‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 277 sur 551 · OU ANC · texte numérisé non relu

OU ANC

Ce que vous nommez erreur n'en est point une. Le soleil , tel qu'il est placé à des millions de millions de lis(<i) au delà de notre globe, n'est pas celui que nous voyous. Nous n'apercevous réellement, et nous ne pouvons apercevoir que le soleil qui se peint dans notre rétine, sous un angle déterminé. Nos yeux ne nous ont point été donnés pour connaître les grosseurs et les distances , il faut d'autres secours et d'autres opérations pour les connaître.

fiambabef parut fort étonné de ce propos. Ouang, qui était très-patient, lui expliqua la théorie de l'optique ; et Bambabef, qui avait de la conception, se rendit aux démonstrations du disciple de Confulzéc, puis il reprit la dispute en ces termes. .

BAMBABEF.

Si Dieu ne nous trompe point par le ministère de uos sens, comme je le croyais, avoues au moins que les médecins trompent toujours les eefans pour leur bien; ils leur diseut qu'ils leur donnent du sucre, et en effet ils leur donnent de la rhubarbe. Je puis donc , moi faquir, tromper le peuple qui est aussi ignorant

ooino.

J'ai deux fils; je ne les ai pas trompés; je leur ai dit, quand ils ont été malades, voilà une médecine très-amère, il faut avoir le courage de la prendre; elle vous nuirait si elle était douce. Je n'ai jamais souffert que leurs gouvernantes et leurs précepteurs leur fissent peur des esprits , des revenans, des lutins, des sorciers ; par la j'en ai fait de jeunes citoyens courageux et sages.

IAMBABEP.

Le peuple n'est pas né si heureusement que votre

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OUANG

Tous les hommes+sc ressemblent à peu près, il» sont nés avec les mêmes dispositions. .1 ne faut pas corrompre la nature des hommes.

BAMBABEF.

Nous leur enseignons des erreurs , je l'avoue , mais c'est pour leur bien. Nous leur fesons accroire que, s'ils n'achètent pas nos clous bénis , s'ils n'expient pas leurs péchés en nous donnant de l'argent, ils deviendront dans une autre vie, chevaux de poste, chiens ou lézards. Cela les intimide, et ils deviennent gens de b!en.

OUANG

Ne voyez-vous pas que vous pervertissez ces pauvres gcus? Il y en a parmi eux bien plus qu'on ne pense qui raisonnent, qui se moquent de vos miracles, de vos superstitions, qui voient fort bien qu'ils ne seront changés ni en lézards , ni en chevaux de poste. Qu'arrive t il ? ils ont assez de bon sens pour voir que vous leur dites des choses impertinentes, et ils n'en ont pas assez pour s'élever vers une religion pure et dégagée de superstition , telle que la nôtre. Leurs passions leur font croire qu'il n'y a point de religion, parce que la seule qu'on leur enseigne est ridicule; vous devenez coupable de tous les vices daus lesquels ils se plongent.

BAMBABEF.

Point du tout , car nous ne leur enseignons qu'unit bonne morale.

OUANG

Vous vous feriez lapider par le peuple,. si vous enseigniez une morale impure. Les hommes sont faits de façon qu'ils veulent bien commettre le mal , mais ils ne veulent pas qu'on le leur prêche. 11 faudrait seulement ne point mêler une morale sage avec des fables absurdes, parce que vous affaiblissez par vos impostures, dont vous pourriez vous passer, cette morale que vous êtes forcés d'enseigner.

BAMBABEF.

Quoi I vous croyez qu'on peut enseigner la vérité au peuple sans la soutenir par des fables ?

OUANG

Je le crois fermement. Nos lettrés sont de la même pJle que nos tailleurs, nos tisserands et nos laboureurs. Ils adorent un Dieu créateur, rémunérateur et vengeur. Us ne souillent leur culte, ni par des systèmes absurdes , ni par des cérémonies extrava- « intes : il y a Lien moins de crimes parmi les lettrés que parmi le peuple. Pourquoi ne pas da:gr»er instruire nos ouvriers comme uous instruisons nos lettres?

BAMBABEP.

Vous feriez une grande sottise; c'est comme si vous vouliez qu'ils eussent la même politesse, qu'ils fussent jumcomullcs; cela n'est ni possible, ni convenable. Il faut du pain blanc pour les maîtres, et du pain bis pour les domestiques.

OUANG

J'avoue que tous les hommes ne doivent pu avoir la même science ; mais il y a des choses nécessaires à tous. 11 est nécessaire que chacun soit juste; et la plus

PHILOSOPllfOUP.

sûre manière d'inspirer la justice A tons te» hommes, c'est de leur inspirer la religion sans superstition.

BAXKAbKt'.

C'est un beau projet, mats il est impraticable. Pensez-vous qu'il suffise aux hommes ae croire un Dieu qui punit et qui récompense ? Vous m'avez dit qu'il arrive souvent que les plus déliés d'entre le peuple se révoltent contre mes Tables; ils ic révolteront de mime contre votre vérité. Ils diroul : Qui que Dieu punit et récompense ? où en est

la preuve? quelle mission avez-vous? quel miracle avez-vous lait pour que je vous croie? Ils se moqueront de vous bien plus que de moi.

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