FEU
SECTION PREMIERE
Le feu est- il autre chose qu'un clément qui non» éclaire, qui nous echaufte, et qui nous brille?
La lumière u'cst-elle pas toujours du feu , quoique le feu ne soit pas toujours luuiicr t ; et Bocrhaavo a*tr t-il pas raison?
Le feu le plus pur, tiré de nos matières combustibles, n'est-il pas toujiurs jrotrier, toujours charge des corps qu'il embrase, il tacs -différent du feu élémentaire ?
/jnu ubitfue lattt, naturam ampltctitur tmnem; Cuncta yant , rénovât, awiflif , unit . «lit. Comment le feu est-il répandit dans toute la nature dont il est Tarn»!?
Quel homme peut concevoir comment un morceau de cire s'eiillaininc et comment il n'en reste rien à nos yeux, quoique rien ne se soit perdu?
Pourquoi Newton dil-il toujours, en parlant des ravonsde lumière, ''e tmumt in.li' ium lut i> , ntrum <■. ,,1'ui iut nrc ne non </»'</ hM«< ; n'examinant point si les rayons de lumière sont des corps ou non? N'en parlait il qu'en géomètre? en ce cas ce doute inii inutile. Il est évident qu'il doutait de la nature du feu élémentaire , et qu'il doutait avec raison.
NCTlONNAIRE
Le feu élémentaire est -il un corps à la manière des autres, comme l'eau et la terre ? si c'était un corps de cette espèce, uc graviterait-il pas comme toute matière? s'échapperait- il en tous sens du corps lumineux en droite ligne? aurait -il une progression uni forme? Et pourquoi jamais la lumière ne se mcut-cllc eu ligne courbe quand clic est libre dans son cours rapide?
Le feu élémentaire ne pourrait -il pas avoir des propriétés de la manière a nous si peu connue , et d'autres propriétés de substances à nous entièrement inconnues?
Ne pourrait- il pas Être un mili;u entre la matière et des substances d'un aulrc p^tel cl qui nous a dit qu'il n'y a pas un millier ~.cs substances? Je ne dis pas que cela soit, mais je dis qu'il n'est point prouve que cela ne puisse pas être.
J'avais eu autrefois un scrupule en voyant un point bleu et un point rouge sur «me teilo blanche, tous deux sur une même ligne, lotis deux à une égale distance de mes yeux, tous deux égalencnl exposes à la lumière, tous deux me réfléchissant la même quantité de rayons, et fesanl le même cT-» sur les yeux de cinq cent mille hommes. Il faut nécessairement que tous ces rayons se croisent en venant à nous. Comment pourraient ils cheminer sans se croiser? et, s'ils se croisent , comment puis-je voir? Ma solution était qu'ils passaient les uns sur les autres. On a adopté ma difficulté et ma solution dans le Dictionnaire encyclopédique, a l'article Lumière; mais je ne suis point du tout coulent de ma solution; car je suis toujours en droit de supposer que les rayons se croisent tous* moitié chemin ; que par conséquent ils doivent tous «c réfléchir, qu'ils sont pénétrables. Je suis donc fondé n soupçonner que les rayons de lumière se pénétrent, et qu'eu ce cas ils jul quelque chose qui ne tient point du tout de la matière. Ce soupçon m'e'baie, j'en conviens; ce n'c*t pas sans un prodigieux remords que j admettrais un être qui aurait tant d'autres propriétés des corps, e» qui serait pénélrablc. Mais aussi je ne vois point comment on peut répondre bien nettement à ma difficulté. Je ne la propose donc que comme un dou.c et comme une ignorance.
il était très -difficile de croire, il y a environ cent ans, que les corps agissaient les uns sur les autres, non - seulement sans se loucher et sans aucune ém's- •iou, mais a des distances cflVayinJcs; cependant cela s'cai trouvé vrai, et on n'en doute plus. 11 est difficile aujourd hui de croire que les rayons du soleil se pénètrent ; mais qui sait ce qui irrivra ?
^ uoi qu'il en soit , je ris de mon doute ; et je voudrais pour la rareté du fait, que cette incompréhensible pénétration put être admise. La lumière a quelque chu e de si divin, qu'on serait tenté d'en faire un degré pour mouler à des substances encore plus pures.
A mon secours, Empédoclc; à moi, Démocritc; venc* admirer les merveilles de l'électricité, voyex si ces étincelles qui traversent mille corps en un clin d'ecil sont de la matière ordinaire; élémentaire ne fait pas contracter le
corps en un cnn 9; jugea si le feu I e cœur, et ne lai II
communique pns celte chaleur qui donne la vie. Jugez si cet être n'est pas la source de toutes les sensations, et si ces sensations uc sont pas l'unique origine de toutes nos chétives pensées, quoique des pédans ignora ns et insoleus aient condamné cette proposition comme on condamue un plaideur a l'amende.
Dites-moi si I Etre suprême qui préside à toute la nature ne peut pas conserver à jamais ces monades élémentaires auxquelles il a fait des dons si précieux. IgnciK eit ollis vùjnr cl celc*tt< oriif».
Le célèbre Le Ctt appelle ce fluide vivifiant (<?) , « un être amphibie , affecté par son auteur d'une nuance supérieure, qui le lie avec Pitre immatériel, et par la l'ennoblit et l'élève à la nature mitoyenne qui le caractérise, et fait la source de toutes ses propriétés. »
Vous êtes de l avis de Le Cat; j'en serais aussi si j'osais; mais il y a tant de sots et tant de mécbans, que je n'ose pas. Je uc puis que penser tout bas à ma façon au mont Krapak. Les autres penseront comme ils pourront , soit a Salamauquc , soit à Berçame.
sectiok ir.
De ce qu'on entend par cette expression au moral.
Le feu, surtout en poésie, signifie souvent Vttmour, et on l'emploie plus élégamment au pluriel qu'au singulier. Corneille dit souvent un beau \ctt , pour un amour vertueux et noble. Un homme a du feu dans la conversation, cela ne veut pas dire qu'il a des idées brillantes et lumineuses, mais des expressions vives animées par les gestes.
Le feu dans les écrits ue suppose pas non plus nécessairement de la lumière et de la beauté, mais de la vivacité, des figures multipliées, des idées pressées.
Le feu n'est un mérite dans les discours et dans les ouvrages que quand il est bien conduit.
On a dit que les poètes étaient animés d'un feu divin quand ils étaient sublimes : on n'a point de géuic sans feu , mais on peut avoir du feu sans génie.
Uxe fiction qui annonce des vérités intéressantes et neuves n'est-clle pas une belle chose? n'aimezvous pas le conte arabe du sultan qui ne voulait pas croire qu'un peu de temps put paraître très-long, et qui se disputait sur la nature du icmps avec son derviche? Celui-ci le prie, pour s'en éclalrcir, de plonger seulement la tête un moment dans le bassin où il se lavait. Aussitôt le sultan se trouve «-insporté dans un désert a (freux ; il est obligé de travailler pour gagner sa vie. Il se ma ie, il a des enfans qui deviennent grands et qui le buttent. Enfin il revient dans son pays cl dans son palais; il y retrouve son derviche qui lui a fait sou I'. ir tant de maux pendant «ingt cinq ans. Il vcu. le ruer. Il ne s'apaise que quand il s*î| que tout cela s'est passé dans l'instant qu il s'isl lavé le visags en fermant les yeux.
(■) Disvctuuun Je Lt Cal sur k> Quide de* otrfs, p«fi«3G.
Vous aimez mieux la fiction des amours de Dijon et d'Énec , qui rendent raison de la haiuc immortelle de Cartbage contre Home, et celle qui développe dans l'Elysée les grandes destiuées de l'empire romain.
Mais n'aimez -vous p?.î aussi dans l'Ariostc celte Alcinc qui a la taille de Minsrve et la beauté de Vénus, qui est si charmante aux yeux de ses amans, qui les enivre de voluptés si ravissantes, qui réunit tous les charmes et toutes les grâces? Quand elle est enfin réduite à elle-même , et que l'enchantement est passé, ce n'est plus qu'une petite vieille ratatinée et dégoûtante.
Pour les fictions qui ne figurent rien , qui n'enseignent rien, dont il ne résul'c rien, sont-elles autre chose que des "nensonges? Et si elles sont incohérences, entassées sans choix, comme il y en a tant, son'.-ellcs autre chose que des rêves î
Vous m'assurez, pourtant qu'il y a de vieilles fictions très-incohérentes, <ort peu ingénieuses et assez absurdes, qu'on admire encore. Mais prenez garde si ce ne sont pas les grandes images répandues dans ces fictions qu'on admire, plutôt que les invention* qui amènent ces images. Je n» veux pas disputer : mais voulez -vous être sifflé de toute l'Europe, et ensuite oublié pour jamais, donnez-nous des fictiov «emblablcs à celles une vous admirez.