FIN DU MONDE
La plupart des philosophes grecs crurent le monde éternel daus son principe, étemel dans sa durée. Mai* pour cette petite partie du monde, ce globe de pierre, d • bouc , d'eau , de minéraux et de vapeurs , que uous habitons, on ne savait qu'en peuser; ou le trouvait très-destructible. On disait même qu'il avait été bouleversé plus d'une fois et qu'il le serait encore. Chacun jugeait du monde entier par son pays, comme uuc commère juge de tous les hommes par son quartier.
Cette idée de la fin de notre petit monde et de son renouvellement frappa surtout les peuples soumis a lempirc romain , dans l'horreur des guerres civiles de César et de Pompée. Virgile, dans ses Goorgiqur* (livre I, vers 468), fait a.Iusiou a cette crainte généralement répandue dans le commun peuple.
Impiaque ,
L univers étonné, que h terreur pourrait , Tremble de retomber dniu l'éternelle nuit.
^ I^ucaio s'exprime bien plus positivement quand
Ho, , C*u»r, populo,, ,i n*nc non mûrit ijnù. Vret eum terri,, tint eu m gurqile pont, Commun u munJo mperest roqtu. . . .
(rW.lib. VU.*. 813-814.,
Qu'importe du bncl.er le irUtc et taux bonuetir ? Le feu consumera le ciel . In terre et l'onde ; "oui deviendra tmrW; In .•■ -.,lre munJ le mo»(k. Ovide ne dit-il pas après Lucrèce?
Ette queque in fatit lemtniscitur affvt temput, Quo mare, quo frl/m , eorreptaqut rtgia eeeli Ardtutt, et mundx mole* operota lahoret,
(Met. l,r. a5t>-»58.) Ainsi l'ont ordonné les dejuii» implacable» ; L'air, la terre , et les mers, et le» pelait det dieux, Tout iera consume d'un déluge de teva.
Consulte* Cicéron lui-même , le sage Cicéron. Il vous dit dans son livre de la Nature des Dieux ( ), lr meilleur livre peut-être de toute l'antiquité , si ce n'est celui des devoirs de l'homme , appelé les ut, Ucs il dit :
Ej quo tvtntarum nortri putant ii, de quo Parurtium ad Jubilai e dietbant, ut ad txtremum omni, mund», ignetetrti. (juiim. humore eonmmpto. neque terra al pouel, neque remea rel ièr, cujut orhu, aqud vmn, exh.,u,td, eut non pouet; il. relinqui nihtl p,»ter i.jnem . a q,w ru^ùm animante oc Deo' rt novatio mundi fieiet, atque idem ornât», oriietur.
« Suivant les stoïciens , le monde entier ne sera que du feu ; ) eau étant consumée , plus d'aliment pour la terre; l'air ne pourra plus se former, puisque c cv de l'eau qu'il reçoit son être : ainsi le feu restera seul. Ce feu, étant Dieu et ranimant tout, renouvellera le monde, et lui rendra sa première beauté. >>
Ce :c physique des stoïciens est, comme toutes les anciennes physiques , assez absurde ; mais elle prouve que l'attente d un embrasement général était universelle.
Elonncx-vous encore davantage. Le grand Newton
;-)rj./V-mrdi)«1rum,|ib. U,
! comme Cicdron. Trompe par une fausse expérience de fioyle (i), il croit que l'humidité du globe se dessèche à la longue, et qu'il faudra que Dieu lui prête une main réformatrice, nmnum cmcnilalricem. Voilà donc les deux plus grands hommes de l'ancienne Rome ei de l'Angleterre moderne , qui pensent qu'un jour le feu l'emporter- sur l'eau.
Cette idée d'un monde, qui devait p rir et se renouveler, liait enracinée dans les cœur» des peuples de l'Asie Mineure, de la Syrie, de l'Egypte, depuis les guerres civile» des jucccsscursd'Alcxaudrc. Celles des Romains augmentèrent la terreur des nations qui en était-ut les victimes. Elles attendaient la destruction de la terre ; cl on espérait une nouvelle terre dont on ne jouirait pas. Les Juifs, enclaves dans !a Syrie, et d'ailleurs répandus partout, furent saisis de la crain c commune.
Aussi il ne parait pas que les Juifs fussent étonnés, quand Jésus leur disait , selon saint Matthieu et saint Luc (' ) : « Le ciel et la terre passeront. » Il leur disait souvent : « Le règne de Dieu approche. » 11 prêchait I évangile du règue.
Saint Pierre annonce ( f) que l'évangile a élé prêché aux morts , et que la (in du moude approche. « Nous attendons, dit-il, de nouveaux cicux et une nouvelle terre. »
Saint Jean, dans sa première épître, dit (<) : << H y a dès à présent plusieurs anlt-chrisls, ce qui nous fait connaître que la dernière heure approche. »
Saiut Luc prédit dans un bien plus grand détail la lin du moude cl le jugement dernier. Voici ses paroles ( ) :
« 11 y aura des signes dans la lune et dans les étoiles ; des Lruils de la mer et des (lots ; les hommes, séchaul de crainte, attendront ce qui doit arriver à l'univers euticr. Les vertus des cicux seront ébranlées ; ci alors ils verront le fils ue lhonime venant dans une nuée , avec grande puissance et grande majesté. Eu vérité , je vous dis que la génération présente ne passera point que tout cela ne s'accomplisse. »
!\ous ne dissimulons point que les incrédules nous reprochent celte prédiction même. Hz veulent nous faire rougir de ce que le monde existe encore. La gênera ion passa, disent ils, et rien de tcut cela ne s accompli . Luc fait donc dire a notre Sauveur ce qu'il n'a jamais di , ou bien il faudrait conclure que Jésus- Chris: s'est . ronipé lui-même; ce qui serait un blaspbt me. On ferme la bouche a ces impies, en leur disant que celle pn'dicliou, nui parait si fausse selon la le: Ire, es: vraie selon l'esprit; uue l'univers entier sign lie la Judée, et que la fiu de l'univers sigmli; l'cmprc de 'lilus et de ses successeurs.
haiul Paul s'explique aussi fortement sur la fin du monde dans son épilrc à ceux de Tbcssatonique. « Nous qui vivons cl qui vous parlons, nous serons
'h) Uii«-vli.)ii a |j tiu (]«• MUI i, p>il{IM'.
(- ; ... t m u . cii p. XXIV ; I uc, rliap. XVI.
(4) I. Kpii.-» de mï:U Pierre, cliap. IV.
(e) Jean, c' ap. Il, v. 18.
tf) I tic.rliap. XV.
emporés dans les nuées, pour aller au-devant da Seigneur au milieu de l'air. »
Selon ces paroles expresses de Jésus et de saint Paul , le monde entier devait finir sous Tibère , ou au plus tard sous Néron. Cette prédiction de Paul ne s'accomplit pas plus que celle de Luc.
Ces prédictions allégoriques n'étaient pas sans doute pour le temps où vivaient les év auge listes et les apô res. Elles cl aient pour uu temps u venir, que Dieu cache h ions les hommes.
Tu ne qiueuern ( »rir* nef'ai) tftum imiii, qutm tibi Fiueifl 41 lUdtrint , Lsucunoc ; nec BuhylanuH Tt niant numtiot II meliùt, <(ui4qui4 art, patt!
(IIortT.,UL. I.od. XI.)
Il demeure toujours certain que tous les peuples alors connus anémiaient la fin du moude, une nouvelle terre, uu nouveau ciel. Pcndari plus de dix siècles on a vu une multitude de donations aux moines commençant par ces mois: Adscnlantc m midi rr*prrc, c'.c. « La fin du monde étant prochaine, moi, pour le remède de mon iime , et pour n'être point rangé parmi les boucs, etc. , je doune telles terres à tel couvent. ». La crainte força les sots à enrichir les habiles.
Les Egyptiens fixaient cette grande époque après trente-six mille cinq cents années révolues. On prétend qu'Orphée l'avait fixée à cent mille et vingt ans.
L'historien Flavicn Josèphc assure qu'Adam ayant prédit que le moude périrait deux fois, l'une par 'chu et l'autre par le feu, les eu fans de Soth voulurent avertir les hommes de ce désastre. Ils firent graver des observations astronomiques sur deux colonnes , l'une de briques , pour résister au feu qui devait consumer le moude, et l'autre de pierres , pour résister à l'eau qui devait le noyer. Mais que pouvaient penser les Romains , quand uu esclave juif leur parlait d'un Adam et d un Scth inconnus a l'univers entier? ils riaient.
Josèphc ajoute que la colonne de pierres se vovait encore de son temps dans la Syrie.
On peut conclure de tout ce qu<e nous avons dit, que nous savons fort peu de choses du passé, que nous savons assez mal le présent, rien du ioul de l'avenir, et que nous devons nous eu rapponcr a Dieu , maître de ces trois temps et de l'éternité.