‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 260 sur 551 · FIEVRE · texte numérisé non relu

FIEVRE

Ce u'est pas en qualité de médecin, mais de malade que je veux dire un mot de la fièvre. Il faut quelquefois parler de ses ennemis : relui -là m'a attaqué pendant plus de vingt ans. Fréron n'a jamais été plus acharné.

Je demande pardon à Sydenham , qui définit la fièvre un e\\orl tic la nuture qui travaille de tout son pouvoir ii cAiH.'er la matière peccanle. On pourrait définir ainsi la petite vérole, la rougeole, le diarrhée, les vomissemens, les éruptions de la peau, et vingt autres maladies. Mais, si ce médecin défiuissait mal, il agissait bien. 11 guérissait, parce qu'il avait de l'expérience, et qu'il savait attendre.

Ûocrbaavc, dans ses Apborismes, dit : « La contractiou plus fréquente et la résistance augmentée vers les vaisseaux capillaires donnent une idée absolue de toute fièvre aiguë. »

Ccst un grand maître qui parle ; mais il commence par avouer que la nature de la fièvre est trèscachée.

Il uc nous dit point quel es» ce principe secret qui se développe a des heures réglées dans des fièvres intermittentes; quel est ce poison interne qui se renouvelle après un jour de relâche; où est ce foyer qui s'éteint et se rallume à des momens marqués. Il semble que toutes les causes soient faites pour être ignorées.

Ou sait à peu près qu'on aura la fièvre après des excès, ou dans 1 intempérie de* saison.'. On sait que le quinquina pris a propos la guérira : c'est bien assez; ou ignore le comment. J ai lu quelque part ces petits vers qui me paraissent d'une plaisanterie assez philosophique.

Dieu mûrit a Moka, dura le table arabique. Ce cefi a«ce«aire aux p«y» Je» frimai* : Il m t b fièvre eu no» rlimaU,

Tout animal qui ne meurt pas de mort subite périt parla fièvre. Celte fièvre pirait l'effet inévitable des liqueurs qui composent le saug,Ou ce qui tient lieu de sang. C'est pourquoi les métaux, les minéraux, les marbres durent si long -temps, et les hommes si peu. La structure de tout animal prouve aux physiciens qu il a dû , de Mut temps , jouir d'une trèscourte vie. Les théologiens ont eu ou ont étalé d'autres sentimens. Ce u'est pas a nous d'examiner

cette question. Les physiciens , les médecins ont raiton tu sensu litmwno; et les théologiens ont raisou i?i sensudMno. Ii est dit au Dcutéronomc (ch. XX VIII, t. ai) que, w si les Juifs ne serrent pas la loi, ils tomberont dans la pauvreté, ils souffriront le froid et le chaud, et ils auront la fièvre. » Il n'y a eu que le Doutpronomc et le Médcein-malgre-lni qui aient menacé les gens de leur donner la lièvre.

Il parait impossible que la .îèvre ne soit pas un accident naturel à un corps animé dans lequel circulent tant de liqueurs, comme il e»l impossible que ce corps animé ne soil point écrasé par la chute d'un rocher.

I.c sang fait la vie. Cest lui qui fournit à chaque viscère, à chaque membre, à la peau, à l'extrémité des poils et des ongles, les liqueurs, les humeurs qui leur sont propres.

Ce sang, par lequel l'animal est en vie, est formé par le « hylc. Ce chyle est envoyé de la mère à l'enfant dans la grossesse. Le lait de la nourrice produit ce m* me chyle des que l'enfant est né. Plus il se nourrit ensuite de dillVrens alimens, plus ce cbyle est sujcl à s'aigrir. Lui seul formant le sang, et ce sang étant composé de tant d'humeurs différentes si sujettes à se corrompre, ce sang circulant dans tout le corps humain plus de cinq cent cinquante fois en vingtquatre heures avec la rapidité d'un torrent, il est étonnant qu'un homme n'ait pas plus souvent la fièvre; il est étonnant qu'il vive. A chaque articulation, à chaque glande, a chaque passage, il y a un danger de mort ; mais aussi, il y a autant de secours comme de dangers. Presque toute membrane s'élargit et se resserre selon le besoin. Toutes les reines ont des écluses qui s'ouvrent et qui se ferment , qui donnent pastage au sang, et qui s opposent à un retour par lequel la machine serai détruite. Le sang gontlé dans tous •es canaux s'épure de lui-même : c'est un flenve .jui entraîne mille immondices; il s'en décharge par la transpiration, par les sueurs, par toutes les sécrétions, par toutes les évacuations. I.a fièvre est ollcmeme un secours; elle est une guérison quand cils ne tue pis.

L'homme, par sa raison, accélè c la cure avec, des amers et surtout dn régime. Il prévient le retour de. accès. Cette raison est un aviron avec lequel il peut couiir quelque temps la mer de ce monde, quand la maladie ne l'engloutit pas.

On demande comment la nature a p« abandonner les animaux , son ouvrage, a tant d'ho ril>lt»s maladies dont la fièvre est presque toujours '« compagne? Commen: et poorqtioi tant de désordre avec tant d'ordre; la destruction partout à cote de la formation? Celte difîicullé me donne souvent la fièvre; mais je vous p:ic de lire les Lettres de Memmius (*). Peut-être vous soupçonnerez, alors que l'iucoin(ltc* hensiblc artisan des mondes, des animaux, des végétaux , ayant tout fait pour le mieux , u'« pu faire

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