‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 238 sur 551 · ÉVANGILE · texte numérisé non relu

ÉVANGILE

C'est une grande question de savoir quels sont les premiers évangiles. Ccst une vérité constante , quoi qu'en dise Abadic, qu'aucuu des premiers pères de l'église inclusivement jusqu'à Irénéc, ne cite aucun passage des quatre évangiles que nous connaissons. Au contraire, les allogcs, les lliéodosicns, rejetèrent constamment l'évangile de saint Jean , et ils en parlaient toujours avec mépris, comme l'avance saint Êpipbanc dans sa trente-quatrième homélie. Nos ennemis remarquent encore que uon-sculcment les plus anciens pères ne citent jamais rien de nos évangiles, mais qu'ils rapportent plusieurs passages qui ne se trouvent que dans les évangiles apocryphes rejetés du canon.

Saint Clément, par exemple, rapporte que notre Seigneur, ayant été interrogé sur le temps où sou royaume aviendrait, répondit : « Ce sera quand deux ne feiont plusqu'un, quand le dehors ressemblera au dedans, et quand il n'y aura ni mâle ni femelle. » Or, il faut avouer que ce passage ne se trouve dans aucun de nos évangiles. Il y a cent exemples qui prouvent cette vérité ; ou peut les recueillir dans l'Examcu critique de M Fréret, secrétaire perpétuel de l'académie des belles- lettres de Paris.

Le savant Fabricius s'est donné la peine de rassembler les anciens évangiles que le temps a conservés; celui de Jacques parait le premier. Il est certain qu'il a encore beaucoup d'autorité dans quelques églises d'orient. Il est appelé premier cVitiigilc. 11 nous reste la passion et la résurrection, qu'on prétend écrites par Nicodèmc. Cet évangile de Nicodèmc est cité par saint Justin et par Tcrtullien; c'est là qu'on trouve les noms des accusateurs de notre Sauveur, Annas, Caipbas, Soumas, Dathan, Gamalicl , Judas, Lévi, Ncphtali; l'atteution de rapporter ces noms donne une apparence de candeur à l'ouvrage. Nos adversaires ont couclu que, puisqu'on supposa tant de faux évangiles, reconnus d'abord pour vrais, on peut aussi avoir supposé ceux qui font aujourd'hui l'objet de notre croyance. Ils insistent beaucoup sur la foi des premiers hérétiques qui moururent pour ces évangiles apocryphes. Il y eut donc, disent -ils, des faussaires, des séducteurs et des gens séduit*, qui moururent pour l'erreur; ce n'est donc pas une preuve de la vérité de notre religion, que des martyrs soient morts pour clic.

Ils ajoutent de plus , qu'on ne demanda jamais aux martyrs : Croyez- vous à l'évangile de Jean, ou à l'évangile de Jacques? Les païens ne pouvaient fonder des interrogatoires sur des livres qu'ils ne connaissaient pas : les magistrats punirent quelques chrétiens très- injustement, comme perturbateurs du repos public ; mais ils ne les interrogèrent jamais sur nos quatre évangiles. Ces livres ne furent un peu connut des Romaius que sous Dioclélieu; et ils curent à peine quelque publicité dans les dernières années de Dioctétien. Cétait un crime abominable, irrémissible a un ebrelieu de faire voir un évangile à un gentil.

Cela est si vrai, que vous ne rencontrez le mol d'eitottgUc dans aucun auteur profane.

Les sociniens rigides ne regardent donc nos quatre divins évangiles, que comme des ouvrages clandestins, fabriqués environ un siècle après Jésus-Christ, et caches soigneusement aux gentils pendant tin autre siècle; ouvrages, disent ils. grossièrement écrits par des hommes grossiers, qui uc s'adressèrent longtemps qu'à la populace de leur parti. Nous uc voulons pas répéter ici leurs blasplic.ncs. Cette secte, quoique assez répandue, est aujourd'hui aussi cachée» que Tétaient les premiers évangiles. 11 est d'autant plus difficile de les convertir, qu'ils ne croient quo leur raison. Les autres chrétiens ne combattent contra eux que par la voix sainte de l'Ecriture : ainsi il est impossible que les uns et les autres, étant toujours ennemis, puissent jamais se rencontrer.

Pour nous, restons toujours inviolablement attachés à uos quatre évangiles avec l'église infaillible; réprouvons les cinquante évangiles qu'elle a réprouvés; n'examinons point pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ permit qu'on fit cinquante évangiles faux , cinquante histoires fausses de sa vie, et soumettonsnous a nos pasteurs, qui sont les seuls s ir la terra éclairés du Saiut-Esprit.

Qu'Abadie soit tombé dans une erreur grossière, en regardant comme authentiques les lettres, si ridiculement supposées, de Pilatc à Tibère, et la prétendue proposition de Tibère au sénat, de mettre Jésus-Christ au rang des dieux. Si Abadic est un mauvais critique et un très- mauvais raisonneur, l'église est-elle moins éclairée ? devous-nous moins la croire! devons-nous lui être moins soumis?

EVÉQLE.

Samuel Ornik, natif de Bàle, était, comme on sait, un jeune homme très -aimable, qui d'ailleurs savait par cœur son nouveau Testament en grec et en allemand. Ses parens le firent voyager à l'âge de vingt ans. On le chargea de porter des livres au coad jtitcur de Paris, du temps de la fronde. Il arrive à la porte de l'archevêché; le suisse lui dit que monseigneur ne voit personne. « Camarade, lui dit Ornik, vous êtes rude à vos compatriotes; les apôtres laissèrent approchet tout le monde, et Jésus -Christ voulait qu'on laissât venir à lui tous les petits enfans. Je n'ai rien à demander à votre maître, au contraire je viens lui apporter. Entrez donc, dit le suisse. *

Il attend une heure dans une première antichambre. Comme il était fort naïf, il attaque de conversation un domestique, qui aimait fort à dire tout ce qu'il savait de son maître. Il faut qu'il soit puissamment riche, dit Ornik, pour avoir cette foule de pages et d'cslafiers que je vois courir dans la maison. Je ne sais pas ce qu'il a de revenu , répond l'autre ; mais j'entends dire à Joli et à l'abbé Cbaricr, qu'il a déjà deux millions de dettes. Il faudra, dit Ornik, qu'il envoie fouiller dans la gueule d'un poisson pour payer son corban( i).

( i ) Mot dt U txue \tùm\i , iignibant d'abord folle on tr t>U l'on <k<poMit de ('«r^ent , euuiite par citeoiioo, U IreW, h Voy«ta(

Maïs quelle est cette dame qui sort d'un cabinet, et qui pasac? — C'est madame de Pomereu , l'une de ses maîtresses. — Elle est vraiment fort jolie. Mais je n'ai point lu que les apôtres eussent unp telle compagnie dans leur chambre à coucher, les matins. Ah ! voilà , je crois monsieur qui va donner audience. — Dites sa grandeur, monseigneur. — Hélas! très-volontiers. Ornik salue sa grandeur, lui présente ses livres, et il est reçu avec Uii sourire très- gracieux. On lui dit quatre mots, et on moule eu carrosse escorte de cinquante cavaliers. En montant , monseigneur laisse tomber une gaîne-. Ornik est tout étonné que monseigneur port» une s: grande Méritoire dans sa poche.

— Ne voyc/.-vous pas que c'est son poignard , lui dit le causeur. Tout le monde porte régulièrement son poignard quand on va au parlement. Voilà une plaisante manière d'oflicier, dit Crnik, et il s'en va fort étonné.

11 parcourt la France et s'édifie de ville en ville; de là il passe en Italie. Quand il est sur les terres du pape, il rencontre un de ces évoques à mille écus de rente, qui allait a pied. Ornik était très-honnélc; il lui offre une place dans sa cambiaturc. Vous allez sans doute, monseigneur, consoler quelque malade?

— Monsieur, j'allais chez, mon maître. — Votre maître! c';;t .lésus-Christ sans doute? — Monsieur, c'est le cardinal Azolin, je suis son aumônier. Il me donne dos gages bien médiocres ; mais il m'a promis de me placer auprès de Dona Olimpia , la belle-sœur favorite di noWio sûjnorc. — Quoi! vous êtes aux gages d'un cardinal ! mais ne savez-vous pas qu'il n'y avait point de cardinaux du temps de Jésus-Christ et de saint Jean? — Est-il possible? s'écria le prélat italien. — Rien n'est plus vrai; vous l'avez lu dans l'Evangile. — Je ne l'ai jamais lu, répliqua l'évéquo, je ne sais que l'office de Notre-Dame. — Il n'y avait, vous dis-jc, ni cardinaux ni évêques; et, quand il y eut des évéques, les prêtres furent presque leurs égaux, à ce que Jérôme assure en plusieurs endroits.

— Sainte Vierge ! dit l'Italien , je n'en savais rien. Et des papes? — Il n'y en avait pas plus que de cardinaux.— Le bon évéque se signa; il crut être avec l'esprit malin , et sauta en bas de la cambiaturc.

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