‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 257 sur 551 · ÊTES · texte numérisé non relu

ÊTES

section pnsmÈNt.

Ut» pauvre gentilhomme au pays d'Tlaguenau cul« tivait sa petite terre, et sai.ve Ragondc ou Kadcgonde était la palrone de sa paroisse. Or , il arriva que, le jour de la fête de sainte fligondc, il fallut donner une faeon à uu champ de ce pauvit gentilhomme, sans quoi tout était perdu. Le roaitrt , après avoir assisié dévo'cmcut à la messe avec tout son monde , alla labourer sa terre, dont J<' pendait le maintien de *a famille, et le curé et les mires paroissiens allèrent bo're selon l'usage.

Le cure en buvant apprit l'énorme scandale qu'on osait donner dans sa paroisse pir un travail profane : il alla, tout rouge de colère et de v:n, trouver le cul* ti valeur, et lui dit : Monsieur, vous êtes bien iusolent et bien impie doser labourer voir»* champ au lieu d'aller au cabaret comme les autres. Je conviens, Monsieur, dit le gentilhomme, qu'il faut boire a l'honneur de la sainte, mais il faut aussi manger, et ma fouille mourrait de faim si je ne labourais pas. Buvez, et mourez, lui dit le curé. Dans quell>< loi, dans quel concile cela est-il écrit ? Dans Ovide , dit le curé. J'en appelle comme d abus, dit le gentilhomme. Dans quel endroit d'Ovide avez-vous lu que je dois ailtrau cabaret plutôt que de labourer mon chir-p le jour de sainte Hagonde ?

N oiisremarqucrczquelcgcnlilbommec: le pasteur avaient Ires -bien fait leurs études. Lisez la Métamorphose des filles de Minée , dit le curé. Je l'ai lue, dit

l'antre, et je soutiens que cela n'a nul rapport à ma ebarroe. Comment , impie, vous ne vous do u venez pas que les filles de Mim e furent changics eu chauve-souris pour avoir filé un jour de fete! Le cas est bien différent, répliqua le gentilhomme : ces demoiselles n'avaient rendu aucun honueur a Dacchus , et moi j'ai été à ta messe de sainte Kagondc; vous u'aves rien a me dire; vous ne me changerez point en chauve-souris. Je ferai pis, dit le prêtre; je vous ferai mettre à l'amende. 11 n'y manqua pas. Le pauvre gentilhomme fut ruine, il quitta le pays avec sa famille et ses valets, passa «box l'ëira».ger, se fil luthérien, et sa terre resta inculte plusieurs années.

Ou conta cette aventure a un magistrat de bon sens et de beaucoup de piélé. Voici les relie* ions qu'il fit a propos de sainte Kagondc.

Ce sont, disait-il, les cabaret iers sans doute qui ont inventé ce prodigieux nombre de fclcs : la religion des paysans et des artisans consiste à s'enivrer le jour d un saint qu'ils ne connaissent que par ce culte : c'est dans ces jours d oisiveté et de débauche que se commettent tous les crimes : ce sont les fêtes qui remplissent les prisons, et qi«i font vivre les archers, les greffiers, les licutenans criminels et les bourreaux : vo la parmi nous la seule excuse des fêtes : les champs catholiques restent à peine cultivés, tandis que les campagnes hérétiques labourées tous les jours produisent de riches moissons.

A la bonne heure que les cordonniers aillent ln matin à la messe de saint Crépin, parce quccre/iùfo signifie empeigne: que les feseurt de vergettes fêtent sainte Barbe, ienr patroue; que cou» q«i ont mai aux: yeux entendent la messe do sainte Claire; qu'on célèbre saint V.. dans plusieurs provinces; mais qu'après avoir rendu ses devoirs aux *aims ou rende service aux hommes, qu'on aille de 1'a.ucl a la charrue; c'est l'excès d'une barbarie et d'un cclavagc insupportable, de consacrer sc£ jours à la i.ont balance ef au vice. Prêtres, commandez, s'il cH f.i'cessairo, qu'on prie Koch , Eustachc et Fiacre le câlin; magistrats, ordonnez qu'on lat-Oi.re vos champs le jour de Fiacre, d'Lustachc cl de Koch. C est le travail qui est nécessaire; il y a plus, c'est lui qui sanctifie.

SECTION II

Lettre fan ouvrier ie Lyon i Metteianevrt At la eomminiom itahlie à Paru pour la rêjui mal ion dm or Art* religieux, ùa» primée dam Ut papier» fittUct en i ;G6\

Messeicneuhs ,

Je suis un ouvrier en soie, et je travaille à Lyon depuis Jix-neuf ans. Mes journées ont augmenté insensiblement, et aujourd bu! je gagne trente cinq sous. Ma femme, qui travaille en passenicns, en gagnerait quinze s'il luiétaii possible il y donner tout son temps; mais comme les soins du ménage, les maladies de couches ou autres la détournent étrangement , je réduis son profil .1 dix sous, ce qui f.iil quarante- cinq sous journellement que nous apportons au ménage. Si l'on déduit de l'année quatre-vingt-deux jours d» dimanches ou de <btcs, l'on aura deux cent quatrevingt-quatre jours profitables, qui, à quarante-cinf

tous font si* cent trente- neuf livres. YoîU mon retenu.

Voici les charges.

J'ai huit cnfens vivans, et ma femme est sur le point d'accoucher du onzième , car j'en ai perdu deux. Il 7 a quiuzc ans i]uc je suis marié. Ainsi je puis compter annuellement vingt-quairc livres pour les frais de couebes et de baptême , cent huit livres pour l'année de deux nourrices, ivant communément deux enfans en nourrice , quelquefois même trois. Je paie de loyer à un quatrième cinquante-sept livres, et d imposition quatorze livres. Mon paoGl se trouve doue réduit à quatre cent trente-six livres, ou à vingt-cinq sous «rois deniers par jour, ïvec Icsqcli il but se vêtir, se meubler, acheter le bois, la chandelle, cl faire vivre ma femme et six onfans.

Je ne vois qu'avec effroi arriver des jours d* ftte. Il s'en faut Irès-pcu , je vous en fais ma confession , que je ne maudisse leur institution. Elles ne peuvent avoir été instituées, disais je, que par les commis des ■ides, par les cabaretiers, et par ceux qi'i tiennent les guinguettes.

Mon père m'a fait étudier jusqu'à ma seconde, et roula i à toute force que je fusse moine, me fesaut entrevoir dans cet étal un asile assuré contre le besoin -, mais j'ai toujours pensé que chaque homme doit son ribul à la société, et que les moines sont des guêpes inutiles qui mangent le i-a«»ail desabedlcs. Je vous avoue pourtant que, quand je vois Jean C***f avec lequel j'ai étudié, et qui était le garçon le plus paresseux du collège , posséder les premières places chez les prémontrés, je ne puis mYmpéchcr d'avoir quelques regrets de n'avoir pas écouté les avis de mon père.

Je suis à la troisième Ictcde Noël, j'ai engagé le peu de meubles que j'avais, je me suis fait avancer une semaine par mon bourgeois, je manque de pain, comment passer la quatrième fcle? Ce n'est pas tout; j'en entrevois encore qu ilre autres dans la semaine prochaine. Gr.ud Dieu! huit fclcs dans quinte jours! est-ce vous qui l'ordonne! ?

Il y a un an que l'on me f.iit espérer que les loyers vont diminuer, par la suppression d'une de.> n.aisoni des capucins et des coixlcliers. Qu" de m iicns inutiles dans le centre d'une ville comme Lyon! les jacob'ns, les dames de saint Pierre, etc. : pourquoi U3 pis les écarter dans les faubourg* si ou les juge nécessaires? Que dhabï.ans plus nécessaire:, encore tiendraient leurs places!

Ton es ces reuexions m'ont engagé a m'adresser a vous, Mcsseigncurs, qui avez été choisis par le roi pour détruire des abus. Je ne suis pis !«• seul qui pense ainsi; combien d'ouvriers dans Lyon et ailleurs, combien de laboureurs dans le royaume sont réduits a la même nécessité que moi! Il est visible que chaque jour de fe e co Uc « l'état plusieurs millions. Ces considérations vous porteront .1 prendre a cœur les intérêts du peuple qu'on dcingne uu peu trop.

J'ai l'honneur d'être, etc.

BOCE*.

1 avons cru que cette requête, qui a été réellement présentée, pourrait figurer dan* un ouvrage

»KCT10N III.

Oh connaît assez les fctes qua Jules César et les empereurs qui lui succédèrent donnèrent au peuple romain ; la féle des vingt -deux mille tables, servies par vingt-deux mille maîtres - d'hôtel ; les combats de vaisseaux sur des lacs qui se formaient toul d'xin

lécs par les seigneur»

cte 1 1 tu

coup, etc. , n'ont pas

hernies, lombards, ou francs, qui ont voulu qu'on parlai d'eux.

Un Welchc , nommé Cabusac , n'a pas manqué de faire un long ariclc sur ces féles dans le grand Di .lionuaire encyclopédique. Il dit : « Que le ballet dr Cassandrc fut donné à Louis XIV par le cardinal Mazarin qui avait de la gaieté daus l'esprit, du goût pour les plaisirs dans le c-eur et dans l'imagination , moins de faste que de ga'antcric ; que le roi dansa daus ce ballet à l'âge de treize ans, avec les proportions marquées, et les attitudes dont la nature l avait embelli. » Ce Louis XIV, né avec des altitudes, et ce faste de l'imagination du cardinal Maurin , sont dignes du beau stylo qui est aujourd'hui à la mode. Notre Cabusac Huit par décrire une fé»c charmante , d'un genre neuf et élégant, donnée a la reine Marie Lcczinska. Celle fète finit par le discours ingénicui d'un Allemand ivre, qui dit: « Est ce la peine de faire tant de dépendes eu i ougie pour ne faire voir que de l'eau ! » A quo un Gascon répondit : « Eh sandis, ja meurs de faim ; on vil doue de l'air à la cour des rois de France. »

Il est iriste d'avoir inséré de pareilles platitudes daus un dictionnaire des arts cl des sciences.

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