EQUIVOQUE
Faute de défiuir les termes, et surtout faute de netteté dans l'esprit, presque toutes les lois qui devraient être claires eouime l'«rîthinétit|uc et la géométrie, sont obscures comme des logogripbes, La triste preuve en est que presque tous les procès soui fondés sur le sens des lois, entendues presque toujours différemment par les plaideurs, les avocats et lesju-fs.
Tout le droit public de no'rc Europe eut pour origine des équivoques, a commencer par la loi sa- Jjque. Fille nliiiiurt point en ff'f vix.jwr. Mais qu'est-ce que terre salique ? 3t fille n'hériteia-t-cllc point d un argent comptant, «Tu collier k ellt légué qui vaudra mieux que la terre?
Les citoyens de Home saluent K*rl, fils de Pcpinle-Bref H us rasien , du nom d'wiMr «r-r. Entendaient-ils par l«, nous vous coufôrons tous les droits d'Octave, de Tibère, de Calignla, de Claude? nous tous donnons tont le pay s qu ils possédaient ? Mais ils ne pouvaient le donner, puisque, loin d'en être les maîtres, ils l'étaient à peine de leur ville. Jamais il n'y eut d expression plus équivoque; et elle Tétait tollcuicnt qu'elle l'ol encore.
Lévéque de Home Léon III, qui, dit-on, déclara CharU-maguc empereur, comprenait-il la force des termes qu il prononçait ? Les Allemands prétendent qu'il en endaii que Charles serait son maitre : la l)atcjic a prétendu qu'il voulait dire qu'il serait maître de Charlciuagnc.
Les choses les pins respectables, les plus sacrées, les pius divines, n ont-elles pas été obscurcies par les équivoques des langues ?
Ou demande à deux chrétiens de quelle religion ils sont; l'un et l'autre répond : Je suis catholique. On les croit tous deux de la n.éni» communion; cependant l'uu est de ta grecque, l'autre du la latine, et tous deux irréconcil.ables. Si l'ou veut séclaircii davantage, il se trouve que chacun d eux entend par catholique wmVei ><•/. et qu'en ce cas universel a signifié ;»«/tiY.
Lïim«: de saint François est au ciel, ert et? paradis. Un de ces mois signifie J'oïr , l'autre .tH dire - r i,» .
On se sert du mol r prit pour exprime! vent , extrait , pensée , braudeviu rectifié , apparitiou d'un corps mort.
Léquivo -ue a été tellement un vice nécessaire de toutes les langues formées par ce qu'on appelle le AciMvr ' et par I habitude, que l'auteur même de toute clarté et de toute vérité daigna condescendre à la manière de pari''; ib- son peuple, c'est ce qui fait que helmm si^uilie, en quelque, cndiu'ts, des .iuj> ; d autres fois, des .' ,1/ i et d'autres fois, des ci. >'/<-• .
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon assemblée, » serait >.iuc équivoque dans une langue et dans un sujet prof-oie; mais ces paroles reçoivent un seus duin de la Louche qui les prononce, cl du sujet auquel elles sont appliquées.
« Je suis le Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob, or, Dieu n'est pas le Dieu dcsmorts,maisdcsvivans.N Dans le sens ordinaire, ces paroles pouvaient signi-
fier : Je sois le même Dieu qu'ont adoré Abraham el Jacob , comme la terre qui a porté Abraham , Issue et Jacob porte aussi leurs descendues; le soleil qui luit ■ujourd bui est ko soleil qui éclairait Abraham, Iwac el Jacob; la loi de leurs enfims est leur loi. Et cetaae signifie pasqu'Abrabeiu, Isaacet Jacob tmient encan vivans. Mais qiuaJ «. est le Messie <jm parie, il n'y a puas d'équivoque; le seas «at aussi clair que d'vin. Il est évident qu Abraham , Isaac et Jaeob ue «ont point au rang des morts, mais qu'ils vivent dans la gloire, puisque cet oracle est prononcé par le Messie; mais il fallait que ce fût lai qui h dit.
Les discours des prophètes juife pouvaient être équivoques aux veux des hommes grossiors qai n'en pénétraient pas le sens ; mais ils no le furent pas pour les esprits éclairés des lumières de la foi.
Tous les oracles de l'antiquité étaient équivoques ; l'un prédit à Crésus qu'un puissant empire succombera; mais sera-ce le sien? sera-ce celui de Cirus? L'autre dit à Pyrrhus que les H oui ai ns peuvent le vaincre, et qu il peut vaincre les Komains. il est iropossi ble que cet oracle mente.
Lorsque* Scptirae Sévère , Pescennius Niger et Clodias Allunus, disputaient 1 empire, l'oracle de Delphes (consulté malgré le jésuite Haltus, qui prétend qœ les oracles avaient cessé) répondit : « Le brun est fort lion , le blanc ne vaut rieu , I africain est passable, n On voit qu'il y avait plus d une manière d expliquer un tel oracle.
Quand Aurélien consulta le dieu de Palmyre (et toujours malgré BaJtus ) , le dieu dit que les tolontbts cru: i naît te un. km. Quelque chose qui arriv it,le dieu se lirait d'afLirc. Le faucon était le vainqueur; les colombes étaient les vaincus.
Quelquefois les souverains oat employé l'équivoque aussi-bien que les dieux. Je ne sais quel ty ran , ayant juré a un captif de ne le pas tuer, ordonna qu'on ne lui donnit point a manger, disant qu'il lui avait promis de ne le pas faire mourir, mais uoo de contribuer a le faire vivre (*).