‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 159 sur 551 · CONSEQUENCE · texte numérisé non relu

CONSEQUENCE

Quelle est donc noire nature, et qu'est-ce que oolrc chétif esprit? Quoi! l'on peut tirer les conséquences les plus justes, les plus lumineuses, et n'avoir pas le sens commun ! Cela n'est que trop vrai. Le fou d'Athènes qui croyait que tous les vaisseaux qui abordaient au Piree lui appartenaient , pouvait calculer merveilleusement combien valait le chargement de ces vaisseaux , et en combien de Jours ils pouvaient arriver de Smyrne au Piree.

Nous avons vu des imbéciles qui ont fait des calculs et des raisonnemens bien plus étonnans. Ils n'étaient doue pas imbéciles ? me dites-vous. Je vous demande pardon , ils l'étaient. Ils posaient tout leur édiCce sur un principe absurde ; ils enfilaient régulièrement des chimères. Un bomme peut marcher très bien et s'égarer, et alors mieux il marche et plus il s'égare.

Le r'o des Indiens eut pour père un éléphant qui daigna faire un enfant à une princesse indienne, laquelle accoucha du dieu Ko par le cô'é gauche. Cette princesse était la propre sœur d'un empereur des Indes : donc Ko était le neveu de l'empereur, et les petits-fils de l'éléphant et du monarque étaient cousins isaus de germain ; donc , selon les lois de l'état , la race de l'empereur étant éteinte, ce sont les descendant de l'éléphant qui doivent succéder. Le principe reçu, on ne peut mieux conclure.

Il est dit que l'éléphant divin était haut de neuf pieds de roi. Tu présumes avec raison que la porte

de son écurie devait avoir plus de neuf pieds , afin qu'il pût y entrer à son aise. Il mangeait cinquante livres de riz par jour, vingt-cinq livres de sucre, e buvait vingt- cinq livres d'eau. Tu trouves, par ton arithmétique, qu'il avalait trente-six millt cinq ceuts livres pesant par année; on ne peut compter mieux. Mais ton éléphant a-t-il existé? était-il beau-frère de l'empereur? sa femme a-t-clle fait un enfant par le coté gauche? c'est là ce qu'il faillit examiner. Vingt auteurs qui vivaient à la Cocbinchinc l'ont écrit l'un après l'autre; tu devais confronter ces vingt auteurs, peser leurs témoignages, consulter les anciennes archives, voir s'il est question de cet éléphant dans les registres ; examiner si ce n'est point une fable que des imposteurs ont eu intérêt d'accédilcr. Tu es parti d'un principe extravagant pour en tirer des conclusions justes.

Cest moins la logique qui manque aux hommes que la source de la logique. Il ne s agit pas de dire, six vaisseaux qui m'appartiennent sont chacun de deux cents tonneaux, le tonneau est de deux mille livres pesant*, donc j'ai dou/.c cent mille livres de marchandises au port de Piréc. Le grand point est de savoir si ces vaisseaux sont à toi. Voilà ic principe dont ta fortune dépend , tu compteras après (*).

Uu ignorant , fanatique et conséquent , est souvent un homme à étouffer. 11 aura lu que Phinéc, transporté d'un saint zélé, ayant trouvé un Juif couché avec une Madianite , les tua tous deux , el fut

imité par les lévites, qui massacrèrent tous las ménages moitié tnadianites et moitié juifs. Il sait que ton voisin catholique couche avec sa voisine huguenote ; il les tuera tous deux sans difficulté : on ne /eut agir plus conséquemment. Quel est le remède à cette maladie horrible de I'àmc ? c'est d'accoutumer de bonne heure les en fans à ne rien admettre qui choque la raison; de ne leur conter jamais d'histoires de revenans, de fantômes, de sorciers, de possédés, de prodiges ridicules. Une fille d'uue invagination tendre et sensible cutend parler de possessions ; elle tombe dans une maladie de nerfs, elle a des convulsions, elle se croit possédée. J'en ai tu mourir uue de la révolution que ces abominables histoires avaient faite dans ses organes (*).

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