‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 271 sur 551 · FRANÇOIS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS

SECTION PREMIEBE.

Cw prononce aujourd'hui ,(ram;ai>, et quelques auîcurs récrivent de même ; ils eu donne» t pour raison qu il fout distinguer J-'nuiçuw qui signifie une natton, de ïianç»i, qui est un nom propre, comme saint Français, ou François 1.

Toutes les uatioiis adoucissent à la longue la prononciation des mots qui sont le plus nu usage, c'est ce que les Grecs appelaient eu/ liante. On prononçait la diphlhongue oi rudement, au commencement du siècle. La cour de François I adoucit la

langm> comme les esprits : de la vient qu'on ne dit pins (ranroi> par un n, mais français; qu'on dit, il aimait , il <T<»'/<n> , et non pus il <iim«it, il crmpnt, etc. La langue française ne commença à prendre quel*

que forme que vers le dixième siècle; elle naquit des ruines du latin et du celte, mêlées de quelques mots luilesques. Ce langage était d'abord le nmaninn rusliiiim, le romain rustique, et la langue tudrsquo fut la langue de la cour, jusqu'au temps de Charles le Chauve ; le tudesque demeura la seule langue de l' Mlemagnc , après la granic époque du partage en l.c romain rustique, la langue romance prévalut dans la France occidentale; le peuple du pays de Vatid, du Valais, de la vallée d'Ëtiuad'ue. et dtquelques autres cantons, conserve eMcoieaujoitr I hni des ve;tiges manifestes de cet idione.

A la fin du dixième siècle, l<v ' i"' ' seformi;on écrivit en jrni:f<*is. au commencement du oi:rii n c mais ce (runrui ■ tenait encore plus du fournir rustique que du j nruvn- d'aujourd'hui. I>e roma- i> Philoineua , écrit au dixième siècle en romain r-i : t i que, n'est pas dans une langue fort di H» Tente ile< lois normandes. Ou voitencore les origines celles, Intmes . et allemandes. Les mots qui signifient les parties d»' corps humain, ou des choses d un usage journalier, et qui n ont rien de commun avec le latin, ou l'allemand, sont de l'ancien gaulois ou celte, comme lètr, jambe, sabre , pointe, aller, p<uUr, nuK.'rr, regarder , abfi/er , rrirr , Coutume, m etnb'e , et plusieurs autres de cette espèce. La plupart des termes de guerre étaient francs ou allemands: M.uehe . fi-i'tr, maréchal , bivouac, retire, Ion quencl. Presque tout le resta est latin ; et les mats latins furent tous abrégés, selon l'usage et le géuie des uations du nord : ainsi du palar tium, palais; de lupus, lonp; d'Jtujti h, août; de jum'us, juin; d'uncttis, oint; de purpura, pourpre;

de prelium, prix; etc A peine restait-il quelques

vestiges de la langue grecque, qu'on avait si temps parlée a Marseille

On commença au douzième siècle à in dans la langue quelques termes de la philosophie d'Aristote; et, vers Jj «ci/, i crue siècle, ou exprima par des termes grecs toutes les parties du corps humain, leurs maladies, leurs remèdes : de là les mots de cardiaque, ccpliitiq-ie . pialai/re, aft V» tique , n thmitiquc , iliaque, mi /»/>»«<■ v et tant d'autres. Quoique la langue r'jnrirbit alors du grec, cl que depuis Charles VIII c"c tir:lt beaucoup de secours de l'italien déjà perfectiorm ', cependant cite m'avait pas pris encore une coutitlancv régulière. François I abolit l'ancien usage de plaider, de juger, de contracter, en latin; usage qui attestait la barbarie d'une langue dont on n'osait se servi-dans lesactospnblics; usage pernicieux aux citoyens, dent k sort était réglé dans une langue qu'ils n'eiilciidnine' pas. Ou fut alors obligé de cultiver le jrave.tis . nfpù I» langue n'était ni noble ni régulitrc. La syntaxe était abandonnée au caprice. Le génie de la conversation étant tourné * la plaisanterie, la langue devint très - féconde en expressions burlesques et naives, et très-stérile en lermes nobles et harmonieux : de là vient que dans les dictionnaires de rimes on trouve vingt lermes

516 MCTI convciudbles à la poésie comique, pour un d'un usage plus relevé ; et c'est encore une raison pour laquelle Marot ne réussit jamais dans le style sérieux, el qu'Amyot ne put rendre qu'avec naiveté l'éléganco de Plutarquc.

Le [rançtiii acquit de la vigueur sous la plume de Moutaigiic; mais il n'eut point encore d'élévation et d'harmonie. Ronsard gâta la langue eu transportant dans la poésie française les composes grecs «'.ont se servaient les philosophe: et les médecins. Malherbe répara un peu le lort de ilonsard. La langue devint plus noble et plus harmonieuse par I < ublisscmcnt de l'académie française, et acquit enfin, «.'ans le siècle de Louis XIV , la perfection où elle pouvait être portée dans tous les genres.

Le génie de cette langue est la clarté et l'ordre : car chaque langue a son génie, el ce génie consists dans la facilité que donne le langage de s'exprimer plus ou moins heureusement, d'employer ou de rejeter les tours familiers aux autres langues. Le frun-

, n'ayant point de déclinaisons, et étant toujours asservi aux articles, ne peut adopter les inversions grecques et latines; U oblige les mots à s'arranger dans l'ordre naturel des idées. On ne peut dire que d'une seule manière, l'Itinau a jri* >oii> des offuirci .te d'un; voila le seul arrangement qu'on puisse donner à ces paroles: exprimez celte phrase eu latin : Nr> ( a'^iti i ■• I Imii it\ diliqenU-r t urm tl ; on peut arranger ces mots de cent vingt manières: sans faire tort au sens et sans gêner la laugue. Les verbes auxiliaires qui allongent et qui éuervent les phrases dans les langues modernes, rendeut encore la langue française peu propre pour le style lapidaire. Les verbes auxiliaires, ses pronoms, ses articles, son manque de participes déclinables, ftt enfin sa marcho uniforme, nuiseut au grand enthousiasme de la poésie : clic a moins de ressources en ce genre que l'italien et l'anglais; mais cette gêne et cet esclavage même la rendent plus propre à la tragédie et à la comédie qu'aucune langue de l'Europe. L'ordre naturel dans lequel on est obligé d'exprimer ses pensées, et de construire ses phrases, répand dans cette langue une douceur et une facilité qui plaît a tous les peuples; et le génie de la nation, se tnclaul au génie de la langue, a produit plus de livres agréablement éciits qu'on n'en voit chez aucun autre peuple.

La liberté et la douceur de la société n'ayaut été long-temps connues qu'en France, le langage en a reçu une délicatesse d'expression , et une finesse pleine de naturel qui ne se trouvent guère ailleurs. On a quelquefois outré cette finesse, mais les gens de goot ont su toujours la réduire dans de justes bornes.

Plusieurs personnes ont cru que la langue française s'était appauvrie depuis le temps d'Amyotct de Mon' ii- ne : en cflet, on trouve dans ces auteurs plusieurs expressions qui ne sont plus recevablcs; mais ce sont, pour la plupart, des termes familiers auxquels on a substitué des équivalens. Elle s'est enrichie de quantité de termes nobles et énergiques; et, sans parler ici de l'éloquence des ehoses, elle a acquis l'é« loquencedes paroles. C'est «Uiote si< cle de LouisXlV, comme on l'a dit, que cette éloquence a eu son plus

NNAIRE

grand éclat, et que la langue a été fixée. Quelques changeraens que le temps et le caprice lui préparent, les lions auteurs du dix -septième et du dix-huitième siècles serviront toujours de modèles.

On ne devait pas attendre que le Fronçais dût se distiuguer dans la philosophie. Un gouvernement long temps gothique étouffa toute lumière pendant plus de douze cents ans, et des maître d'erreurs payés pour abrutir la naiurc humaine ëpaissircut encore les ténèbres. Cependant aujourd'hui il y a plus de philosophie dans Paris que dans aucune ville de la terre, et peut-être que dans toutes les villes ensemble, excepté Loudres. Cet esprit de raison pénètre même dans les provinces. Enfin le génie français est peut-être égal aujourd'hui à celui des Anglais en philosophie; peut-être supérieur à tous les autres, depuis quatre-vingts ans, dans la littérature; et le premier, sans doute, pour les douceurs de la société, pour cette politesse si aisée, si naturelle, qu'on appelle improprement nrlmniu.

SLCTION II.

Langue française.

h. ne nous reste aucun monument de la langue des anciens Welches, qui lésaient, dit-on, uuc partie des peuples celles ou kelles, espèce de sauvages dont on ne connaît que le nom , et qu'on a voulu en vain illustrer par des f.ihlcs. Tout ce que l'on sait, est que les peuples que le's Koniains appelaient frit///, dont nous avons pris le nom de Gaulois , s'appelaient if 'elcltci ; c'est le nom qu'on donne encore aux Français dans la

basse Allemaguc, comme on appelait cette Allemagne

Teutch.

La province de Galles, dont les peuples sont une colonie de Gaulois, n'a d'autre nom que celui de

// clch.

Un reste de l'ancicu patois s'est encore conservé chez quelques rustres dans cette province de Galles, dans la Basse - Bretagne , dans quelques villages de France.

Quoique notre langue soit une corruption de la latine, mêlée de quelques expressions grecques, italiennes, espagnoles, cependant nous hvons retenu plusieurs mots dont l'origine parait celtique. Voici un petit catalogue de ceux qui sont encore d'usage , et que le temps n'a presque point altérés.

Abattre, acheter, achever, alToIlcr, aller, alcu,

franc-alcu.

Bagage, bagarre, bague, balayer, ballot, ban, arrière-ban , hanc , bannal , barre , barreau , barrière , bataille , bateau , battre, bec. bègue, béguin, béquée, béqueter, berge, beruée , bivouac , bléche , blé, blesser, bloc, blocaillc, blond , bois, botte, bouche, boucher, bouchon, boucle, brigand, brin,bribcdc vent, broche, brouiller, broussailles, bru, mal rendu par bclle-iillc.

Cabas. , caille , calme , calotte , chance , chat ,

claque*, c)i<|iictts, clou, coi, coiffe, coq, couard, couette, cracher, craquer, cric, croc, croquer.

Da (cheval), nom qui s'est conserve parmi les euf.ins, dada; d'abord, dague, danse, devis, devise, deviser, digue, dogue, drap, drogue, drôle.

Ecbalas, effroi, embarras, épave, est, ainsi que ouest , nord et sud.

FiflVc, llairer, fiVchc, fou, fracas, frapper, fiasque, fripon , frire, froc.

Gabelle, gaillard, gain, galland, galle, guranl garra , garder , gauche , gobelet , gobet , gogue , gourde, gousse, gras, grelot, gris , gronder, gros, guerre, guetter.

Hagard, halle, balte, hanap, hanneton, haquenée, barrasser, hardes , harnois , havre, hasard, heaume, heurter, hors, huelier, huiv.

Ladre, laid, laquais,1cudc, homiuc de pied; logis, lopin, lors, lorsque, lot, lourd.

Magasin, mm'llc , maraud, marche, maréchal, niltin, r

Nargue, narguer, niais.

Oschc ou hoche, petite cnlaillure que les boulangers font encore à de petites baguettes pour marquer le nombre des paius qu'ils fournissent, ancienne mail ivre de tout compter cher les VVelches. C'est ce qu'on appelle encore taille. Oui , ouf.

Palefroi, pantois, parc, piaffe, piailler, picorer. R.

Ilacc, racler, radotter, rançon, rat, ratisser, regarder, renifler, requinquer, réver, rincer, risquer, rosse , ruer.

Saisir, saison, salaire, salle, savate, soin, sot, ce nom ne convenait-il pas un peu à ceux qui l'ont dérivé de l'hébreu? comme si les Wclchcs avaient autrefois étudié à Jérusalem. Soupe.

Talut, tanné (couleur) , tantôt, tappe, tic, trace, trappe , trapu , traquer, qu'on n'a pas manqué de faire venir de f hébreu , tant les Juifs et nous étions voisins autre foi '. tringle, troc, trognon, trompe, trop, trou, troupe , trousse, trouve.

Vacarme, valet, vassal.

Vovc/. a l'article Grec les mots qui peuvent être dérivés originairement de la langue grecque.

De tous les mots ci-dessus, et do tout ceux qu'on y peut joindre, il en est qui probablement ne sont pas de l'ancienne langue gauloise, mais de la tcutone. Si on pouvait prouver l'origine de la moitié , c'est beaucoup.

Mais quand nous aurons bien constaté leur généalogie, quel fruit en pourrons - nous tirer? Il n'est pa& question de savoir ce que notre langue fut , mais ce qu'elle est. Il importe peu de connaître quelques mots d'un jargon qui ressemblait, dit l'empereur Julien, au hurlement des bétes. Songeons à conserver dans sa pureté la belle langue qu'on narlait dans le grand siècle de Louis XIV.

Ne commenec-t-on pas à la corrompre! N'est-ce pas corrompre une langue , que de donucr aux termes employés par les bons auteurs une signification nouvelle? Qu'arriverait il , si vous changiez ainsi le sens de tous les mots? On ne vous entendrait , ni vous, ni les bons écrivains du grand siècle.

Il est sans doute très-indifférent en soi qu'une syllabe signifie une chose ou une autre. J'avouerai mémo que, si on assemblait une société d'hommes qui eussent l'esprit et l'oreille justes, et s'il s'agissait de réformer la langue, qui fut si barbare jusqu'à la naissance de l'académie, ou adoucirait la rudesse de plusieurs expressions, on donnerait de l'embonpoint a la sécheresse de quelques autres, et de l'harmonie à des sons rebutans. Oncle , omjle . raiiuub. perdre , borgne, plusieurs mots terminés durement auraient pu i tre adoucis, t fiieu , i teu , dieu , moyeu , feit , bleu , peuple, nuque, phwur, r>i/'<r, auraient pu £ tre plus harmonieux. Quelle différence du mot / Vico.» au mol Dieu! de populos à peuples! de locus à lieu!

Quand nous commençâmes à parler la langue des Romains , nos vainqueurs , nous la corrompîmes. D'Augustui oous fîmes aoust, août; du pavo paon : de Cadomum Cacu; de Junius juin; d'unctut oint; de purpura pourpre; de puliitM prix. C'est une propriété des barbares d'abréger tous les mots. Ainsi les Allcmauds et les Anglais firent d'icWoiu kirk,, cburch; de (or m forth, de cundcinrutre dama. Tous les nombres romains devinreut de* monosyllabes dans presque tous les patois de l'Europe. Et notre mot vingt, pour riginii, n'attcstc-t-il pas encoie la vieille rusticité de nos pères? La plupart dej lettre* que nous avons retranchées, et que rx*us prononcions duremont, sont nos anciens habits de sauvages : chaque peuple en a des magasins.

Le plus insupportable reste de la barbarie welche et gauloise est dans nos terminaison' en oùt; coin, oin, oint, groin , foin , point , loin . marsouin , tintouin, pourpoint. Il faut qu'uu langage ait d ailleurs de grands charmes pour faire pardonner ces sous, qui tiennent moins de I h anime que de la plus dégoûtante espèce des animaux.

Mais enûn, chaque langue a des mots désagréables, que les hommes éloquens savent placer heureusement, et dont ils oruent la rusticité. Ccst un trèsgrand ar.; c'est celui de nos bons auteurs. 11 faut doue son tenir à l'usage qu'ils ont fait de la langue reçue.

il ue»t rien do choquant dans la prouonciatio»

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