‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 275 sur 551 · FRANÇOIS XAVIER · texte numérisé non relu

FRANÇOIS XAVIER

It ne serait pas mal de savoir quelque chose de vrai concernant le célèbre Français Xa*oro , que nous nommons Xavier, surnommé l'apôtre des Indes. Bien des gens s'imaginent encore qu'il établit le christianisme sur tonte la cote méridionale de l'Inde, dans une vingtaine d îles, et surtout au Japo*. Il n'y a pas trente ans qu'à peine t«tti-il permis d'en douter dans l'Europe.

Les jésuites n'ont fait nulle-difficulté d«" 4e 'Comparer à saint Paul Ses voyages et ses mira*'*» avaient été écrits en partie par Turcelin et Oflandin, pur Lucéna, par Partoli, tous jésuites, mais très-peu connus en France : moins on était hrformédes détails, plus sa réputation était grande.

Lorsque le jésuite Bouhouia composa son histoire, Douhours passait pour un très- bel esprit, il •rivait dans la meilleure compagnie do Paris; je ne parle pas ds la compagnie de Jésus , mais de celle des gens du monde les pkts distingués par bar asprit et par leur savoir. Personne n'eut on stylo plus pur «t plus éloigné de l'affectation ? il fut menus propose dans l'académie française de passer par-dessus les règles de son institution pour recevoir le père Boubours dans son corps ( <).

Il avait encore nn plus grand avantage, celui du cn'dit de son ordre , qui alors par un prestige presque inconcevable gouvernait tous les princes caMioJiqucs.

La saine critique, il est vrai, commençait à s'établir: mais ses progrès étaient lents ; on se piquait alors en général de bien écrire plutôt que d'écrire des choses véritable*.

Bouhours fît les vies de saint Ignace et de saint Fran o;s Xavier sans presque s'attirer de reproches : à peine relova-t-on sa comparaison de saint Ignace avec César, et de Xavier avec Alexandre : ce trait passa pour une fleur de rhétorique.

(a) Sa réputation de l«o «suivais était «i bien établie, ,ue La Bruyère dit dans te» Cuacttra i Capr* «tT»r« eommt

J*ai "eu au collège des jésuites de la rne Jacqnes un tableau de douze pieds de long sur i de hauteur, qui représentait Ignace et Xavier mon» tant au ciel chacun dans un char magnifique, attelé de quatre chevaux blancs : le Pére éternel en haut, décoré d'une belle barbe blanche, qui lui pendait Jusqu'à la ceinture: Jésus-Christ et la vierge Marie i ses côtés, le Saint-Esprit au dessous d'eux en forme de pigeon, et des anges joignant tes r„iins et baissant la lôte pont recevoir père Ignace et peu Xavier.

Si quelqu'un se fut moqué pab^quemeui de ce tableau, le révén nd père La Chaise, «mtcsscui du roi, n'aurait pas manqué de faire donner une lettre de ce* chet au ricaneur sacrilège.

11 faut avouer que François Xavier est comparable a Alexandre, en ce qu'ils allèrent tour deux aux Indes, comme Ignace ressemble > César pour avoir été en Gaule ; mais Xavier, vainqueur du démon , alla bien plus loin que le vainqueur de Darius. C'est un plaisir de le voir passer, en qualité de coovertisseur volontaire, d'Espagne en France , de France à Rome , de Rome à Lisbonne, de Lisbonne a Mozam» bîqae, après avoir fait le tour de l'Afrique. Il reste long-temps au Mozambique, ou il reçoit de Dieu le don de prophétie; ensuite il passe à Mélinde, et dispute sur I Alcoran avec les maliotiiétans (/>), qui entendent sans doute sa langue aussi-bien qu'il entend la leur; il trouve même des caciques, quoiqu'il n'y en ait qu'en Amérique. Le vaisseau portugais arrive A 111e Zocotora, qui est «us contredit celle des Amazones; il y convertit tous les insulaires, il y bâtit una église : de là il arrive à Goa (. ) ; il y voit une colonne sur laquelle saint Thomas avait gravé qu'un jour saiut Xavier viendrait rétablir la religion chrétienne qui avait fleuri autrefois dans llnde. Xavier lut parfaitement les anciens caractères soit Lébrcu* , soit indiens, dans lesquels cette prophétie était écrite. 11 prend anssitôt nnc clochette, assemble tous les petits garçons autour de lui, leur explique le Credo et les baptise ( /). Son grand plaisir surtout était de marier les Indiens avec leurs maîtresses.

On le voit courir de Goa au cap Comorin, à sa côte de la Pêcherie, au royaume de Travancor; dèe qu'il est arrivé dans un pays, ton plus grand soin est de le quitter : il s'embarque ror 1«* premier vaisseau portugais qu'il trouve; vers quelque endroit que co vaisseau dirige sa roule, il n'import- à Xavier : pourvu qu'il voyage, il est content : on '« reçoit par charité; il retourne deux ou trois fois L Goa, à Cocbtn, à Cori, à Ncgapatnam, a .Méliapour. Uu vaisseau part pour Malaca, voilà Xavier qui court à Malaca avec le désespoir dans le coeur de n'avoir pu voir Siam , Pégu et le Tonquin.

Vous le vo/i:z dans lîlc de Sumatra, A Bornéo, à Macassar, dans les iles Moluqurs, et surtout à Teruate et à Ambovnc. Le roi de Ternate avait dans sou immense sérail cent femmes en qualité d'épouses, et sept ou huit cents concubines. La première <

I, pas, tja. — (J)fA.p»s io».

gue dit Xavier est de les chasser toutes. Vous remarquerez d'ailleurs que l'île de Ternate n'a que deux tlaucs de diamètre.

De là, trouvant un autre vaisseau portugais qui part pour l'île de Ceilan , il retourne à Ccilan; il fait plusieurs tours de Ceilan à Goa et k Cochin. Les Portais trafiquaient déjà au Japon. Un vaisseau part pour ce pays, Xavier ne manque pas de s'y embarquui ; il parcourt toutes les îles du Japon.

Enfui, dit le jt'suitc Couhours, si on mettait bout à bot* toutes les courses de Xavier, il y aurait de quo i faire plusieurs fois le lourde la terre.

Observez qu'il i tait parti pour ses voyagea en i5.îa, et qu'il mourut eu i55a. S'il eut le temps d'apprendre toutes les langues des nations quil parcourut, c'est un beau miracle; s'il avait le don des langues, c'est un plus grand miracle encore. Ma is malbcurcuscmeut, dans plusieurs de ses litfes, il dit qu'il est obligé de se servir d'wtcrprèta, et dans d'autres il avoue qu'il a une difficulté extrême a apprendre la langue japonaise qu'il ne saurait prononcer.

L* jésuite Boahours, en rapportant quelques-unes de ses lettres, ne fait aucun doute que saint François Xavier n'eut le don des laugues («.); mais «I avoue « qu'il tic l'avait pas t ou joui s. fl Pavait, dit-il, dans plusieurs occasions; car, sans jamais avoir appris la. langue chinoise, il prêchait tous les malins en chinois dans Amangucbi, » (qui est la capitale d une province du Japon ).

Il faut bien quil sût parfaitement toutes les langues de l'etient, puisqu'il faisait des chansons dans eus langues, et qu'il mit en chanson le /'«/ter, Y/tvc Maria, et le Vteloy pour l'instruction des petits garçons et des petites filles ( ).

Ce qu'il y a de plus beau, c'est que cet homme, qui avait besoin de truchement, parlait toutes les langues a la fois comme les apôtres ; et, lorsqu'il parlait portugais, langue donc laquelle Bouhours avoue que le saint s'expliquait fort mal, les Indiens, les Chinois, les Japonais, les haLuans de Ceilan, 4e Sumatra, l'entendaient par£uUmeut (</).

Un jour surtout qu il parlait sur I mmortalité' de l'Ame, le mouvement des \ lanctes, les éclipses de soleil et de lune, Parc-en-cid, ie péché et la grAcc, le paradis et l'enfer, U se fit entendre à vingt personucs de nations ditfercuses.

Ou demande comment un tel homme put fairo tanl.de convcrsions.au Japon? Il faut répondre sirapleincut qu'il n'en fit point; mais que d autres jésuites, qui lestèrent long temps dans, le pays, à la faveur des traitas entre les rois de Portugal et les empereurs du Japon, convertirent tant de monde, quVr-fin il y eut une guerre çivile qui conta la vie, a ce que l'on prétend t à près de quatre cent mille hommes. Ces» là le prodige le plus connu que les misrionuaires aient c péré »u Japon.

ne laissent pas

Mais ceux de Ft d'avoir leur mérite.

Nous comptons dans la foule de ses miracles huit en fa ns ressucités.

a Le plus grand miracle du Xanruur, dit laj^«uite Bouhours ( // ), n'était pas d avoir roistisciiti tant

fatigue. »

Mais le plus plaisent do ses miracles est qa'svanl

laissé tomber son crucifix dans la. mer pcëa- l'île de Baranura, que je croirais plutôt l Île de Barataria (i), un cancre vint le lui rapporter entre ses paies au bout de vingt quatre heures.

Le plus brillant de tous, et après, lequel il os faut jamais parler d'aucun ai4re„ c'est que d«rs une tempête qui dura trois jours., il fut cnnsjamrçra: * la fols dans deux vaisseaux i. «eut cinquante Heu** l'un de 1 autre (k ), et servit à Vm desdeu* de pilote» et ce miracle fut avéré par tons les passagers qui ne pouvaient être trompés ni trompent*.

C'est là pourtant ce qu'on a écrit sérieusement et avec succès dans le siècle de Louis XIV, daasl« siècle des Lettres provinciales, dés tragédies de Racine, du Dictionnaire de Bayle, et de tant d'antres savans ouvrages.

Ce serait une espèce de miracle qu'nn homme d'esprit tel que Bouhours eût fait imprimer tant d'extravagances, s; on nu savait à quel excès l'esprit du coips et surtout l'esprit monacal emportent lca hommes. Nous avons plus de deux cents volumes entièrement dans ce goût compiles par des moines j mais ce quil y a de funeste, c'est que les ennemi*, des moines compilent aussi de kur côté. Ils compilent plus plaisamment, ils se font lire. Ccst une chose bien déplorable qu'où n'ait plus pour les moines, dans les dix -neuf vingtièmes parties de PEurope, ce profond respect et *ellc juste vénération que l'on conserve encore poureux dans quelques villages de PAragon et de la Cahnre.

Il serait tres-difliciie de jug'r entre les miracles de saint Franco»* Xavier, don Quichotte, le roman comique et les cenvulsionnaires de saint Mêlant.

Apre* avoir parlé de François Xavier, il sera* inutile de discuter I histoire des autres François : ri vous voulez vous instruire à ft,nd, liera lesConfer- ■ mités de saiut François d'Assise.

Depuis la belle Histoire de saint François Xavier par te jésuite Bouhours, nous avons eu lUistoirc de saint François Bégis par le jésuite d'AubcnUm, confesseur de Philippe V , roi d'iùpagnc; mais c'est dab piquette après de leau-de-vie : il n'y a pas soulement uu mort ressuscité dans 1 Histoire du h»onb*nfe»»v Kègi*(0.

{*) T «ne M . p-.fr 3 «3. — (i) »3;. — (fej (•) Voyn l'article Ic.iuce m Lotoia

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