‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 237 sur 551 · EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

EUCHARISTIE

Dans cette question délicate, nous ne parleront point en théologiens. Soumis de coeur et d'esprit i la religion dans laquelle nons sommes r.fo, aux lois sou» lesquelles nous vivons , nons n'agiterons point la controverse ; elle est trop ennemie de toutes les religion» qu'elle se vante de soutenir, de tontes les lois qu'elle feint d'expliquer, et surtout de fa concorde qu'elle * bannie de la terre dans tous les temps.

Une moitié de l'Europe analhématise l'autre at sujet de l'eucharistie , et le sang a coulé des rivages de la mer Baltique aux pieds des Pyrénées , pendant près de deux cent* ans, pour un mot qui signrS» dtmee charité.

Vingt nations dans cette partie du monde ont enhorreur le système de m transsubstantiation catholique. Elles crient que ce dogme est le dernier «flbrt de la folie humaine. Elles attestent ce ftmeux passage de Cîcéron , qui dit (a) que les hommes, ayant épais* toutes les épouvantables démences dont ils sont Ca* publcs, ne se sont point encore avisés de manger le Dieu qu'ils adorcnU Elles disent que presque 'outes les opinions populaires étant fondées sur des équivoques , sur l'abus des mots , les catholiques romain! n'ont fondé leur système de l'eucharistie et de la transsubstantiation que sur une équivoque; qu'ils ont

(V Voyn le dialogue intitulé ItsAivaltur», efc (a) Voye* la Divination dt Cioéroaw

PH0-OSOPH1QUE,

pris *o propre ce qui n'a pu être dit qu'au figuré , et

que la terre, depuis seize cents ans, a «te ensaugJan-

Leurs prédicateurs dans les châtras, leurs savons dans leurs livres, les peuples dans leurs discours répètent sans cessa que Jésus-Christ oa prit point son

apôtres ; qu'un corps ne peut être es cent mille eudroits à la Ibis, dans du pain otdans un calice; que du pain qu'on rend en excrémens, et du vin qu'on rend eu urine , ne peuvent être le Dieu formateur de l'univers ; que ce dogme peut exposer la religion chrétienne à la dérision dis plus simples , au mépris «t à l'exécration du reste du genre humain.

Cest là ce que disent les Tillotson , les Smaldrige , les Turretin, les Claude, les Daillé, les Aajraut, les Mcslrezat , les Dumoulin , les Blondel , et la foule innombrable des ré formateurs du seizième *iècle;tandis que le mahométan paisible, maître de l'Afrique, de la plus belle partie do l'Asie, rit avec dédain de nos disputes , et que le reste de la terre les ignore.

Encore une fois , je ne controverse point ; je crois d'une foi vive tout ce que fa religion catholique-apostolique enseigne sur l'eucharistie , sau» y comprendre un seul mot.

Voici mon seul objet. Il s'agit de meure ans crimes le plus grand frein possible. Las stoïciens disaient qu'ils portaient Dieu dans leur cceur; ce sont les expressions de Marc-Aurèle et d'Êpictète, les plue vertueux de loue les hommes , et qui étaient, si on ose le dire, des dieux sur la terre. Ils entendaient par «es mot.< , je forte Dieu dans moi , la partie de l'àme divine, universelle, qui anime toutes les intelligences.

La religion catholique va plus loin; elle dit aux hommes : Vous aurez physiquement dans vous ce que les stoicicus avaient méiapuysiquement. Ne vous informez pas de c que je vo-is donne à manger et à boire, ou à manger simplement. Croyez seulement que c'est Dieu que je vous donne ; il est dans votre estomac. Votre cœur le souillerâ-t-il par des injustices, par des turpitudes? Voilà donc des hommes qui reçoivent Dieu dans eux, au milieu d'uuc cérémonie auguste, k la lueur de cent cierges, après une musique qui a enchantv leurs sens, au pied d'un autel brillant d'or. L'imagination est subjuguée, l'âme est saisie et attendrie. On respire à peine, on est détaché de tout lieu terrestre , on est uni avec Dieu , il est dans notre chair et dans notre sang. Qui osera, qui pourra commettre après cela une seule fi>utc, en recevoir seulement la pensée? Il était impossible sans doute d'imaginer un mystère qui retînt plus fortement les hommes daus la vertu.

Crpendant Louis XI, eu recevant Dieu d?ns lui, empoisonne son frère ; l'archevêque d*c Florence en fesaut Dieu , cl les Pazzi en recevant Dieu, assassinent les Mt-dicisdans la cathédrale. Le pape Alexandre VT, au sortir dit lit de >.a fille bâtarde, donne Dieu à son biiard César Borgia; et tous deux font périr par la corde, par le poison, par le fer, quiconque possède deux arpens de terre à leur bienséance.

Jures PI fnl( et mange Dieu; mais, la cuirasse sur le dos et le ca.'qtib en tôle, il se souille de sang et de

carnage. Léon X tient Dieu dans son estomac, tes maîtresses dans ses bras, et l'argent extorqué par les indulgences, dans ses coffres et daus ceux de sa sœur.

Troll, archevêque d'Upsal , fait égorge sons ses jeux les sénateurs de Suéde , une bulle du pape i la main. Vangalcn, évéque de Mauster, fait la guerre a tous ses voisins, et devient fameux par ses rapines.

L'abbé N est plein do Dieu , ne parle que de

Dieu, donne à Dieu toutes les femmes, ou imbéciles, ou folles qu'il peut diriger, et vole l'argent de ses pénitens.

Que conclure de ces contradictions? que tous ces gens-là n'ont pas cru véritablement en Dieu; qu'ils ont encore moins cru qu'ils eussent mangé le corps de Dieu et bu son sang; qu'ils n'ont jamais imaginé Dieu dans leur estomac ; que, s'ils l'avaient cru fermement, ils n'auraient jamais commis aucun de ces crimes réfléchis; qu'en un mot, le remède le plus fort contre les atrocités des hommes a été le plus inefficace. Plus l'idée en était sublime, plus clic a été reje* tée en secret par la malice humaine.

Non-seulement tous nos grands criminels qui ont gouverné, et ceux qui ont voulu extorquer une petite part au gouvernement en sous-ordre, n'ont pas cru qu'ils recevaient Dieu dans leurs entrailles, mais Us n'ont pas cru réellement en Dieu ; du moins ils en ont entièrement effacé l'idée de leur têtu. Leur mépris pour le sacrement qu'ils (osaient et qu'ils conféraient a été porté jusqu'au mépris de Dieu même. Quelle est donc la ressource qui nous reste contre la déprédation, l'insolence, la violence, la calomnie, la persécution ? De bien persuader l'existence de Dieu au puissant qui opprime le faible. Il no rira pas du moins de celte opinion ; et, s'il n'a pas cru que Dieu fut dans sou estomac, il pourra croire que Dieu est dans tout* la nature. Un mystère incompréhensible l'a rebuté. Pourra-t-il dire que l'existence d'un Dieu rémunérateur et vengeur est un mystère incompréhensible? Enfin , s'il n'est pas soumis à la voix d un évêque catholique qui lui a dit : Voilà Dieu qu'un homme, consacré par moi, a mis dans ta bouche, résistcra-t-U à la voix de tous les astres et de tous les êtres animes qui lui cricut : C'est Dieu qui nous a formés ?

EUPHEMIE.

Os trouve ces mots au grand Dictionnaire encyclopédique à propos du mot Eiiplûmic : u Los personnes peu instruites croient que les Latins n'avaient pas la délicatesse d'éviter les paroles obscènes. C'est une erreur. »

C'est une vérité assez, honteuse pour ces respectables r.oniains. Il est bien vrai que, ni dans le sénat, ni sur les théâtres, on ne prononçait les termes consacrés a la débauche; mais l'auteur de cet article avait oubli l'épigramme infime d Auguste contre l'ulvic, et les lettres d'Antoine, et les turpitudes affreuses d'Hoi ace , de Catulle , de Martial. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que ces grossièretés dout nous n'avons jamais approché, se trouvent mêlées dans Iloracc à des leçon» de morale. Cest daus la même page l'école

m ' DICTIOJNNAIR

de Platon avec les figures de l'Arelin. Cette euphémie, cet adoucissement était bien cynique

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