‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 241 sur 551 · EXPIATION · texte numérisé non relu

EXPIATION

Dur fit du repentir la

Cest peut-être la plus belle institution de l'antiquité, que celle cérémonie solennelle, qui réprimait les crimes, eu avertissant qu'ils doivsnt être punis; et qui calmait le désespoir des coupibles, en leur fesaut racheter leurs transgressions par des espèces de pénitences. Il faut nécessairement que les remords aient prévenu les expiations ; car les miladics sont plus anciennes que la médecine, et tous les besoins ont existé avant les secours.

11 fut donc, avant tous les cultes, une religion naturelle qui troubla le cœur de I homme, quand il eut, dans son ignorance , ou daus son emportement , commis une action iubumatnc. Un ami dans une querelle a tué son ami, un frère :t lue son frère, un amant jaloux et frénétique a nu me donné la mort à celle sans laquelle il ne pouvait vivre, l'n chef d'une nation a condamné un homme vertueux , un citoyen utile. Voila des hommes désespérés , s'ils sont sensibles. Leur conscience les poursuit ; rien n'est plus vrai; et c'est le comble du malheur. 11 ne reste plus que deux partis, ou la réparation, ou raffermissement dans le crime. Toutes les âmes sensibles cherchent lu premier parti , les monstres prennent le second.

Dès f£u"ît y eut des religions établir s, il y ent des expiations; les cérémonies, en furent ridicules : car quel rapport entre Veau du Gange ri un meurtre? comment un homme réparait-il un homicide en s* baignant? Nous avj.isdéj? remarqué cet excès de démence et d'absurdité , û'svoir imaginé que ce qui lave le corps live l'a me , et enlève les taches des mauvaises actions.

L'eau du Nil eut ensuite la mfme vertu qnc l'eau du Gange : on ajoulait à ces purifications d'autres cérémonies : j'avoue qu'elles furent encore plus imperlincu'cs. Les Egyptiens prenaient deux boucs, et tîtiraicut au sort lequel di-s.dcu* on jetterait en bas, chargé des p'ch's des coupables. On donnait à ce bouc le nom d'HoMiel, l>xpialcur. Quel rapport, je vous prie, cn:rc un bouc et le crime d'un homme?

11 est vrai que depuis Dieu permit que cette cérémonie fût sauctifiée chez les Juifs nos pères, qui prirent taut de ri es ég\ pratiques ; mais sans doute, c'était le repentir et non le bouc qui purifiait les ■mes juives.

Jasou ayant tué Absyrthc, son beau-frere, vient, di:-on, avec Médéc, plus coupable que lui, se frire absoudre par Circé , reine et prétresse d'j£a , laquelle passa depuis pour une grande magicienne. Cirer les a' sout avec un cochon de lait et des gâteaux au sel. Cela peut foire un assez bon plat; mais cela ne peut guère ni payer le sang d'Absyrlhe, ni rendre Jason et Médée plus honnêtes gens, a moins qu'ils ne témoignent un repeutir siuccrc on mangeant leur cochon de lait

L'expiation d'Orestc , qui avait vengé son père par le meurtre de sa mère, fut daller voler une statue chez les Tartarcs dc'Oimëe. La statue devait être bien mal frite ; et il n'y avait rien n gagner sur un pareil effet. On fil mieux depuis, on inventa les mystères : les coupables pouvaient y rerevoir leur absoluion en subissant des i-preuvci péniHes. et eu jurant qu'ils mèneraient une nouvelle vie. Cest de ce serment que les récipiendaires furent appe és chez ton es les nations d'un nom qui répond à initiés, qui inmnt t iitim nm iim , qui rcmmei.ccnt une nouvelle carri< rc, qui entrent dans 1^ chemin de la vertu.

Nous avons vu, a l'article r ",' f >»<■, que !"s catéchumènes chrétiens n'étaient apielJs initir- que lorsqu'ils étaient baptisés.

Il rs: indubitable qu'on n'était lavé de ses fautes, dans i es mystères, que par le serinent d être vertueux : cela est si vrai, que l'hiérophante, dans tous les un stères de la Grèce, en congédiant rassemblée, prononçait ces deux mots égyptiens : v //, . onijfntli, veille/., soyez, purs; ce qui est a la fois une preuve que les mystères vieunent originairement d'Egypte , ci qu'ils n'étaient inventés que pour rendre les hommes meilleurs.

Les sages, dans tous les temps, firent donc ce qu'ils purent pour inspirer la vertu, et pour ne point réduire la faiblesse humaine au désespoir; mais aussi il y a des crimes si horribles, qu'aucun mystère u'en accorda l'expiation. Néron, tout empereur qu'il était, ne put se frire initier aux mystères de Gérés. Constantin , tu rapport de Zosymc , ne put obtenir le par-

don de ses crimes : il était souillé du sang de sa femme, de sou Gis et de tous ses proebes. C'était l'intérêt du genre humaiu, que- Ue si grands forfaits demeurassent sans expiation, afin que l'absolution n invitât pas à les commettre , et que l'horreur universelle pût arrêter quelquefois les scélérats.

Les catholiques romains ont des expiations qu'on appelle pénitences. Nous avons vu a l'article ^ustel ilci, quel fut l'abus d une iustitution m salutaire.

Par les lois des barbares 4111 détruisirent 1 empire romain, on expiait les crimes avec de l'argent; cela s'appelait composer, compenal cuiu detem, tùjinli, iritfiitta >e/irfi>. 11 en coûtait deux cer/tî sous pour tuer un prêtre, et quatre cents pour tuer uu évéque; de sorte qu'un évêque valait précisément deux prêtres. "

Après avoir ainsi composé avec les hommes, on composa ensuite avec Dieu, lorsque la confession fut généralement établie. Enfin le pap« Jean XXII , qui fesalt argent de tout, rédigea le tarif des péchés.

L'absolution d'un inceste, quatre tournois pour un laïque; ab incatu pro tmeo in fom ctm ckntiœturonenscs quatuor. Pour l'homme et la femme qui ont commis l'inceste, dix-huit tournois, quatre ducats et neuf carlins. Cela n'est pas juste ; si un seul ne paie que quatre tournois, les deux ne devaient que huit

La sodomie et la bestialité sont mises au même taux; avec la cause iubibiioirc au litre XLUI, cela monte à quatre-vingt-dix tournois, douze ducata et six car.io» mua uiUbitwnc turoncti\c\ 90, d tient us 1 2, Carlinos ti, etc.

11 est bien difficile de croire que Léon X ait eu l'imprudence do foire imprimer celto taxe en i5i 4> comme on l'assure; mais il fout considérer que nulle étincelle ite paraissait alors de l'embrasement qu'excitèreitl depuis les réformateurs, que la cour do Rome s'endormait sur la crédulité des peuples, et négligeai! de couvrir ses exactions du moindre voile. La vou e publique des indulgence», qui suivit bientôt apr« s, frit voir que jottfc cour ne prenait aucune précaution pour cacher des turpitudes auxquelles tant de nations étaient accoutumées. Dès que les plaintes contre les abus de l'église romaine éclatèrent, elle fit ce qu'elle put pour supprimer le livre; elle ne put y parvcn.r.

Si j'ose dire mon avis sur cette taxe, je crois que les éditions ne sout pas fidèles; les prix ue sont du tout point pioportionnés; ces prix ne s'accordent ,pas avec ceux qui sont allégués par d \ubignc, giandpère de madame de Mauilenon , dans la confession de S. m ri : il évalue uu pucelage a six gros, et l'inceste avec sa mère et sa sœur à cinq gros; ce compte est rid cule. Je pen»e qu'il y avait on eiièt unu taxe établie dans la ch.iu:bre de la Paierie, pour ceux qui vcuaieQt se frire absoudre a Home, ou marchander des dispenses; mais que les ennemis de IVomc y ajoutèrent beaucoup pour la rcudre plus odieuse. Consultes Bayle aux articles lUmU , 1 mi t , I >i cluicuutt.

Ceqiliesttrès-c-«rtaiu, c'est que jamais ces taxes ne furcut autorisées par aucun concile; que c'était

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un abus énorme, invente'- par l'avarice, et respecté par ceux qui avaient intérêt à ne le pas abolir. Les vendeurs et les acheteurs y trouvaient également leur compte : ainsi presque personne ne réclama jusqu'aux troubles de la réformation. H faut avouer qu'une connaissance bien exacte de toutes ces taxes , servirait beaucoup à l'histoire de l'esprit humain.

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