I.t pour leur bien je vntidru's les IL:r
A ce proj os quelqu'un me dira : Frère, C'est bien prêche ; ruais il fallait te taire. Corrige-lui sans sermonner le* gens.
Oui . mes an.is ; oui , je suis ter* coupable, Et j'en conviens quand j'ai de bons moment; Je pre't< nJs bien thanger avec le temps, Mais jusqu'ici le mal est incurable.
Quaud je dis que l' Arioste égale Homère dans la description des combats, je n'en veux pour preuve que ces vers
5uona Vun brando, e l'allro; or butttt, or alto Il martel di Valeano tru pi» tarda Kdla tptlunea aljnmicatu . Joie Ballta aU'incude i fvlgori di G ion.
(Ont. II, st. 8.)
Atpro eonrenlo, otribile -imonia D'aile aneiele. d'u/nh < di itrida.
Delta mîura génie, che petta AVI /<Wo, fer cagion tUItt -ua guidai Irli animent <i eoncordar t'udia Col f,:ro .ua« deUa fiamn
(Ont. XIV, tL l34.)
L'alto rumor délie onote trombe,
De" timjiani e de, b. 1 tan ilionuult
G iuiit' ul continuo «on d"mchi , rfi frembe
Di mac' me. di 1 note e di foi menti ;
£ quel di e! e ;>i« par che'l ciel r imbombe
Gridi, tttmutii, gemiu e btmenli .
Renduno un altiv mon, ch'a quel l' accorda
Con cLe iviem.cailendo, il Silo attarda,
(Cant. XVI, « 56.)
Aile iqri i/li '< rii e d'Ae' éteinte SciuUa d.il evifo pin freddo che gliaccio, Bttlemmiando / .jjji lalmu idegnota, Cht fu st «liera ul mondo e >i orgogl'un*.
(Cant. XLV 1,4. 140.)
Voici une faible traduction de ces beaux vers.
En tendra- vous leur armure gnerriire
Qui retentit îles c<hi|ji de cimeterre ?
Moins violent, moins prompts sont le» marieras
Qui vont frappant Isa célestes c,rreaaa,
Quand tout noirci de fumée et de
Concert horrible, exécrable harmonie, tto erit aigus et de longs ! tarie me m , Du bruit d* con.
Et du fracas d«
Que soiu leur» toiU In tlaiumr a rcu Dca iuttenmeas de ruine et de mort Volant en foule et i\m EtU
De plus d'horreur empli.* nt ce rivage Que n'en ressent l'étonné voyageur Alors qu'il volt tout le Nil eu fureur. Tombant des cieux qu'il touche rl qu'il i Sur cent rochers précipiter ton onde,
Alor» , alors cette . me si terrible.
Impitoyable, orgueilleuse, infltriMt, Fuit de sou corps i t sort en blmphcmant, Superbe enrore a 5011 dernier moment , Et défiant les éternels abtmet Ou a engloutit la foule de t*s crimes.
Il a été donné à l'Arioste d'aller et de revenir de ces description» terribles aux peinturas les pins voluptueuses , et de ces peintures à la mcrale la plus sage. Ce qu'il y a de p us cxtraord'"vrc encore, c'est d'intéresser vivement poar les héros et pour les héroïnes dont il parte, quoiqu'il y en ait un nombre prodigieux. H y a presqne autant d'événemens touchons dans son poème que d'aventures grotesques; son lecteur s'accoutume si bien à cette bigarrure , qu'il passe de l'un à l'autre saus eu é re étonné.
Je ne sais quel plaisant a fait courir le premier ce mot prétendu du cardinal d'Est : Hc^cr fodovico , oWr nvete /liyliato tante cotjlioncrie ? Le cardinal aurait dû ajouter : /We ovrfr pigliiilo tante cusc divine? Aussi «sut-il appelé en Italie il divine Aritato.
Il fut le .naître du lasse. L'Armide est dapres TAlcine. Le voyage des deux chevaliers qui vont désenchanter Kenaud , e«t absolument imité du voyage d'Astolphc. £1 il faut avouer encore que les imaginations fantasques qu'on trouve si souvent dans J« poème de Roland le furieux, sont bien plus conveuables à un suj*»t mêlé de sérieux et de plaisant, qu'au poème séricu* du Tasse, dont le sujet semblait exiger des inœur< plus sévères.
Ne passons pas sous silence un autre mérite qui n'est propre qu'a l'Ariosle; je veux parler des charmans prologues de tons ses chants.
Je n'avais pas osé autrefois le compter parmi les poètes épiques; je ne l'avais regardt que comme le premier des grotesques : mais ce le rcl saut je l'ai trouvé aussi sublime que plaisant; et je lui fais trèshuniblcmciil répara: ion. il est très- vrai que le pape L/ou X publia une bulle en faveur de V>>l>\ndo (uri" ,i. cl di'clara excommunies ceux qui diraient du mal de ce poi'uic. Je ne veux pas encourir J'cxcomntunicaliott.
C'est un grand avantage de la langue italienne, ou plutôt c est un rare mérite dans le Tasse et dans l'Ariosle que des poèmes si longs, non-seulement
j, eu rimes eroisées, ne
&tiguent point l'oreille, «£ que le poète ne presque jamais gêné.
Le Trissin, au contraire, qui s'est délivré du joug de la rime, semble n'en avoir que plus de contrainte, avec bien moins d harmonie et d'éiéganee.
Spencer, en Angleterre, voulut rimer en stances son poème de la Fée reine; ou l'estima, et personne ne le put lire.
Je crois la Ame nécessaire à tous les peuples qui n'ont pas dans leor langue une mélodie sensible, marquée par les longues et pat les brèves, et qui ne peuvent employer ces dactyles et ces spondées qui (but un effet si Merveilleux dan: te iatin.
Je me souviendrai toujours que je demandai au célèbre Pope pourquoi Milon n'avait pas rimé son Paradis perdu ? et qu'il nue répondit : Eccamc ht eould »wt , parce qu'il ue le pouvait pas.
Je suis persuadé <|iic la rim» irritant, pour ainsi dire, à tout moment !e gëuic. lui donne autant d'élan* i que d'entraves: n»'eu le forçant de tourner sa i eu mille manières, "Ile l'oblige aussi de penser avec plus de justesse , et de s'exprimer avec plus de correction. Souvent l'artiste en s abandonnant a îa beililé des vers blancs, et sentant intérieurement la peu d'harmonie que ces vers produisent, croit y sup» pléer par des images gigantesques qui ne sont point dans la nature. Enfin il lui manque le mérite de la difficulté surmontée.
Pour les poèmes en prose, je ne sais ce que c'est que ce rooustre. Je n'y vois que l'impuissance de faim des vers. J'aimerais autant qu'on me proposât un concert sans insirumens. Le Cassa udre de la (lalprenede sera, si l'on veut, un poème en prose, j'y conseus; mais dix vers du Tasse valent mieux.
De Hilton.
Si Boilcau, qui n'entendit jamais parler de Mi lion, absolument inconnu de son temps, avait pu lire le Paradis perdu, c'est alors qu'il aurait pu dire comme du Tasse :
Eh ! oael objet tnkt à pWttatar aux veux Que le diable toaji-w» huilant eoiitrv 1rs rioox :
{ Bonne. Art poeL.Ul, a»5 aoC.)
Un épisode du Tasse es» devenu le sujet d'un poème entier chez l'auteur anglais ; ccli :-ci a étendu ce que l'autre avait jeté avec discîlitn dans la fabrique de son poeme.
Jf me livre au plaisir de transcrire ce que dit le Tasse au commencement du quatrième chant.
Quinci atendo pur lullo d penter vtlto A rtcar n<'('ri.<liVini u/limn duglia ; Che tin, comanda, il /-«jpol tua ruccoUo, ( Concilie oirendo '. ) entm L vegia so ,11a. Corne lia pi<r Itqgtera ntijrctà ( nhi stojfo' t // repugnare trflii eV««u tvqlia .
SlMlo, th al eitl «'«5«<*inlui, t in oèèlio pone, Corne di Uio la detUa il al* (uon«.
St. a)
Chutmm gli abtator dell' ombre «fo-ne.
Il rat**» mon délia lurt.neo trvmba; Treman le »p«rî-W • Ire taverne, E V aer titra a «tiirl rômer rimkuoiba. Ni ti ttridendo mai J. Ile mprrnt Reqioni deleielu.l \»laur ptombe.
Ni d «ou. fUMui tréma i* tarra,
re.
Orridë m testa nel fero mpetto Terrâ t aterttee, t più tuptrbo il rende. Rotttggan gli oce< ]; t di veneno mfttlo, Coma infansta eomla , il guarda tplmnde, GV iWtoe in mente e »u t'.Voto petto Itpida e foha la gran barba tetnde , E ta gui ta di voragine profond* , S'apre la boeea t atro tangue immonde,
Quali i fumi uilfurei td infiammal.
Etcon di Mongibello, t' l putta t'I (uor.o; Tal délia fera bocca i negri fiati Taie il fetort, e It (avilie tono.
Al entre ci puriava, Cerbtro i latraù Ripreut ; t l'idra ti fe' mata al tuono R^lo Coeito, e nt trtmar i\\i abiui, E in gue>li dttti il gran limbombo udi'ni.
(Se 8.)
Tartarti numî, di ttder più dsgm Là tavra il tôle, ond'i l or gin voslra, Che meco già dai piit ftliei rtgni Spinte il gran easo in guetta orribil thiottra): Gli anllclii altrui totfetti , t i fieri tdegni, iïiirti ton troppo, e l'alta impraa notlia. Or eolui tegrjê a »uo vcJwer le titlle , E noi t at . aiudicale aime rubtlle.
(St. y.)
Ed in vtee del di tereno, a puro , DelCaiireo sol, degli tiellal giri, K'hà gui rinckinti in ouedo abiuo otturo; Fe' vuol, el'al primo ou or ptr noi t'atpirL E pote a { aki guanto a rieordarlo è dure' Quett'è gutl che riù inatpra i mùi tmir.liri.) Ni bti tegg- rebâti Là l'uom ch atiMto, L'uom vile, e di vil fango in ten u nato
(54. Kl.)
Tout le poème de M il ton semble fondé sur ces vers, qu'il a m- me entièrement traduits, l e Tasse ne s'appesantit point sur les ressorts de cette machine, la seule peut-être que l'austérité de sa religion et le sujet d'une croisade dussent lui fournir. Il ijuitlc le diable le plus tô qu'il peut, pour présenter son Armide •ux lecteurs; l'admirable Aimide, di '-ie de I Alcine de l'Ariostc dont elle est imitée. 11 ue f.iit point tenir de longs discours à liélial, à Maminon, à bekebuth, à Satan.
Il ne fait point bâtir une salle pour les diables ; il n'en fait pas des géans pour les transfitrmcr en pygmécs, afin qu'ils puissent tenir pins a l'ai?* dans la salle. Il ne déguise poiut enfin Satau eu cormoran et en crapaud.
Qu'auraient dit les cours cl les ravans de l'ingénieuse Italie, si le Tasse, avant d'envoyer l'esprit de ténèbres exciter Ilidraot, le pere d'Anuidc, a la ven geanec , se fut arr< :é aux portes de l'enfer pour s'entretenir avec la Mort cl le IVclië; si le Péché lui avait appris qu'il était sa fille, qu'il avait accouché d'elle par la tête; qu'ensuite il devint amoureux de sa lille; qu'il en eut un enfant qu'on appela la Mort; que la Mort (qui est supposée masculin) coucha avec ie Péché (qui est supposé féminin), et qu'elle lui fit une infinité de serpe-us qui rentre ut à toute heure dans s«> entrailles et qui eu sortent.
De tels render-vou s , de telles jouissances sont aux yeux1 des Italiens de singuliers épisodes d'un poème épique. Le Tasse les a négligés, et il n'a pas eu la délicatesse de transformer Satan en crapaud, pour mieux instruire Arraidc.
Que n'a-t-on pas dit de la guerre des bons et des mauvais auges que Milton a imitée de la Gigantoma- «hic de Claudicn ? Gabriel consume deux chants entiers à raconter les batailles données dans le ciel contre Dieu même; et ensuite la création du monde. On s'est plaint que ce poème ne *oit presque rempli que dVpisodes; et quels épisodes! c'est Gabriel et Satan qui se disent des injures; ce sont des auges qui se font la guerre dans le ciel , et qui U font à Dieu. Il y a dans le ciel des dévots et des espèces d'athées. Abdicl, Ariel, Arioc, Ri miel, combattent Moloch, Bclzébulb , Nisroeh ; ou se donne de grands coups de sabre; on se jette des montagnes à la tète avec le» arbres qu'elles portent, et les nniaes qui couvrent leurs cimes, cl les rivières qui coulent à leurs pieds. Ccst là, comme ou voit , la belle et simple nature!
On se bat dans le ciel a coups de canon; encore celte imagination est -elle prise de l'Ariostc; mais l'Arioste semble garder quelque bienséance dans cette invention. Voila ce' qui a dégoûté bien des lecteurs italiens et français. Nous n'avons garde de porter notre jugement; nous laissons chacun sentir du dégoût ou du plaisir à sa fantaisie.
On peut remarquer ici que la fablo de la guerre des géans contre les dieux , semble plus raisonnable que celle des anges, si le mot de rai<onnable peut convenir à de telles fictions. Les géans de la fable étaient supposés les ciif.uis du ciel cl de !a terre, qui redemandaient une partie de leur héritage à des dieux auxquels ils étaient égaux en force et en puissance. Ces dieux n'avaient point créé les Titans; ils étaient corporels comme eux. Mais il n'en est pas ainsi dans notre religion. Dieu est un être pur, infini, tout-puissant, créateur de toutes choses, à qui ses créatures n'ont pu faire la guerre ni lancer contre lui des montagnes, ni tirer du canon.
Aussi cette imitation de la guerre de:, géans, cette fable des auges révoltés contre Dieu même, ne se trouve que dans les livres .-«pocrynber attribués à Enoch, dans le premier siècle ic no'ic ère vulgaire, livre digne de toute l'extravagance du rabbinisme.
Milton a donc décrit cette guerre. Il y a prodigué les peintures les plus hardies. Ici ce sont des anges à cheval, et d'autres qu'un coup de sabre coupe en deux et qui se rejoignent sur-le-champ ; la c'est la mort qui lèi'c le nrz /mur renifler l'odeur des cadavres qui n'existent pas encore. Ailleurs elle frappe de 'a mainte p.'lrijiquc 'itr te froid et «ur le icc. Plus loin, c'est le froid, le chaud, le sec et l'humide, qui se disputent l'empire du monde, et qui conduisent en bataille rantjèr dr< embryons d'atome-. Les questions les plus épineuses de la plus rebutante scolastiquc sont traitées en plus do vingt endroits dans les termes mêmes de l'école. Des diables en enfer s'amusent à disputer sur la grâce, sur le libre arbitre, sur la prédestination , tandis que d'autres jouent de la flûte. Au milieu de cet inventions il soumet son imagi-
nation poétique et la restreint à paraphraser , dans deux chants, les premiers chapitres de la Genèse.
. . . God taw tht light wat aood ;
And JigJil from darlintt$
D'wxàtd : liykt tht day, and darlmttt niah
Henamed.
(Liv. VU, t. 349-a5>.) Âgain God taid : Ut thetx be firmament.
(Jt.,v. a6i.) And taw that il « ai jooi
(I<J.,T.30fl.)
C'est un respect qu'il montre pour l'ancien Testament, ce fondement de notre religion.
Nous croyons avoir uuc traduction exacte de MiV ton , et nous n'en avons point. On a retranche , ou entièrement altéré plus de deux eut s pages qui prouveraient la vérité de ce que j'avance.
Eu voici un précis que je tire du cinquième chant.
Après qu'Adam et Eve ont récité le psaume CXLVIII , l'ange Raphaël descend du ciel sur ses six ailes, et vient leur rendre visite; et Eve lui prépare à dîner. « Elle écrase des grappes de raisin, et en fait du vin doux qu'on appelle moust; et de plusieurs graines , et des doux pignons pressés elle tempéra de douces crèmes L'ange lui dit, bonjour , et se servit de la sainte salutation dont il usai long-temps après envers Marie, la seconde Eve : Bonjour, mère des hommes, dont lu ventre fécond remplira le monde de plus d'eufans qu'il n'y a de différons fruits des arbres de Dieu entassés sur ta table. I.a table était un gazon et des sièges de mousse tout autour, et sur sou ample carré, d'un bout a l'autre, tout l'automne était empilé, quoique le printemps cl l'automne dansassent en ce lieu par la main. Ils firent quelque temps conversation ensemble sans craindre que le dîner se refroidit (<*). Enfin, notre premier père commença ainsi :
« Envoyé céleste , qu'il vous plaise goûter des présens que notre nourricier, dont desceud tout bien parfait et immense , a fait produire à la terre pour notre nourriture et pour notre plaisir; alimens peutêtre insipides pour des natures sphitucllcs. Je sais seulement qu'un père céleste les donne à tous.
« A quoi l'ange répondit : Ce que celui dont les louanges soient chantées donne à l'homme en partie spirituelle, n'est pas trouvé un mauvais mets par les purs esprits; et ces purs esprits, ces substances intelligentes, veulent aussi des alimens, ainsi qu'il en faut à votre substance raisonnable. Ces dci'X substances contiennent en elles toutes les facultés basses des sens par lesquelles elles entendent, voient, flairent , touchent , goûtent , digèrent ce qu'elles ont goûté , en assimilent les parties , et changent les choses corporelles en incorporelles. Car, vois- tu, tout ce. qui a été créé doit être soutenu et nourri ; les èlémeus les plus grossiers alimentent les plus purs ; la terre donne à manger à la nier; la terre et la mer à l'air; l'air donne de la pâture aux feux éthérés , et d'abord à la lune, qui est la plus proche de nous; c'est de là qu'on voit sur son visage rond ses taches
[d) Mot pour mot : No ftar lut dinner eoot.
•t tes vapeurs non encore purifiées et non encore tournées en sa substance. La lune aussi exhale de ia nourriture de son continent humide aux globes plus élevés. Le soleil, qui départ sa lumière a tous, reçoit aussi de tous en récompense son aliment en exaltations humides, et le soir il soupe avec l'Océan
Quoique dans le ciel les arbres de vie portent un fruit d'ambroisie ; quoique nos vignes donnent du nectar ; qiipiquc tous les matins nous brossions les branches d'arbres rouvertes d'une rosée de miel ; quoique nous trouvions le terrain couvert de graines perlées; cependant Dieu a tellement varié ici ses presens, et de nouvelles délices, qu'où peut les comparer au ciel. Soyez sûrs que je ne serai pas assez délicat pour n'en pas tâter ivcc vous.
<c Ainsi ils se mirent .•» table, et tombèrent sur le; viandes; et lange n'en fit pas seulement semblant; il ne mangea pas eu mystère, selon la glose commune des théologiens, mais avec la vive dépêche d'une faim très -réelle, avec une chaleur concoclivc et traussubstanlivc; le superflu du diner transpire aisément dans les porcs des esprits; il ue faut pas s'en étonner, puisque l'empirique alchimiste avec sou feu Je charbon et de suie peut changer, ou croit pouvoir changer, l'écume du plus grossier métal eu or aussi parfait que celui de la mine.
« Cependant Eve servait à table toute nue, et couronnait leurs coupes de liqueurs délicieuses. O innocence, méritant paradis! c'était alors plus que jamais que les en fans de Dien auraient été excusables d'être amoureux d'un tel objet; niais dans leurs coeurs l'amour régnait sans débauche. Ils ne connaissaient pas la jalousie, enfer des amans outragés. »
Voilà ce que les traducteurs de Milton n'ont point du tout rendu ; voilà ce dont lis ont supprimé les trois quarts, et atténué tout le reste. Ccst ainsi qu'on en a usé quand on a donne des traductions de quelque* tragédies de Shakespeare ; elles sont toutes mutilées et entièrement méconnaissables. Nous n'avons aucune traduction fidèle de ce célèbre auteur dramatique , que celle des trois premiers actes de son Jules- César, imprimée à la suite de Cinnt, dans l'édition de Corneille avec des commentâmes.
Virgile annonce les destinées des desecudans d'Knée, et les triomphes des homains. Milton prédit le destin des enf.ins J'Adam ; c'est un objet plus grand, plus intéressant pour l'humanité; c'est prendre pour son sujet l'histoire universelle. Il ne traite pourtant à fond que celle du pcup'c juif, dans les onzième et douzième chants; et voici mol à mot c» qu'il dit du reste do la terre.
» L'auge Michel et Adam montèrent dans la vi<i»n te l>icn; c'était la plus haute montagne du paradis terrestre, du haut de laquelle l'hémisphère do la terre s'étendait dans l'aspect le plus ample et le plus clair. Elle u'élait pas plus haute , ni ne présentait un aspect plus grand que celle sur laquelle le diable emporta le second Adam dans le désert, pour lui montrer tous les royaumes de la terre et leur gloire. >*s yeux d'Adam pouvaient commander de la toutes •es villes d'ancienne et de moderne renommée; sur Je siège du plus puissant empire, depuis les futures
o;ct. ? mt.
murailles de Combalu , capitale du grand kan du Catai, et de Samarcandc sur i'Ovus, troue de Tamerlan, à Pékin des rois de In Chine, et de la à Agra, et de là a Lahor du grand - mogol jusqu'à la Chersonesc d'or , ou jusqu'au siège du Persan daus Ecbatane , cl depuis dans Ispahan, ou jusqu'au czar russe dans Moscou , ou au sultan venu du Turkcstan dans B) tance. Ses yeux pouvaient voir l'empire du Négus jusqu'à son dernier port Ercoco, cl les royaumes maritimes Mombaza, Quiioa cl Mélindc, etSofala qu'on croit Ophir, jusqu'au royaume de Congo et Angola plus au sud. Ou b:cn de là il voyait depuis le fleuve Niger jusqu'au mont Atlas, les royaumes d'Almanzor , de Fez et de Maroc ; Sus , Alger , Trcmisen, el de là l'Europe, à l'endroit d'où Rome devait gouverner le monde. Peut-être il vit en esprit le riche Mexique , siège de Moxtczumc , et Cusco daus le Pérou , plus riche siépe d'Atabalipa ; et la Guiauc, non encore dépouillée, dont la capitale est appelée Eldorado par les Espagnols. »
Après avoir fait voir tant de royaumes aux yeux d'Adam, on lui montre aussi un hôpital; et l'auteur ne manque pas de dire que r'est un effet de la gourmandise d'Eve.
k II vit un lazarelb où gisaient nombre de malades, spasmes hideux , empreintes douloureuses, maux de cœur, d'agouic , toutes les sortes de fièvres, convulsions, épilepsies, terribles catarrhes et ulcères dans les intestins, douleurs de coliques, frénésies diaboliques, mélancolies soupirantes, folies lunatiques, atrophies, marasmes, peste dévorante au loin, hvdropisics, asthmes, rhumes, etc. »
Toute cette vision semble une copie de l'Arioste ; car Astolphc, monté sur l'hippogriffe, voit en volant tout ce qui se passe sur les frontières de l'Europe et sur toute I Afrique. Peut-être, si on l'ose dire, la fiction de l'Arioste est plus vraisemblable que celle de son imitateur; car, en vobnt, il est tout naturel qu'on voie plusieurs royaumes l'un après l'autre ; mais on ne peut découvrir toute ia terre du haut d'une montagne.
On a dit que Milton ne savait pas l'optique; mais cette critique est injuste; il est très-permis de fciudre qu'un esprit céleste découvre au père des hommes les destinées de ses doscendans. 11 n'importe quo ce soit du haut d'une montagne ou ailleurs. L'idée au moins est grande et belle.
Voici comme finit ce poème.
La Mon et le Péché construisent uu large pont de pierre qui joint l'enfer à la terre pour leur commodité et pour celle Je .Satan quand ils voudront faire leur voyage. Cependant Satau rcvo'e vers les diables par un autre chemin ; il vicut rendre compte à ses vassau\ du succès de sa cou mission ; il harangue les diables, mais il n'est reçu qu'arec des sifflets. Dieu le change en grand serpent, et ses compagnons deviennent serpens aussi.
Il csl aise de reconnaître dans cet ouvrage , au milieu de ses beautés, je ne sais quel esprit du fanatisme et de férocité pédantesque qui dominaient en Angleterre du temps de Cromwell , lorsque tous les
Anglais .iraient la Bible et le pistolet a la main. Cet absurdités (biologiques, dont I ingénieux Butler, anleur d Hudibras s'est tant moqué, furent traitées sérieusement par Milton. Aussi cet ouvrage fut regardé par toute la cour de Charles II arec autant d'horreur qu'on avait de mépris pour l'auteur.
Milton avait été quelque temps secréuire pour la langue latine du parlement, appelé le rump. ou le i t-oupiiHt. Cette place fut le prix d'un livre latin en faveur des mcitrlricrs du roi Charles I ; livre ( il faut l'avouer) aussi ridicule par le styl- que détestable par la matière; livre où l'auteur raisonne a pou près comme lorsque dans son Paradis perdu il fait digérer on auge, et fait passer les "xcromens par insensible transpiration ; lorsqu'il fait coucher ensemble la Péché et la Mort; lorsqu'il transforme son Satan en cormoran et en crapaud ; torsqti d fait des diables géans | quM change ensuite eu pygmée pour nu ils puissent raisonner plus à l'aise, cl parler de controverse , etc.
Si ou veut un échantillon de ce libelle scandaleux qui le rendit si odieux, en voici quelques-uns. Sautnaise avait commencé son livre en faveur de la maison Stuart , et contre les régicides, par ces mots : a L'horrible nouvelle du parric de commis en Angleterre, a blessé depuis peu nos oreilles cl encore plus nos cœurs. »
Milton répond à Saumaise : « Il faut qne cette h ornouvclle ait une épéc plus longne que celle de Pierre qui coupa une oreille à Malchus, ou les hollandaises doivent être bien lougucs pour que le coup ait porté de Londres a La lia) c ; car une telle nouvelle ne pouvait blesser que des oreilles; «Pane. »
Après ce singulier préambule, Milton traite de pu iHunimr et de lut Ae> les larmes que le crime de la faction de Cromwell avait fait répandre a tous les hommes justes et scusiblc» : n Ce sont, dit-il, des larmes telles qu'il en coula des y cm de la nymphe Salmacis, qui produisirent la fontaine dont les eaux énervaient les hommes, les dépouillaient de leur virilité, leur ôtaient le courage, et cii fesaieutdes hermaphrodites. » Or, Sauuijùo s appelait Salmalius en latin. Milton le fait dcsc:.Ure ao la nymphe Salmacis. Il l'appelle r[«iHf«?et l.cr.iw, ho tilr , quoique hermaphrodite soit le con'ritre d'eunuque. 11 lui dit que ses pleurs sont ceux 4e Saliratii sa mère, cl qu'ils Tout rendu infâme.
. . . / nfamit ne qmrn mit fort ib tu unJi* Sulmum tntnuL
(Ovnx, MetamorpL. I.b. IV. t. i85-a86.)
On peut juger si un tel pédan' aliilnUirc, défenseur du plus énorme crime, pin plaire a la cour polie et délicate de Charles II , aux lords Rcchcftcr, Ros- <;ommo*, Uiickinghain, aux Waller, aux Cowlry, aux Coiigreve. aux Wicbcrlcy. Ils eurent tous eu horreur 1 nomme et le poème. A peine même sul-on Miie h- Paradis perdu existait. Il fut totalement igno c au France aussi-bien que le nom de l'auteur.
Qui aurait osé parler aux Racine, aux Dcspréant, aux Molière, aux La Fontaine d'un poème épique sur Adam et Eve! Quand les Italiens, l'ont connu, ils ont
peu estimé cet ouvrage, moitié théologique et moitié diabolique, où les anges et les diables parleut pendant des chants entiers. Ceux qui savent par cœur l'Arioste et le Tasse n'ont pu écouter les sons durs de Milton. 11 y a trop de distance entre la laugue italienne et l'anglaise.
Nous n'avions jamais entendu parler de ce poème, en France , avant que l'auteur de la Henri»dc nous en eut donné une idée dans le neuvième chapitre de son Essai sur la poésie épique. Il fut même le premier (si je ne me trompe) qui uous fit connaître les poètes anglais, comme il fut le premier qui expliqua lesdécouvertesde Newton et les seutimens de Locke. Mais, quand on lui d. manda ce qui! pensait du génie de Milton, il répondit : « Les Grecs recommandaient aux pot tes de sacrifier aux grâces, Milton a sacrifié au diable. »
Ou songea alors à traduire ce poème ép'quc anglais dont M. de Voltaire avait parlé avre beaucoup d'éloges a certains égards. Il est difficile de savoir précisément qui en fut le traducteur. On l'attribue à deux personnes qui travaillèrent ensemble; mais on petit assurer qu ils ne l'ont point du tout traduit fidèlement. Nous lavons déjà fait voir; et il n'y a qu'à jeter les yeux sur le début du poème pour en être convaincu.
« Je chante la désobéissance du premier homme, et les funestes effets du fruit défendu, la perte d'un paradis, et le mal de la mon triomphant sur la terre, jusqu'à ce qu'uu Dieu- homme vienne juger les nations, et uous rétablisse dans le séjour bienheureux.»
Il n'y a pas un mot dans l'original qui répand* exactement à cette traduction. Il faut d abord considérer qu'on se permet dans la langue anglaise des inversions que uous souffrons ran ratnt dans la notre. Voici mot à mot le commencement de ce poème d* Milton :
« La première désobéissance de l'homme, et le fruit de l'arbre déieudu, lont le goût perla la mort dans le monde, et toutes nos raiî-res avec la perte d'Kdou, jusqu'à ce qu'un plus grand homme I tablil (') et regagnât notre dcmr>re heureuse; , céleste, c'est là ce qu'il faut chanter.
Il y a de très-beaux morceaux sans doute dan» ce poème singulier ; et j'en re» iens toujours à ma grande preuve , c'est qu'ils sout re «nos en Angleterre par quiconque se pique d'un peu de littérature. Tel est ce monologue de Satan, lorsque, s échappant du fond des enfers, et voyant pour la première fois notre soleil sortant des mains du Créateur, il s écrie .
a Toi, nir <>ai mon (y m prodigue w* bietXiita, £otcil, astre de feu, jour heureux «pie je liai*. Jour (jui fait mon »upplire , ri <loul nn>» yeux » ctonoent , Toi >,ui fCniMei le Dieu île* ricux ijir t e iviruii Devant <|ui u-nt éVIal <l;.-)wiait et siidu't , Qui fjb p .1» le fr»nt de* avo». .ie 1 1 nuit ; lma je du Tràa-llairt uyii iv;U la ca> •>'•« , itétat ! j'eiuac auur (jîi ic lipac U lumitue.
(*■; Il y a duns pUuirurt éditions : l't^ftrt tu, and rnpriix J'ai ehoisi cette leçon enmme >« plu* nalarHIe. Il y a dan* I orig»-
Sur la »oi'ilr dn cieu* Oeri plt» fjue ti>i« Le trône ou tu t'assieds t'abaissait devant umi ; Je suis kwlw; lor;aMl«i« plu>«c dan» l-bin» Kâ» ! je fu» iusrai, cm la mou plu» grand uiU'C. J'o»r<i me révolter contre mon n«: .tetir : Ce* peu de me créer, il fut mon liieiifaiteur; Il m'aimait : j'ai foreti u jiutic* eteme le
Je l u re.KJu barb-m eu sa ..vérité,
Il punit ■■ jamais, et je l'ai mérite Mais si le repentir pouvait obtct<ir grice !.... Kon . rien ne fl cliira nia liuinc et mon auda< e ; Pon, je délesta un muitre; et sans doute il *«ut mieux
Les amours d'Adam et d'Eve sont traitas avec une mollesse élégante et uiéme attendrissante, qu'on n'attendrait pas du génie un peu dur, et du style souvent rabottem de Milton.
Du reprvche de plagiat fait à Milton.
Quelque* eus l'ont accusé d'avoir pris «on poème dans la tragédie du Bannissement d'Adam deGrotitis, et dans la >arcolis du jésuite Maséi"ua, imprimée à Cologne on tu54«t en 1661 , long- t-raps avant que Milton donnât son Paradis perdu.
Pour Grotius, on savait assez en Angleterre que Milton avait transporté dans «on poërats épique anglais quelques vers latins de lu tragédie d'Adam. Ce n'est point du tout être plagiaire ; e est enrichir sa langue de* beautés d'une langue étrangère. On n'accusa point Euripide de plagiai , pour avoir imité dans un chœur d'iplii^ênic le second livre de l'Iliade; au eoutra re, on lui sut très bon gré de cette -mitalion , qu'on regarda cnintue un hommage rendu a Homère sur le thé ilrc d'Athènes.
Virgile n'essuya jamais de reproche pour avoir heure u se nie ut imité, dans l'Enéide, une centaine de vers du premier des poètes grecs.
On a poussé l'accusation uu peu plus loin contre Milton. Un Ecossais nommé M . I .auder , très-attaché à la mémoire de Charles I , que Milton avait insultée avec racliaruement le plus grnasici , se crut en droit de Aïlrir la mémoire de l'accusateur de ce monarque. Ou -prétendait que Milton avait fait une infâme fourberie , pour ravir à Charles 1 la triste gloire d'être l'auteur de Vlli!.",, H,t Hi'.r . livre long-temps cher aux royalistes, et que Cliarl.-s i avait, dit-on, composé dans sa prison pour servir de consolation a sa déplorable infortune.
Laudcr voulut donc, vers l'année 17^1, commencer par prouver que Milton n'était qu'un plagiaire, avant de prouver qu il »v<ul agi en faussaire contre la mémoire du plus malheureux des rois; il se procura des édilious du poème de la Sarcotis. il paruissii; éviduul que Milton en avait imité quelques morceaux , comme il avait imité Grelin* «t la Tasse.
Mais l.auder ne s'en tint pas là ; il déterra une mauvaise traduction en vers latins du Paradis perdu du poëto anglais; et joignant plusieurs vers de cette traduction a ceux de Masémus, il crut rendre par là l'accusation plus grave et la honte de Milton plus complète. Ce Hit en quoi i! se trompa lourdement; sa fraude fut découverte. H voulait faire passer MU-
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ton pour un faussaire, ol laUm/me fat convaincu de l'être. On nenainina point lu pofeme de Mai. mus. dont il n'y avait alors que trea-pea 'd'exemplaires eu Europe. Tout* l'Angleterre, convaincue du ma**»* artifice do PEepssais, n'en deatamle pas davantage. L'acousaAeur confondu fut obligé de désavouer «a manœuvre, et d'en demander pardon.
Depuis ce temps on imprima une nouvelle édition de Masénius en 1 ;.">;. Le public littéraire fut surpris du grand nombre de teés-'beaux vers dont la Sarcotis était parsemée. Ce n'est a la vérité qu'une longue dé rlamalion de collège sur la chute de l'homme : mais lexorde, l'invocation , la description du jardin d'Edeu, le portrait d'Eve, celui du diable . sont précisément les ntfmes que dans Mil 01». Il y a bien plus, c'est le même sujet, le même nerud, la même catastrophe. Si le diable vent dans iMilton se venger sur 1 homme du mal que Dieu lui a fait , il a précisément le môme dessein cher, le jésuite Vasénins ; cl il le manifeste dans des vers dignes peut-être du siècle d'Auguste.
Scmtl excidimut crade ItW «strie.
Et corçjumlu» mwlvit terra Cokortt*.
Futa maneiit , fe.irt <t suptro* oblivio nostrl ;
Indroart prtPiimur, vulai totluutur inertes
Ae<»tt* «niW, Mrtoauc fruuntur vptrlo.
*Vcm Aivùm utholei, politique in $ede locundi,
Pellimur cvjI.o, mtrthnpxt Act eronle tenemur.
Heu! dolor! et tuperum deaeta indigna! Fatitcvt
OrlL, et unlupio lurUtntur euncta tunuiitu,
Ac ttde.il d./ltme <-J,«o»; Slyx uUa ruinam
Tenant» txcipmt, fntcqut imptllut eodem
Et wlim. #1 arli en-cs. ( I i.inH.i cmlannit
Turfta, me umi»«i «wn pariter ci/lùjirie roplnm
Sareoieam, invita it capnt, tuvidfamiw.'' «t u strie
Reamintem , tt noh i domina cetv re miiiunlttn
/<[iiqvi patlsmur ' adhw tnwrn, rofirof'a, : iVit.
V/wit udlnc. fruiturtjut Dei ireuro fut-ir
Cernimuê' et {i*iri\nam fiiriarum ahtconditur oi-ro.'
V«i/i.' ^iidcr, irlfrnuiTirjMf ; ro^«MiSfjf(jti,fefi(<«t,«urie»i
Oeeidial, et riostne surent roriun'lw culpr.
J.irc mihi .ti U.o arli tcUtiu taïUém
Errid i rrttunf. Jmut ItJc conforte >im!< -tu m
Pâme frui. jui al ad nrmfram teduc tre par» 1 '«
Frustra txultanlem, pairùinue t-t aorte *a^«haai.
if'runinas ercwpla levant; Mtnor Ht» ruittu e*/,
Qwe eaput advtrr labtnt o; projeiit l o^tn.
(iktootM, I, »7i rlten.)
On Irouvc daus >'asénius et ujius ^iîl-cu do petit» ép'soiles, de légères oxiurî-ioos «iksoIuh eut joinblables, l'un et l'autre parlent de Xerse« -jui couvrit la
me! de ses vaisseaux.
Cujnhw «j./t \erj-e., mtdiitm Ixn .vnf.uA.'l oroem Vi bit lu excid um.
(Sarcou*. lit. iCt.)
Tous deux parleuî sur le inéni<* trn tl>: la tour de Babel; lousdeuv font la même description du Ittxe, de I orgueil , de- la gourmandise.
Ce ijui a le plus persuadé le commun de* lecteurs du plagia de .ilton, c'est la pai l .ile lesscuiblaiMe du commencement des deux poèmes. PliiMeurs étrangers, après avoir lu lexorde, n'ont pas douté* que tout le reste du poème de Miltou ne fui pris de Ma- •éuius. C'est une erreur bien grande et aisec à reconnaître.
Je no crois pas que le poète anglais ait imité en tout plus de deux cents vers du jésuite de Cologue , et j'ose dire qu'il n'a imité que ce qui méritait de l'être. Ces dcui cents vers sont fort beaux ; ceux de Milton le sont aussi; et le total du poème de Masénius, malgré ces deux cents beaux vers, ne vaut rien du tout.
Molière prit deux scènes entières dans la iiditn:. comédie du Pédant joué, de Cjrano de berger.!-;. Ces deux scènes sont bonnes, disait-îl en plaisant.ii)! avec ses amis, elles m'appartiennent de droit, je reprends mon bien. Ou aurait été après cela très-mal reçu à traiter de plagiaire l'auteur du Tartufe et «lu Misanthrope.
Il est certain qu'en général Milion, dans son Paradis, a volé de ses propres ailes en imitant; et il fou' convenir que, s'il a emprunté tant de traits de Gin tius cl du jésuite de Cologne, ils sont confondu • danla foule des choses originales qui sont à lui ; il est toujours regardé en Angleterre comme un très-grand poète.
Il est vrai qu'il aurait dû avouer qu'il avait traduit deux cents vers d'un jésuite; mais de son temps, dans la cour de Charles II , ou ne se souciait ni des jésuites, ni de Milton, ni du Paradis perdu, ni du Paradis retrouvé. Tout cela était ou bafoué ou inconnu.