FERTILISATION
SECTION PXEMieaB.
t». Je propose des vues générales sur la fertilisation. Il ne s'agit pas ici de savoir en quel temps il fàu t semer des navels vers les Pyrénées et vers Duukcniue; il n'y a point de paysan qui ne connaisse ces détails mieux que tous les maîtres et tous les livre*. Je n'examine point les vingt cl une manières de parvenir à la multiplication du blé, parmi lesquelles il n'y en a pas une de vraie; car la multiplication des germes dépend de la préparation des terres, et non de celle t des grains. Il eu est du blé comme de tous les autres fruits. Vous aurez beau mettre uu noyau de pé< Le dans de la saumure ou de la lessive, vous n'aurez de bonnes pèches qu'avec des abris et un sol convenable.
a-. 11 y a dans toute la zone tempérée de bons, de médiocres et de mauvais terroirs. Le seul moyen peutêtre de rendre les bons encore meilleurs, de fertiliser les médiocres, et de tirer parti des mauvais, est que les seigneurs les babiteut.
Les médiocres terrains, et surtout les mauvais,. ne pourront jamais être amendés par des fermiers ; ils n'en ont ni la faculté ni la volonté; ils afferment à vil prix , font très-peu de profit, et laissent la terre en plus mauvais état qu'ils ne l'ont prise.
3". Il faut de grandes svanecs pour améliorer de vastes champs. Celui qui écrit ces réflexions a trouvé, dans un très-mauvais pays un vaste terrain inculte, qui appartenait à des colons. 11 leur a dit : Je pourrais le cultiver à mou profit par le droit de déshérence , je vais le défricher p^ur vom. et pour moi à mes dépens. Quand j'aurai chaulé ces bruyères en pâturages , nous y engraisserons des bestiaux j ce petit canlon sera plus riche il plus peuple.
Il eu csl de nn'mc des iiarii*, qui étendent sur tant de contrées la stérilité cl 'a norlalilé. Il ny a que les seigneurs qui puissent détruire ces ennemis du genre humain. Et si ces marais sont trop vastes, le gouvernement seul est i««ez puissant pour faire de telles entreprises; il y a plus à gagner que dans une guerre.
4» Les seigneurs seuls seront long-temps en état d'employer le semoir. Cet instrument vri conteuv ; I) faut souvent le rétablir; nul ouvrier d* campagne n'est en état de le construire; aucun colon ne s'en chargera; et, si vous lui en donnez un, il épargnera trop la semence, et fera de médiocres récoltes. Cepcndaul cet instrument, employé a propos, doit 1 le tiers de la semence, et par 1
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tiquent enrichir le pays J'un tiers; voilà 1* vraie multiplication. Il est donc très-important de le rendre d'usage, et dé loug-temps il n'y aura que les riches qui pourront s'en servir.
5". Les seigneurs peuvent foire la dépense du vancribleur, qui , quand il est bien conditionné, épargne beaucoup de bras et de temps. En un root, il est clair que, si la terre ne rend pas ce qu'elle peut donner, c'est que les simples cultivateurs ne sont pas en état de faire les avances. La culture de la terre est une vraie manufacture : il faut, pour que la manufacture fleurisse, que l'entrepreneur jolt riche.
6". La prétendue égalité des hommes, que quelques sophistes mettent a la mode , est une chimère pernicieuse. S'il n'y avait pas trente mat œuvres pour uu maitre, la terre tic .vrail pas cultivée. Quiconque possède une charrue a besoin de deux valets et de plusieurs hommes de journées. Plus y aura d'hommes qui n'auront que leurs bras pour toute fortune, plus les terres seront en valeur. Mais, pour employer utilement ce- bras, il faut que les seigneurs soient sur les l'rcu\ (t).
y. Il ne faut pas qu'un seigneur s'attende , en fesant cultiver sa terre sous ses yeux, à faire la fortune d'un entrepreneur des hôpitaux ou des fourrages de l'armée ; mais il vivra dans la plus honorable abondance (*).
8". S'il fait la dépense d'un étalon, il aura en quatre «ns de beaux chevaux qui ne lui coûteront rien; il y gagnera, et l'état aussi.
Si le fermier est malheureusement obligé de vendre tous les veaux et toutes les génisses pour être en état de payer le roi et son maitre, le même seigneur fait élever ces génisses cl quelques veaux. II a au hout de ïrois ans des troupeaux considérables sans frais. Tous «es détails produisent l'agréable et I utile. Le goût de ces occupations augmen'.c chaque jour; le temps affaiblit presque foules les autres.
g-. S'il y a de mauvaises rëcol'es, des dommages, des pertes, le seigneur est en état de les réparer. Le fermier cl le métayer ne peuvent même les supporter. Il est donc essentiel a l'état que les possesseurs habitent souvent leurs domaines.
io*. (<cs évéques qui résident font du bien aux villes. Si les abbés coinmcndataircs résidaient , ils feraient du bieu aux campagnes; leur absence est préjudiciable.
II*. Il est d'autant plus nécessaire de songer aux richesses de la terre, que les autres peuvent aisémeut nous échapper ; la balance du commerce peut ne nous être plus favorable; uos espèces peuvent passer
fi) I.a qurs'ion de aaxoir ai un grand terraio cultivé par un il propiittnire donne un produit brut ou un produit net plui grand nu n omdre <jue le même terrain partage en p»'tilc* propriit». mltirre* chacune par le pn««*uiir. n'n point encore itè eorapii'um^it r^jfllue. Il e»t vrai qu'en général, dan* nufacturr, plus on divi* le travail entre d<» oui chacun d u . niùiie chou-, plu» on obtient de d'écon >ici-.
Mail juv|ii'i rp,,.| !«,;„, re nrjHfijH. w p,ul.\\ appliquer i l'aeri. nlt.irc. tai plut RMrfralencnt un art dont Ira procède» iweW* wi.1 «aaujeuia k cm, inc. K<rindea, a l'ordre de* *ai«m»? r.-ysi Atatiurist
ehex I étranger, les biens fictif» peuvent se perdre, I» terre reste.
i a». Nos nouveaux besoins nous imposent la nécessité d'avoir de nouvelles ressources. Les Français et les autres peuples n'avaient point imagine, du temps de Henri IV, d infecter leur ncx d'une pondre noire et puante, et de porter dans leurs poches des linges remplis d'ordure , qui auraient inspiré autrefois Mror* reur et le dégoût. Cet article seul coûte au monts à la France six millions par an. Le déjeûner de Icnrs pères n'était pas préparé par les quatre parties du monde; ils se passaient de l'herbe et de la terre de la Chine, des roseaux qui cioissent en Amérique et des fèves de l'Arabie. Ces nouvelles denrée», et beaucoup d'autres que nous payons argent comptant, peuvent nous épuiser. Luc compagnie de négocians, qui n'a jamais pu en quarante années donner un sou de dividende à ses actionnaires sur le produit de son commerce , et qui ne les paie que d'uue partie dn revenu du roi, peut être à charge à la longue. L'agriculture est donc la ressource indispensable.
i3*. Plusieurs branches de cette ressource sont négligées. 11 y a, par exemple, trop peu de ruches, tandis qu'où fait une prodigieuse consommation de bougies. Il n'y a point de maison un peu forte oè Voar n'en brûle pour deux ou «rcis écus par jour. Cette seule dépense entretiendrait une famille économe. Nous consommons cinq ou six fois plus de bois de chauffage que nos pères; nous devons donc avoir plus d'attention a planter et à entretenir nos plants; c'est ce que le fermier n'est pas même en droit de faire; c'est ce que le seigneur ne fera que lorsqu'il gouvernera lui-même ses possessions.
1 4". Lorsque les possesseurs des terres sur les frontières y résident, les manoeuvres, les ouvriers étraugers viennent s'y établir; le pays se peuple Insensiblement ; il se forme des races d hommes vigoureux. La plupart des manufactures corrompent la taille des ouvriers ; leur race s'affaiblit. Ceux qui travaillent aux métaux abrègent leuu, jours. Les travaux de la campagne, au contraire, fortifn.i.1 et produisent des générations robustes, pourvu que la débauche des jours de fêtes n'altèrent pas le bieu que font le travail et la sobriété.
15". On sait assez quelles sont les funestes suites de l'oisive iutempérance attachée à ces jours qu'on croit consacrés à la religion, et qui ne |i sont qu'aux cabarets. On sait quelle supériorité I* retranchement de ces jours dangereux a donnée aux protestans sur nous. Notre raison commence enfin a se développer au point de nous faire sentir confusément que l'oisiveté et la débauche ne sont pas si précieuses devant Dieu qu'on le croyait. Plus d'-jn évêqtte a rendu a h terre, pendant quarante jours de l'année ou environ, des hommes qu'elle demandai*, pour la cultiver. Mais sur les frontières, où beaucoup de nos domaines se trouvent dans l'évéché d'un étranger, il arrive trop souvent, soit par contradiction, soit par une infante politique, que ces étrangers se plaisent à nous acea» bler d'un fardeau que les plus sages de nos prélat» ont ôté à nos cultivateur;, à l'exemple du pape. Le gouvernement pc»tt aisément nous délivrer de ce
tris-grand mal que ces étrangers nous font. Ils sont en droit d'obliger nos colons à entendre une messe le jour de Saint-Rocb ; mais, au foud , ils ne sont pas en droit d'empêcher les sujets du roi de cultiver après la messe une terre qui appartient au roi, et dont il partage les fruits. El ils doivent savoir qu'on ne peut mieux s'acquitter de son devoir envers Dieu qu'en le priant le matin, et en obéissant le reste du jour à la loi qu'il nous a imposée tie travailler.
16". Plusieurs personnes ont établi des écoles dans leurs terres, j'en ai établi moi-même; mais je les crains. Je crois convenable que quelques entons apprcunenl a lire, à écrire, A chiffrer ; mais que le grand nombre, surtout les entons des manoeuvres, ne sachent que cultiver, parce qu'on n'a besoin que d'une plume pour deux ou trois cents bras. La culture de la terre ne demande qu'une intelligence très-commune; la nature a rendu faciles tous les travaux auxquels elle a destine l'homme : il tout donc employer le plus d'hommes qu'on peut à ces travaux faciles, et les leur rendre nécessaires (i).
1 7". Le seul encouragement des cultivateurs est le commerce des denrées. Empêcher les blés de sortir du royaume , t'est dire aux étrangers que nous en Diminuons et que nous sommes de mauvais économes. Il y • quelquefois cherté en France, mais rarement disette. Nous fournissons les cours de 1 Europe de danseurs et de perruquiers; il vaudrait mieux les fournir de froment. Mais c'est a la prudence du gouvernement d'étendre ou de resserrer ce grand objet de commerce. Il n'appartient pas â un particulier qui ne voit que son canton , de proposer des vues à ceux qui voient et qui embrassent le bien général du royaume.
i6"\ La réparation et l'entretien des chemins de traverse est un objet important. Le gouvernement s'est signalé par la /-onftction des voies publiques, qui font à la fois l'avantage et l'ornement de la France. (I a aussi donné des ordres très- utiles pour les chemins de traverse; mais ces ordres ne sont pas si bien exécutés que ceux qui regardent les grands chemins. Le môme colon qui voiturait ses denrées de son village au marché voisin en une heure de temps avec un cheval, y parvient à peine avec deux chevaux en trois heures , parce qu'il ne prend pas le soin de donner un écoulement aux eaux, de combler une ornière, de porter un peu de gravier; et ce peu de peine qu'il s'est épargnée lui cause à la fin de trèsgrandes peines et de grands dommages.
19*. Le nombre des mendians est prodigieux , cl,
(1) Le temps do l'enfance, celui qui précède I âge od 11» infant peut être assujetti k un travail régulier, est plus que sullitw>t pou» apprendre a lire, à «'«rire, a cumuler, pour s.qucrit même de» notions rlémenuîrr» d'arprii'age , de physique et d'histoire ofJrelle. Il ne dut pat craindre que ce» connuisaanrei découlent de» ir.vr.ux eliampelres. C'est pirris'menl parce qu» presque aue-n îroniim du peuple ne s . il Lien rer.re.uue «et i.rt devient un niosen de se procurer »»ec moins de peioe une subsistance plus abondante que par un travail mécanique. Ce n'est que par l'instruction qn'nn peut espérer d'nnaiblirdans le peuple les préjugé», s* s tyrans éternels, auxquels presque partout le»
malgré les lois, on laisse cette vermine se multiplier. Je demanderais qu'il fût permis à tous les seigneur» de retenir et faire travailler à uu prix raisonnable tous les mendians robustes, hommes et femmes, qui mendieront sur leurs terres.
ao». S il m'était permis d'entrer dans des vues plus générales, je répéterais ici combien le céliliat est pernicieux. Je ne »ais * il ne serait point à propos d'augmenter d'un tiers la taille et la capilation de quiconque ne serait pas marié à vingt-cinq ans(i). Je ne sais s'il ne serait pt.s utile d'exempter d impôts quiconque aurait sept entons to&Ics, tant que le père et les sept entons vivraient ciueniblc. M. Colbcrt exempta tous ceux qui auraient dour.c entons; mats ce cas arrive si rarement que la loi était inulilc.
ai". On a toit des volumes s->r leus les avantage» qu'on peut retirer de la campagne , sur les améliorations, sur les blés, les légumes, les pâturages, le» animaux domestiques, et sur r«<IIc secrets presque tous chimériques (u). Le meilleur .«-jorct est de veiller soi-même à son domaine.
section 11.
Pourquoi certaines terres sont mal culti èes.
Je passai un jour par de belles campagnes, bordées d un côté d'une forêt adosse r a des montagnes, et de l'autre par une vaste étendue deau saine et claire qui nourrit d'cxccllcus poissons. C'est le plus bel aspect de la nature; il termine les frontières de plusieurs éta:s; la terre y est couverte de bclail, et elle le serait de (leurs et de l'uiils toute ratifiée, sans les vents cl les grêles qui désolent souveni celle contrée délicieuse et qui la changent en Nihèric.
Je vis à l'en réc de cct:e peti:e province une maison bien bàlic, où demeuraient sept on huit hommes bien toits et vigoureux. Je leur dis : Vous cultive/ sans doute un héritage fertile dans ce beau séjour? Nous, monsieur, nous avilir a rendre leçon -le la terre qui doit nourrir I homme! lions ne sommes pas faits pour cet indigne métier. Nous poursuivons les cultivateurs qui portent le fruit de leurs travaux d'un pays dans un autre; nous les chargeons de fers; notre emploi est celui des héros. Sachet que dans ce pavr. de deux lieues sur si\, lions avons qu.ilor/.c maisons aussi respectables que celle-ci, consacrées a cet usage. La dignité dont nous sommes ruvi tus nous distingue des autres citoyens; et nous ne payons aucune contribution, parce que nous ue travaillons à tien qu'a faire trembler ceux qui travaillent.
(l) Ci'tte loi nesenil ni juite ni mil*' ; le cclili.it, d.ui. auvun svxU-mt' raiwiumlile de moi île. ne j» til èirr r partie ro'niiie un délit, et uu • suiv' arge d'impôt scr.'it mie véritable amende. D'ailleurs, si celte punition e»t «mm fort.- pour 1' mporlcr mu les raisnns qui éloignent du mon.ijc, «le eu fera fuir de mauvais; et la population qui rrsull ru de ces mariages ne sera n> fort nombreuse , ni fort mile.
(a) La scieur* de l'agriculture n fait peu de pingres juvju'irij et c'est le sort commun a toutes le» parti s des •orners qui emploi' nt l'observation plutôt que I expérience ; elles dépendent d» tunps cl d< » riLuimens, |>ui» i(ur au i;ciiuj acs hommes, lellt Ml la médecine, telle esl encore I» m
dict. ma
Je m'avançai tout confus ver* une autre maison; je vis dans un jardin bien tenu, un homme ontouré d'une nombreuse famille; je croyais quil daignait cultiver ton jardin. J'appris qu'il était revêtu de la charge de contrôleur du grenier à sel.
Plus loin demeurait le directeur de ce grenier, dont les revenus étaient établis sur les avanies faites à ceux qui viennent acheter de quoi donner un peu de gout à leur bouillon. Il y avait des juges de ce grenier où se conserve Peau de la mer réduite en figures irn'gulieresjdes élus dont ladigi.de consistait à éc» ire les noms des citoyens et ce qu'ils doivent au fisc ; des •gens qui partageaient avec les receveurs de ce fisc; des hommes revêtus d'offices de torV espèce, les uns conseillers du roi, n'ayant jamais donné de conseil, les autres secrétaires du roi, n'?yant jamais su le moindre de ses secrets. Dans cette multitude de gens qui se pavanaient iir par le roi. il y en avait un assez grand nombre revêtus d'un habit ridicule et chargés d'un grand sac qu'ils se fesaient remplir de la part de Dieu.
Il y en avait d'autres plus proprement vêtus , et qui avaient des appointemens plus réglés pour ne rien faire. Ils étaient originairement payés pour chanter de grand matin; ut, depuis plusieurs siècles, ils ne chantaient qu'à table.
Enfin je vis dans le lointain quelques spectres â demi nus, qui écorchaient avec des boeufs aussi décharnés qu'eux, un sol encore plus amaigri; je compris pourquoi la terre n'était pas tussi fertile qu'elle pouvait l'être.