ALCHIMISTE
Cet <irt emphatique met l'alchimiste autant audessus du chimiste ordinaire que l'or qu'il compose est au-dessus des autres métaux. L'Allemagne est encore pleine de gens qui cherchent la pierre philosophai, comme on a cherché l'eau d'immortalité à la Chine , et la fontaine de Jouvence en Europe. On a connu quelques personnes en France qui se sont ruinées dans cette poursuite.
Le nombre de ceux qui ont cru aux transmutations est prodigieux ; celui des fripons fut proportionne à celui des crédules. Nous avons à Paris le seigneur Damnii, marquis de Convcutiglio, qui tira quelques centaines de louis de plusieurs grands seigneurs pour leur faire la valeur do deux ou trois écus eu or.
Le meilleur tour qu'on ait jamais fait en alchimie fut celui d'un rose -croix qui alla trouver Henri duc de Bouillon, de la maison de Turenne, prince souverain de Sédan, vers l'an itiao. « Vous n'avez pas, lui dit- il, une souveraineté proportionnée a votre grand courage; je veux vous rendre plus riche que l'empereur. Je ne puis rester que deux jours dans vos états; il faut que j'aille tenir à Venise la grande assemblée des freres : gardez seulement le secret. Envoyez chercher de la litharge chez le premier apothicaire de votre ville; jctlez-y un grain seul de la poudre rouge que je vous donne ; mettez le tout daus un creuset , et en moins d'un quart d'heure vous de ïor. a
ISCTIOSNAIRE
Le prince fitftpération, et la réitéra trois fois en présence du virtuose. Cet homme avait fah acheter auparavant tautt m Htfarge qtii était chez les apotbicaères de Sédan, et l'avait (ait ensuite revendre chargée de «•«etqwes onees d'or. L'adepte eti partant fit présent de aorte m pondre transmutante air duc de Bouillon.
Le prince ne douta notât qu'ayant fait trois onces I d'or ntc txoia grains, H n'en Ht trois omt mille onces avec .trois cent nuRe grains, et que par conséquent il ne fiU bientôt possesseur dans la semaine de trentesept miHe eine; centa mares , sans compter ce qu'il ferait dans la suive. Il fallait trois mois au moins pour faire cette pondre. Le pbflosopbc était pressé de partir; il ne lui restait plus rica, il avait tout donné au prince; il lui fallait de la monnaie courante pour tenir à Venise les états de la philosophie hermétique. C'était un homme très-modéré dons ses désirs et dans sa dépense; il ne demanda que vingt mille écus pour j son voyage. Le doc de Bouillon , honteux du peu , ■ | lui en donna quarante mHle. Quand il eut épuise Ij tonte ht titbarge de Sédan, il ne fit plus d'or, il ne j revit plus son philosophe , et il en fut quitte pour ' ses quarante mille écus.
Toutes fe» prétendues transmutations alchimiques «m été mites à peu pris de cette manière. Changer une production de la nature en une outre, est une ij opération un peu difficile , connue , par exemple , du j ! 1er en argent; car cite demande deux choses qui ne j tant guère en notre pouvoir, c'est d'anéantir le fer, et de créer l'argent.
Il j a encore des philosophes qui croient aux transmutations, parce qu'ils ont vu de l'eau devenir pierre. Us n'ont pas voulu voir que l'eau, s'étant évaporée, a déposé kv sable dont elle était chargée, et que ce saUe rapprochant ses parties est devenu une petite pierre friable, qui n'est précisément que le sable qui estait dans l'eau.
Os doit s» défier de l'expérience même. Nous ne pouvons en donner un exemple plus récent et plus frappant que l'aventure qui s'est passée de nos jours, et qui est racontée par un témoin oculaire. Voici l'extrait du compte qu'il en a rendu. « Il faut avoir toujours devant les yeux ce proverbe espagnol : De las cotas mas seguras, la mas segura es dtuLtr : des choses les plus sûres la plu* sûre est le doute (*). »
On ne doit cependant pas rebuter tous les hommes à secrets, et toutes les inventions nouvelles. Il en est de ces virtuoses comme des pièces de théâtre ; sur mille il peut s'en trouver une de bonne.