois de l'optique, telle est la nature de vos yeux, que premièrement le ciel matériel , les nuages, la lune, le soleil qui est si loin de vous, les planètes qui dans leur apogée en sont encore plus loin, tous les astres placés à des distances encore plus immenses, cometes, météores, tout doit vous paraître daus celle voûte surbaissée composée de votre atmosphère.

a*. Pour moins compliquer cette vérité , observons seulement ici le soleil qui semble parcourir le cercle A B.

Il doit vous p traître au zénith plus p««tit qu'à quinze degrés ait-dc^ous, ,'■ trente degrés encore plus gros, et enfin à l'horizon encore davantage; tellement que ses dimensions dans le ciel inférieur

A l'horizon |0©.

A quinxe degrés 6g.

A trente degrés 5o.

A quarante-cinq degrés 40.

Ses grandeurs apparentes dans la voûte surbaissée sont comme ses hauteurs apparentes; et U en est le même do la lune et d'une comète (a).

3*. Ce n'est point l'habitude, ce n'est point l'interposition des terres, ce n'est point la réfraction de l'atmosphère qui causent cet effet. Malebranche et Régis ont disputé l'un contre l'autre; mais Robert Smith a calculé ( 1 ).

4°. Observez les deux étoiles qui , étant à une prodigieuse distance Tune de l'autre, et à des profondeurs très-différentes dans l'immensité de l'espace , sont considérés ici comme placées dans le cercle que le soleil semble parcourir. Vous les voyez distantes l'une de l'autre daus le grand cercle, se rapprochant dans le petit par les mêmes lois.

C'est ainsi que vous voyez le ciel matériel. Cest par ces règles invariables de l'optique que vous voyez les planètes tantôt rétrogrades, tautôt stationntires ; elles ne sont rien de tout cela. Si vous étiez dans le soleil , vous verriez toutes les planètes et les comète» rouler régulièrement autour de lut dans les ellipses que Dieu leur assigne. Mais vous êtes sur la planète de la terre , dans un coin ou vous ne pouvez jouir de tous les spectacles.

N'accusons donc point les erreurs de nos sens avec Malebrauc ht ; des lois constintes de la nature , émanées de la volonté immuable du Tout-Puissant, et proportionnées à la constitution de nos organes, ne peuvent être des erreurs.

Nous no pouvons voir que les apparences des choses , et non les choses mêmes. Noos ne sommes pas plus trompés quand le soleil, ou* rage de Dieu, cet astre un million de fois plus gros que notre terre, nous paraît plat, et large de deux pieds, que lorsque dans un miroir convexe, ouvrage de nos mains, nous voyons un homme sous la dimension de quelques pouces.

Si les mages ebaldcens furent les premiers qui se servirent de l'intelligence que Dieu leur donna pour mesurer cl mettre à leur place les globes célestes , d'autres peuples pins grossiers ne les imitèrent pas.

Ces peuples enfans et sauvages imaginèrent la terre plate, soutenue daus l'air, je ne sais comment par sou propre poids; le soleil, la lune et les étoiles marchant continuellement sur un centre solide qu'on appela plaque , firmament ; ce cintre portant des

(ri) Voyez l'optique île Ro(*rt Smitli.

(1) 1/npininn de Smitli est au fond la même que relie de Malcliranclie. Puisque In astres an sénilh el h llioriton «Mit tui yius on sntle 4 peu pri* ès,*\ . lo différence apparente de Rr«ndunt ne peut venir que de la roenie cause qui bous fait juger on corpa de cent pmiret. vu à c ni pirdt, plus gnud qu'ua corpa d'un {Miuoc ru 1 un pird ; el celle raute ne peut i-tre qu'un juzrnirnl de l'aine devenu habituel, el Jonl pat cette raison nota» ! d'avoir 1

eaux, et ayant des portes d'espace en espace, les eaux sortant par ces portes pour humecter la terre.

Mais comment le soleil , la lune cl tous les astres reparaissent-ils après s'être couchas ? on n'en savait rien. Le ciel touchait à la terre plate; il n'y avait pas moyen que le soleil , la lune et les étoiles tournassent sous la terre, cl allassent se lever à l'orient après s'être couchés à l'occident. Il est vrai ijuc ces ignorans avaient raison par hasard, en ne concevant pas que le soleil et les étoiles fixes tournassent autour de la terre. Mais ils etaicut hien loin de soupçonner le soleil immobile, et la terre avec son satellite tournant autour de lui dans l'espace avec les autres planètes. Il y avait plus loin de leurs fables au vrai tj itèoM du monde que des ténèbres à la lumière.

Ils croyaient que le soleil et les étoiles revenaient par des chemins inconnus , après s être délassés de leur course dans la mer Méditerranée, on ne sait pas précisément dans quel endroit. 11 n'y avait pas d'autre ujlronomie, du temps même d'Homère, qui est si nouveau : car les Chaldécns tenaient leur science secrète pour se faire plus rcspcrtcrdcs peuples. Homère dit plus d'une fois que le soleil se plonge dans l'Océan (et encore cet Océan, c'est le Nil) : c'est là qu'il réparc par la fraîcheur des eaux pendant la nuit, l'épuisement du jour; après quoi il va se rendre au lieu de •«on lever par des routes inconnues aux mortels. Colle idée ressemble beaucoup à celle du baron de l'œiicstc, qui dit que, si ou lie voit pas le soleil quaud il revient, r ctqu il revient de nuit.

Comme alors la plupart des peuples de Syrie et les Grecs connaissaient un peu l'Asie et une petite partie de l'Europe, et qu'ils n'avaient aucune notion de tout ce qui esl au nord du Poul-Eu\iu , et au midi du Nil ils rétablirent d'abord que la terre était plus longue que large d'un grand tiers; par conséquent le ciel qui touchait a la terre, et qui l'embrassait , était aussi plus long que large. De là nous vinrent les degrés de longitude et de latitude dont nous avons toujours conseivé les noms, quoique nous ayons réformé la chose.

Le livre de Job, composé par un ancien Arabe, iiOÎ avait quelque connaissance de l'asti onon.ie , puisqu'il parle des constellations, s'exprime pourtant ainsi : « Où étiez-vous quand je jetais les fondemens de la terre? qui en a pris les dimensions? sur quoi ses bases portent-elles? qui a posé sa pierre angulaire ? »

Le moindre écolier lui répondrait aujourd'hui : La terre n'a ni pierre angulaire, ni base, ni fondement ; et à l'égard de ses dimensions, nous les connaissons ires-bien , puisque depuis Magellan jusqu'à Bougaiuville, plus d'un navigateur en a fait ic tour.

I/j même écolier fermerait la bouche au déclamatcur Laclancc, et a tous ceux qui ont dit avant et après lui que la terre est fondée sur l'eau, et que le ciel ne peut être au-dessous de la terre ; et que par conséquent il esl ridicule et impie de soupçonner qu'il y ait des antipodes.

C'est une chose curieuse de voir avec quel dédain, avec quelle pitié I.aclance regarde tous les philosophes qui, depuis quatre ceuls an", commençaient

i connaître le cours apparent du soleil et des planètes , la rondeur de la terre , la liquidité , la nonlésistancc des cieux , au travers desquels les planètes couraient dans leurs orbites, etc. Il recherche par fuels degrés les philosophe* sont parvenus à cet excès de folie défaire de In terre une boule, et d'entourer cette boule du ciel (/>).

Ces raisonnemens sont dignes de tous ceux qu'il fait sur les sibylles.

Notre écolier dirait i tous ces docteurs : Apprenez, qu'il n'y a point de cicux solides placés les uns sur les autres, comme on voim l'a dit; qu'il n'y a point de cercles réels dans lesquels les astres courent sur une prétendue plaque; que le soleil est le centre de notre monde planétaire; que la terre et les planètes roulent autour de lut, dans l'espace, non pas en traçant des cercles , mais des ellipses. Apprenez qu'il n'y a ni dessus ni dessous, mais qui les planètes, les comètes tendent toutes vers le soleil leur rentre, et et que le soleil tend vers elles , par une gravitation éternelle.

Laclancc et les autres babillards seraient bien étonnés en voyant le système du monde tel qu'il est.

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