AIR
SBCTJOI I.
On compte qoatre élémcns, quatre espèces do matière sans avoir une notion complète de la matière. Mais que sont les «léonais de ces élémens ? L'air se change-t-il en feu , en eau, en terre? Yn-4-il de l'air?
Quelques philosophes en doutent encore; peuf-on (•) Voy.BiEBouBti. —
raisonnablement en douter Mac aux? Ou. n'a jamaU
été incertain si on marche sur la terre , si ob boit dereau, si le feu nous aedeire, wos échauffe, nous brûle. No* MM aoa» en agissent asseï ; uwût il ■» nous dosent ma sur lai*. Mous ne savons point par eux si aoas respirons les vapeurs du globe ou une substance dûTerente de ces vapeur*. Les Cirées appe- ! lèrcet resnehoope «ai noua eaviroaa» atmo^hàre , la sphère des exhalaisons ; et nous avons adopt* co met. Y a-t-il parmi ces exhalaisons continuelles une antre espèce de matière qui ait des propriétés
Lqs philosophes qui ont nia l'existence de l'aie, disent qu'il est inutile d'admettre ua être qu'on ne voit jamais, et dont tous les eliets s'expliquaU si aisément par les vapeurs qui sortent du seia de la
terre.
Newtos» a dVmoBtré que le corps le plus dur a moine de matière que de porcs. Des exhalaisons continuelles s'échappent en foule de toutes les partie» de noire globe. Un cboval jeune et vigoureux, ramené tout en sueur dans son écurie en temps d'hiver , est entouré d'une aimoaphèM mille foù moins considérable que noble globe n'est pesxtré et environne* de la matière do sa propre transpiration.
Celte kranspiratiau, ces exhalassent , cet vapeurs innombrables sVcbappcnt sans cesse par des pores innombrables , et ont elles-mêmes des pores. C est ce mouvement continu ea tout sens qui forme et qui détruit saut cesse végétaux , minéraux , métaux , animaux.
Cest ce qui a fait penser à plusieurs que le mouvement est essentiel à la matière, puisqu'il n'y a pat une particule daus laquelle il n'y ait un mouvement conlinu. Et, si la puissance formatrice éternelle qui préside à tous les globes cal l'auteur de tout mouvement, elle a voulu du moins qua ce mouvement ne pérît jamais. Or ce qui est lo-jcur» indestructible a pu paraître essentiel > comme l'étendue et la solidité ont paru essentielles. Si cette idée est une erreur, elle est pardonnable ; car il n'y a que l'erreur malicieuse et de mauvaise foi qui ne mérite pas d'indulgence.
Mais qti'on regarde le mouvement comme essentiel ou non» il est indubitable que les exhalaisons de notre globe s'élèvent et retombent sans aucun relâche à un mille, à deux «ailles, à Itcir milles au-dessus d» nos tètea. Du mont Atlas à l'extrémité du Taurus tout homme peut voir te us les jours les nuages se former sous ses pieds. 11 est arrivé mille fois à des voyageurs d'être au-dessus de l'arc-cn-cicl , des éclairs et du tonnerre.
Le feu répandu Jans l'intérieur du globe , ce feu cache dans l'eau et Jans la glace même, est probablement la source impérissable de ces exhalaisons, de ces vapeurs dont uous sommes continuellement environnés. Elles forment un ciel bleu dans un temps serein , quand elles sont assez hautes cl assez atténuées pour ne nous envoyer que des rayons bleus; comme les feuilles de l'or amincies exposées aux rayons du soleil , dans la chambre obscure. Ces vapeurs imprégnées de soufre forment les tonnerres elles éclairs. Comprimées et ensuite dilatées parcelle com-
pression dans les entrailles de la terre, elle* s'échappent en volcans, ferment et détruisent de petites montagnes, renversent des villes, ébranlent quelquefois une grande partie du globe.
Cette mer de vapeurs dans laquelle nous nageons, qui nous menace sa tus cesse , et sans laquelle nous ne pourrions vivre, comprime de tous côtés notre globe et ses habitant avec la même force que si nous avions sur notre tétc un Océan de trente-deux pieds de hauteur; et chaque homme eu porte environ vingt mille livres.
Raisons de ceux (fui nient l'air.
ToDT ceci posé, les philosophe* qui nient l'air disent : Pourquoi attribuerons- nous à un élément inconnu et invisible des effets que l'on voit continuellement produits par ces exhalaisons visibles et palpables ?
L'air est élastique , nous diuou : mais les vapeurs de l'eau seule le sont souvent bien davantage. Ce que vous appelez Vêlement de l'air . pressé dans une canne à vent , ne porte une balle qu'à une très-petite distance ; mais dans la pompe à feu des batimens d'Yorck à Londres , les vapeurs font un effet cent fois plus violent.
On ne dit rien de l'air, continuent-Us, qu'on ne puisse dire de même des vapeurs du gfobcî elles pèsent comme lui , s'insinuent comme lui , allument le feu par leur souffle, se dilatant,, se condensent de même.
La pins gratnie objection que l'on fasse contre le système des exhalaisons du globe, est qu'elles perdent leur élasticité dans la pompe à feu quand elles «ont refroidies, au lia* que L'air cet, dit-on , toujours élastique. Mais premièrement il n'est pas vrai que l'élasticité de l'air agisse toujours : son élasticité est nulle quand on le suppose en équilibre, et sans cela il n'y a point de végétaux et d animaux qui ne crevassent et n'éclatassent en cent morceaux, si cet air qu'on suppose être dans eux conservait son élasticité. Les vapeurs n'agissent point quand elles «oui en équi libre ; c'est leur dilatation qui tait leurs grands effets. En un mot , tout ce qu'on attribue à l'air semble appartenir sensiblement , selon ces philosophes , aux exhalaisons de notre globe.
Si on leur fait voir que le feu s'éteint quand il n'est pas entretenu par l'air, ils répondent qu'on se méprend , qu'il faut à un flambeau des vapeurs sèches et élastiques pour nourrir sa flamme, qu'elle s'éteint sans leur secours, ou quand ces vapeurs sont trop grasses, trop sulfureuses, trop grossières, et sans ressort. Si on leur objecte que l'air est quelquefois pestilentiel , c'est bien plutôt dus exhalaisons qu'on doit le dire. Elles portent avec elles des parties de soufre, de vitriol, d arsenic,ct de toutes les plantes nuisibles. On dit : L'air est pur dans ce canton, cela signifie : Ce ennion n'en fniùit marécageux ; il n'a ni plantes, ni minières pernicieuses dont les parties s'exhalent continuellement dans les corps des animaux. Ce n'est point l'élément prétendu de l'air qui rend la campagne de Rooie si malsaine, ce sont les eaux croupissantes, ce sont les anciens canaux qui, creusés sous
terre de tous côtés, sont devenus le réceptacle de toutes les bâtes venimeuses. C'est de là que s'cxhalc continuellement un poison mortel. Allez à Frcscati, ce n'est plus le même terrain, ce ne sont plus les mômes exhalaisons.
Mais pourquoi l'élément supposé de l'air changerait-il de nature à Frcscati? Il se chargera, dit-on, dans la campagne de Rome de ces exhalaisons funestes, et, n'en trouvant pas a Frcscati , il deviendra plus salutaire. Mais, encore une fois, puisque ces exhalaisons existent, puisqu'on les voit s'élever le soir en nuages, quelle nécessité de les attribuer à une autre cause? Elles montent dans l'atmosphère , elles s'y dissipent, elles changent de forme; le vont, dont elles sont la première cause , les emporte , les sépare ; elles s'atténuent, elles deviennent salutaires de mortelles qu'elles étaient;
Une autre objection , c'est que ces vapeurs , ces exhalaisons renfermées dans un vase de verre, s'attachent aux parois et tombent, ce qui n'arrive jamais à l'air. Mais qui vous a dit que , si les exhalaisons humides tombent au fond de ce cristal, il n'y a pas incomparablement plus de vapeurs sèches et élastiques qui se soutiennent dans l'intérieur de ce vase? L'air, dites -vous, est purifié après une pluie. Mais nous sommes en droit de vous soutenir que ce sont les exhalaisons terrestres qui se sont purifiées, que les plus grossières, les plus aqueuses, rendues à la terre, laissent les plus sèches et les plus fines au-dessus de nos têtes , et que c'est cette ascension et cette descente alternatives qui entretiennent le jeu continuel de la nature.
Voilà une partie des raisons qu'on peut alléguer en faveur de l'opinion que l'élément de l'air n'existe pas. Il y en a de très-spécieuses, et qui peuvent au moins faire naître des doutes; mais ces doutes céderont toujours à l'opinion commune. On n'a déjà pas trop de quatre clémens. Si on nous réduisait à trois, nous nous croirions trop pauvres. On dira toujours Vilement de l'air. Les oiseaux voleront toujours dans les airs , et jamais dans les vapeurs. On dira toujours : L'air est doux , l'air est serein ; et jamais : Les vapeurs sont douces , sont sereines.
SECTION II
V apeurs , exhalaison*.
Je suis comme certains hérétiques; ils commencent par proposer modestement quelques difficulté», ils finissent par nier hardiment de grands dogmes.
J'ai d'abord rapporté avec candeur les scrupules de ceux qui doutent que l'air existe. Je m'enhardis aujourd'hui , j'ose regarder l'existence de l'air comme une chose peu probable.
i». Depuis que je rendis compte de l'opinion qui n'admet que des vapeurs, j'ai fait ce que j'ai pu pour voir de l'air, et je n'ai jamais vu que des vapeurs grises, blanchâtres, bleues, noirâtres, qui couvrent tout mon horizon; jamais on ne m'a montré d'air pur. J'ai toujours demandé pourquoi on admettait une matière
^invisible, impalpable, dont on n'avait aucune connaissance.
} a». On m'a toujours répondu que l'airest élastique. Mais qu'est-ce que l'élasticité ? c'est la propriété d an corps fibreux de se remettre dans l'état dont vous l'avez tiré avec force. Vous avez courbé cette branche d'arbre , elle se relève ; ce ressort d'acier que vous avez roulé se détend de lui-même : propriété aussi commune que l'attractiou et la direction de l'aimant , et aussi inconnue. Mais votre élément de l'airest élastique, selon vous, d'une tout autre façon. ïl occupe un espace prodigieusement plus grand que celui dans lequel vous l'enfermiez, dont il s'échappe. Des physiciens ont prétendu que l'air peut se dilater dans la proportion d'un à quatre mille (a) ; d'autres ont voulu qu'une bulle d'air pût s'étendre quarante six milliards de fois.
Je demanderais alors ce qu'il deviendrait? à quoi il serait bon? quelle force aurait cette particule d'air au milieu des milliards de particules de vapeurs qui s'exhaleut de la terre, et des milliards d'intervalles qui les séparent ?
3°. S'il existe de l'air, il faut qu'il nage dans la mer immense des vapeurs qui nous environnent , et que nous louchous au doigt et a l'oeil. Or les parties d'un air ainsi interceptes, ainsi plongées et errantes dans cette atmosphère, pourraient-elles avoir le moindre effet , le moindre usage ?
4°. Vous entendez une musique dans un salon éclairé de cent bougies; il n'y a pas un point de cet eepace qui ne soit rempli de ces atomes de cire, de lumière et de fumée légère. Brûlez- y des parfums , il n'y aura pas encore un point de cet espace où les atomes de ces parfums ne pénètrent. Les exhalaisons continuelles du corps des spectateurs et des musiciens, et du parquet, et des fenêtres, et des plafonds , occupent encore ce salon : que restera-t-il pour votnr prétendu élément de l'air?
5°. Comment cet air prétendu, dispersé dans ce salon, pourra-t-il vous faire entendre et distinguer à la fois les différens sons? faudra-t-il que la tierce, la quinte, l'octave, etc., aillent frapper des parties d'air qui soient elles-mêmes à la tierce, à la quinte , à l'octave? chaque note exprimée par 1"* voix et par les instrumens trouve-t-elle des parties d'air notées qui les renvoient à votre oreille ? C'est la seule manière d'expliquer la mécanique de l'ouie par le moyen de l'air. Mais quelle supposition! de bonne foi, doit* On croire que l'air coutienne une infinité d'ut , ré , mi , fa , sol , la , si , ut , et nous les envoie sans se tromper? en ce cas ne faudrait -il pas que chaque particule d'air, frappée à la fois par tous les sons, ne fût propre qu'à répéter un seul son, et à le renvoyer à l'oreille? mais où renverrait-elle tous les autres qui l'auraient également frappée?
Il n'y a donc pas moyen d'attribuer à l'air la mécanique qui opère les sons; il faut donc chercher quelque autre cause, et on peut parier qu'on ne la trouvera jamais.
6». A quoi fut réduit Newton? il supposa, à la lin
(*} Voy. MtiMcbfiibroecx, cbipitre de l'air.
de ton optique , t* que les particules d'une substance dease, compacte et fixe, adhérentes par attraction, raréfies difficilement par une extrême chaleur, se transforment en un air élastique. »
De telles hypothèses, qu'il semblait se permettre pour se délasser, ne valaient pas ses calculs et ses expériences. Comment des substauecs dures se changent-elles en un élément? comment du fer est- il changé en air? Avouons notre ignoraucc sur les principes des choses.
y". De toutes les preuves qu'on apporte en faveur de l'air, la plus spécieuse , c'est que , si ou vous l'oie , vous mourez; mais cette preuve n'est autre chose qu'une supposition de ce qui est en question. Vous dites qu'on meurt quand on est prive1 d'air, et nous disons qu'on meurt par la privation des vapeurs salutaires de la terre et des eaux. Vous calculez la pesanteur de l'air, et nous la pesanteur des vapeurs. Vous donnez de l'élasticité à un être que vous ne voyez pas, et nous à des vapeurs que nous voyons distinctement dans la pompe à feu. Vous rafraîchissez vos poumons avec de l'air, et nous avec des exhalaisons des corps qui nous environnent, etc.
Permettez-nous donc de croire aux vapeurs ; nous trouvons fort bon que vous soyez du parti de l'air, et nous ne demandons que la tolérance (i).
Que l'air ou la région des vapeurs n'apporte point la peste.
J'ajouterai encore une petite réflexion ; c'est que ni l'air, s'il y en a , ni les vapeurs ne sont le véhicule de la peste. Nos vapeurs, nos exhalaisons nous donnent assez de maladies. Le gouvernement s'occupe peu du dessèchement des marais, il y perd plus qu'il ne pense ; cette négligence répand la mort sur des cantons considérables. Mais, pour la peste proprement dite, la peste native d'Egypte , la peste à charbon , la peste qui fit périr à Marseille et dans les environs soixante et dix mille hommes en l?ao, celte véritable peste n'est jamais apportée par les vapeurs ou par ce qu'on nomme air; cela est si vrai qu'on l'arrête avec un seul fossé : on lui trace par des lignes une limite qu'elle ne franchit jamais.
Si l'air ou les exhalaisons la transmettaient, un vent de sud-est l'aurait bien vite fait voler de Marseille à Paris. C'est dans les habits, dans les meubles que la peste se conserve ; c'est d»j là qu'elle attaque les hommes. Ccst dans une balle de coton qu'elle fut apportée de Seide, l'ancienne Sidon, à Marseille. Le conseil d'état défendit aux Marseillais de sortir de l'enceinte qu'on leur traça , sous peine de mort , et la
(i) Voy. le volume de Physique (tome XS.XU). Nous remarquerons seulement qu'il s'échappe des corps; i". de substances expansibles ou élastiques , et que ces substances sont les ménu-s que celles qui composent l'atmosphère, aucun froid connu ne le* réduit en liqueur; a°. d'autres exhalaisons qui se dissolvent dans les première* &*»s leur 6ter ni leur transparence ni leur expansibililr. Le froid et d'autres causes les précipitent ensuite sous la forme de pluie ou de brouillards. M. de Voltaire, en écrivant cet article , semble avoir deviné en partie ce que MM. Priestley, Lavoisier, Vol ta , etc. , ont découvert quelques années après •or h» composé de l'a
peste ne se communiqua point au dehors : Non pro-
Les autres maladies contagieuses, produites par les vapeurs , sont innombrables. Vous en êtes les victimes, malheureux Wclches, habitans de Paris! Je parle au pauvre peuple qui loge auprès des cimetières. Les exhalaisons des morts remplissent continuellement l'hôtel -dieu , et cet hôtel -dieu devenu l'hôtel de la mort infecte le bras de la rivière sur lequel il est situé. O Wclches! vous n'y faites nulle attention, et la dixième partie du petit peuple est sacrifiée chaque année; et cette barbarie subsistedins la ville des jansénistes , des financiers, des spectacles, des bals, des brochures et des filles de joie.
De la puissance des vapeurs.
Ce sont ces vapeurs qui fout les éruptions des volcans, les tremblcmens de terre, qui élèvent le Moule-Nuovo, qui fout sortir l'ile de Sanloriu du fond de la mer Egée , qui nourrissent nos plautcs , et qui les détruisent. Terres, mers, fleuves, montagnes , animaux, tout est percé à jour; ce globe est le tonneau des Dauaidcs, à travers lequel tout entre , tout passe et tout sort sans interruption.
On nous parle d'un éther, d'un fluide secret, mais je n'en ai que faire; je ne l'ai vu ui manié, je n'en ai jamais senti , je le renvoie à la matièro subtile de René, et à l'esprit recteur de Paracelsc.
Mon esprit recteur est le doute, et je suis de l'avis de saint Thomas Didyrac qui voulait mettre le doigt dessus et dedans.